Missionnaires d'Afrique
Grande Bretagne

Adrian B. Smith M.Afr.

Quel parcours missionnaire !

J’ai été ordonné prêtre en 1955, dans une Église d’avant le concile Vatican II. Pendant mes sept années de formation en philosophie, écriture sainte, théologie et spiritualité, j’ai reçu un “ensemble de vérités”. Comme jeune prêtre, je me devais de transmettre intégralement tout cela aux Africains auprès desquels j’étais envoyé.

Après sept années consacrées à l’animation vocationnelle en Angleterre, j’ai été nommé en Zambie, appelée à l’époque Rhodésie du Nord. Par bonheur, l’évêque m’a demandé d’étudier un an à Lumen Vitae (Institut international en éducation religieuse) à Bruxelles. Cela se passait durant la première année du concile Vatican II et plusieurs des conférenciers avaient été ‘periti’ (experts) au concile. Ce fut une année d’ouverture formidable : je me découvrais pour la première fois une passion pour la théologie. Cette expérience a été le coup d’envoi d’un parcours théologique qui n’a cessé de me passionner jusqu’à aujourd’hui.

Changement dans mon idéal religieux
Mon arrivée en Afrique provoqua le deuxième changement dans ma vision religieuse. J’ai vite réalisé que plusieurs de mes hypothèses fondamentales étaient remises en question. J’y ai rencontré tellement de bonnes personnes qui m’ont fait prendre conscience que l’Esprit Saint était passé avant moi. Je me suis rendu compte que les valeurs spécifiquement chrétiennes étaient les mêmes que les plus hautes valeurs humaines. J’étais toutefois gêné par le processus d’évangélisation. Quand saint Paul visitait les pays d’Asie Mineure pour annoncer la Bonne Nouvelle, les convertis se rendaient compte qu’ils avaient besoin de vivre en communauté pour mettre en oeuvre leur engagement chrétien. Paul laissa à chaque culture le soin de trouver sa manière de vivre. Dans les pays où nous sommes, nous n’avons pas seulement apporté le message évangélique, mais nous y avons imposé le modèle de structures occidentales.

Après deux années passées dans la “brousse”, on m’a demandé d’être secrétaire de la Conférence des évêques de Zambie pour les affaires de l’Église (oecuménisme, apostolat biblique, liturgie et catéchèse). Ce furent 10 années fort exaltantes, d’autant plus que cela se passait immédiatement après l’indépendance du pays.

Au milieu des années ‘70, j’ai été nommé pour faire de l’apostolat biblique dans les 24 pays anglophones de l’Afrique. Cette nomination m’a permis d’approfondir mes connaissances en faisant des études bibliques. J’ai été émerveillé de découvrir que le message de Jésus ne concernait pas une Église, mais se référait plutôt à ce qu’il appelle ‘le Royaume de Dieu’. Ce qui motivait ma mission a pris alors une plus grande portée, à savoir faire avancer le plan de Dieu en ce monde. Évidemment, je me considérais toujours comme un missionnaire, mais d’abord et avant tout du Royaume de Dieu. Je considérais mon appartenance à l’Église et à la Société des Missionnaires d’Afrique, et mon sacerdoce comme des moyens d’atteindre cette fin.

Divers chemins pour aller vers la réalité finale
La prochaine emprise majeure dans mon parcours hallucinant survint lors de mon retour d’Afrique. On m’a permis de faire une année sabbatique où j’ai suivi des cours à l’ISE (Irish School of Ecumenics, école irlandaise d’oecuménisme). J’avais déjà travaillé pendant 5 ans comme conseiller alors que j’étais secrétaire pour l’unité des chrétiens en Zambie.

En travaillant pour les évêques zambiens, j’ai pu acquérir une expérience œcuménique de base, mais je sentais qu’il me manquait un fond de connaissances théologiques dans ce domaine. Comme nous n’avons pas seulement étudié les relations entre les Églises chrétiennes, mais aussi celles avec les autres religions, j’ai apprécié cette année vécue sous le signe d’une grande flexibilité, découvrant les divers chemins pour aller vers la réalité finale.

