Témoignage de Jan Heuft M.Afr - Forum Social Mondial - Porto Alegre au Brésil
Mercredi 26 au lundi 31 Janvier 2005
Un autre monde est possible
Tel fut le thème du cinquième Forum Social Mondial qui se tenait à nouveau à Porto Alegre au Brésil du 26 au 31 janvier dernier. Ce forum est un espace qui permet aux actions locales et mondiales de se réunir dans l'idée de trouver des points de convergence et d'articulation.
Durant cette rencontre avec plus de cent mille participants du monde entier, un mural fut dressé avec des propositions résultant des discussions autogérées ou élaborées par les différents séminaires tenus dans des tentes ou des anciens hangars tout le long du littoral de la ville de Porto Alegre. Afin de permettre aux nouvelles générations de s'exprimer, un camp de jeunes fut spécialement organisé pour eux. Les langues utilisées furent principalement le portugais, l'anglais, le français mais aussi l'arabe.
Vu le grand nombre de thèmes, il nous était très difficile de faire un choix d'assister à tel séminaire ou tel atelier. C'est pour cela que chaque matin, très tôt un collectif du CCFD (Comité Contre la Faim et pour le Développement) et le CRID (Centre de Recherche et d'Information sur le Développement) nous donna des pistes bien précises des thèmes à choisir en fonction de notre pays d'origine et l'association que nous représentâmes. Pour moi ce fut donc l'Algérie et Rencontre et Développement.
C'est ainsi que j'ai suivi les exposés et débats sur les expériences et les résistances non violentes dans des pays en conflits. Le thème fut introduit d'une façon très émouvante par des représentants du Kosovo, de la Croatie et du Côte d'Ivoire. Dans ces pays, comme en Algérie et ailleurs, des hommes et des femmes ont su dire " Non " à la violence et poser des actes de réconciliation. Ils ont inventé une autre façon de lutter. La " non violence " a une histoire, mais celle-ci reste largement méconnue. Elle a remporté des victoires mais celles-ci n'ont pas attiré l'attention qu'elles méritaient puisque nous vivons dans un monde où les médias cherchent d'abord le sensationnel pour avoir le maximum de lecteurs ou d'auditeurs. La mémoire de la non violence est nécessaire pour retenir les leçons du passé, pour que l'histoire ne se répète pas avec son cortège de destruction et de massacres. Une autre façon de faire la politique est possible !
L'influence des medias et des moyens de communication est devenue tellement importante aujourd'hui dans la vie de chaque citoyen du monde qu'elle m' a incité a participer à deux autres séminaires sur les enjeux de l'information et la formation : l'un organisé principalement par des occidentaux et l'autre par des représentants du monde arabe. Les débats furent très instructifs des deux côtés, surtout du fait que chaque citoyen est affronté d'une manière ou d' une autre à un flux d'informations venant d'horizons politiques, culturels et religieux très différents où il est appelé à faire un tri. L'objectivité et la vérité sont devenues des préceptes parfois difficile à cerner. D'ailleurs il a été remarquer la pénétration assez agressive de la publicité dans la vie privée de chaque individu. C'est encore l'argent qui gouverne mais il est tout à fait légitime de se demander si cela est vraiment le bon chemin et si le seuil de tolérance n'est pas atteint. D'autre part la scolarisation et la formation solide de chacun et de chacune semble s'imposer pour faire face à cet assaut .
La souveraineté alimentaire et l'appauvrissement des populations fut un autre thème qui attira des nombreux participants. Le scandale de la faim est toujours d'actualité. Il n'est pas dû au manque de ressources alimentaires, mais à l'impossibilité pour certains d'y accéder. D'autres problèmes se sont greffés à cette problématique. La délocalisation des usines vers des pays où la main d'uvre est la moins chère sans pourtant se soucier de la mise en chômage des nombreux travailleurs ou l'engagement d'autres travailleurs dans d'autres pays avec des conditions sociales au dessous de toute critère.
