Missionnaires d'Afrique
Province d'Allemagne
Activités JPIC dans la Province européenne
(Justice, Paix et Intégrité de la Création)
Par Wolfgang Schonecke M.Afr.
Depuis 1974, la plupart des Chapitres ont mis fortement laccent sur Justice et paix comme partie intégrante de la mission. Lune des recommandations a été détablir des commissions JPIC dans les Provinces et les régions.
Il faudrait faire tout un travail de recherche pour donner un résumé convenable des activités des commissions JPIC des 10 secteurs qui composent la nouvelle Province européenne. Je vais me cantonner à celle que je connais le mieux, la commission JPIC du secteur allemand.
Dans cette commission, vous ne trouvez pas seulement des confrères qui sont intéressés personnellement à cette dimension de la mission. Chaque communauté du secteur doit envoyer un représentant afin que JPIC ne soit pas perçue comme lactivité de quelques « experts » exotiques comme cela arrive souvent - mais comme lactivité de tout le secteur et de chaque communauté. Le délégué de chaque communauté doit rapporter à ses confrères ce qui sest dit dans les réunions. Reste à savoir ce qui se fait réellement.
Que se passe-t-il donc dans ces réunions qui ont lieu trois ou quatre fois par an, plus un séminaire annuel ? Léventail des sujets est très large. La première source dinformation et de propositions daction est la branche allemande du Réseau Justice et Paix Afrique-Europe (AEFJN). Les thèmes annuels et les actions proposées y sont habituellement présentés et expliqués.
Mais lintérêt du groupe est plus large. Lislam a été le sujet de plusieurs réunions. Les migrants et la migration attirent notre attention puisquils font partie de notre vie en Europe et que nombre dentre eux viennent dAfrique. Le travail de nos confrères dans les quatre « Centres Afrique » de la Province montre que nous sommes concernés par le traitement souvent injuste réservé aux migrants en Europe.
Il est arrivé à la commission de faire appel à des experts pour nous informer sur les politiques et les pratiques environnementales et encourager les confrères et les communautés à économiser lénergie et à ne pas gaspiller leau. Nombre de ces idées pratiques sont maintenant entrées dans la mentalité de la plupart des confrères.
Évidemment, nous encourageons les produits du commerce équitable, mais je doute que la plupart des communautés boivent du café commerce-équitable le matin. Lenseignement du noviciat sur la pauvreté, qui consiste à économiser le moindre sou pour « les missions », est trop profondément enfoui dans le subconscient pour que prévale lidée dacheter à un prix « équitable », donc plus élevé.
Lépineuse question des investissements éhtiques est compliquée. On accuse facilement les économes qui répondent : « On a toujours fait comme ça. » Comme pour la plupart des questions de justice, cest beaucoup plus complexe quil napparaît à première vue. Même avant que lhumanité ne soit frappée par la crise financière, nous avions eu des discussions sur la possibilité dun autre système économique mondial. Force nous a été de constater quil est plus facile de comprendre la corruption et linjustice du système actuel que de trouver une solution réaliste et viable pour le futur.
Les commissions JPIC nous ont certainement rendus davantage conscients des nombreuses structures globales dinjustice qui ont des conséquences néfastes pour les pauvres dAfrique et dEurope. Savoir et comprendre sont certainement les premières conditions du changement. La faiblesse de nos commissions est que nous avons tendance à nous arrêter à linformation et débouchons rarement sur une action. Nous pouvons signer la pétition dune campagne et envoyer un e-mail à un ministre. Mais avons-nous un jour pris position en tant que secteur, Province ou Société et écrit une déclaration comme Missionnaires dAfrique ? Est-ce par manque de courage ou de compétence, ou est-ce prudence et modestie de la part de « notre petite Société » ?
Tous les deux ans, des représentants des comités JPIC de tous les secteurs se retrouvent pour une réunion de deux jours. Habituellement, il y a deux sujets principaux sur notre agenda : partager nos expériences dans les différents secteurs et approfondir un sujet dactualité. Lannée dernière, par exemple, deux experts sont venus nous mettre au courant des avantages et des risques des « biocarburants ». Cest un sujet qui illustre la rapidité avec laquelle les problèmes peuvent surgir. Il y a deux ans, la plupart dentre nous pensaient que les agrocarburants étaient la solution pour réduire les émissions de dioxyde de carbone et notre dépendance du pétrole. Apparemment, personne navait pensé aux conséquences néfastes : la destruction des forêts vierges, laugmentation du prix de la nourriture, la faim, les familles dagriculteurs chassées de leurs terres pour faire de la place aux plantations. Nous navions pas non plus réalisé à quel point lAfrique est déjà la cible des compagnies qui cherchent des terres pour faire de largent sur le nouveau marché des biocarburants. De telles réunions internationales nous ouvrent les yeux avec force sur ce qui arrivent dans un monde qui bouge rapidement.
