Le destin du croyant – Stan Lubungo

Le destin du croyant

« La montagne de Sion est solide non pas parce qu’elle est stable, mais parce qu’elle est sacrée et chère à Dieu. Je crois que c’est le destin de tout croyant. Nous sommes des êtres chers et Dieu n’abandonne pas les siens. » (Stan L. méditant le Ps. 125)

Blogueur chrétien, Guillaume Nocq a interviewé notre supérieur général, Stan Lubungo, en l’invitant à commenter le psaume qui lui parlait le plus. En cette année jubilaire bénie de Dieu, Stan en a profité pour retourner aux sources de notre Société missionnaire.

Lettres de nouvelles

Nous avons reçu quelques lettres de nouvelles au cours des deux dernières semaines :

De la province d’Europe :

EUR ECHO – Automne 2019 disponible ici

Mini-Lien n° 488 du secteur France disponible ici

Nuntiuncula n° 713 du secteur Belgique disponible ici

et d’ailleurs

Info-PAC n° 81 de la PAC disponible ici 

Baobab n° 33 de la PAO disponible ici

Newsletter n° 3 de la SOA disponible ici

Relais Maghreb n° 34

Roger Merceron, R.I.P.

Société des Missionnaires d'Afrique

Le Père Patrick Bataille, Délégué Provincial du secteur de France,
vous fait part du retour au Seigneur du Père

Roger Merceron

le vendredi 11 octobre 2019 à Pau-Billère (France)
à l’âge de 89 ans dont 64 ans de vie missionnaire
en RD Congo, au Burundi, en Suisse, à Jérusalem et en France.

Prions pour lui et pour ceux qui lui étaient chers.

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Pierre Mauriaucourt, R.I.P.

Société des Missionnaires d'Afrique

Le Père Patrick Bataille, Délégué Provincial du secteur de France,
vous fait part du retour au Seigneur du Père

Pierre Mauriaucourt

le vendredi 11 octobre 2019 à Bry-sur-Marne (France)
à l’âge de 92 ans dont 66 ans de vie missionnaire
en Algérie et en France.

Prions pour lui et pour ceux qui lui étaient chers.

(plus…)

Nouvelles du Pisai

Bulletin d'information du PISAI

Nous avons reçu de Diego Sarrió, « Président » au PISAI (Institut Pontifical pour les Etudes Arabes et Islamiques) la lettre d’information du 7 octobre 2019 dont nous avons traduit l’éditorial, initialement en italien. Nous vous renvoyons au site Web de Pisai pour de plus amples informations.

https://fr.pisai.it/accueil/

Chères amies et chers amis,

Le Pape François nous a offert une merveilleuse surprise le dimanche 1er septembre dernier lorsque, après la prière de l’Angélus, il a annoncé les noms des 13 nouveaux cardinaux élus, dont Mgr Miguel Ángel Ayuso Guixot, M.C.C.J., Président du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux, et Mgr Michael L. Fitzgerald, M.Afr., ancien Président du même Conseil Pontifical. Cette annonce nous a comblés de joie non seulement parce qu’elle souligne une fois de plus combien le dialogue interreligieux est cher au Saint-Père, mais en même temps parce que les deux futurs cardinaux ont avec notre Institut des liens de longue date. A tous les deux les sincères félicitations de l’ensemble de la communauté académique du PISAI.

La nouvelle année académique a également été l’occasion de repenser le format du bulletin que nous avons envoyé aux anciens. Comme vous vous en souvenez peut-être, au cours des dernières années, l’AAP a envoyé à ses abonnés un bulletin PDF contenant des nouvelles et d’autres renseignements sur la vie de l’Institut. Autant que possible, nous nous sommes efforcés de traduire toutes les nouvelles en italien, en anglais et en français. À partir de ce bulletin, nous essayons un nouveau format plus simple : un bulletin unique pour les anciens et les autres personnes intéressées par les activités de l’association. Pour l’instant, nous nous limiterons à l’italien, qui est la langue que nous partageons tous. Nous comptons sur vos réactions et vos conseils pour nous aider à améliorer la publication du bulletin. Nous serions heureux de recevoir votre contribution de nouvelles de vos expériences pour que nous puissions nous enrichir mutuellement et rester en contact. Nous profitons de l’occasion pour remercier Manuela Galaverni, ancienne étudiante du PISAI, qui a été responsable de la mise en œuvre du projet PAA depuis le début.

