Le Centre Afrika

Le monde africain
à Montréal


Jean-François Bégin, laïc marié et père de famille, travaille avec les Missionnaires d’Afrique depuis plus Photo de Jean-François au centre Sharingde 17 ans. Comme ‘associé MAfr’, il a été animateur pendant 3 ans auprès des jeunes au centre Sharing de Kampala en Ouganda. À son retour, la Société lui a demandé de continuer comme animateur missionnaire et formateur des laïcs missionnaires. Depuis 1998, il est engagé comme permanent au Centre Afrika situé dans notre maison de la rue St-Hubert, à Montréal. Cet article a été écrit pour le bulletin du Centre Justice et Foi, un collectif montréalais d’inspiration ignatienne qui sous la direction des Jésuites cherche à faire le lien entre l’Évangile et la vie. Deux confrères oeuvrent au Centre Afrika, Roger Bélanger et Claude Venne.

Lorsqu’en 1868, le Cardinal Lavigerie a fondé les Missionnaires d’Afrique avec des hommes (et des femmes dès 1869) destinés à servir l’Afrique et les Africains, il ne se doutait certainement pas qu’il y aurait un jour un nombre si important de réfugiés et d’immigrants africains se déplaçant vers les pays d’Europe et d’Amérique. Mais grâce aux règles et aux principes qu’il nous a transmis, Lavigerie a préparé ses missionnaires à faire face aux défis du monde moderne. Faisant siennes les paroles d’un poète latin ‘Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger’, Lavigerie a tracé un chemin pour vivre l’Évangile dans un monde en perpétuel changement.

Il y a plus d’une vingtaine d’années, les Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs) du Canada ont réfléchi sur le sens de leur engagement auprès des personnes venant du monde africain. Devant leur nombre de plus en plus grandissant en Europe et en Amérique, ils ont pris conscience des difficultés de l’intégration et de l’insertion sociale de ces nouveaux arrivants en terre étrangère. Pour les MAfr, il devenait évident que leur apostolat auprès des Africains venus en Amérique du Nord représentait un nouveau défi à relever. Cette dynamique vers les réfugiés et les migrants africains s’inscrivait dans la ligne de la vision de Lavigerie qui croyait essentiel de faire l’effort de se rapprocher des personnes en tout ce qui est possible, langue, culture, vêtement, nourriture et mode de vie, afin d’assurer une rencontre en profondeur.

Création d’un centre communautaire africain
Ce discernement a permis de renouveler la mission des MAfr au Canada en créant, en 1988, le Centre Afrika. De rencontres avec des groupes et organismes de Montréal œuvrant auprès des réfugiés et des migrants, et des entretiens avec plusieurs Africains, ont permis de mieux cibler les besoins et les aspirations des nouveaux venus africains. En fondant un centre communautaire africain en plein cœur du centre-ville de Montréal, les MAfr ont mis sur pied un lieu d’accueil permettant la rencontre entre des peuples et des cultures dans la compréhension et le respect des différences. Dès le début, le Centre Afrika s’est affirmé comme une maison familiale, un espace chaleureux, où tous se sentent acceptés et reconnus.

Dès les premières années, le Centre Afrika a reçu et accueilli des personnes de tous horizons. Les animateurs, Pères Blancs, Soeurs Blanches et laïcs, ont accompagné des réfugiés dans les démarches d’immigration, visité les familles et accueilli au centre divers groupes pour des fêtes de famille, des anniversaires, des célébrations d’étapes de vie, baptêmes, mariages et même cérémonies à la mémoire des défunts. Les animateurs ont été présents aux immigrants de toute origine et de toute religion. Mais plus que tout, les animateurs ont tissé des relations durables qui, au fil du temps, sont devenues des ponts entre les cultures, permettant ainsi aux Québécois de souche et aux nouveaux arrivants de mieux se connaître.

