Un ministère de prise en charge (dans le Petit Echo n° 1114)

Certains de nos confrères, surtout dans les régions éloignées, n’ont peut-être pas la chance de lire le Petit Echo, soit à cause d’un problème de distribution postale, soit parce qu’ils n’ont qu’un accès Internet sur leur téléphone portable. Chaque fois que je lirai des articles particulièrement essentiels, je les publierai sur le site Internet sous forme de postes ordinaires, qui devraient être plus faciles à lire depuis un téléphone portable. Ne les manquez pas. 
Ph. Docq

Intégrité du ministère : un ministère de prise en charge

Peter Joseph Cassidy , M.Afr. (dans le Petit Echo n° 1114)

Depuis la création du ministère tel que nous le connaissons aujourd’hui, nous avons été mis au défi d’évaluer régulièrement notre approche à son égard. Pendant mes années de formation (milieu des années 90), le terme « intégrité du ministère » n’existait pas et la réalité n’était pas mentionnée, mais on sentait qu’il y avait un mot inexprimé en rapport avec l’intégrité de soi et du ministère ; si on l’avait adopté à l’époque, il aurait complété notre approche du ministère et de l’autoprise en charge dans tous ses aspects d’aujourd’hui. Heureusement, actuellement, cette attitude a changé et notre programme de formation intègre désormais cette réalité et, nous l’espérons, prépare mieux nos confrères à leur voyage missionnaire quotidien face aux défis qui y sont associés.

Depuis que j’ai prêté serment en décembre 1996, comme la plupart d’entre nous, nous avons tenu des rôles différents et variés au sein de la Société. Certains de ces rôles, nous y étions préparés ; d’autres, par la nature de notre vocation, nous les avons acquis sans grande préparation, voire sans aucune préparation. En regardant mes années de ministère, je peux honnêtement dire que le point de l’intégrité du ministère a été le plus difficile à assumer, au point de susciter colère et frustration. Depuis le moment de ma première nomination jusqu’à aujourd’hui, j’ai été personnellement confronté, et j’ai également dû confronter les autres dans leur approche de la conscience de soi et du ministère, ce qui n’a pas été une tâche facile. Le plus grand défi lorsque l’on se confronte à soi-même et aux autres est l’image que l’on donne de soi et la façon dont on laisse tomber sa famille et les personnes que l’on sert. Parfois, nous tenons pour certain notre rôle dans la vie et oublions le rôle et l’image que nous donnons à ceux que nous servons. Il existe un certain sentiment d’arrogance lié à notre vocation, né de l’histoire où les gens avaient peur de nous affronter, mais cette attitude a changé : les personnes que nous servons sont prêtes à nous affronter, à nous défier et à nous exposer si nous sortons de notre rôle aujourd’hui.

Mon expérience

Mon séjour en Irlande et maintenant mon retour en Afrique du Sud ont montré clairement que notre peuple veut que nous soyons honnêtes et fidèles à notre vocation. Avec le nombre d’ateliers auxquels j’ai participé et, actuellement, la tenue d’ateliers dans l’archidiocèse de Johannesburg en rapport avec la sauvegarde du ministère, je suis constamment surpris par le nombre de personnes qui assistent à ces ateliers. Cela suggère que les gens que nous servons nous crient qu’ils veulent que nous répondions à notre vocation avec intégrité. Cela suggère également qu’ils se soucient de nous et veulent nous protéger au point d’être prêts à nous aider, non pas à nous couvrir, mais à nous aider si nous empruntons un chemin difficile dans notre ministère et dans notre vie.

Nous devons être proactifs, plutôt que réactifs, et développer une approche positive de la supervision professionnelle. Je me souviens qu’au sein de notre Conseil provincial européen, j’ai posé une question sur cette supervision ; on m’a répondu que nous l’avons dans la direction spirituelle ; mais la supervision est différente de la direction spirituelle. Comme nous le savons, il vaut mieux prévenir que guérir. Je crois qu’il y a un besoin de supervision où nos besoins et nos préoccupations sont suivis par un professionnel qui reconnaît une spirale émotionnelle descendante. C’est le cas de toute aumônerie, où il faut prouver, dans le domaine civil, la fréquence de la supervision. Comme tout conseiller professionnel aujourd’hui, il s’agit de faire de même. Notre ministère a changé aujourd’hui, mais les défis restent les mêmes : sommes-nous assez humbles pour chercher à nous faire soigner par un professionnel ?