Je vous souhaite à tous une bonne rentrée académique.

Père Diego

Grâce sur grâce…

Grâce sur grâce...

Le début du mois d’octobre a été très intense à Rome. Lancement du mois missionnaire extraordinaire le 1er octobre, commémorant et ravivant l’appel missionnaire très fort lancé par Benoît XV dans sa Lettre Apostolique « Maximum Illud » il y a cent ans. 

« Baptisé et envoyé : l’Église du Christ en mission dans le monde. » Parler aujourd’hui de ceux qui sont baptisés et envoyés signifie que chaque baptisé, à son niveau, peut être missionnaire, peut être l’instrument de la proposition que Dieu veut faire à l’homme, par son témoignage personnel, sa prière et son offrande.

Trois jours plus tard, en la fête de saint François, le Pape a participé, dans les jardins du Vatican, à un événement culturel pour célébrer la fin de la Saison de la Création 2019 et pour consacrer le prochain Synode sur l’Amazonie. 

Mais encore plus près de notre cœur et de notre identité, il y avait la création de 13 nouveaux cardinaux pris pour une grande part dans des instituts missionnaires, dont notre confrère Michael Fitzgerald. Beaucoup d’encre a coulé sur l’événement. La Maison générale était pleine d’invités, entre les 25 membres de la famille et amis de Michael Fitzgerald et quelques évêques congolais venus célébrer la création du cardinal Fridolin Ambongo Besungu de Kinshasa. 

Le Pape avait appelé un Constistoire pour le samedi 5 octobre à 16 heures pour élever les 13 nouveaux Cardinaux. A cette occasion, tous les cardinaux de Rome étaient présents pour accueillir leurs nouveaux frères. Quelques minutes avant 15 heures de l’après-midi, le « futur Cardinal Fitzgerald » est apparu dans sa soutane pourpre mais sans la zuchetta et la barrette pourpre, qu’il recevrait des mains du Pape lui-même lors de la cérémonie. Vous reconnaîtrez sur le côté gauche de la photo nos confrères, Mgr Willy Ngumbi et Martin Wullobayi, professeur au Pisai, que le nouveau cardinal a choisi comme secrétaire personnel pour cette cérémonie.

La vidéo suivante est la partie du consistoire où le Pape invite les « futurs Cardinaux » à professer leur foi, où il les revêt de la zuchetta et de la barrette rouge et où les nouveaux Cardinaux sont reçus et félicités par le Collège des Cardinaux qui y sont présents. Cet extrait de la cérémonie ne dure que 24 minutes. Si vous voulez voir la vidéo complète (1h15), suivez ce lien.

Après la cérémonie, chacun des nouveaux cardinaux a reçu un espace où les membres de leur famille et leurs amis pouvaient les rencontrer et les féliciter. De retour à la maison vers l’heure du souper, le Cardinal Michael Fitzgerald a encore trouvé l’énergie de venir partager un bout de la soirée avec les confrères des Services et quelques autres personnes. Cela montre combien Michael est simple et fraternel avec sa « famille ».

Dimanche, les nouveaux cardinaux ont concélébré avec le Pape la messe du matin sur la place Saint-Pierre pour la grande célébration d’inauguration du Synode des évêques de la région pan-amazonienne.

À une heure de l’après-midi, toutes les cérémonies et les liturgies étaient terminées. C’était alors l’heure de la fête. Dans son discours de félicitations, le Père Stan Lubungo, Supérieur général, a commenté la « Coïncidence » de cet honneur donné à Michael mais aussi à nous tous et se souvenant de la béatification de nos 4 confrères martyrisés en Algérie et de la proclamation d’un mois missionnaire extraordinaire en octobre, tout concourrait à plutôt voir un « clin d’œil » du Seigneur car nous avons récolté « Grâce sur grâce » !