J’ai été très impressionné lors de mon premier contact avec la méditation transcendantale. C’est une forme de prière contemplative que je pratique maintenant deux fois par jour depuis trente-six ans. Cette manière de prier est très importante pour moi ; elle a même remplacé l’Office divin, qui ne m’a jamais vraiment impressionné. Je ne peux plus prier longuement en paroles. La méditation transcendentale me met en relation avec une spiritualité non religieuse.

De retour d’Irlande, j’ai été invité à me joindre au groupe britannique du Mouvement pour un Monde Meilleur (MBW), à condition que je puisse me libérer deux mois par année pour travailler avec les MBW de l’Afrique, soit au Malawi, au Zimbabwe et en Afrique du Sud. J’y ai travaillé pendant 10 ans, dont 5 ans comme directeur du groupe britannique. Faire partie de ce mouvement m’a été très utile pour parler de l’Afrique en Grande Bretagne.

Expérience d’une rupture
Durant les 10 dernières années, ma vision missionnaire s’est élargie encore davantage. Je fais maintenant l’expérience d’une rupture (ou bien je suis en avance sur mon temps??) avec la pensée courante de l’Église. Ce qui me motive et me captive aujourd’hui, c’est de me situer comme intermédiaire entre la croyance chrétienne et l’émergence d’une nouvelle perception des réalités qui s’étend dans le monde entier (en Afrique aussi), et surtout en Occident. Maintenant âgé de 80 ans et vivant en Angleterre, je donne des conférences sur ce sujet tout en y mettant du piquant par des exemples d’Afrique.

Le Réseau Foi et Justice Afrique-Europe (AEFJN), est un réseau international basé sur la foi, mandaté par presque cinquante Instituts religieux ou missionnaires catholiques oeuvrant en Afrique et en Europe. AEFJN veut promouvoir la justice économique entre l'Union Européenne et l'Afrique, ceci pour permettre d'assurer un avenir meilleur aux populations africaines.


Je représente la section britannique du comité de l’AEFJN (Réseau Foi et justice Afrique-Europe), éditant, à chaque trimestre, la revue Africa Action Sheet. Beaucoup de sites web m’informent des affaires africaines. Je réagis occasionnellement en écrivant à mon député ou à des Multinationales qui s’intéressent à l’Afrique, surtout à propos du commerce des armes.

J’ai aussi d’autres activités. Par l’intermédiaire d’Amnistie internationale, j’écris pour soutenir les prisonniers de conscience en Afrique. Une ou deux fois par mois, je vais parler des missions dans une paroisse, ce qui me permet, lors des messes, de parler de l’Afrique. Dans mes moments libres, j’écris des livres (j’en ai écrit 17). Je fais aussi partie de deux comités nationaux, lesquels nourrissent mon parcours spirituel, soit le CCC (Catholics for a Changing Church) et le CANA (Christians Awakening to a New Consciousness). C’est ainsi que je me considère Missionnaire d’Afrique.

Adrian B. Smith


Tiré du Petit Echo N° 1015 2010/9

 

 


 

Missionaries of Africa
Great Britain

Adrian B. Smith M.Afr.


My missionary journey

I was ordained in 1955 to serve an unreformed Catholic Church. The previous seven years of Philosophy, Scripture, Theology and Spirituality, had given me a “package of truths” which, as a young priest, I understood it was my duty to pass on in its integrity to whichever people in Africa I was sent.

After seven years of promotion work in England I was appointed to (the then) Northern Rhodesia. Fortunately, my future Bishop required me to do a year at Lumen Vitae (International Higher Religious Education Institute) in Brussels. It was the first year of Vatican 2 and several of the lecturers were periti at the Council. This year was a complete eye-opener for me. For the first time, I became excited by theology. The experience launched me on a theological journey which has grown more embracing ever since.

