Missionnaires d'Afrique
Benoît XVI
BéninLengagement de lAfrique pour le Seigneur Jésus-Christ
Au service de la réconciliation, de la justice et de la paix
Extraits de lexhortation apostolique post-synodale Africae Munus sur lÉglise en Afrique
1. Lengagement de lAfrique pour le Seigneur Jésus-Christ est un trésor précieux que je confie, en ce début de troisième millénaire, aux évêques, aux prêtres, aux diacres permanents, aux personnes consacrées, aux catéchistes et aux laïcs de ce cher continent et des îles voisines. Cette mission porte lAfrique à approfondir la vocation chrétienne. Elle linvite à vivre, au nom de Jésus, la réconciliation entre les personnes et les communautés, et à promouvoir pour tous la paix et la justice dans la vérité.
5. Face aux nombreux défis que lAfrique souhaite relever pour devenir toujours plus une terre de promesses, lÉglise pourrait être tentée, comme Israël, par le découragement, mais nos ancêtres dans la foi nous ont montré la juste attitude à avoir. Ainsi Moïse, le serviteur du Seigneur, par la foi comme sil voyait lInvisible, tint ferme (Hb 11, 27). Lauteur de la Lettre aux Hébreux nous le rappelle : La foi est la garantie des biens que lon espère, la preuve des réalités quon ne voit pas (11, 1). Jexhorte donc lÉglise entière à poser sur lAfrique ce regard de foi et despérance. Jésus-Christ, qui nous a invités à être le sel de la terre et la lumière du monde (Mt 5, 13. 14), nous offre la puissance de lEsprit pour réaliser toujours mieux cet idéal.
9. La mémoire de lAfrique garde le souvenir douloureux des cicatrices laissées par les luttes fratricides entre les ethnies, par lesclavage et par la colonisation. Aujourdhui encore, le continent est confronté à des rivalités, à des formes desclavage et de colonisation nouvelles. La première Assemblée Spéciale lavait comparé à la victime des bandits, laissée moribonde au bord du chemin (cf. Lc 10, 25-37). Cest pourquoi on a pu parler de la marginalisation de lAfrique.
Une tradition née sur cette terre africaine identifie le bon Samaritain au Seigneur Jésus lui-même et invite à lespérance. Clément dAlexandrie écrivait en effet : Qui, plus que lui, a eu pitié de nous, qui étions pour ainsi dire mis à mort par les puissances du monde des ténèbres, accablés dune multitude de blessures, de craintes, de désirs, de colères, de chagrins, de mensonges et de plaisirs ? Lunique médecin de ces blessures, cest Jésus. Il y a alors de nombreux motifs despérance et daction de grâce. Ainsi, par exemple, malgré les grandes pandémies - comme le paludisme, le sida, la tuberculose, etc.- qui déciment sa population et que la médecine cherche toujours plus efficacement à éradiquer, lAfrique maintient sa joie de vivre, de célébrer la vie qui provient du Créateur dans laccueil des naissances pour que sagrandisse le cercle de la famille et de la communauté humaine. Je vois également un motif despérance dans le riche patrimoine intellectuel, culturel et religieux dont lAfrique est dépositaire. Elle désire le préserver, lexplorer davantage et le faire connaître au monde. Il sagit là dun apport essentiel et positif.
22. Il ne fait pas de doute que la construction dun ordre social juste relève de la compétence de la sphère politique. Cependant, une des tâches de lÉglise en Afrique consiste à former des consciences droites et réceptives aux exigences de la justice pour que grandissent des hommes et des femmes soucieux et capables de réaliser cet ordre social juste par leur conduite responsable. Le modèle par excellence à partir duquel lÉglise pense et raisonne, et quelle propose à tous, cest le Christ. Selon sa doctrine sociale, lÉglise na pas de solutions techniques à offrir et ne prétend aucunement simmiscer dans la politique des États. Elle a toutefois une mission de vérité à remplir [ ] une mission impérative. Sa doctrine sociale est un aspect particulier de cette annonce : cest un service rendu à la vérité qui libère.