ICMA-CI Formation à la protection

Session sur la protection des mineurs et des personnes vulnérables

Du 17-24 septembre 2019, notre confrère Stéphane Joulain a donné à l’Institut Catholique Missionnaire d’Abidjan, une dernière session de formation sur la protection des mineurs et la prévention des abus sexuels. Cette session comptait 34 participants, des étudiants des dernières années de formation des instituts partenaires ou fondateurs de l’ICMA, mais aussi des religieuses et d’autres laïcs. Ont aussi participé, les membres du nouveau Centre de Protection des Mineurs et des Personnes Vulnérables (CPM-PV) de l’ICMA ce centre a été inauguré cette année offrira des formations et des sensibilisations dans les paroisses et diocèses de la Côte d’Ivoire. La directrice de ce nouveau centre, la Sr Solange Sia a d’ailleurs coanimé la session avec notre confrère. Parmi les membres de ce nouveau centre, nous comptons aussi deux autres Missionnaires d’Afrique, le Père François-Xavier Bigeziki comme psychothérapeute et formateur, et le Père Bonaventure Mashata comme personne-ressource. À partir de l’année prochaine académique, la session sera offerte par l’équipe du CPM-PV et les formateurs de l’ICMA. Bon courage à eux tous et toutes. Voici quelques photos de la remise des certificats qui sont conjointement offerts par l’ICMA et le Centre pour la Protection des Enfants (CCP) de l’Université Grégorienne de Rome.

Session Seniors 2019

Session des aînés (Séniors) 2019

Par manque de candidats, cette année n’a connu qu’une seule session, à savoir la Session des Aînés (Séniors), qui s’est déroulée à la Maison Généralice au mois de septembre. En dessous de la photo de groupe, vous pourrez lire le message rédigé par les sessionnistes à la fin de la session. Et, tout en bas de la page, vous trouverez le lien vers la belle homélie prononcée par notre assistant général Didier Sawadogo.

Veuillez noter qu’en 2020, il n’y aura que la Session de Rome pour Séniors. Elle aura lieu à Rome du 9 au 26 septembre 2020. Elle aura lieu en anglais. Donc la Session de Rome « Transition » n’aura pas lieu en 2020.

Se retrouver après des années, des décades, pour plusieurs d’entre nous était un aspect attirant de la session. Il suscitait surprise, étonnement, questionnement, joie et humour. Des frères retrouvaient des frères, des sœurs retrouvaient des sœurs, des sœurs retrouvaient des frères et vice versa. Nos mémoires en furent tout excitées et nous avions de quoi placer des balises sur les routes de nos vies.

Bernard et Helga avaient préparé la session avec savoir faire, avec minutie pour faciliter et enrichir le parcours qu’ils nous proposaient, en tenant bien compte des limites de nos âges.

Aller en pèlerinage, c’est viser un but. Que visons-nous à nos âges sinon le passage ultime de la vie à la Vie. Mais ce passage est de l’ordre du mystère… il nous faut seulement y tendre en cheminant – ensemble – et chacun, chacune, à son rythme.

Un pèlerinage suppose un déplacement, étape par étape. Nos étapes à nous furent d’aller à la découverte, la redécouverte du visage de Jésus, qu’Il nous a manifesté au long de nos vies et aujourd’hui encore. 

Étonnement de la progression de cette révélation : Jésus, Fils du Père, frère aîné, qui nous donne son Esprit pour nous apprendre à aimer, à nous laisser aimer par Dieu, par soi-même et par les autres… Étape de l’émerveillement aussi pour la Famille Missionnaire dans laquelle nous sommes engagés depuis longtemps. Cheminement nourri par la prière, soutenue tout au long des journées et facilitée par des apports artistiques, des préparations soignées, des partages enrichissants, orientés par le thème de chaque étape du pèlerinage. Bienfait de la prière commune, de l’Eucharistie vécue paisiblement, et par conséquent plus profondément, et sans doute des temps de contemplation personnelle.

Tout cela, nous l’avons vécu d’autant plus intensément que nous étions portés par un cadre de vie familial et combien appréciable : interculturalité assurée, présence importante de l’Afrique, atmosphère de jeunesse côtoyant les différents âges… Mais aussi confort, propreté et ordre de la maison, gastronomie de qualité, organisation des multiples services… et surtout la disponibilité, l’amabilité, l’ouverture, l’humour qu’offraient les uns aux autres. Nous repartons comme des seniors ragaillardis, « rafraîchis » et toujours porteurs de la Bonne Nouvelle.

