Missionnaires d'Afrique
Spiritualité

Richard Dandenault M.Afr.

Récollection
Pour le Mois de Décembre dans la ligne des Actes Capitulaire.


Texte suggéré pour Décembre 2010

Matthieu . 18, 15-22

Cette récollection de décembre est proposée en fonction du document : ''Au service de nos frères et de la mission'' (Actes capitulaires, p. 43-51). Il est introduit par la citation de 1 P, 2,17 :''Honorez tout le monde, aimez vos frères'' et de la recommandation de Lavigerie, bien connue, prise chez le vieil apôtre d'Éphèse : ''Aimez-vous les uns les autres''. " Restez unis, unis de cœur, unis de pensée. Formez véritablement une seule famille. Défendez-vous, soutenez-vous, aidez-vous toujours les uns les autres ". (Lettre circulaire, 11 novembre 1874)

La Parole de Dieu

15 Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S'il t'écoute, tu as gagné ton frère. 16 Mais, s'il ne t'écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l'affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins. 17 S'il refuse de les écouter, dis-le à l'Église; et s'il refuse aussi d'écouter l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain.
18 Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.
19 Je vous dis encore que, si deux d'entre vous s'accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux. 20 Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux. 21 Alors Pierre s'approcha de lui, et dit: Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu'il péchera contre moi? Sera-ce jusqu'à sept fois ? 22 Jésus lui dit: Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois.

Commentaire :
La barre que pose Jésus pour une qualité de vie communautaire est haute, il va sans dire, et exigeante. Voici ce qu'en dit le Rev. David Schnasa Jacobsen, de l'Église luthérienne, sur ce texte et, surtout à propos du verset 20 : ''Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux''

1. ''Dans le contexte de cette citation, c'est bien d'une situation de conflit communautaire et de péché qu'est faite cette merveilleuse promesse et qu'elle prend tout son sens. Nous sommes confrontés, à n'en pas douter, à un système de responsabilisation, système établi, toutefois, pour régler des problèmes de relations ecclésiales et fondé sur la promesse bienveillante de la présence du Christ dans la communauté.''

2. ''L'aspect relationnel est assez facile à percevoir. Observez que, selon le verset 15, ''celui qui pèche'' est votre frère ou sœur. En fait, on parle de relation jusqu'au verset 21. Il ne nous est pas loisible de déshumaniser les personnes avec lesquelles nous sommes en désaccord ou qui pêchent contre nous. Jésus les appelle nos frères et sœurs''.

3. Autre réalité à ne pas oublier : ''la communauté a pouvoir de lier, mais aussi de délier, confiante que Dieu va ''délier'' au ciel.

4. Peuple de Dieu, peuple de prêtres, nous avons un ministère de pardon les uns envers les autres qui devient un ministère de guérison.

Parallèle intéressant entre la situation actuelle de la Basilique du St-Sépulcre, Jérusalem, et le texte de Mathieu 18, 15-20

'' Dans l'imagination des fidèles, ce lieu saint prend un relief particulier : on se serait attendu que le sanctuaire le plus important de la chrétienté se dresse majestueusement sur une colline. En réalité : le monument est enserré dans des constructions anonymes. Là où on aurait cherché une lumière éblouissante, on se perd dans les ténèbres et dans une sensation d'exigu (espace trop petit). Là où on aurait espéré la paix, on est harcelé par la cacophonie de différentes mélopées (liturgies) et par le bruit des marteaux des maçons. Là où l'on aurait souhaité une vénération déférente et désintéressée, on ne rencontre que jalousie : les six groupes représentés (Catholiques - Latins, les Orthodoxes, les Arméniens, les Syriens, les Coptes, les Éthiopiens) se surveillent constamment pour redresser la moindre violation de leurs droits personnels. Jamais la faiblesse humaine n'a été plus évidente que dans ce lieu saint. Est-ce vraiment l'endroit où le Christ est mort et a été enterré? Très probablement, OUI''. (Jérome Murphy-O'Connor : Guide archéologique de la Terre sainte, Denoël, Paris, 1982).

Qui donc peut tenir ces groupes ensemble, au de-là des confrontations, des regards suspicieux, des malveillances entretenues? Le CHRIST. Ils sont tous là à cause du Christ. Le Christ est là comme dans toute communauté rassemblée en son nom, ''communauté de conflit communautaire et de péché'' pour guérir les cœurs et pardonner.