Pendant la semaine qui précéda le forum social mondial, nous avons eu la chance de passer quelques jours avec le mouvement des personnes sans maisons ou sans terre. Nous avons pu voir les femmes très courageuses qui construisirent leurs propres maisons ou encore des hommes qui occupèrent des terrains illégalement pour y planter du maïs ou du riz. Le dernier dimanche nous avons célébré l' Eucharistie avec une communauté de base vivant dans les décharges publiques de Porto Alegre. Au forum beaucoup d'idées ont jailli pour un autre monde meilleur. Le contact avec les " sans voix " du Brésil, mais aussi avec ceux du pays dans lequel nous vivons, nous a convaincu et nous convainc tous les jours qu'un autre monde n'est pas seulement possible mais nécessaire et que chacun de nous a le devoir d'y apporter le meilleur de lui même.
Jan Heuft's testimony (M.Afr) - World Social Forum - Porto Alegre in Brazil
from the 26th to the 31st January 2005
Another world is possible
This was the theme of the Fifth World Social Forum, taking place once again in Porto Alegre Brazil, from the 26th to the 31st January 2005. This Forum is a space enabling local and global actions to come together with the intention of finding points of convergence and articulation. During this meeting with more than one hundred thousand participants worldwide, a mural was put up with the proposals emerging from the self-managed discussions, or those elaborated by different seminars held in the tents or disused hangars stretching the length of the coastal strip of Porto Alegre town. A special youth camp was organized to enable freedom of expression for the new generations. Discussions took place mainly in Portuguese, English, and French, but also Arabic.
It was very difficult for us to choose among the array of seminars and workshops in view of the huge number of topics. Because of this, a group of CCFD (Campaign Committee against Hunger and For Development) and the CRID (Centre of Research and Information for Development) gave us some guidelines on specific topics to choose in function of our countries of origin and the associations we represented. For me this was Algeria, then Encounter and Development.
Thus, I came to follow the exposés and debates on the experiences and non-violent opposition in countries in conflict. Representatives from Kosovo, Croatia and Côte d'Ivoire presented the topic very movingly. As in Algeria and elsewhere, men and women in these countries have said 'No' to violence and have committed themselves by acts of reconciliation. They have discovered another way to struggle. 'Non-violence' has a history, but this type remains largely unknown. It has been victorious, but this has not attracted the attention deserved, as we live in world where the media are looking for sensation to win over the maximum number of readers and listeners. The memory of non-violence is necessary to retain the lessons of the past, so that history does not repeat itself with its cortege of destruction and massacre. There is another way of doing politics!
The influence of the media and the means of communication has become so important today in the life of every citizen in the world that it led me to take part in two other seminars on what is at stake in information and forming opinions. One was organised principally by Westerners and the other by representatives of the Arab world. From both sides, the debates were very informative, especially from the fact that every citizen is confronted one way or another by a flood of information from very different political, cultural and religious angles and he is obliged to be selective.
Precepts of objectivity and truth have become very difficult to define.
Moreover, it is remarkable how aggressive publicity has become in the private life of individuals. Money is still the controlling factor, but it is quite legitimate to question whether this is really the right way or if the threshold of tolerance has not already been reached. In addition, schooling and the sound training of men and women seem to be imperative to counter this assault.
The topic of Food Sovereignty and the impoverishment of populations also attracted many participants. The scandal of hunger always makes headlines. It is not due to the lack of food resources, but the impossibility of some people to have access to them. Other issues have been grafted onto this problematic. Delocalisation of factories to countries where manpower is cheapest without caring about the redundancies caused to countless workers, or employing a labour force from countries where the social conditions are substandard, are causal factors.
In the week before the World Social Forum, we took the opportunity of spending a few days with the movement of homeless and landless people. We were able to see very brave women building their own houses and men who took over land illegally to plant some rice or maize. On the final Sunday, we celebrated the Eucharist with a basic Christian community living on the rubbish tips of Porto Alegre. During the Forum, a lot of ideas were launched for a better world. Contact with the 'voiceless' of Brazil, but also with those of the countries in which we live convinced us and continues to convince us daily that another world is not only possible but also necessary. Each one of us has the duty to bring the best of himself to achieve that.
Jan Heuft. M.Afr in Algeria