Missionnaires d'Afrique
Espagne Roquetas de Mar - Almeria

Jesús Esteibarlanda Oregui M.Afr.

Des Mafr au service
d’immigrants

Le mot crise économique est un des mots les plus mentionnés de nos jours. Les médias remplissent leurs pages sur ce propos, les politiciens en parlent, les entrepreneurs, les commerçants, même le Pape, les évêques et les gens de la rue et surtout ceux et celles qui sont en charge d’une famille, travailleurs et ménagères. Beaucoup prennent conscience et disent que cette crise a des conséquences tragiques pour les plus démunis : ceux qui n’ont pas de travail, les endettés, surtout à cause des hypothèques, les immigrants et, parmi eux, surtout ceux dits « illégaux ou sans-papiers ». Beaucoup de statistiques, de chiffres et de pourcentages qui ne montrent pas (ne peuvent pas le montrer) le visage de ceux qui subissent les tragiques conséquences de cette crise.

Jesús Esteibarlanda Oregui avec Antonio et Pepi, un couple de laïcs missionnaires.Ces visages, ces personnes, nous les rencontrons tous les jours à Roquetas de Mar - Almeria. Ceux qui n’ont pas de travail (la majorité) passent leur temps dans les croisées des chemins ou sur les places (comme dans la parabole), attendant que quelqu’un les embauche pour une dure journée dans les serres, où ils gagneront 30 euros s’ils sont « sans papiers » et 35 s’ils ont des papiers en règle. (À noter que presque toutes les constructions ont été arrêtées.) Ils déambulent dans les rues ou jouent aux dames ou à ces jeux avec de petits cailloux que nous avons tous connus en Afrique.

Dans le journal « La Voix d’Almeria » du 14 décembre 2008, on lit en gros caractères : « Les Almerienses (habitants de la province d’Almeria) qui fuyaient les serres y retournent ». (Les serres dans cette région ont été et sont encore sources de grande richesse et de progrès). Et à la même page on lit : « Le chômage des immigrants s’est accru de 80% dans une année. Ce chômage touche tous le immigrants, mais d’une façon bien particulière les Africains et surtout les « sans papiers ».

Une grande majorité des immigrants sont des hommes. Beaucoup ont laissé femme et enfants dans leur pays. Ici, ils vivent à 6, 8 ou 10 personnes, presque toujours du même pays, dans le même appartement qu’ils ont loué. Il est admirable de constater que très souvent ceux qui travaillent (deux ou trois) payent le loyer de la maison et la nourriture de ceux qui vivent avec eux.

Jesús Maria SanjuanLes Missionnaires d’Afrique ont commencé en 2000, à la demande de l’évêque, à s’occuper pastoralement des immigrants subsahariens catholiques qui arrivaient dans la région. Nous sommes présentement trois confrères engagés dans le projet : Joaquin Alegrias qui commença le projet en 2000, Jesús Maria Sanjuan et moi-même. Nous n’avons pas de paroisse, mais nous collaborons comme vicaires dans trois paroisses avec des nominations qui respectent notre tâche prioritaire auprès des immigrants chrétiens et non chrétiens. Un nouveau et important développement, longtemps attendu, eut lieu en 2006 avec l’ouverture du Centre culturel Afrika. Ce local se trouve à 30 mètres de notre maison et appartient au diocèse. Nous vivons dans un quartier rempli d’immigrants.

C’est surtout dans le Centre Afrika que nous rencontrons les Africains, surtout subsahariens (95% musulmans) qui viennent suivre des cours d’espagnol ou recevoir d’autres services : accueil, information, traductions, formation par un avocat, etc. Chaque membre de la communauté assure une matinée de présence pour l’accueil. Nous offrons aussi des cours le matin. Une moyenne de 140 personnes suivent ces cours 4 jours par semaine et nous envisageons d’ajouter encore une journée. Étant donné que ceux qui participent à ces cours viennent de différents pays d’Afrique, ils peuvent se rencontrer et établir des relations d’amitié entre eux. Nous considérons cet aspect très positif, parce que la plupart du temps leurs relations sont limitées à ceux du même pays et parfois de la même région ou langue.

