Pères Blancs
Jan Heuft
Algérie
Limmigration féminine
Accueillant tous les jours des réfugiés et migrants subsahariens, on ne peut pas ne pas être frappé par la présence importante et courageuse des nombreuses femmes dans cette population, partageant, volontairement, la vie des hommes dans leur fuite des situations de guerres ou de désastres économiques de leurs pays.
On ne peut pas non plus rester insensible devant cette réalité où des femmes subissent la violence des hommes, comme le relate dernièrement un rapport de lONU parlant des 15 000 femmes violées en un seul mois en 2010 dans lEst du Congo RDC. Comme à nos frontières du sud où des témoins oculaires, fiables, relatent que des femmes sont empêchées par les hommes de monter dans des camions, lorsquelles veulent entamer la route du retour, pour profiter delles jusquà ce quelles nen puissent plus !
Ici, en Afrique du Nord, à travers notre petite structure daccueil dAlger, nous sommes fortement bouleversés par le fait quen moins de deux ans, sur 25 personnes décédées, 20 étaient des femmes. Pourtant, nous admirons tous les jours un peu plus leur courage daffronter les difficultés journalières de tout genre, à commencer par leur propre mari qui souvent ne travaille pas et peut avoir un comportement très violent envers sa compagne.
Lors dune rencontre, nous avons constaté que la plupart des femmes réfugiées ou migrantes travaillent comme femmes de ménage ou dans des hammams comme masseuses. Dautres travaillent à la maison dans de petits ateliers de confection ou fournissent des repas africains à leurs compatriotes et amis. Beaucoup se plaignent pourtant des travaux trop lourds à exécuter chez leurs patronnes, des journées trop longues, dêtre sous payées et exploitées. Il arrive de temps en temps quelles soient renvoyées sans pouvoir récupérer leurs dus !
Au niveau de la petite famille africaine, il nous semble que la femme occupe de plus en plus une place prépondérante compte tenu de sa contribution au budget familial et de sa fonction de protectrice. En effet, une femme avec enfant, avec ou sans mari, est moins vite refoulée du pays par les autorités quun homme seul. Nous constatons avec plaisir que très souvent, la femme réfugiée ou migrante prend le devant pour défendre le droit de ses enfants là où lhomme se cache, de peur dêtre refoulé.
Dautre part, nous soulignons à nouveau lénorme souffrance que subissent de nombreuses femmes à cause des maladies, du nombre denfants, du manque de logement décent et des tâches ménagères pénibles. Le dernier témoignage dAnne-Marie, décédée en juin 2010, congolaise, qui allait déglise à mosquée, quémandant pour subvenir aux besoins de sa fille handicapée mentale, violée, et depuis, avec un petit enfant, est suffisamment éloquent. Ou encore, ces jours-ci, celui dune jeune femme libérienne de 22 ans, atteinte dune maladie très grave, qui a pu être sauvée in extremis par léquipe médicale dun hôpital dAlger. Puis il y a toutes ces femmes dont les maris ont été arrêtés, refoulés vers la frontière du sud. Comment peuvent-elles faire face aux charges familiales et de logement sans la présence de leur époux ? Nous en connaissons un bon nombre. Sans parler des maris qui ont carrément abandonné leur foyer, disparus, laissant femme et enfants dans la rue à la merci des bailleurs plus ou moins honnêtes de logements ou de carcasses en construction.
Au-delà de tout cela, une question importante nous reste sur les lèvres : que va devenir cette population, surtout les femmes et leurs enfants, après de longues années de présence sur le territoire algérien, si aucun statut légal ne peut lui être trouvé, classée réfugiée au HCR ou non ? Le retour, volontaire, ou de force, sera-t-il une solution ?
Jan Heuft
Tiré du Petit Echo N° 1027 2012/6
White Fathers
Jan Heuft
Algeria
Womens Immigration
When receiving sub-Saharan refugees and migrants on a daily basis, we cannot but be struck by the considerable and courageous presence of many women among this multitude, voluntarily sharing the lives of the men in their flight from situations of war or economic catastrophes in their countries.
Neither can we remain insensitive when faced with this reality whereby women undergo violence from men, as a recent UNO report related, mentioning the 15,000 women raped in a single month in 2010 in the east of the DR Congo. It is likewise on our southern borders, where, according to reliable eye-witnesses, women are prevented by men from climbing onto the lorries when they want to begin their return journey, so as to take advantage of them until they are completely exhausted!
Here, in North Africa, through our small reception set-up at Algiers, we are taken aback by the fact that in less than two years 20 out of 25 deaths were of women. Nevertheless, every day, we admire their courage a little more as they confront all kinds of difficulties on a daily basis, beginning with their husbands, who are often unemployed and can have a very violent behaviour towards their spouses.
During meetings, we observed that most women migrant/refugees work as domestics or in steam baths as masseuses. Other work from home in small clothing workshops or provide African meals for their compatriots and friends. Many, however, complain of excessively heavy work to do for their women bosses, long hours, underpaid and exploited. Sometimes they are dismissed without being able to recover their due wages!
At the level of the small Africa family, it seems to us that the woman is playing an increasingly important role in her contribution to the family budget and her function as defender of the family. Indeed, a woman with a child, with or without a husband, is less often expelled from the country by the authorities than a man alone. We note with pleasure that very often the refugee or migrant mother puts herself in the forefront of the defence of her childrens rights in cases where the man hides himself, fearing deportation.
On the other hand, we emphasise once again the enormous suffering undergone by many women through illness, the number of children, the lack of decent lodging and irksome household tasks. The last testimony given by Anne Marie, Congolese, who died in June 2010, speaks for itself. She went from church to mosque, begging in order to supply the needs of her mentally disabled daughter who had been raped and had since borne a child. Again, only today, there was a young Liberian woman of 22 who was afflicted with a very serious illness and was able to be saved in extremis by the medical team of a hospital in Algiers.
In addition, there are all these wives whose husbands have been arrested and expelled towards the southern frontier. How can they face up to their family responsibilities for lodging without the presence of their husbands? We know a good number of them. This does not include husbands who have just abandoned their families and disappeared, leaving their wives and children in the street at the mercy of more or less honest proprietors for lodgings, or in the skeletons of building under construction.
Over and above all this, an important issue is on the tips of our tongues: what is going to become of this population, especially the women and children, after endless years of presence on Algerian soil if no legal status can be found for them, classed as HCR refugee or not? Is voluntary or forced repatriation really the solution?
Jan Heuft
From Petit Echo n° 1027 2012/1