Le prochain chapitre sera bientôt là et nous allons devoir à nouveau évaluer ce que nous faisons. Que pouvons-nous dire du travail de JPIC dans la province européenne ?
La majorité des confrères ont compris que la justice nest pas le dada de quelques individus excentriques, mais quelle est au cur du message biblique, et par conséquent de notre mission. Mais ceux qui veulent aller un peu plus avant, entreprendre une action, écrire une lettre de protestation, faire des injustices criantes de notre monde lobjet de leur prière personnelle et communautaire, ceux-là sont encore une minorité. Et il y a aussi le noyau dur de ceux qui pensent et parfois disent que JPIC nest quune perte de temps, ou pire, une trahison de notre vraie mission.
Se sentir motivé pour le travail de JPIC est plus difficile en Europe quen Afrique. Nous vivons ici dans le confort et sommes loin de ressentir personnellement les effets des injustices perpétrées par nos gouvernements et lUnion européenne. Nous sommes un peu comme le pilote dun avion chasseur qui presse un bouton et ne voit pas les morts et les blessés que son action a causés. En Afrique, nous sommes plus près des victimes et donc plus facilement en colère et prêts à lever la voix contre ceux qui sont responsables.
Nous avons tendance à considérer « justice et paix » comme un problème du monde extérieur. Nous nous posons rarement des questions sur notre manière de vivre et dêtre en relation les uns avec les autres dans nos communautés et dans la Société. Comment vivons-nous les vérités fondamentales de lenseignement social chrétien, comme la solidarité, la subsidiarité et la participation, à lintérieur de notre propre Société ? Combien de fois émettons-nous des jugements injustes et impitoyables sur les autres, en pensées ou en paroles, ou refusons-nous de faire la paix quand nous avons été blessés ? Vivre JPIC demeure un défi quotidien, même à un âge avancé.
Lâge moyen des Pères Blancs en Europe est élevé. Mais lengagement pour justice et paix nest pas dabord une question dâge. Il y a ici des octogénaires pleins de zèle pour un monde meilleur et des confrères plus jeunes qui ont abandonné toute lutte et deviennent blasés. Le contraire est également vrai.
Lhomélie du pape Benoît pour la nouvelle année pourrait inspirer notre marche en avant. Il parle de « la voie évangélique de Jésus vers la paix » comme « une révolution spirituelle plutôt quidéologique ; non pas utopique, mais réelle ; qui demande donc une patience infinie, beaucoup de temps, sans prendre de raccourcis, mais en choisissant au contraire le plus dur, cest-à-dire un chemin durant lequel le sens de responsabilité de lhomme a mûri. »
Mais le pape réclame avec autant dinsistance un changement profond dans cette crise sociale globale et demande : « Sommes-nous prêts à la lire dans toute sa complexité, comme la voie du futur et pas seulement comme une urgence à laquelle on apporte des réponses à court terme ? Sommes-nous prêts à réviser profondément le modèle de développement dominant, et à le corriger dune manière concertée et prévoyante ? »
Wolfgang Schonecke
Tiré du Petit Echo N° 999 2009/3
Missionaries of Africa
Province of Germany
JPIC Activities in the European Province
(Justice, Peace and Integrity of the Creation)
By Wolfgang Schonecke M.Afr.
Most Chapters since 1974 put great stress on Justice and Peace as a part of mission. One of the recommendations was the establishment of JP commissions in the Provinces and Regions. The IC (integrity of creation) was added later on. It was the fruit of the conciliar process of the World Council of Churches (WCC) which brought home to us that justice is not only due to our fellow-human beings, but to all of creation.
To make a fair summary of the activities of the JPIC commissions of the 10 Sectors that make up the new European Province would require serious research. All I can do is pick out the one I know best, the JPIC Commission of the German Sector.
In the Commission, you find not only confreres who are personally interested in this dimension of mission. Every community in the Sector is supposed to send a representative. This ensures that JPIC is not seen as an activity of some exotic experts as it often is -, but as an activity of the whole Sector and of each community. The community delegate is expected to take back what is discussed in the meetings to his confreres at home. How far this actually happens is an open question.
What, then, happens in the meetings which are held 3-4 times a year, plus a seminar once a year? The spectrum of topics is very wide. A prime source of information and of action proposals comes from the Africa-Europe Faith and Justice Network (AEFJN) through its German branch. The yearly themes and the proposed actions are usually presented and explained.