En tant que missionnaires d’Afrique, nous avons consacré beaucoup de temps et d’argent à « soigner » nos confrères. Il faut se demander s’il n’aurait pas été plus productif d’investir et d’encourager une supervision professionnelle qui nous permettrait d’avoir un miroir pour regarder notre vie et prendre soin de nous-mêmes. Tous ceux d’entre nous qui se disent missionnaires sont confrontés quotidiennement aux horribles histoires personnelles des personnes que nous servons, qui sont parfois le miroir de nos propres histoires. Une fois que ces histoires ne sont pas prises en compte, elles peuvent nous amener dans un endroit « sombre » qui, à son tour, nous affectera, nous et notre ministère. Notre peuple veut que nous soyons vrais et honnêtes dans nos activités ; cela ne peut être accepté que si nous sommes vrais et honnêtes envers nous-mêmes.

Dans notre Société

Cette même réalité doit être acceptée dans nos communautés de missionnaires d’Afrique. Nous devons également être forts pour affronter nos confrères et en prendre soin si nous les voyons s’engager sur un chemin difficile. Nous avons tendance à nous tourner d’abord vers nos supérieurs, en prenant l’option facile, plutôt que de nous soucier du problème et de confronter le confrère en question. Nos communautés doivent être un « lieu de sécurité » où l’on prend soin de nous et où l’on se sent pris en charge. Parfois, nos communautés ont été un lieu de douleur et de manque de soins. Nous devons développer des communautés qui se soucient des besoins des uns et des autres, en ne faisant pas la police, mais en utilisant les compétences que nous avons acquises, en traitant avec les personnes que nous servons et en les mettant en œuvre dans notre communauté immédiate. Vivre dans une communauté où l’on ne parle pas des problèmes (l’éléphant dans le coin) est très difficile alors qu’on épuise son énergie en soi-même, dans la communauté et dans notre ministère.

La supervision est un moyen de se soigner soi-même et a été mentionnée au dernier Chapitre, mais n’est-elle pas restée lettre morte ? Soyons tous assez humbles pour rechercher des soins par le biais de la supervision avant qu’il ne soit trop tard et construisons sur un ministère qui fait partie intégrante de l’image de Dieu.

Intégrité du ministère et ses conséquences dans l’apostolat (PE n°1114)

Certains de nos confrères, surtout dans les régions éloignées, n’ont peut-être pas la chance de lire le Petit Echo, soit à cause d’un problème de distribution postale, soit parce qu’ils n’ont qu’un accès Internet sur leur téléphone portable. Chaque fois que je lirai des articles particulièrement essentiels, je les afficherai comme des articles ordinaires sur le site web, ce qui devrait être plus facile à lire à partir d’un téléphone portable. Ne les manquez pas. 
Ph. Docq

L'intégrité du ministère et ses conséquences dans l’apostolat

Peter Ekutt, M.Afr. (dans le Petit Echo n° 1114)

Sincérité et humilité

Suite à la récente révélation de nombreux cas d’abus sexuels commis par des prêtres ou personnes consacrées, le pape François a écrit une lettre à l’ensemble du peuple de Dieu. Cette lettre est un cri. Un cri pour exprimer la honte et la douleur du pape et de toute l’Église face à ces scandales des abus sexuels et d’autres formes d’abus avec leurs blessures. Ce cri se joint à celui des victimes dont les blessures accompagnent toute la vie. Nous sommes tous secoués, missionnaires d’Afrique (pères blancs) comme toutes les autres congrégations ainsi que les communautés chrétiennes. La question la plus importante à nous poser n’est pas de savoir qui se trouve derrière ces scandales, mais plutôt ce que ces scandales révèlent de notre manière d’être missionnaires. Comment est-ce que ce cri peut nous aider comme missionnaires d’Afrique à apprendre du passé afin de devenir plus attentifs à l’intégrité de notre ministère. Cette question nous invite aujourd’hui à poser un regard dépassionné et moins stéréotypé sur cette crise, sur les personnes et sur les cultures. Il n’y a ni limite d’âge, ni expérience pastorale, ni culture à l’abri de ce mal. Tout le monde, malgré son âge et son expérience missionnaire, y reste exposé.

