Article tiré du site web :
le Faso. Net
Propos recueillis à Alger par Alexandre Le Grand ROUAMBADeux témoignages de confrères en Algérie
PERE ANSELME TARPAGA : Etre prêtre burkinabè en Algérie
mercredi 12 août 200999,99% de musulmans peuplent lAlgérie. Il y a donc moins de 1% de catholiques dans ce pays. Pourtant, il y a des prêtres qui y sont affectés. Sont de ceux-là deux prêtres burkinabé : Abbé Jean-Paul Kaboré , à 50km dAlger, à Blida ,au nord de lAlgérie et le jeune Père Anselme Tarpaga , en plein désert , à 800 km de la capitale. Avec ce dernier, nous avons voulu comprendre comment le travail de prêtre-catholique sexerce dans un tel milieu où la loi interdit lévangélisation. Originaire de Koupéla, le Père Anselme Tarpaga se sent plus Bobolais pour avoir émigré très tôt dans cette capitale économique du Burkina. Il a été ordonné prêtre il y a un peu plus dun an. LAlgérie est son premier poste. Responsable dans le diocèse de Sahara (diocèse de la Boite Ghardaïa Gardaïa), le diocèse le plus grand du monde (géographiquement) après celui qui vient dêtre érigé en Sibérie. Grand diocèse qui accueille seulement 12 catholiques actifs sur une population de plus de 250 000 âmes. Entretien, à la faveur du Festival panafricain dAlger, avec un jeune prêtre en milieu musulman.
"Le Pays" : Comment un prêtre, de surcroît Burkinabé, se retrouve-t-il dans un pays très islamisé. Comment se passe concrètement lévangélisation ?
Père Anselme Tarpaga (prêtre burkinabé en Algérie) : Ici, on est dans une situation où on ne peut pas évangéliser. Lévangélisation nest pas notre premier objectif. Dailleurs, la loi linterdit carrément. Nos activités sont beaucoup plus orientées vers le social. On soupçonne souvent que derrière cette « gentillesse » on veuille faire du prosélytisme.
Interdiction dévangéliser. Alors, pourquoi cette présence ici en Algérie ?
Lévangélisation, ce nest pas seulement faire des chrétiens, mais aussi faire connaître qui sont ces derniers. Quand lAlgérien me voit, il sait que je suis chrétien et prêtre. A travers moi, certains chercheront par exemple à savoir qui est Jésus. Déjà, être la face du Christ parmi ce monde, cest déjà quelque chose. Le chrétien est appelé à aimer tout le monde. On nest pas là seulement pour les chrétiens, mais pour toute lhumanité. Nous devons montrer chaque jour lAmour universel de Dieu pour tous.
Un jeune prêtre dans ce monde où lévangélisation est interdite, nest-ce pas du gâchis ? Surtout que cest votre premier poste juste après votre ordination
Le jeune musulman algérien ne le dirait pas. Il arrive que des Algériens viennent nous dire « merci ». Merci, parce que, me disent-ils, « tu mas aidé à trouver solution à mon problème, tu mas écouté, etc. ». Ce nest donc pas du gâchis. LEglise ne doit pas monopoliser les prêtres pour les seuls chrétiens. Le prêtre, cest celui-là qui doit être au service de tout le monde. Cest ce que nous essayons de faire. Nous aidons par exemple des élèves à avoir des facilités détudes, à faire des recherches à travers une bibliothèque que nous essayons de développer. On donne des cours également à des jeunes, on aide des gens à trouver leau, à aller à lhôpital, bref, on est à lécoute de tous.
Avez-vous déjà rencontré des Algériens chrétiens dans votre secteur ?
Jai rencontré des Algériens chrétiens-catholiques. Il faut savoir que cest une situation très difficile à vivre tant pour eux que pour nous. Ces derniers ne peuvent clairement se manifester au risque dêtre rejetés .La réalité est là et il ne faut pas pousser les gens aux martyr-volontaristes.
Avez-vous été vite et bien intégré dans ce monde musulman ?
Les Algériens mont bien accueilli. Personne ne ma demandé pourquoi je suis ici, même si certains, sans ouvrir la bouche, ont soupçonné ma bonté et ma gentillesse. Pour eux, je suis là pour les convertir. On ne ma jamais rejeté. Ils nous témoignent de leur reconnaissance pour telle ou telle action que nous menons.