Au fil des rencontres, les responsables du centre et leurs collaborateurs se sont questionné sur les raisons d’être du Centre Afrika mais personne n’a jamais remis en question son existence. Des Africains nous rappelaient l’importance de connaître les gens et les associations pour découvrir leurs besoins et leurs aspirations. Nous avons compris que l’équipe devait se mettre au service des Africains afin de faciliter leur intégration sociale. Un longue étude à suivi afin de cerner la réalité des personnes qui fréquentent le centre. Après quelques années, nous revenions sans cesse aux intuitions premières du Centre Afrika, la rencontre et la connaissance des Africains qui immigrent à Montréal, leur accueil en se mettant à l’écoute de leurs aspirations. Et toujours nous devions favoriser le rapprochement avec les Québécois d’origine.

Le centre dut évoluer et adapter ses services aux nouveaux besoins des communautés africaines en expansion. Nous nous sommes rapprochés de certaines associations communautaires africaines afin de soutenir leurs leaders dans la réalisation de leurs projets. Comme le Centre Afrika bénéficie d’une crédibilité certaine auprès des instances gouvernementales, des institutions privées, des regroupement d’organismes, nous avons cherché à faire bénificier de cette notoriété les groupes africains pour que des portes s’ou-vrent quand ils cherchent des appuis à leurs projets.

Le centre dispose également d’une banque de données sur des personnes et des organismes africains aux buts précis : traduction, interprétariat, arts, musique, recherche, défense des droits humains, dimension spirituelle et religieuse, etc. Ces données sont une richesse qui permet de répondre à de multiples demandes. En ce sens, le Centre Afrika est devenu une référence au service de toute personne liée au monde africain.

Aujourd’hui, le Centre Afrika est vu comme une ‘case familiale’ pour les Africains de Montréal et pour toute personne s’intéressant au monde africain. Qu’ils soient réfugiés, étudiants, futurs entrepreneurs, intervenants de différents réseaux, jeunes impliqués dans la solidarité internationale, beaucoup viennent au centre pour être orientés vers les ressources dont ils ont besoin. Des groupes se réunissent au centre à l’occasion et d’autres y ont des activités régulières, communautés chrétiennes, groupes culturels, artistes, associations, etc.

Développer des liens d’amitié et d’entraide
Quelque soient leurs rêves, leurs désirs et leurs aspirations, nous souhaitons accompagner les Africains dans leur cheminement vers une meilleure intégration. En Afrique, une des forces de vie vient des liens qu’une personne entretient avec sa famille et sa communauté. C’est une question de survie mais aussi de richesse car les liens et les relations représentent la sécurité sociale et l’équilibre personnel. Souvent, ce qui manque le plus aux Africains qui viennent s’établir à Montréal, par choix ou comme réfugiés, c’est la présence d’une famille élargie, d’une commuanuté. Le Centre Afrika offre des activités pour rompre l’isolement des nouveaux arrivants en leur permettre de développer un réseau d’amis. Lors d’activités interculturelles, les personnes échangent avec d’autres qui comprennent les défis auxquels chacun fait face puisqu’elles en ont fait elles-mêmes l’expérience.

Une participante du groupe Échange-jeunesse a témoigné : ‘Le Centre Afrika m’a donné un groupe d’amis. Dans nos soirées thématiques, chacun élargit ses horizons et acquiert de nouvelles convictions sur le plan humain et spirituel. Nous y exprimons nos engagements réalisés au nom de valeurs liées à la justice et à la paix. Je me rappelle d’une soirée sur l’intégration sociale où nous avions apporté des plats de plusieurs pays. J’aime ces espaces de liberté d’expression où l’on se sent mieux vivre parce qu’en lien avec les autres. Ce soir-là, il y avait des jeunes des quatre coins de la planète, des Seychelles, du Viet Nam, du Québec, du Burkina, du Togo, du Congo...’

Bâtir une communauté au nom des valeurs
Le Centre Afrika est engagé dans l’organisation d’activités religieuses afin que les personnes vivent leur foi dans un cadre plus familial tout en favorisant le rapprochement entre les religions. Lors d’un rendez-vous mensuel pour ‘la messe africaine’, nous célébrons notre amour pour le Christ à travers une liturgie ponctuée de chants et de musiques provenant de diverses cultures africaines. Des chorales africaines, à tour de rôle, viennent ‘ambiancer’ la liturgie. Nous prions aux rythmes des pays d’origine. On sent alors la joie d’être réunis au nom du Seigneur.