Classe d’espagnol.Grâce à quelques étudiants musulmans, nous avons pu rencontrer et visiter le cheikh de la mosquée. Une belle manière de vivre et de favoriser la rencontre. Un de nos soucis est de collaborer avec les institutions publiques, comme le bureau du bien-être social de la mairie, et privées, comme les communautés religieuses, ONG et Caritas qui travaillent pour et avec des immigrants.

Nous sommes aussi impliqués dans les activités d’un nouveau projet animé par l’ONG « Almeria Acoge ». Almeria Acoge accueille des gens du quartier où nous vivons en vue d’améliorer leur situation matérielle et leurs relations culturelles et relationnelles. Un confrère s’est aussi engagé pour établir des Associations d’immigrants de même nationalité, afin qu’ils puissent recevoir de l’aide des institutions publiques, telles que la Banque d’aliments de l’Union Européenne.

Notre projet comprend aussi un service pastoral direct auprès des catéchumènes. Le diocèse nous a confié le catéchuménat d’un un territoire assez large. Actuellement, il y a 5 paroisses avec presque 130 catéchumènes. Nous initions à la foi ces gens en espagnol, manjako et anglais. Manjako est une langue parlée en Guinée Bissau et dans une région du Sénégal. Deux immigrants collaborent avec nous comme catéchistes pour l’enseignement en manjako.

À noter que les dimanches 26 avril et 10 mai, nous avons participé avec grande joie aux célébrations de l’initiation chrétienne de 16 et de 25 jeunes et adultes africains, originaires de la Guinée Bissau et du Sénégal, en présence de l’évêque du diocèse. Célébrations avec son, couleurs, chants, habits, chaleur, participation, joie, beauté africaine. Un autre visage de l’immigration qui s’avère être un enrichissement et un témoignage de vie dans des communautés chrétiennes vieilles ou vieillissantes. C’est bien le partage et la Mission.

À mentionner que depuis quatre mois nous avons avec nous un couple de collaborateurs, laïcs missionnaires, à plein temps. Une très nouvelle expérience dans laquelle nous mettons un grand espoir. Ils font partie de la communauté. Nous prions ensemble et nous prenons le petit déjeuner et le repas du midi ensemble. Ils ont loué un appartement à quelque 200 m de notre maison.

Nous considérons aussi très important notre ministère comme vicaires dans trois différentes paroisses où nous avons la possibilité, en plus de connaître les communautés paroissiales, de les sensibiliser à la Mission en Afrique et auprès des immigrants, et de participer aux rencontres des prêtres à différents niveaux. Avec tout cela, nous ne risquons pas de nous ennuyer et sommes heureux de vivre ici notre vocation missionnaire.

Jesús Esteibarlanda Oregui M.Afr.

Voir aussi
* Avril 2007 : M.Afr. Espagne : Roquetas de Mar Avec les migrants

Tiré du Petit Echo N° 1004 2009/8

 

 


 

Missionaries of Africa
Spain
Roquetas de Mar - Almeria

Jesús Esteibarlanda Oregui M.Afr.


MAfr at the service
of migrants

Economic crisis’ is the most frequently heard expression these days. The print media fill their pages with this topic. Politicians, captains of industry, businessmen, even the Pope, the bishops and people on the street, as well as heads of families, workers and housewives speak about it. Many take account of it and state that this crisis has tragic consequences for the most deprived: those who are unemployed, those with debts, especially due to mortgages, migrants and among them, above all, those called ‘illegal immigrants’ or ‘undocumented.’ There are many statistics, figures and percentages that show (or dare not show) the faces of those who undergo the tragic consequences of this crisis.

We meet those faces, those persons, every day at Roquetas de Mar in Almeria, Spain. The unemployed majority spend their time at crossroads or on the market squares (as in the parable), waiting for someone to employ them for a hard day’s work in the glasshouses, where they earn 30 euros if they are ‘undocumented’ and 35 if their papers are in order. (It is worth noting that almost all building work has been stopped.) They wander through the streets, or play draughts or those games with a two-row cupped board and pebbles that we have all experienced in Africa.