Merci à nos deux Instituts qui nous ont obtenu ainsi d’accueillir une grâce de rajeunissement dans le Christ et une ouverture renouvelée à la vie de notre famille missionnaire.

Souhait de conclusion : « Que les vieux pommiers que nous sommes devenus produisent encore de bonnes pommes !

Les sessionnistes

Bernard Ugeux, témoignage

Bernard Ugeux, un prêtre au service des femmes victimes de viol en RDC

À Bukavu, en République démocratique du Congo, le Père Bernard Ugeux, des Missionnaires d’Afrique, consacre une partie de son temps à aider les femmes victimes de viol. Témoignage.

« Si vous voulez détruire une société détruisez les femmes, c’est elles qui transmettent les traditions, qui font l’unité de la famille, qui protègent les enfants… » Bernard Ugeux est prêtre, de la communauté des missionnaires d’Afrique, aussi appelés Pères Blancs. Depuis une dizaine d’années, il vit à Bukavu, où il consacre beaucoup de son temps à l’accueil, l’accompagnement et la réintégration des survivantes de conflits dans l’Est de la RDC. Des femmes qui ont souvent été enlevées, violées et mutilées par des bandes armées. Bukavu, c’est aussi là où exerce le Dr Denis Mukwege, ce gynécologue qui soigne les femmes victimes de viol, qui a reçu prix Nobel de la paix, et avec qui Bernard Ugeux est en lien.

LE VIOL, UNE ARME DE GUERRE

Pourquoi il y a des gens qui ont une vie agréable et pourquoi il y en a dont on se dit ce n’est pas possible que des êtres puissent vivre des choses pareilles ? « Il me faut vivre avec ce point d’interrogation », confie Bernard Ugeux. Pour lui le mal, ce n’est même pas de l’ordre du mystère mais de l’ordre de l’énigme. « Il faut laisser Dieu être Dieu, je n’aurai pas la réponse, je vois que Jésus ne donne pas d’explication il donne une réponse : la compassion, l’indignation, l’amour, la justice. »

Lors de conflits, le viol a pour objectif la destruction, c’est une véritable stratégie, on parle même d’arme de guerre. « Après cela les gens sont complètement bouleversés, on détruit le tissu social, la culture, ça touche à la religion, etc. » Ce peut être le fait de milices, on encercle un village pendant la nuit, on viole les femmes devant les enfants et les maris que l’on oblige à assister à la scène. Des filles sont emmenées comme esclaves sexuelles.

COMMENT AIDER LES FEMMES VICTIMES DE VIOL ?

« La première question pour toutes les victimes c’est : est-ce qu’on va me croire ? » Aussi, ce que fait le Père Ugeux c’est de les écouter, et de les écouter « d’une certaine façon qui leur fait entendre que je crois dans ce qu’elles disent ». Ensuite, leur envoyer l’idée que « malgré tout ce qu’elles ressentent de négatif sur elles-mêmes, elles ont toujours de la valeur ». Malgré leur « sentiment de culpabilité, de souillure, d’avoir perdu leur dignité, de ne plus avoir de place dans la société ». Certaines sont d’ailleurs rejetées par leur famille ou leur mari. 

Le Père Ugeux n’est pas médecin ni psychologue. Mais il connaît bien l’Afrique et a une longue expérience de l’accompagnement spirituel. Ce qu’il constate, c’est que les femmes qui viennent le trouver « cherchent moins à être plaintes ou consolées qu’à retrouver une place dans la société ». Le centre Nyota dont il s’occupe, accueille 250 jeunes filles en journée. Pendant trois ans elles apprennent un métier. Et peu à peu, « on les voit retrouver leur autonomie et leur joie de vivre, leurs raisons d’exister ». Et ce grâce au réseau d’amis des Pères Blancs, qui envoient de l’argent et sans lesquels il ne pourrait « rien faire ».

COMMENT CROIRE EN DIEU APRÈS ÇA ?