Le Centre Afrika a trouvé sa place dans la vie des communautés africaines de Montréal. Il est un espace de rencontre qui sert de tremplin et de carrefour pour ceux qui le fréquentent. Il devient ainsi un lieu de liaison où notre rôle d’animateur est celui d’accompagnateur et de rassembleur. Nous commençons à voir les fruits de notre travail. Dernièrement, nous avons contribué à certains projets mobilisateurs, particulièrement dans le cadre d’animations africaines dans les écoles et les institutions publiques. Nous collaborons également à des initiatives communautaires qui prennent forme grâce à des leaders qui s’affirment comme une force créatrice pour l’avenir des Africains au Québec. Nous croyons que l’accueil et l’accompagnement offerts par le Centre Afrika, en conjonction avec le dynamisme de nos amis africains, annoncent des jours meilleurs pour les nouveaux arrivants. Leur présence à Montréal apporte des richesses nouvelles au Québec d’aujourd’hui.

Jean-François Bégin

http://www.centreafrika.com/


Afrika Centre

The African World
in Montreal


Jean-François Bégin, layman and father of a family, has been working with the Missionaries of Africa for Photo de Jean-François au centre Sharingover 17 years. As a MAfr Associate Member he was coordinator for youth at Sharing Kampala, Uganda, for three years. On his return to Quebec, the Society asked him to continue as a missionary promoter and formator for lay missionaries. Since 1998, he has been taken on full time at the Afrika Centre situated in our house in the Rue St-Hubert, Montreal. This article was written for the Newsletter of the ‘Centre Justice et Foi’, a Montreal group of Ignatian inspiration, which under Jesuit direction seeks to create the link between the Gospel and life. Confreres Roger Bélanger and Claude Venne work at the Afrika Centre.

When Cardinal Lavigerie founded the Missionaries of Africa in 1868 with men (and women from 1869) destined to serve Africa and Africans, he could not have imagined that one day there would be so many African refugees and migrants travelling towards the countries of Europe and America. However, thanks to the rules and principles he passed on to us, Lavigerie prepared his missionaries to face up to the challenges of the modern world. Making his own the words of a Latin poet, ‘I am a man and I am not a stranger to anything that is human’, Lavigerie forged a way to live the Gospel in a world of constant change.

Over twenty years ago, the Missionaries of Africa (White Fathers) in Canada thought hard about the meaning of their commitment to people coming from the African world. Faced with their increasing numbers in Europe and America, they became aware of the difficulties in social integration of these new arrivals in foreign lands. For the MAfr, it was clear that their apostolate to Africans arriving in North America represented a new challenge to take up. This dynamic towards African refugees and migrants was in the line of the vision of Lavigerie, who deeply believed in making the effort to come close to people in every way possible, language, culture and dress, food and lifestyle, so as to ensure a bonding with them in depth.

Creation of an African Community Centre
This discernment enabled the renewal of mission for the MAfr in Canada in creating the Afrika Centre in 1988. Meetings with group and organisations in Montreal working with refugees and migrants as well as interviews with several Africans led to better targeting of the needs and aspirations of newly arrived Africans. By founding an African Community Centre at the hub of Montreal, the MAfr established a place of welcome enabling people and cultures to meet in mutual understanding and respect for differences. From the outset, the Afrika Centre asserted itself as a family home, a warm welcoming space where everyone feels accepted and acknowledged.

From the early years, the Afrika Centre received and welcomed people from all over. The organisers, White Fathers, White Sisters and laypersons befriended the refugees in their immigration requirements, visited families and welcomed to the Centre various groups for family celebrations of birthdays, significant moments in their lives, baptisms, marriages and even ceremonies in memory of the deceased. The organisers were there for migrants from all points of the compass and all religions. However, above all, the organisers created lasting relationships that down the years have become bridges between cultures, thus enabling the original residents of Quebec to meet the new arrivals and get to know one another better.