Réflexions :

1. Nul d'entre nous ne peut vivre ni même survivre, si son existence n'est pas suffisamment reconnue, c'est-à-dire ''justifiée'' par d'autres, par la bienveillance, l'amour et l'estime d'un certain nombre de proches, parents, amis, camarades de la vie sociale, etc. Être reconnu par les autres, c'est en quelque sorte être SAUVÉ, parce que notre existence est justifiée à leur regard.

2. Quelqu'un qui ferait l'expérience que sa vie n'intéresse absolument personne, serait proche du désespoir. Cette justification-là touche à mon bonheur fondamental, je la devrai toujours aux autres. Par hypothèse, je ne peux pas me la procurer à moi-même : j'en ai besoin aussi bien dans mes réussites que dans mes erreurs, mes échecs et le mal que je peux faire. Nous savons tous combien la présence de cette reconnaissance peut renouveler en nous les forces de la vie; nous savons aussi combien son absence ou son insuffisance peut être désastreuse. La seule chose qui nous revient est de l'accueillir dans un climat d'amour et de la procurer aux autres. Si je m'enferme dans un égoïsme absolu, si je la refuse aux autres, je ne dois pas m'étonner de m'en trouver exclu.

3. .Que nous dit la justification par la grâce moyennant la foi ? Elle nous dit simplement que nous existons pour Dieu, que nous sommes reconnus et aimés par lui de manière absolue. Notre existence est ''justifiée'' aux yeux de Dieu, car nous avons du prix à ses yeux, comme dit Isaïe (43, 4). La grâce de Dieu n'est rien d'autre que sa bienveillance amoureuse et inconditionnelle dans son a priori à notre égard. Elle pardonne gratuitement mes péchés, pour peu que je me tourne vers Dieu; elle devient source de vie nouvelle, elle me permet de vivre selon ses commandements. Elle me ''SAUVE''. Il ne nous est demandé que d'accepter dans la foi et la confiance son initiative, son désir de nous appeler ses amis et le don qu'il veut nous faire de lui-même. Le bien que je peux faire n'est pas la source de la justification, il en est le FRUIT''. ( Bernard Sesbouë : '' la théologie au XXe siècle et l'avenir de la foi'' DDB, p. 213-214).

4. Quel est ce fruit ? Notre communauté devient le lieu du travail de la grâce. La justification qui me revient ne passe-t-elle pas par celle de mon frère, de ma communauté, qui me libère de tout sentiment d'inutilité, une source possible de thérapie, de guérison comme le suggère le document : ''Au service de nos confrères et de la mission'' (page 43-51) ?


 


 

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Richard Dandenault M.Afr.

Recollection
For December 2010 according to the orientations of the 2010 Chapter

Suggested Texts for December 2010

The sower

Matthew 18:15-22

This December recollection is offered with the document 'At the Service of our Confreres and the Mission' (Capitular Acts, p. 43-51) in mind. It is introduced by a quotation from 1 Peter 2:17: 'Have respect for everyone and love for the community' and the well-known recommendation from Lavigerie, taken from John the venerable Apostle of Ephesus: 'Love one another.' 'Remain united in heart and mind. Be a truly united family. Always defend, support and assist one another.' (Lettre circulaire, 11 November 1874)

The Word of God

15 'If your brother does something wrong, go and have it out with him alone, between your two selves. If he listens to you, you have won back your brother.
16 If he does not listen, take one or two others along with you: the evidence of two or three witnesses is required to sustain any charge.
17 But if he refuses to listen to these, report it to the community; and if he refuses to listen to the community, treat him like a pagan or a tax collector.
18 'I tell you solemnly, whatever you bind on earth shall be considered bound in heaven; whatever you loose on earth shall be considered loosed in heaven.
19 'I tell you solemnly once again, if two of you on earth agree to ask anything at all, it will be granted to you by my Father in heaven.
20 For where two or three meet in my name, I shall be there with them.'
21 Then Peter went up to him and said, 'Lord, how often must I forgive my brother if he wrongs me, as often as seven times?'
22 Jesus answered, 'Not seven, I tell you, but seventy-seven times.'