Jesús Esteibarlanda Oregui with Antonio and Pepi, a couple of lay missionaries.The bold headlines of the 14th December 2008, ‘Voice of Almeria’, declared, ‘Almerienses (inhabitants of the Province of Almeria) who forsook the glasshouses are now returning.’ (These glasshouses in the region were and are still a source of great prosperity and progress.) On the same page, we read, ‘Unemployment among mi­grants has increased by 80% in one year.’

This unemployment affects all migrants, but Africans in a very particular way, and especially the ‘undocumented.’ The vast majority of the migrants are men. Many have left their wives and children at home. Here, they live 6, 8 or 10 people together in the same rented flat. They are almost always from the same country. It is admirable to see that very often the two or three who work pay the rent and food for those who live with them.

Jesús Maria SanjuanIn 2000, at the request of the Bishop, the Missionaries of Africa began to look after the pastoral needs of the Catholic south-of-the-Sahara migrants arriving in the region. There are currently three confreres engaged in the project: Joaquin Alegrias, who began the project in 2000, Jesús Maria San Juan and myself. We do not have a parish, but we cooperate as curates in three parishes with appointments that have regard for our priority task with Christian and non-Christian migrants. A new and long-awaited important development took place in 2006 with the opening of the AFRIKA Cultural Centre. The premises are 30 metres from our house and belong to the diocese. We live in a neighbourhood full of migrants.

It is above all in the Afrika Centre that we meet with Africans, especially from south of the Sahara (95% Muslim), who come to follow courses in Spanish or benefit from other services: (welcome, information, translations, legal advice, etc.

Every community member gives a morning to attend to the reception desk. We also give courses in the morning. On average, 140 people follow these courses 4 days a week and we are planning to add an extra day. Given that those who take part in these courses come from different countries of Africa, they can meet with one another and create friendships among themselves. We consider this aspect extremely positively because most of the time their relationships are limited to their compatriots and sometimes even to the same region or language.

Spanish Class.Thanks to some Muslim students, we have been able to meet and visit the sheik of the mosque, which is a good way to experience and promote one or many encounters. One of our concerns is to work together with public institutions, such as the welfare office of the town hall, and private institutions, such as religious communities, NGOs and Caritas that work for and with migrants.

We are also involved in the activities of a new project run by the NGO ‘Almeria Acoge’. Almeria receives people from the neighbourhood in which we live with a view to improving their material situation and their cultural and relational skills. One confrere is also involved in establishing Associations of Migrants of the same nationality, so that they can receive assistance from public institutions such as the European Union Food Bank.

Our project also includes a direct pastoral service towards catechumens. The diocese has entrusted the catechumenate of a quite widespread area to us. Currently, these are 5 parishes with almost 130 catechumens. We introduce the people to Spanish, Manjack and English. Manjack is spoken in Guinea Bissau and one region of Senegal. Two migrants work with us as catechists to provide the teaching in Manjack.

It is worth noting that on the Sundays of the 26th April and the 10th May, we joyfully celebrated the Baptism of first 16 then 25 young and adult Africans, from Guinea Bissau and Senegal, in the presence of the Bishop of the Diocese. It was carried out with African sound, colour, song, clothes, warmth, sharing, joy and beauty. It was the other face of migration, a true enrichment and testimony of vibrant life in old and aging Christian communities. It made sense of sharing and Mission.

It should be said that for four months we have some lay co-workers with us full-time. It is a very new experience in which we are placing all our hopes. They form part of the community. We pray together and have breakfast and lunch together. They have rented a flat about 200m from our house.

We also consider our ministry as curates in the three different parishes very important. There, we have the possibility, in addition to knowing the parish communities, to raise their awareness of Mission in Africa and towards migrants. We also take part in priests’ meetings at various levels. With all that, we are highly unlikely to become bored and we are content to live out our missionary vocation here.

Jesús Esteibarlanda Oregui

See also
April 2007 : M.afr. Spain : Roquetas de Mar With The Migrants

From Petit Echo n° 1004 2009/8