Échanges pendant une session avec des religieux, religieuses et prêtres diocésains du diocèse de Mahagji

Expérience de terrain

J’ai eu la chance d’animer une session à des religieux, religieuses et prêtres diocésains. Pour la mise en route de la session, j’ai demandé aux participants un travail de « Brainstorming » sur ce qu’ils pensaient de l’« abus sexuel » et de l’« abus du pouvoir ». L’expression des visages des participants m’a fait comprendre que ces questions les mettaient mal à l’aise : c’était inhabituel et demandait un courage exceptionnel. Alors on comprend que la stigmatisation, la méfiance, la culture du silence et le tabou règnent autour de ces sujets à divers degrés selon les milieux. En général, je constate qu’il y a aussi une mystification autour de ces sujets. La peur de plaintes, de stigmatisations et de la justice, mais aussi les liens familiaux, empêchent les gens d’en parler et de dénoncer les cas qu’ils connaissent pourtant bien.

S’agissant de nos communautés, certains confrères acceptent souvent qu’il y a des abus sexuels et des adultes vulnérables, mais pour balayer du revers la question, on y va par des phrases stéréotypées du genre : «mais c’est rare en Afrique », « cela ne se passe pas dans notre secteur ni dans notre communauté », « l’homosexualité est moins grave que la pédophilie », « coucher avec une jeune fille de 17 ans, ce n’est pas de la pédophilie puisque c’est elle qui est venue vers moi ». Même quand on parle de la politique de protection à signer dans notre Société, d’aucuns pensent que c’est un piège pour attraper les confrères. Je connais même des secteurs où le confrère chargé de la question n’ose pas ou ne veut pas diffuser les documents aux confrères, mais attend que les problèmes éclatent pour commencer à citer les grands principes et sévir. Cela explique en partie la méfiance envers les confrères qui sont dans cet apostolat. Nous sommes considérés comme des policiers à l’affût d’infractions pour incriminer. Ainsi, se développe un blocage sur le sujet.

Si, au milieu des peines et des joies, des succès et des difficultés, la Société des Missionnaires d’Afrique continue son pèlerinage 150 ans après sa fondation, les difficultés de l’intérieur restent toujours les plus douloureuses et les plus destructrices. Le scandale de l’abus sexuel, de l’abus de pouvoir, de l’abus addictif et de l’abus de confiance fait souffrir tout le corps de la Société. Voilà pourquoi nous essayons non pas de chercher les victimes, mais plutôt de sensibiliser les confrères sur ce que le pape Benoît XVI a appelé « la blessure ouverte dans le corps de l’Église » en général, et au sein de notre Société en particulier.

Le père Peter Ekkut (en boubou) lors d’une session avec les candidats missionnaires d'Afrique, étudiants en philosophie à Kimbondo (Kinshasa)

Apprendre à allier rigueur et humilité

Nos approches peuvent avoir leurs limites, nous ne le nions pas. Mais la vérité est têtue. En effet, sur le banc des accusés, on identifie non seulement des acteurs politiques et des opérateurs économiques, mais aussi des enseignants, des responsables de groupes de jeunes, des parents, des ecclésiastiques. Souvent nous sous-estimons la prévalence des abus sexuels envers des mineurs et des adultes vulnérables, mais, en pratique, force est de constater qu’il y a de pénibles traces et des dossiers qui coûtent des fortunes à la Société. Ainsi, cet article veut provoquer une réflexion sur l’intégrité de notre ministère. Le fait d’être chrétien — en particulier consacré — dit le pape François, « ne veut pas dire nous comporter comme un cercle de privilégiés qui croient avoir Dieu dans leur poche ».

Il importe donc de réfléchir sur la sévérité des règles à adopter dans tous nos établissements, pour prévenir des faits semblables et s’inscrire dans la logique du pape François qui demande « plus jamais cela », dans nos communautés, nos secteurs et nos provinces. Il est également important que la Société s’engage pour le respect des droits tant de la victime que de la personne mise en accusation ; qu’elle veille à ce que la vérité soit accompagnée de la charité, tant envers les victimes qu’envers les accusés, afin de les conduire sur le chemin de la guérison et de la réconciliation avec soi-même et avec la société.