Y a-t-il des chrétiens burkinabè dans votre secteur ?
Je nai rencontré aucun Burkinabé dans mon secteur. Je suis le seul. Sinon que nous sommes deux prêtres burkinabé ici en Algérie, à savoir labbé Jean-Paul Kaboré qui est à Blida, au nord et moi. Il est plus chanceux que moi, car il a tous ces jeunes étudiants catholiques autour de lui. Moi, je suis en plein désert, à 800 km dAlger.
Vous est-il arrivé au début de votre mission de vous interroger sur lopportunité de votre présence dans ce milieu et vous laisser emporter par cette envie de retrouver votre pays ?
En tant que jeune Père, il y a toujours cette nostalgie de retourner chez soi. Jai prêché à la grande cathédrale de Nairobi au Kenya devant des milliers de fidèles. Quand il y autant de fidèles devant soi, on a la satisfaction. Ici, tu es appelé à dire la messe dans une petite chapelle, souvent à deux ou trois personnes. Ce nest pas la même chose. Mais cette situation taide à mûrir et à approfondir ta vocation, à réfléchir. Cest un avantage malgré cette absence de chorales si dynamiques du Burkina et dailleurs.
Le Père parle-t-il arabe ?
Je ne parle pas arabe comme le prophète Mohamed, mais jarrive à communiquer dans cette langue. Jétais heureux de pouvoir dire ma première messe en arabe. La langue est très importante
--------------------------------------------------------------------------------Père José Maria Cantal Rivas
"Le Burkina, le meilleur souvenir de ma vie"
En séjournant à Alger, nous avons eu la chance de revoir un Père Blanc qui a longtemps servi au Burkina, précisément à Téma Bokin dans le diocèse de Kaya. Cest lEspagnol Père José Cantal Rivas Marie. Ouvert et humoristique à souhait, ce "Burkinabè de Bokin" garde un très bon souvenir de ses 12 années passés au pays des Hommes intègres avant de rejoindre lAlgérie.
Depuis peu, il est le supérieur provincial des Pères Blancs en Algérie et en Tunisie. Entre le mooré (langue burkinabé), larabe et le français, ce prêtre affirme tout de go qu"au Burkina il a rencontré des hommes et des femmes qui lont aidé à être plus humain et bon chrétien". Il a aimé et il aime lAfrique, mais il a beaucoup aimé le Burkina : "Cest le meilleur souvenir de ma vie", confesse-t-il. En Algérie, il reconnaît que sa mission est exaltante parce que, dit-il, "on rend des gens heureux au nom de notre foi". Pour lui, cela va amener certains Algériens à "connaître la source de notre joie, Jésus" et amener dautres Algériens à approfondir leur propre foi au nom de cette amitié qui naît entre chrétiens et musulmans. Il a tenu à lancer un appel aux parents catholiques dont les enfants vont étudier en Algérie. Certains déconseillent leurs enfants de ne pas aller en Algérie avec Bible et chapelet.
Pour le Père José, ces jeunes doivent garder leur foi vivante. Ils vivent librement leur foi en Algérie. Pour le Père José, il ny a pas de rivalité. Homme de Dieu, il appelle toute lhumanité à se tolérer et à saimer pour un monde meilleur. Et de conclure : "La vraie unité africaine se fait ici en Algérie. Il y a plus de 10 000 étudiants boursiers de lAfrique qui se forment ici en Algérie. Certains sont chrétiens, dautres ne le sont pas, mais tous seront lélite de demain. Pour avoir vécu ensemble dans une cité universitaire, ces milliers détudiants ont découvert beaucoup de choses. Ce sont des jeunes qui apprennent à se frotter, à se respecter et avoir des ambitions pour leur continent. Cest ça lunité africaine." Pour conclure, lancien aumônier de la JEC de Téma Bokin clame : "Je suis bien placé ici en Algérie pour dire quon peut être différents sans être ennemis, quon peut vivre au milieu des musulmans sans être frustré, sans avoir de la haine dans son cur. Je me sens très heureux ici, parce que beaucoup dAlgériens maiment et cela maide beaucoup".
Propos recueillis à Alger par Alexandre Le Grand ROUAMBA