Depuis ses 11 ans, Bernard Ugeux a « l’Afrique au cœur » : depuis qu’un évêque congolais est venu témoigner dans le collège jésuite où il étudiait. « Quand j’ai eu le bac j’ai hésité entre médecin et prêtre, pour finir je me suis tourné vers les Pères Blancs et la dimension médicale m’a toujours accompagné. » Son combat ressemble à celui de Jacob, dans la Bible, un combat face au mystère du mal, face à lui-même. Il dit : « ​La foi, à certains moments c’est une décision. »

Ce qui lui permet de tenir ? La prière, chaque matin il consacre 45 minutes à l’adoration du Saint Sacrement. Le soir il dit à Dieu : « Le Sauveur c’est toi c’est pas moi. » Ce qui l’aide aussi, c’est de vivre en communauté avec six autres Pères Blancs. Et de voir « des gens qui ressuscitent ». Par exemple lors de la fête de la femme le 8 mars qui est « très importante au centre », lors du traditionnel défilé de mode, « il faut voir ces filles qui défilent avec une fierté, c’est ça qui permet de tenir le coup ». Impressionné par « la capacité de résilience » des femmes en Afrique, il garde tout de même « au fond cette colère de voir comment les gouvernements fonctionnent et les autorités abusent ».

Mgr Michael Fitzgerald… La Croix

Mgr Michael Fitzgerald, un cardinal au service du dialogue

Anne-Bénédicte Hoffner

Parmi les nouveaux cardinaux qui seront créés lors du consistoire samedi 5 octobre, plusieurs se sont illustrés par leur engagement au service du dialogue islamo-chrétien. à l’instar de Mgr Michael Fitzgerald, Père Blanc, aujourd’hui engagé auprès d’une paroisse de Liverpool.

Dans son bureau en égypte. Arnaud du Boistesselin/Ciric

Au courrier du jour figurent deux lettres de félicitations. Dans le salon de son presbytère, Mgr Michael Fitzgerald les parcourt et s’amuse : « Le message est très gentil mais il y a une erreur : je ne suis pas le deuxième cardinal anglais, je suis britannique. Vous ne trouverez pas une goutte de sang anglais dans mes veines ! » Ce n’est de toute façon pas pour sa nationalité ni pour son siège épiscopal que le pape François a demandé à ce prêtre de la Société des missionnaires d’Afrique (Pères Blancs) de rejoindre le cercle de ses plus proches conseillers. « C’est un acte de justice », a répondu le pape à un journaliste qui l’interrogeait dans l’avion le ramenant de Madagascar, début septembre.

« Je n’ai jamais désiré ni recherché les honneurs, bougonne l’intéressé. Et puis, à 82 ans, vais-je vraiment conseiller le pape ? » Il regarde avec distance les interprétations qu’il lit, ici ou là : s’agit-il pour le pape de « renforcer son équipe », dans la perspective de l’élection de son successeur ? Ou plutôt – à travers sa nomination ainsi que celle de l’actuel président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Mgr Miguel Ayuso Guixot, et de l’archevêque de Rabat, Mgr Cristobal Lopez Romero – d’une volonté de replacer le dialogue interreligieux au cœur du service de l’Église et de l’Évangile ? Lui-même se garde bien de trancher et préfère parler d’une « reconnaissance ».

De fait, Mgr Michael Fitzgerald incarne à merveille ces nouveaux cardinaux à la mode François, aux antipodes des « princes de l’Église » des images d’Épinal. Depuis la permission obtenue de ses parents – irlandais tous les deux – de le laisser rejoindre à 12 ans le petit séminaire des Pères Blancs en Écosse, jusqu’à sa nomination en 2002 à la tête du dicastère chargé du dialogue interreligieux, il présente chacune de ses nominations à Rome, en Ouganda ou au Soudan comme frappée au coin du hasard… ou de la providence. Toutes l’ont orienté toujours un peu plus vers l’étude de l’islam et la rencontre avec les musulmans. Chaque fois, il s’est plié à la volonté de ses supérieurs… et s’étonne que l’on s’en étonne. « Cela fait partie de notre serment d’obéissance : on peut toujours refuser, mais il faut de bonnes raisons pour le faire », rappelle-t-il.