Lors d’une campagne de sensibilisation des jeunes dans les ecoles de Mahagji sur “l'agression sexuelle”

« Prudence » est le maître-mot

« Il ne suffit pas que la femme de César soit honnête, elle doit aussi en avoir l’apparence ! » Voilà, selon Plutarque, la réponse du grand César en ce qui concerne la répudiation de sa femme Pompéia, soupçonnée sans preuve explicite de relations extraconjugales avec Clodius ; la leçon de cette histoire est que tout responsable public doit, non seulement être intègre, mais aussi éviter tout comportement pouvant mettre en cause son intégrité ; en régime chrétien, nous appelons cela PRUDENCE.

Pour vivre cette prudence en matière de protection des mineurs et des personnes vulnérables, il est important que les missionnaires respectent les limites des espaces privés de nos communautés missionnaires d’Afrique. Plusieurs maisons de formations, heureusement, ces temps-ci, insistent sur l’interdiction de recevoir les visiteurs dans nos espaces privés à savoir nos chambres à coucher et nos salles d’équipe. Cette décision des formateurs ou des communautés des maisons de formation est à saluer et à encourager ; cela montre le sérieux de notre engagement et forme de futurs missionnaires d’Afrique dans l’esprit du cardinal Lavigerie qui ne cessait d’appeler à cette prudence dans ses lettres adressées aux premiers confrères.

Le monde a changé et cela pour tout le monde y compris les clercs jadis considérés comme des saints vivants sur terre. Je perçois ici un appel pressant à tous : apprendre à allier rigueur et humilité, aussi bien au niveau individuel que communautaire.

Intégrité et mission, toujours d’actualité (PE n°1114)

Certains de nos confrères, surtout dans les régions éloignées, n’ont peut-être pas la chance de lire le Petit Echo, soit à cause d’un problème de distribution postale, soit parce qu’ils n’ont qu’un accès Internet sur leur téléphone portable. Chaque fois que je lirai des articles particulièrement essentiels, je les publierai sur le site Internet sous forme de postes ordinaires, qui devraient être plus faciles à lire depuis un téléphone portable. Ne les manquez pas. 
Ph. Docq

Intégrité et mission, toujours d’actualité

Stéphane Joulain, M.Afr. (dans le Petit Echo n° 1114)

Au début des années 1960, notre Société mit fin à la publication de ce que l’on appelait les directoires. Ces documents prévoyaient les différents aspects de la vie des missionnaires. On y retrouvait des directives très claires quant à la manière d’être en relation avec les autres : hommes, femmes et enfants, laïcs et religieuses. On y retrouvait des indications sur les lieux où recevoir les personnes que les missionnaires accueillaient : dans les bureaux, jamais dans les chambres, etc. La Société était consciente depuis le début de sa fondation des limites de la nature humaine et des risques que ces limites faisaient planer au-dessus de l’œuvre des missions. Puis, plus rien. Les vents de liberté des années 1960-70 balayèrent ces documents. Seule la conscience individuelle devait être le guide pour discerner la moralité et l’intégrité de l’action du missionnaire.

Cette méconnaissance de la nature humaine, pour une Église qui s’autoproclamait pourtant par la voix de Paul VI comme « experte en humanité », amena de nombreux maux. Même s’ils n’étaient pas nouveaux, ces maux furent dramatiques pour beaucoup. Le risque, en supprimant toute forme de discipline ou de législation, est que l’individu se retrouve confronté à la dictature de son ego et de sa toute-puissance. Si l’individu n’a pas internalisé un cadre inhibiteur à sa toute-puissance, les dérives sont un risque très réel. L’apport d’un cadre inhibiteur externe, qui rappelle la loi fondamentale du respect de l’altérité du prochain, est alors indispensable. Autrement, le risque est trop grand que ce qui est central ne soit plus l’annonce de la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité, mais l’annonce de la supériorité du missionnaire sur le reste des fidèles.

Heureusement, la vaste majorité des missionnaires sont des hommes de foi et de moralité, entièrement donnés à la mission du Christ, avec leurs limites certes, mais avec une générosité et un amour du prochain évidents. Toutefois, certains se sont glissés dans notre Société avec une intégrité moindre, et ils se sont alors servis de leur prochain ; ce sont les mercenaires pour lesquels « les brebis ne comptent pas vraiment », dont parle le Christ (Jn 10,13) ; ce ne sont pas des missionnaires.

