Rome: Le cardinal Danneels a parlé ce matin au Synode
13 Octobre 2008 DEPECHES CATHOBEL - VATICAN - Rome
Le synode des évêques est réuni depuis dimanche, 5 octobre, sur le thème de " la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Eglise ". Rappelons que le cardinal Danneels a été élu membre de la "Commission pour le Message" chargée de rédiger le message final du synode des évêques à sa conclusion, le 26 octobre prochain. Ce matin, le cardinal a parlé devant l'assemblée du Synode, voici le texte de son intervention.
" Certes il y a beaucoup d'obstacles quand il s'agit d'annoncer la parole de Dieu à notre temps et à nos contemporains. Nous en avons amplement parlé ces jours-ci : difficulté de communiquer, résistance à la parole de la culture ambiante, difficulté de trouver le dialecte de l'homme pour pouvoir lui parler de Dieu. Mais la principale difficulté ne serait-elle pas plutôt à chercher en nous-mêmes, nous les prédicateurs, plus du côté du sujet qui annonce, que dans la qualité du terrain et dans l'impréparation du coeur des auditeurs ? N'est-ce pas plutôt la tentation du découragement en nous et surtout notre ignorance des lois de l'annonce du Royaume ? " Comment serons-nous jamais capables de la tâche que le Seigneur nous confie ? ". C'était sans doute aussi la question que se posaient les apôtres. Nous sommes au chapitre quatre de Marc. "
Seigneur, nous sommes mieux faits pour la pêche sur le lac que pour pêcher des hommes " se disaient les Douze. Et Jésus de leur répondre en trois paraboles et une comparaison tirée de la vie de tous les jours, que Marc a réunis en son 4me chapitre. Jésus ne dit mot sur la technique de l'annonce. Non il indique simplement les lois de la communication dans le royaume de Dieu, qui sont différentes de celles qui régissent la communication dans le monde.
Voici la parabole du semeur. Certes Matthieu en a fait un commentaire qui va plutôt dans le sens de la logique humaine : moins il y a des obstacles sur le terrain, plus riche sera la moisson. Mais chez Marc, la pointe se trouve ailleurs. Jésus dit : certes il y des obstacles et vous les voyez , mais quelque part il y a toujours de la bonne terre : semez donc, la moisson est assurée. Le semeur palestinien n'avait pas un champ bien préparé :il semait partout en dépit des obstacles qu'il voyait. Mais il savait qu'il y avait quelque part aussi de la bonne terre.
Première loi de l'annonce du royaume : Semez et semez toujours : il y a toujours de la bonne terre quelque part. Seulement vous ne savez pas où.
Deuxième loi de l'annonce : la foi du semeur dans la puissance de la semence. Le paysan sème, puis il va se coucher sans se soucier. Le lendemain il se lève, mais il ne touche pas au grain jeté en terre la veille. Car, comme le dit Marc, il sait que " d'elle-même la semence produit de fruit ". Il vaut mieux ne plus y toucher. C'est la loi de la confiance dans la puissance de la semence de la parole, plus que dans tout ce que nous pourrions y ajouter. Cette puissance de la semence n'est pourtant pas magique. Car la magie fait fi de la liberté de celui qui accueille. Non, la force de la parole implique la liberté de la réponse de l'auditeur. C'est la précisément la puissance propre à la Parole de Dieu. Elle n'élimine pas la liberté de l'auditeur, elle la fonde. Deuxième loi de l'annonce :la parole de Dieu tire son efficacité d'elle-même, non de notre apport à nous, de nos soucis ni surtout de notre fringale de vérification. Semez donc, semez sans trop vous soucier, sans vouloir toujours contrôler, vérifier ou faire le bilan.
Troisième loi : celle de la disproportion entre ce que nous investissons et l'abondance du résultat. Un petit grain de sénevé devient le plus grand des arbres où tous les oiseux peuvent y faire leur nid, dit Marc. Il exagère : il y a des arbres plus grands - les cèdres du Liban. Et que tous les oiseaux puissent s'y nicher ... Mais Marc veut souligner le contraste : les lois du Royaume ne sont pas celles du système bancaire des hommes, où plus on investit, plus cela rapporte. Non. La loi du royaume casse la logique de la proportionnalité. La parole de Dieu peut bien être la plus petite des semences, la moisson est toujours hors proportion avec la semence. Donc semez ...et ne regardez pas la petitesse et la vulnérabilité du grain de sénevé.
Enfin une comparaison. Celui qui allume une lampe ne la met pas sous le lit, mais sur le candélabre, pour que toute la maison en soit illuminée. De même dans l'annonce : qui a commencé à annoncer, ne doit pas se cacher, il n'arrête pas. C'est la simple logique humaine qui est aussi divine. Commencer c'est aussi persévérer en dépit de tout. C'est la logique même : celui qui allume une lampe ne l'éteint plus. Continuez donc quoi qu'il arrive.
Quatre lois de l'annonce du royaume qui défient la logique des hommes et de l'efficacité naturelle : même si les obstacles sont là - visibles- semez. Car il y a toujours quelque part de la bonne terre qui donne du fruit. Mais vous ne savez pas où. Résistez à cette tentation endémique de l'homme contemporain qui veut vérifier à tout moment. Ne restez pas éveillés de nuit, dit Jésus, car de lui-même (automatè) le grain pousse. Par ses propres forces, non pas par nos soucis ou notre hantise de vérifier. Trois. Ne regardez jamais la petitesse et l'impuissance de la semence. Il n'y a pas de proportion entre investissement et résultat comme en banque. Et enfin si vous avez allumé la lampe, ne la cachez pas et ne l'éteignez pas : continuez. Sans doute s'agit-il pour Jésus de la lumière spirituelle. Mais il y a des frères et des soeurs, qui ne jouissent même pas de la lumière naturelle : ce sont les aveugles et les malvoyants. Ils m'ont demandé de vous demander de ne pas les oublier et de faire tout ce que nous pouvons, pour qu'ils puissent eux aussi avoir un large accès à la parole, car il leur manque déjà la simple lumière naturelle. "
Cardinal Godfried Danneels
Texte envoyé par Otmar Strzoda M.Afr