88. Comme nous le révèlent de nombreux mouvements sociaux, les relations interreligieuses conditionnent la paix en Afrique comme ailleurs. Dès lors, il importe que lÉglise promeuve le dialogue comme attitude spirituelle afin que les croyants apprennent à travailler ensemble, par exemple dans des associations orientées vers la paix et la justice, dans un esprit de confiance et dentraide. Les familles doivent être éduquées à lécoute, à la fraternité et au respect sans crainte de lautre.
94. Dans certains pays, une bonne entente règne entre chrétiens et musulmans ; en dautres, les chrétiens locaux nont quune citoyenneté de second rang et des catholiques étrangers, religieux ou laïcs, ont du mal à obtenir visas et permis de séjour ; en dautres, les éléments religieux et politiques ne sont pas suffisamment distingués, en dautres enfin lagressivité existe. Jexhorte lÉglise, dans toute situation, à persévérer dans lestime des musulmans, qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Si nous tous, croyants en Dieu, désirons servir la réconciliation, la justice et la paix, nous devons uvrer ensemble pour bannir toutes les formes de discrimination, dintolérance et de fondamentalisme confessionnel.
Dans son uvre sociale, lÉglise ne fait pas de distinction religieuse. Elle aide qui est dans le besoin, quil soit chrétien, musulman ou animiste. Elle témoigne ainsi de lamour de Dieu, créateur de tous et encourage les adeptes dautres religions à une attitude respectueuse et à une réciprocité dans lestime. Jinvite toute lÉglise à chercher, par un patient dialogue avec les musulmans, la reconnaissance juridique et pratique de la liberté religieuse, de telle sorte quen Afrique chaque citoyen jouisse, non seulement du droit au choix libre de sa religion et à lexercice du culte, mais aussi du droit à la liberté de conscience. La liberté religieuse est la voie de la paix.
173. Je le redis à nouveau : Lève-toi, Église en Afrique [ ] parce que le Père céleste tappelle, Lui que tes ancêtres invoquaient comme Créateur, avant den connaître la proximité miséricordieuse, révélée dans son Fils unique, Jésus-Christ.
177. Puisse lÉglise catholique en Afrique être toujours un des poumons spirituels de lhumanité, et devenir chaque jour davantage une bénédiction pour le noble continent africain et pour le monde entier !
Donné à Ouidah, au Bénin, le 19 novembre 2011
Benoît XVI
Tiré du Petit Echo N° 1033 2012/7
Missionaries of Africa
Benedict XVI
Benin
Africas commitment to the Lord Jesus Christ
In service to reconciliation, justice and peace
Extracts from Africae Munus, the Post-Synodal Apostolic Exhortation on the Church in Africa
1. Africas commitment to the Lord Jesus Christ is a precious treasure which I entrust at the beginning of this third millennium to the bishops, priests, permanent deacons, consecrated persons, catechists and lay faithful of that beloved continent and its neighbouring islands. Through this mission, Africa is led to explore its Christian vocation more deeply; it is called, in the name of Jesus, to live reconciliation between individuals and communities and to promote peace and justice in truth for all.
5. In the face of the many challenges that Africa seeks to address in order to become more and more a land of promise, the Church, like Israel, could easily fall prey to discouragement; yet our forebears in the faith have shown us the correct attitude to adopt. Moses, the Lords servant, by faith ... persevered as though he saw him who is invisible (Heb 11:27). As the author of the Letter to the Hebrews reminds us: Faith is the assurance of things hoped for, the conviction of things not seen (11:1). For this reason I call upon the whole Church to look to Africa with faith and hope. Jesus Christ, who invites us to be the salt of the earth and the light of the world (Mt 5:13-14), offers us the power of the Spirit to help us come ever closer to attaining this ideal.