Change in my religious ideal
My arrival in Africa caused the next shift in my religious paradigm. I soon found so many of my basic assumptions challenged. I met so many thoroughly good-living people that I realised the Holy Spirit had been there long before my arrival. I came to see that there are no specifically Christian values which are not the same as the highest human values appreciated by all humanity. However, I felt uneasy about the process of our evangelisation (and still do). When St Paul visited the countries of Asia Minor with the Good News, his converts realised that to respond they had to form some kind of community. He let each culture respond in their own way. Here were we, (and still are) not only bringing the Gospel message but requiring that it be responded to with a European-packaged structure.

After two years ‘in the bush’ I was called to Lusaka to serve the Bishops’ Conference as Secretary for Church Affairs (comprising Ecumenism, Biblical Apostolate, Liturgy and Catechetics), which I did for ten years. So soon after Independence, it was an exciting time.

My appointment in the mid-1970s to promote the Biblical Apostolate in all the 24 English-speaking countries of Africa took me into biblical studies at a new depth. It was an enlightenment to me to discover that Jesus’ message was not about a Church but about what he referred to with the metaphor ‘The Kingdom of God’. So my mission motivation became much broader: to promote God’s design for this world. Yes, I still considered myself as a missionary, but a missionary of the Kingdom, not of the Church. I regarded my Church membership, my priesthood and my WF membership as simply the means to that end.

Various paths to reach ultimate reality
The next major influence on my mind-expanding journey occurred upon my return from Africa. I was given a year’s sabbatical and spent that doing an MA course at the Irish School of Ecumenics. Previously, I had served a five-year term as a Consultor to what was then the Secretariat for Christian Unity. Working for the Zambian bishops, I had had a lot of grassroots ecumenical experience, but I felt I lacked a theology of it.

As we studied not only relations between Christian Churches but relations with other Faiths, it was a mind-stretching year which gave me an appreciation of how many valid paths there are to the Ultimate Reality.
A nudge of particular significance at this time was my introduction to Transcendental Meditation as a contemplative form of prayer, which I have been practising twice daily for the last 36 years. It is my deepest form of prayer, replacing the Divine Office, which had never touched me as prayer. I can no longer pray in words. TM took me into the world of non-religious spirituality.

Returning from Ireland, I was invited to join the British group of Movement for a Better World, but on the condition I would be released for two months each year to work with MBW groups in Africa – mainly Malawi, Zimbabwe and South Africa. This I did for ten years, five of which as Director of the British Group. MBW was a very useful vehicle for speaking about Africa in the UK.

Experience of breakage
During the last decade, I have been moving into yet a further paradigm in which I experience a break with (or perhaps, an advance upon) mainstream Church thinking. What impels and absorbs me today is to address the interface between Christian belief and the emerging new consciousness, which is evident world-wide (in Africa too), but to a greater extent in the western world.

The Africa-Europe Faith and Justice Network (AEFJN), is an international network based on faith, mandated by almost fifty Catholic Religious Missionary Institutes working in Africa and Europe. AEFJN seeks to promote economic justice between the European Union and Africa to enable guarantees for a better future for the peoples of Africa.


Now, as I go about England – at the age of 80 – lecturing on this subject, I pepper my talks with examples from Africa.
I represent the British Section on the AEFJN committee and edit a quarterly ‘Africa Action Sheet’ for AEFJN. Various websites keep me posted on current African affairs, and occasionally I take action, for instance by writing to my MP or to Multinationals on African concerns, especially on the Trade in Small Arms.

Through Amnesty International, I write to support prisoners of conscience in Africa. Once or twice a month, I am sent to a parish to make a mission appeal, which allows me to preach about Africa at all the Masses. Between whiles, I write books. (I have written 17) I sit on two national committees: Catholics for a Changing Church and CANA (Christians Awakening to a New Consciousness), both of which nourish my spiritual journey.

Adrian B Smith

From Petit Echo n° 1015 2010/9