Mesures récentes

Il était donc devenu important d’avoir dans notre Société des cadres clairs pour protéger ceux que nous servons. Pour cela, dès 2008, notre Société s’est dotée de ses premiers instruments pour encadrer le ministère auprès des plus vulnérables. Ces instruments ont été révisés régulièrement jusqu’à nous donner notre Politique actuelle sur la prévention des abus (2015), ainsi que différents outils du vade-mecum pour la gouvernance ou pour la formation initiale. Au niveau des provinces et des secteurs, différents instruments plus contextualisés ont été élaborés.

Certains, bien souvent les confrères ayant le plus de difficulté avec leur toute-puissance, les ont perçus comme une limitation de leur liberté. Mais ces instruments ne sont pas là pour limiter la liberté, mais pour protéger les plus faibles.

Certaines infoxs (fakenews) ont alors commencé à circuler ; par exemple, affirmer que l’on ne pouvait plus toucher les enfants même pour les bénir ; dire qu’une chasse aux sorcières était organisée ; que le coordinateur à l’intégrité du ministère (CIM) était le nouvel inquisiteur ; que le droit canonique et notre serment seraient suffisants, etc.

Ces infoxs sont autant de fantasmes qui reflètent la difficulté à intégrer de nouveaux paramètres de travail missionnaire et la difficulté de certains à sortir de la toute-puissance. Cela reflète aussi une autre difficulté : celle d’intégrer l’obéissance à la chasteté.

Soyons ici très clairs, il n’a jamais été interdit de « toucher chastement » les enfants pour les bénir. En Afrique, c’est fréquent à la fin de la messe de voir les petits venir vers le prêtre pour recevoir leur bénédiction ; c’est une belle expérience évangélique ; cela, il n’est pas question de l’interdire. Ce n’est pas ce qui se passe devant tout le monde qui est source d’inquiétude, c’est ce qui se passe derrière des portes closes, loin du regard inhibiteur d’autrui, qu’il faut encadrer.

De même aucune chasse aux sorcières n’est organisée mais, comme demandé par l’Église universelle et les successeurs de l’apôtre Pierre, nous devons répondre à un devoir de justice envers celles et ceux qui ont souffert des comportements de certains de nos confrères et ont dû vivre pendant des dizaines d’années, parfois toute leur vie, avec des conséquences dramatiques, pendant que le confrère, auteur des abus, continuait lui à jouir de tous les bienfaits de notre petite Société.

Le CIM n’est pas non plus un inquisiteur. Les seules personnes pouvant exercer le pouvoir de gouvernance dans notre Société concernant ce genre d’affaires sont le Supérieur général et les provinciaux. Ils sont les seuls autorisés à entreprendre les procédures canoniques qui pourraient s’imposer. Le CIM agit simplement comme conseiller et peut parfois rappeler le cadre de la loi.

Finalement, ni le droit canonique ni notre serment ne sont des instruments suffisant pour assurer une prévention efficace et une protection maximale des plus vulnérables. C’est pour cette raison que le Vatican, en particulier la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a dû compléter les outils à sa disposition pour œuvrer à rendre la maison Église plus sûre. Tous les diocèses du monde, les congrégations religieuses et les Instituts de vie consacrée ont aussi été invités à le faire. Nous devrions nous réjouir que, depuis 2008, nous ayons de tels instruments dans notre Société.

Mahagi Sisters
Après une session du Père Peter Ekkut aux religieuses de Mahagi sur la protection des enfants et des personnes vulnérables

Le serment ne parle pas de la protection des plus vulnérables ; peut-être devrait-il le faire ? C’est une question légitime. Dans le passé, le serment n’incluait pas la formule d’engagement au célibat, puis elle fut introduite. Pourquoi ne pas introduire une petite formule dans laquelle nous nous engagerions à respecter l’intégrité physique, morale et spirituelle des personnes que nous servons ?

Le cardinal Lavigerie

Notre fondateur était très conscient des risques de l’apostolat missionnaire sans cadre précis. Je l’avais déjà rappelé dans un numéro précédent du Petit Écho. Notre archiviste à la maison généralice me partagea récemment un autre texte intéressant de notre vénéré fondateur. Alors qu’il était bloqué à Carthage à cause d’une épidémie de choléra (circonstances passées qui nous semblent aujourd’hui plus familières), il écrit, en 1885, aux missionnaires en retraite spirituelle. Au milieu de différents encouragements face aux critiques extérieures, il signale toutefois une situation de dérive intérieure inquiétante déjà à l’époque : « C’est donc à vous, mes chers enfants, que je m’adresse aujourd’hui.