9. Africas memory is painfully scarred as a result of fratricidal conflicts between ethnic groups, the slave trade and colonization. Today too, the continent has to cope with rivalries and with new forms of enslavement and colonization. The First Special Assembly likened it to the victim of robbers, left to die by the roadside (cf. Lk 10:25-37). This is why it was possible to speak of the marginalization of Africa.A tradition born on African soil identifies the Good Samaritan with the Lord Jesus himself, and issues an invitation to hope. It was Clement of Alexandria who wrote: Who, more than he, took pity on us, when by the princes of darkness we were all but mortally wounded by our fears, lusts, passions, pains, deceits and pleasures? Of these wounds, the only physician is Jesus. There are thus many reasons for hope and gratitude. For example, despite the great pandemics which decimate its population such as malaria, AIDS, tuberculosis and others diseases which medical science is still struggling to eliminate once and for all, Africa maintains its joie de vivre, celebrating Gods gift of life by welcoming children for the increase of the family circle and the human community. I also see grounds for hope in Africas rich intellectual, cultural and religious heritage. Africa wishes to preserve this, to deepen it and to share it with the world. By doing so, it will make an important and positive contribution.
22. There is no doubt that the building of a just social order is part of the competence of the political sphere. Yet one of the tasks of the Church in Africa consists in forming upright consciences receptive to the demands of justice, so as to produce men and women willing and able to build this just social order by their responsible conduct. The model par excellence underlying the Churchs thinking and reasoning, which she proposes to all, is Christ. According to her social teaching, the Church does not have technical solutions to offer and does not claim to interfere in any way in the politics of states. She does, however, have a mission of truth to accomplish ... [one] that the Church can never renounce. Her social doctrine is a particular dimension of this proclamation: it is a service to the truth which sets us free.
88. As many social movements indicate, peace in Africa, as elsewhere, is conditioned by interreligious relations. Hence it is important for the Church to promote dialogue as a spiritual disposition, so that believers may learn to work together, for example in associations for justice and peace, in a spirit of trust and mutual help. Families must be educated in attentive listening, fraternity and respect without fear of the other. One thing only is necessary (cf. Lk 10:42): love and contemplation of him before whom Saint Augustine cried out: Eternal Truth, true Love, beloved Eternity!
94. In some countries, good relations exist between Christians and Muslims; in others, the local Christians are merely second-class citizens, and Catholics from abroad, religious and lay, have difficulty obtaining visas and residence permits; in some, there is insufficient distinction between the religious and political spheres, while in others, finally, there is a climate of hostility. I call upon the Church, in every situation, to persist in esteem for Muslims, who worship God who is one, living and subsistent; merciful and almighty, the creator of heaven and earth, who has also spoken to humanity. If all of us who believe in God desire to promote reconciliation, justice and peace, we must work together to banish every form of discrimination, intolerance and religious fundamentalism.In her social apostolate, the Church does not make religious distinctions. She comes to the help of those in need, be they Christian, Muslim or animist. In this way she bears witness to the love of God, creator of all, and she invites the followers of other religions to demonstrate respect and to practise reciprocity in a spirit of esteem. I ask the whole Church, through patient dialogue with Muslims, to seek juridical and practical recognition of religious freedom, so that every citizen in Africa may enjoy not only the right to choose his religion freely and to engage in worship, but also the right to freedom of conscience. Religious freedom is the road to peace.
173. Once more I say: Get up, Church in Africa because you are being called by the heavenly Father, whom your ancestors invoked as Creator even before knowing his merciful closeness revealed in his only-begotten Son, Jesus Christ.
177. May the Catholic Church in Africa always be one of the spiritual lungs of humanity, and become daily an ever greater blessing for the noble African continent and for the entire world.
Given at Ouidah, Benin, 19th November 2011
Benedict XVI
From Petit Echo n° 1033 2012/7