DOSSIER MISNA
SIDA ET SUD DU MONDE: LA MISERE, LES FEMMES ET L'ESPOIR /
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Tandis que vers minuit dans 300 villes du monde entier s'éteignaient les lumières allumées depuis quelques jours déjà à proximité de quelques monuments pour demander l'abolition totale de la peine de mort, les noeuds rouges symbole de la "Journée mondiale du sida", ou plus exactement "Contre le sida", rappelaient à tous que près de 40 millions de personnes dans le monde contaminées par le syndrome d'immunodéficience acquise (sida ou Human immunodeficiency virus, HIV) attendent inexorablement une peine capitale sans pitié, faisant ainsi un nombre encore plus élevé de "condamnés", souvent victimes innocentes, provenant surtout des régions les plus défavorisées du monde et parmi les populations les plus pauvres et sans défense.Il suffit de penser qu'environ 25 de ces 40 millions sont concentrées dans l'Afrique subsaharienne et que 32 des 38 pays que la Banque mondiale classe parmi les plus pauvres sont également concentrés dans cette même zone de la planète. Le syndrome d'immunodéficience acquise dans des conditions de pauvreté ou de misère totale représente fréquemment une condamnation à mort sans aucune issue.
Depuis qu'une prise de conscience collective et accomplie de ce mal est intervenue, au début des années 80, l'information sur la maladie a été elle-même malade: tout d'abord fortement répressive et moraliste, surtout contre les homosexuels, ensuite entourée de tabous qui interdisaient même d'engager des campagnes de prévention adéquates puis manipulée par les intérêts économiques des multinationales du secteur pharmaceutique cherchant seulement à protéger leurs brevets et les prix spéculatifs de leurs médicaments devenus au fil des ans plus efficaces et utiles pour contenir la maladie, non sans effets toxiques collatéraux.
Des personnalités sérieuses comme le président sud-africain Thabo Mbeki qui a voulu prendre en considération des points de vue sur le sida et sur son traitement thérapeutique différents de ceux soutenus par l'establishment médical et pharmaceutique international, dominé par les multinationales d'Outre Atlantique ont fait l'objet de campagnes infamantes d'insultes gratuites et absurdes. Le chef d'Etat sud-africain a presque été considéré un "sorcier", du simple fait qu'il avait demandé d'enquêter aussi sur ce que l'on appelle la "médecine traditionnelle".
Parmi les accusations lancées à son encontre figure aussi l'installation, qui remonte en l'an 2000, d'un préservatif géant illuminé sur un édifice de la ville du Cap . Mais sans doute, à bien y regarder, le véritable motif de cette campagne internationale de diffamation était lié au fait que l'Afrique du Sud, touchée par un taux d'infection du virus fort élevé, a été le premier pays à engager une sérieuse bataille politique et légale pour la production et l'emploi de substances pharmaceutiques anti-sida non assujetties aux règles et aux prix d'usuriers, protégés par des brevets coûteux et d'un certain point de vue "indignes". On ne pouvait même pas courir le risque de remettre en cause les choix et les profits du puissant réseau d'intérêts qui avait déjà tout décidé et organisé autour du diagnostic et de la gestion de la maladie qui, comme de nombreuses autres malheureusement, doit être encore vraiment comprise et affrontée avec un ensemble d'instruments sociaux et psychologiques aussi plus articulés et complexes qu'une simple poignée de médicaments distribués à un prix élevé.
Des médecins ayant une expérience profonde des maux de l'Afrique sans rien retirer aux soins spécifiques nécessaires surtout pour les malades déclarés se disent absolument convaincus de la nécessité de "soigner" avant tout la pauvreté, la misère, le désespoir qui prennent racine dans ces mêmes zones du monde où le sida revêt les caractéristiques d'une épidémie impossible à contenir.
La superposition stupéfiante entre la liste des pays les plus pauvres de la planète et ceux les plus touchés par le HIV ne constitue certes pas en soi une preuve pure et simple du lien profond existant entre les conditions désespérées de survie et la force avec laquelle la maladie se déchaîne, mais pousse certainement à formuler un certain nombre d'interrogations: quelle part a la pauvreté dans les maux les plus graves de notre époque, du sida au terrorisme, de la mortalité périnatale et infantile à la violence diffuse, du manque croissant d'humanité dans les rapports pour ainsi dire humains à la destruction qui semble inéluctable des valeurs primaires de la personne à commencer par la vie?
Et que fait le Nord du monde, si ce n'est au moins par égoïsme clairvoyant et défense prudente de ses propres intérêts, pour affronter sérieusement, ou au moins pour apaiser, la souffrance des foules humaines du monde entier, dont les rangs de miséreux sont toujours plus importants numériquement? Cela ne vaut sans doute pas la peine de s'attarder sur le cas de ceux qui ont fait une promotion tambour battant de la réduction des taxes il y a quelques jours seulement pour déclaré hier en toute sérénité ne pas avoir à disposition les fonds promis pour contribuer à la campagne mondiale contre le sida
L'appel lancé par Kofi Annan, qui demande à tous de voir dans les femmes "des héros de cette guerre", mérite en revanche une plus grande attention. En juin 2001 déjà, à l'occasion d'une session spéciale de l'Assemblée des Nations unies dédiée au sida, Jean Paul II écrivait au secrétaire général de l'Onu en ces termes: Deux problèmes me tiennent particulièrement à cur
La transmission du sida de la mère à l'enfant qui est une question extrêmement douloureuse. Tandis que dans les pays industrialisés, grâce à des thérapies adéquates, on a réussi à réduire sensiblement le nombre d'enfants naissant avec le virus, dans les pays en voie de développement, en particulier en Afrique, ceux qui viennent au monde avec l'infection sont très nombreux, ce qui représente une grave souffrance pour les familles et la communauté. Si l'on ajoute à ce triste cadre le désespoir des orphelins de parents morts du sida, on se trouve face à une situation qui ne peut pas laisser insensible la communauté internationale.