La malice et l’audace de vos ennemis échappent à votre action et vous devez être résignés à les subir. Mais ce qui dépend de vous, c’est d’éviter tout ce qui pourrait dans votre vie de missionnaires refroidir le cœur de Dieu, arrêter le cours de ses bénédictions et amener ainsi une ruine bien plus douloureuse encore et plus irrémédiable que celle qui viendrait du dehors (…) Par suite des plus graves motifs et dans la crainte de malheurs à jamais déplorables, je me vois obligé de mettre un terme aux rapports trop fréquents et trop étroits qui existaient presque partout entre les sœurs et les missionnaires. Je laisse à votre père supérieur le soin de vous donner à cet égard les éclaircissements et les détails que la prudence m’empêche de confier au papier. Je me borne à dire que, de plusieurs côtés à la fois, 1l m’est arrivé, de personnes les plus graves et les moins suspectes de partialité, des observations et des plaintes sur ces rapports trop multipliés et sur les calomnies qui en étaient la conséquence. Après avoir donc pesé devant Dieu toutes ces considérations, J’ai décidé également de séparer complètement, au moins pour un temps et jusqu’à ce que les congrégations aient vieilli, la direction des sœurs et celle des missionnaires, quant à sa direction générale et particulière. » (Cardinal Lavigerie, Anthologie de textes, volume V (1885-1887), 29e texte : Lettre aux missionnaires réunis pour leur retraite annuelle à Maison-Carrée, 19 septembre 1885).

Notre fondateur était un visionnaire et un homme d’intégrité morale certaine. Il savait tous les dégâts que peuvent faire certains comportements : dégâts sur les personnes, dégâts pour l’annonce de la Bonne Nouvelle. Puissions-nous puiser à son exemple notre détermination et l’intégrité nécessaire à notre mission !

Santé psychologique des Prêtres – une interview de S. Joulain

Santé psychologique des Prêtres - une interview de S. Joulain (Radio Vatican)

L’actualité récente de l’Église catholique en France mais aussi dans d’autres pays comme l’Inde où les États-Unis a été marqués par plusieurs suicides de prêtres. Une prise de conscience progressive émerge dans l’église quant à la nécessité de prêter une attention plus forte aux fragilités psychologiques des prêtres et des religieux dans un contexte de pression sociale et médiatique qui peut être une source d’épuisement. Des cellules de soutien psychologique ont été mises en place dans certains diocèses et de plus en plus de séminaires instaurent dans leur cursus des interventions de psychologue et parfois même un accompagnement personnalisé afin d’aider les séminaristes à identifier leurs propres limites quitte à interrompre leur parcours. L’enjeu est aussi d’aider les futurs prêtres à faire face aux difficultés psychiques des personnes pour lesquelles ils auront charge d’âme. Le Père Stéphane Joulain, membre de la Société des Missionnaires d’Afrique, est aussi psychothérapeute. Il nous explique ce matin comment l’Eglise essaie de développer un soutien psychologique pour ses ministres du culte en les aidant notamment à trouver un équilibre réaliste dans leur vie relationnelle.

La crise des abus : quelle conversion pour l’Église ?

La crise des abus : quelle conversion pour l'Église ?

Le P. Stéphane Joulain devait animer une soirée au Centre Sèvres, jeudi 19 mars, sur le thème « La crise des abus : quelle conversion pour l’Eglise ? », ainsi qu’une journée d’étude le samedi 21 mars, intitulée « La parole contre les abus ». Stéphane Joulain, est Père Blanc, il est un des spécialistes de la question des abus sexuels dans l’Eglise. Il a publié récemment Combattre l’abus sexuel des enfants (DDB, 2018). N’ayant pu intervenir à cause des mesures de confinement, il nous a proposé un texte ; ce dont nous le remercions très chaleureusement.

Protection des mineurs, un an après (S. Joulain)

Protection of minors is not about witch-hunt (Joulain)

Il y a tout juste un an, du 21 au 24 février 2019, les responsables des conférences épiscopales du monde entier se réunissaient au Vatican pour un sommet consacré à la protection des mineurs et à la lutte contre les abus sexuels dans l’Église. Tour d’horizon des premiers pas effectués avec le père Stéphane Joulain, psychothérapeute spécialisé dans le traitement des agressions sexuelles sur mineurs.

