Roquetas de Mar – Espagne : notre poste de Mission (PE n° 1082)

Le phénomène de la migration

Le phénomène de la migration n’est pas une réalité nouvelle ; c’est la façon dont nos propres pays ont été formés tout au long de l’histoire. Aujourd’hui, comme nous le voyons autour de nous, ce phénomène est centré sur certains segments de la population. La mauvaise compréhension du problème de la migration, conjuguée au faible compte rendu des faits, empêche de trouver des solutions adéquates. Les politiques des pays qui investissent des montants incroyables dans le renforcement des frontières et l’information véhiculée par les médias ne permettent pas de voir positivement l’arrivée de personnes nouvelles et différentes dans nos pays. La peur et le soupçon semblent dominer nos pensées. Que faire pour passer de l’hostilité à l’hospitalité ?

En général, les gens se déplacent parce qu’ils cherchent une vie meilleure ; c’est cette recherche d’une vie plus digne pour eux-mêmes et leurs proches qui est la base de leurs projets de quitter leur propre terre, espérant trouver de meilleures opportunités ailleurs. En général, cette recherche est motivée parce que les conditions d’une vie digne ne peuvent être trouvées dans leur propre pays.

Les conflits armés, l’expropriation des ressources naturelles et minérales, les situations de violence, les changements climatiques et les inégalités économiques ont une influence décisive sur le désir de risquer leur propre vie en essayant d’atteindre d’autres terres avec l’idée que « le lait et le miel » y coulent librement.

Ces migrations ont des conséquences à la fois dans les pays d’émigration et d’immigration et, dans les deux cas, peuvent avoir des effets positifs et négatifs.

Pour ce qui est de l’émigration, une des conséquences positives peut être l’atténuation de certains problèmes de surpopulation, de la réduction des pressions sur les ressources, et l’envoi d’aide financière des émigrants à leurs familles. Par contre parmi les conséquences négatives, il y a les multiples problèmes dans les familles allant du vieillissement de la population, le départ des jeunes qui peuvent travailler et la diminution du revenu public.

Pour ce qui est de l’immigration, le rajeunissement de la population et l’augmentation de la diversité culturelle qui permettent d’avoir accès à de nouvelles manifestations culturelles sont quelques-unes des conséquences positives. Du côté négatif, il peut se former des déséquilibres en lien avec l’âge et le sexe. Il y a aussi les tensions causées par la plus grande diversité politique, linguistique et religieuse, car il se forme des groupes complètement séparés et marginalisés. Aussi, les immigrants acceptent souvent des salaires plus bas que la population locale, ce qui crée des conflits. Il y a aussi l’augmentation des besoins et services, en particulier pour les soins de santé et pour l’éducation.

La raison de notre présence ici

Depuis 15 ans, les missionnaires d’Afrique travaillent à Roquetas de Mar, dans le diocèse d’Almería en Espagne. Nous sommes trois confrères et un stagiaire qui travaillent auprès des migrants africains. À la demande de l’Église locale, consciente de la réalité des migrants, notre Société missionnaire s’est engagée à œuvrer avec ces personnes, tout en étant à l’écoute de ceux qui cheminent dans leur recherche spirituelle.

Il est évident que nous ne sommes pas les seuls à travailler dans le monde de la migration à Roquetas. Le service que nous offrons, en tant que missionnaires d’Afrique, est comme une goutte d’eau comparée à l’immensité du défi que pose la migration. Nous sommes impliqués dans plusieurs domaines comme le fonctionnement de notre « Centre Interculturel Africa », des camps urbains pour les jeunes, le catéchuménat pour les immigrés africains et la fête de la Journée des migrants. Dans toutes nos activités, nous travaillons en réseau avec d’autres personnes, des associations laïques et des communautés religieuses afin d’offrir un meilleur service.

Montse, teaching a class at the Centro Afrika

Notre mission dans le quartier

Nous vivons dans un quartier qui, malgré sa réputation dans le reste de la ville, est un lieu sympathique, animé, coloré et multiculturel. Ici, vous trouverez la pauvreté, la prostitution, le commerce d’une variété de produits de toutes sortes, et même de la drogue, mais vous trouverez également la solidarité ; ici on trouve de tout. Dans ce quartier vous avez un goût de l’Afrique dans cette ville qui est renommée dans toute l’Espagne pour son tourisme. Le milieu où nous vivons est également l’endroit où les nouveaux arrivants d’Afrique sont souvent reçus par des personnes de leur propre pays qui les abritent, les nourrissent et les aident à faire les premiers pas dans ce nouveau pays, même à trouver un petit travail dans l’agriculture. Les nouveaux arrivants savent aussi nous trouver.

Accueillir et accompagner semble être la meilleure façon de décrire notre mission à Roquetas de Mar. Ces deux engagements se rejoignent de manière concrète : d’une part à travers la dimension sociale de notre présence par le « Centre Interculturel Africa » avec tous ses services sociaux ; d’autre part par la dimension spécifiquement religieuse avec le catéchuménat pour les immigrés africains dans plusieurs paroisses de la région.

C’est une bénédiction d’être ici pour accueillir et accompagner les immigrants africains avec lesquels nous cheminons. Nos expériences missionnaires en Afrique qui nous ont permis de grandir comme personnes nous aident maintenant dans notre ministère de compassion dans ce milieu. Cependant, cela est aussi un défi de nous adapter à servir ces hommes et ces femmes qui se retrouvent en dehors de leur environnement habituel. Ils vivent dans un contexte social dans lequel ils sont marginalisés ; ils vivent en groupes, mais loin de leurs propres familles ; ils se retrouvent aussi souvent seuls avec la difficulté de trouver un partenaire approprié. Ils se rendent compte que leur recherche de « lait et de miel » qu’ils espéraient trouver n’est pas encore accessible. Malgré tout, ce sont des personnes fortes et résilientes.

Je me demande qui profite le plus de ces services : est-ce les migrants qui bénéficient de notre service d’accompagnement ? ou est-ce nous qui pouvons vivre à travers eux l’affirmation de Jésus : « Tout ce que vous avez fait pour le plus petit de ces frères, vous l’avez fait pour moi » ?

C’est ainsi que notre mission se poursuit dans cette ville côtière du sud de l’Espagne qui se trouve juste en face du continent africain. C’est la même mission que nous avons choisie dans notre jeunesse de proclamer la Bonne Nouvelle au monde africain.

Oscar Arturo, M.Afr

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