Commentary:
The standard Jesus sets for a quality community life is high, and needless to say, demanding. Here is what the Rev. David Schnasa Jacobsen of the Lutheran Church says about this text and, in particular, verse 20: Where two or three meet in my name, I shall be there.

1. 'In the context of this quotation, it is truly a situation of community conflict and sin in which this marvellous promise is made and that it assumes its full meaning. We are unquestionably faced with a system of assuming responsibilities, but with a scheme established to regulate problems of ecclesial relations and which is founded on the benign promise of Christ's presence in the community.'

2. 'The relational aspect is quite easy to see. Notice that according to verse 15, the one who does wrong is your brother or sister. In fact, relationships are mentioned until verse 21. We are not allowed to dehumanise the people with whom we are in disagreement or who sin against us. Jesus calls them our brothers and sisters.'

3. Another reality to be remembered: 'The community has the power to bind, but also to loose, confident that God will 'loose' in heaven.

4. As a godly nation, a priestly people, we have a ministry of forgiveness to exercise towards one another, which becomes a ministry of healing.


Interesting parallel between the current situation at the Jerusalem Basilica of the Holy Sepulchre and Matthew 18:15-20

'In the imagination of the faithful, this holy place takes on a particular aura: one would have expected the most important sanctuary of Christianity to be majestically erected on a hill. In fact, the monument is inserted between anonymous buildings. Where one would have anticipated a dazzling light, one is lost in the shadows and claustrophobia (narrow space). Where one would have hoped for peace, one is assailed by the cacophony of different chants (liturgies) and by the noise of mason's hammering. Where one would have wished for a reverent and detached veneration, we find only jealousy: the six groups represented (Catholics - Latins, Orthodox, Armenians, Syrians, Copts, and Ethiopians) constantly watch one another to redress the least violation of their individual rights. Never was human weakness more evident than in this holy place. Is it really the place Christ died and was buried? Very probably, YES.' (Jérome Murphy-O'Connor: Guide archéologique de la Terre sainte, Denoël, Paris, 1982).

Now, who can hold these groups together over and above the confrontations, the suspicious looks, and the sustained malice? CHRIST. They are all there because of Christ. Christ is there just as in every Christian community gathered in his name; a community of conflict and sin, to heal hearts and to forgive.

Reflections:

1. None of us can live or even survive if our existence is not sufficiently acknowledged, i.e., 'justified' by others, through the kindness, love and esteem of a certain number of our nearest and dearest, relatives, friends, social acquaintances, etc. To be acknowledged by others is in some way to be SAVED, because our existence is justified in their estimation.

2. Someone who experiences his or her life as of absolutely no interest to anyone would be near despair. This justification affects my fundamental happiness; I will always owe it to others. Hypothetically, I cannot obtain it for and on behalf of myself: I need it also in my successes as well as in my mistakes, my setbacks and the evil of which I am capable. We know how much the presence of this acknowledgement can renew life's powers in us. We also know how much its absence or lack can be disastrous. All we can claim is to welcome it in a climate of love and to give it to others. If I withdraw into absolute selfishness, if I refuse it to others, I ought not to be surprised to find myself excluded from it.

3. What does justification by grace through faith tell us? It tells us simply that we exist for God, that we are acknowledged and loved by him in an absolute way. Our being is 'justified' in God's eyes, for we are precious in his sight, as Isaiah tells us, (43: 4). The grace of God is nothing other than his loving and unconditional kindness in his predisposition in our regard. Grace gratuitously forgives me my sins no matter how slightly I turn towards God; grace become a source of new life and enables me to live according to his commandments. Grace 'SAVES'. All that is asked of us is to accept in faith and trust his initiative, his desire to call us his friends and the gift he wishes to make of himself to us. The good that I can do is not the source of my justification but its FRUIT.' ( Bernard Sesbouë : '' la théologie au XXe siècle et l'avenir de la foi'' DDB, p. 213-214).

4. What is this fruit? Our community becomes the place of the action of this grace. Does not the justification pass through that of my brother, my community, liberating me from any feeling of uselessness, a possible source of therapy, of healing, as suggested in the document 'At the Service of our Confreres and the Mission', ( p. 43-51)?