Lisez l’article complet et écoutez l’interview sur le site de Radio-Vatican

Audit sur la protection et la prévention des abus

Audit sur la protection et la prévention des abus

 Du 12-14 février s’est réunit à Rome un petit groupe de confrères mandatés par le Conseil Général pour réaliser un audit interne sur nos procédures et protocoles de Protection des enfants et de prévention des abus. Notre première politique pour la protection des enfants et des adultes vulnérables contre les abus durant un ministère remonte à 2008. Elle fut régulièrement révisée pour donner la version de 2016 que nous avons actuellement. Le Conseil Général a donc demandé à pouvoir estimer l’avancée de l’implémentation de cette politique avant de faire une nouvelle révision. Pour ce faire, dans le courant des deux prochaines années qui mènent au prochain chapitre ce groupe d’auditeurs se rendra dans toutes les provinces pour évaluer ce travail. À la suite de quoi un rapport et des propositions concrètes d’amendements de la politique actuelle seront présentés au Conseil Général et aux Provinciaux ? De bonnes pratiques sont celles qui sont évaluées et améliorées. Transparence et reddition de compte sont les piliers indispensables d’une bonne protection des plus vulnérables.

ICMA-CI Formation à la protection

Session sur la protection des mineurs et des personnes vulnérables

Du 17-24 septembre 2019, notre confrère Stéphane Joulain a donné à l’Institut Catholique Missionnaire d’Abidjan, une dernière session de formation sur la protection des mineurs et la prévention des abus sexuels. Cette session comptait 34 participants, des étudiants des dernières années de formation des instituts partenaires ou fondateurs de l’ICMA, mais aussi des religieuses et d’autres laïcs. Ont aussi participé, les membres du nouveau Centre de Protection des Mineurs et des Personnes Vulnérables (CPM-PV) de l’ICMA ce centre a été inauguré cette année offrira des formations et des sensibilisations dans les paroisses et diocèses de la Côte d’Ivoire. La directrice de ce nouveau centre, la Sr Solange Sia a d’ailleurs coanimé la session avec notre confrère. Parmi les membres de ce nouveau centre, nous comptons aussi deux autres Missionnaires d’Afrique, le Père François-Xavier Bigeziki comme psychothérapeute et formateur, et le Père Bonaventure Mashata comme personne-ressource. À partir de l’année prochaine académique, la session sera offerte par l’équipe du CPM-PV et les formateurs de l’ICMA. Bon courage à eux tous et toutes. Voici quelques photos de la remise des certificats qui sont conjointement offerts par l’ICMA et le Centre pour la Protection des Enfants (CCP) de l’Université Grégorienne de Rome.

Interview de Stéphane Joulain

En janvier dernier, Stéphane Joulain animait une formation sur le combat de l’abus sexuel des enfants pour le staff ecclésial du diocèse de Bordeaux en France. A cette occasion, il a donné une excellente interview.

Pour rappel, Stéphane Joulain est psychothérapeute et prêtre membre de la Société des Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs). Il travaille cette question depuis plus de quinze ans, accompagnant les victimes et participant au traitement des auteurs d’agressions sexuels au Canada. Il enseigne à Rome et en Afrique sur la prévention des abus sexuels.

Emprise et abus spirituel

Emprise et abus spirituel

UNE COPRODUCTION JCD PRODUCTION/KTO 2018 – Réalisé par Jean-Claude Duret
Documentaire du 18/05/2019.

Aujourd’hui, la soif d’absolu est forte dans un monde occidental qui a perdu les fondements de la foi. Cela peut conduire certains à croiser des personnalités manipulatrices, ou même à devenir la proie de personnalités narcissiques qui détournent à leur profit la quête de Dieu. Ce sont même parfois de véritables systèmes d´emprise qui se mettent en place. Le mécanisme de l´emprise mentale conduit à de nombreux abus, dont l’abus spirituel, et peut causer de graves blessures psychologiques. Pourtant, depuis des millénaires, un trésor de sagesse existe dans les monastères où celles et ceux qui consacrent leur vie à la quête de Dieu ont balisé les dangers de cette quête. L’expérience qu’ils nous transmettent est aujourd’hui indispensable à notre discernement, que l’on soit croyant ou non. Ce documentaire a pour vocation d´informer et d´éduquer un large public aux possibles dangers de la recherche spirituelle.