Quand lui-même rêvait du Nigeria ou du Yémen, l’Institut pontifical des études arabes et d’islamologie (Pisai), fondé par les Pères Blancs, s’est sans cesse rappelé à lui. Il l’a dirigé de 1972 à 1978 et y a eu nombre d’élèves, dont le frère Christian de Chergé, futur prieur de Tibhirine. Toujours « sans l’avoir recherché », il accepte en 1987 – après la première rencontre d’Assise – le poste de secrétaire de ce qui s’appelle encore le « Secrétariat pour les non-chrétiens » et que Jean-Paul II, soucieux de développer les relations entre croyants, transformera en Conseil pontifical. Pendant quinze ans, il seconde fidèlement le cardinal nigérian Francis Arinze dans ses efforts pour mettre le dialogue au service de la paix, avant d’apprendre un jour sa nomination comme président de ce dicastère.

L’élection de Joseph Ratzinger, sous le nom de Benoît XVI, en 2005, marque un tournant dans son parcours. Le peu de goût du nouveau pape pour le rapprochement entre les religions est connu. L’année suivante, le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux est confié au cardinal Paul Poupard, déjà chargé de la culture, Mgr Fitzgerald étant nommé nonce en Égypte. « Peut-être l’intention était-elle de fondre le dialogue interreligieux au sein du dialogue interculturel ? », s’interroge l’intéressé, fidèle à son extrême discrétion sur le sujet. Quelques mois plus tard, après un discours prononcé à Ratisbonne, en Allemagne, qui provoqua un vigoureux tumulte dans le monde musulman, Benoît XVI fit machine arrière et restitua son indépendance au Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, plaçant à sa tête un diplomate aguerri, le cardinal Jean-Louis Tauran.

Depuis Jérusalem où il avait pris sa retraite il y a sept ans, Mgr Michael Fitzgerald reçut quelques signes de l’affection du pape François à son égard : on lui a notamment confié « une mission au Liban ».« Mais je ne pensais pas être créé cardinal du vivant de Benoît XVI », reconnaît-il sobrement.

Étonnamment, malgré les années qui ont passé, on sent poindre quelques réflexes romains, lorsqu’il s’étonne par exemple de ces nominations qui « ne respectent pas la tradition ». « Je n’obligerai pas le prochain pape à vivre à Sainte-Marthe », annonce-t-il également, sourire en coin, en référence au choix du pape François de renoncer aux appartements pontificaux… En attendant, et alors que la rumeur vaticane bruisse de rumeurs de « schisme » et de scandales sexuels, Mgr Michael Fitzgerald se félicite d’être désormais « en dehors de tout cela ».

Son souci, aujourd’hui, est bien différent, alors qu’il vient de se réins­tal­ler dans son pays, plus de cinquante ans après l’avoir quitté. Il a repris, avec trois prêtres de son institut, une paroisse quasi-abandonnée de Liverpool. En accord avec le diocèse, la province d’Europe des Pères Blancs a souhaité cette « insertion » en Angleterre avec une double mission : le service des migrants et le dialogue avec les musulmans. Il leur faut donc trouver le moyen de nouer le contact avec les habitants : quartier chinois d’un côté, « triangle baltique » de l’autre, baptisé ainsi en souvenir des anciens marins qui y accostaient.

« Autrefois, Liverpool était surtout connue pour les Beatles. Aujourd’hui, il semble que sa principale religion soit le foot », constate le nouveau cardinal, en achetant son pain face à un immense graffiti représentant l’entraîneur du Liverpool Football Club, vainqueur de la Ligue des champions la saison dernière. Il se dit prêt aussi à « donner un soutien » aux acteurs du dialogue islamo-chrétien au Royaume-Uni.

C’est sur ce combat de toute une vie qu’il se montre le plus disert : « à Al-Azhar, à Abu Dhabi ou à Jérusalem, le pape François nous montre comment faire : par le contact direct et sans se laisser enfermer dans des prescriptions ou des barrières. C’est un homme libre et nous avons besoin d’hommes libres ! » Lorsqu’il faudra, un jour, élire un successeur à l’évêque de Rome, le cardinal Fitzgerald, parce qu’il est âgé de plus de 80 ans, ne votera pas. Mais il participera « aux discussions » et « sera heureux de soutenir la direction prise par François ».