However, the interest of the group is wider. Islam has been a topic of several meetings. Migrants and migration draw our attention as they are part of life in Europe and many of them come from Africa. The work of our confreres in the four Africa-centres in the Province is an expression of our concern for the often unfair treatment of migrants in Europe.
Occasionally, the Commission called in experts to inform us about environmental policies and praxis and encouraged confreres and community to save energy and not waste water. Many of these practical ideas have become part of the mindset of most confreres.
Admittedly, we promoted fair trade products, but I doubt whether the majority of communities drink fair-trade coffee in the morning. The novitiate teaching about poverty as saving every possible penny for the missions remains too deeply entrenched in the subconscious to give the idea of a fair, though higher, price a chance.
The thorny question of ethical investments proved very tricky. Treasurers easily feel accused and respond with We have always been doing this. Like most major justice issues, it turns out to be far more complex than seems at first sight. Even before the financial crisis hit humanity, we had gone into the discussions about alternative concepts to the present world economic system. We realised that it is easier to understand the corruption and injustice of the present system than to come up with viable realistic alternatives for the future.
JPIC Commissions have certainly made us more aware of the many global structures of injustice that have negative effects on the poor in Africa as well as in Europe. Knowledge and understanding is surely the first condition for change. The weakness of our Commissions is that they tend to stop at information gathering and rarely pass to action. We may sign a campaign petition and send an email to a Minister. Nonetheless, as a Sector or a Province or as a Society have we ever taken up a position of our own and written a statement as Missionaries of Africa? Is it lack of courage or competence, or is it prudence and the modesty of notre petite Société?
Every two years, representatives of the JPIC committees of all the Sectors come together for a two-day meeting. There are usually two major points on the agenda: sharing our experiences in the different Sectors and going deeper into one current issue. Last year, for example, we got two experts to initiate us into the chances and risks of biofuels. It is a topic that illustrates how fast problems can evolve. Two years ago, most of us would have thought agrofuels a great idea to reduce carbon dioxide emissions and become less dependent on oil. Nobody seemed to have thought of the negative effects: cutting down prime forests, increased food prices and more hunger, farming families driven off their land to make room for plantations. Nor did we realise how much Africa is already the target of companies looking for land to cash in on the new biofuel markets. Such international meetings can be powerful eye-openers to what is happening in our fast-moving world.
As the next Chapter is fast approaching, we will once again need to evaluate what we do. What can be said about JPIC work in the European Province?
The majority of confreres have understood that justice is not a hobby of some eccentric individuals, but at the heart of the Biblical message and, therefore, of our mission. However, those who are willing to go a step further to take action, to write a letter of protest, to go to a demonstration, to make the crying injustices of our world part of personal and community prayer, remain a minority. Moreover, there is the hard core of those who think and at times say that JPIC is just a waste of time or worse, a betrayal of our real mission.
To get motivated for JPIC work is harder in Europe than in Africa. Here, we are living in comfort and are largely removed from personally feeling the effects of injustices perpetrated by our governments and the European Union. We are a bit like the fighter pilot who presses a button, but does not see the dead and maimed his action has caused. In Africa, we are nearer to the victims and so more easily enraged about those who are responsible and more ready to raise our voices.
We tend to look at justice and peace as a problem in the world outside. Rarely do we question the way we live and relate to each other in our communities and in the Society. How do we live the fundamental truth of Christian social teaching, such as solidarity and subsidiarity and participation within our own Society? How often do we make ruthless and unfair judgements in thought and word about others or refuse to make peace when we have been hurt? Living JPIC remains a daily challenge, even in old age.
The average age in Europe is high, but commitment to justice and peace is not mainly a matter of age. There are octogenarians here who are full of zeal for a better world, and younger confreres who have given up the struggle for anything and become blasé. The other way round is equally true.
Pope Benedicts New Year sermon could inspire us to keep going. He speaks about the Jesus evangelical way to peace as a spiritual rather than an ideological revolution; one that is real, not utopian; hence one that needed infinite patience, over a long period of time, avoiding any shortcut but taking instead the hardest way, i.e., a path during which mans sense of responsibility matured.
Nevertheless, he appeals with equal emphasis for a profound change in this global social crisis, and asks, Are we ready to read it in its complexity, as a way for the future and not just an emergency to respond to with short-term answers? Are we ready to make a profound revision in the dominant development model, to correct it in a far-sighted and concerted way?
Let us move on with infinite patience in a far-sighted and concerted way.
Wolfgang Schonecke
From Petit Echo n° 999 2009/3