Le second problème est celui de l'accès des malades du sida aux soins médicaux et, dans la mesure du possible, aux thérapies anti-rétrovirales. Nous savons que les prix de ces médicaments sont excessifs, parfois même exorbitants, au regard des possibilités des citoyens des pays les plus pauvres. Les prix des médicaments sont certainement exorbitants en Afrique où la majorité des malades, femmes et enfants surtout, doivent lutter contre le virus.
Une terre où la femme en tant que mère, aidée par exemple par des initiatives comme celle du comité "Santé Afrique" (que les missionnaires de la Consolata présentent aujourd'hui même à Rome), peut réellement, comme on le dit banalement, "faire la différence". Ce sont elles-mêmes qui peuvent justement faire la différence: une différence qui n'est pas banale, porteuse de vie, de santé, d'humanité chaleureuse, d'espoir thaumaturgique et inextinguible pouvant au moins faire barrage à cette vie désespérée que la maladie et les formes mortelles de misère transforment en une condamnation capitale injuste pour des millions d'innocents. (traduction d'un article de Pietro Mariano Benni)
DOSSIER MISNA
AIDS AND THE WORLDS SOUTH: POVERTY, WOMEN, HOPE
As the lights in monuments in 300 cities all over the world calling for the abolition of the death penalty were being put out at midnight, the red ribbons symbolising World AIDS Day World day against AIDS would be more appropriate reminded us all that with around 40 million people infected with HIV (Human immunodeficiency virus) or affected by full-blown AIDS (acquired immunodeficiency syndrome), a much higher number of innocent people face another ruthless death sentence, particularly in the most disadvantaged parts of the world and among the poorest and most defenceless populations.
Suffice it to think that approximately 25 of the 40 million infected people live in sub-Saharan Africa and that 32 of the 38 countries identified by the World Bank as the worlds poorest are concentrated in the same region. In conditions of poverty or total misery, AIDS can be an unavoidable death sentence. Information about the disease has also ailed from the start: first it was strongly repressive and moralising, especially against homosexuals, before becoming surrounded by taboos, to the extent that it was impossible to implement adequate prevention campaigns, and then being subject to manipulation in accordance with the economic interests of multinational pharmaceutical companies interested only in protecting their patents and the speculative prices of their pills, which over time have become more useful and effective in containing the virus but are not without conspicuous side effects.
There have been serious people such as the South African President Thabo Mbeki who have been subject to gratuitous and unreasonable insults simply for taking into consideration opinions on HIV/AIDS and its treatment that differ from those held by the international medical and pharmacological establishment, as if he were a witchdoctor simply because he called for research into so-called traditional medicine. He is also held responsible for the illuminated outline of a condom as high as the building supporting it in Cape Town in 2000
However, the real reason for the international defamatory campaign may have been the fact that South Africa, one of the countries worst affected by HIV/AIDS, initiated a serious political and legal battle for the production and use of anti-AIDS drugs that are not subject to the rules and extortionate prices protected by costly and in some ways unworthy patents.
Nor should the country have run the risk of calling into question the choices and earnings of the powerful interests that determine the diagnosis and management of a disease which, like many others, is still something of a mystery and needs to be addressed with a variety of approaches that are more complex than a mere handful of expensive pills.
There are doctors who have a deep understanding of Africas ills and who, without denying the needs for specific treatment particularly for cases of full-blown AIDS, say that they are absolutely convinced of the need to treat the poverty, misery and desperation that thrive in the same parts of the world in which AIDS assumes the charateristics of an unstoppable epidemic.
If the astonishing overlapping of the worlds poorest countries and those worst affected by HIV/AIDS does not represent sic et simpliciter proof of the profound link between the desperate conditions of survival and the force of the disease it certainly raises a few questuions: what part does poverty have to play in the most serious ills of our time, from AIDS to terrorism, from perinatal and child mortality to spreading violence, from the the growing lack of humanitas in so-called human relations to the unstoppable destruction of primary values starting with the value of life?
And what is the worlds North doing to address or alleviate the suffering of the ever greater throngs of poor? Instead, it is worth taking note of the call by Kofi Annan to see women as the heroes of this war. In 2001, for a special session of the United Nations general assembly on AIDS, Pope John Paul II wrote to Annan in the following terms: I have two problems at heart Mother-child transmission of HIV/AIDS is an extremely painful matter.
While in industrialised countries it has been possible to significantly reduce the number of children born with the virus, in developing countries and particularly in Africa, a large number children are born infected, leading to grave suffering for their families and the community. If we add to this scenario the desperation of children whose parents have died from HIV, we find ourselves faced with a situation that cannot fail to move the international community.
The second problem is that of access for AIDS sufferers to medical treatment and, where possible, to anti-retroviral therapies. We know that these drugs are overpriced, sometimes even exorbitantly priced, in relation to the economic means of citizens in poor countries.
Women and children, particularly in Africa, and the cost of drugs, which is certainly exorbitant in Africa. A land in which mothers can really make the difference. They can be the difference themselves, as bearers of life, health, human warmth, and unquenchable and thaumaturgical hope, able to counter the desperation that illness and deadly forms of poverty can transform into an unjust death sentence for millions of innocent people.
(Translation of an article by Pietro Mariano Benni)