As meetings continued to take place, those in charge of the Centre and their co-workers asked themselves about the aims of the Afrika Centre, but no one ever questioned its existence. Africans reminded us of the importance of knowing the people and associations in order to discover their needs and aspirations. We realised that the team should put itself at the service of Africans to facilitate their social integration. A long survey followed in order to create a profile of the people frequenting the Centre. After some years, we came back continually to the initial intuitions of the Afrika Centre, the meeting with and acquaintance of Africans immigrating to Montreal, and their welcoming by being attentive to their aspirations. In addition, we needed to continue promoting closer relations with the original residents of Quebec. The Centre needed to evolve and adapt its services to the new needs of African communities expanding. We approached certain African community associations in order to support their leaders in putting their projects into effect. As the Afrika Centre enjoyed a certain amount of credibility with governmental agencies, private institutions and collective organisations, we sought to pass on this benefit of good reputation to African groups so that doors would open for them when they seek support for their projects.

The Centre also has a database of specific African men and women and organisations for translations, interpreting, art, music, research, human rights watch, spiritual and religious aspects, and so on. In this sense, the Afrika Centre has become a point of reference at the service of any person linked to the African world. Today, the Afrika Centre is seen as a ‘family hut’ by the Africans of Montreal and for any person interested in the African world. Whether they are refugees, students, future entrepreneurs, contributors for different networks or young people involved in international solidarity, many come to the Centre to be directed towards the resources they need. Some groups meet at the Centre occasionally, others have regular activities, Christian groups, cultural groups, artists, associations, and so on. Their presence enables the Centre organisers to know more about what African communities are living and to discover more about those men and women who are involved in different sectors of life in Montreal and Quebec. There is a mutual enrichment in this.

Developing ties of friendship and mutual support
Whatever their dreams, desires and aspirations, we hope to accompany Africans on their way to greater integration. In Africa, one of the vital forces comes from the bonds a person maintains with his family and community. It is a matter of survival, but also a richness, as these ties and relationships represent social security and personal balance. Often what is lacking to many Africans coming to settle in Montreal, by choice or as refugees, is the extended family of community. The Afrika Centre offers activities to break the isolation of the newly arrived in enabling them to develop a network of friends. During intercultural activities, people are able to chat with others, who understand the challenges everyone faces, as they have had the same experience themselves.

A participant of the group ‘Échange-jeunesse’ shared, ‘The Afrika Centre gave me a group of friends. In our topic discussion evenings everyone broadens their horizons and acquires new and profound beliefs on the human and spiritual level. I remember an evening concerning social integration where everyone brought recipes from their countries explaining the origin of each dish and the particular occasion for its preparation. Throughout that evening, everyone was able to express their commitments undertaken for the sake of values linked to justice and peace. I love those spaces of free expression when it feels good to be alive and in touch with others who are citizens of the world! That evening, there were young people from the four corners of the planet: the Seychelles, Vietnam, Quebec, Burkina Faso, Togo, and DR Congo.’

Building value-based community
The Afrika Centre is involved in the organisation of religious activities so that people may live their faith in a more familiar setting while promoting reconciliation between religions. During a monthly rendezvous for the ‘African Mass’, we celebrate our love for Christ by means of a liturgy punctuated with hymns and music from diverse African cultures. Several people who are not African in origin participate in the life of the Christian community. African choirs come in turn to create an appropriate atmosphere for the liturgy. We pray to the rhythm of the countries of origin. We then feel the joy of being united in the name of the Lord.

The Afrika Centre has found its place in the life of the African communities of Montreal. It is a space for meeting, serving as a stepping-stone and crossroads for those who frequent it. It therefore becomes a harnessing point where our role as organisers is in accompanying and gathering people together. We are beginning to see the results of our work. Lately, we have contributed to certain projects capable of attracting people’s support, particularly in the context of African activities in schools and public institutions. We also collaborate in community initiatives taking shape thanks to leaders asserting themselves as a creative force for the future of Africans in Quebec. We believe that the welcome and sponsorship offered by the Afrika Centre, improved by the dynamism of certain African migrants, predicts better days for those men and women who are determined to take their place in enhancing Quebec today.

Jean-François Bégin

http://www.centreafrika.com/