Nourrir les rêves de lendemains meilleurs

Si pour certaines personnes la paix pourrait ne pas être un sujet préoccupant, tant les réalités de leur espace de vie semblent ne pas frustrer leur désir de bien-être, fort est de souligner qu’elle est un trésor difficilement trouvable pour bien des hommes et femmes, en l’occurrence ceux du Soudan du Sud, qui sont meurtris par des conflits fratricides et désastreux depuis des décennies. Ainsi, on ne saurait vivre, dans un tel environnent, sans se poser la question existentielle de l’éducation à la culture de la paix.

Cet état des lieux de la société sud-soudanaise laisse voir que l’éducation à la paix et la culture de la paix s’imposent à la société humaine en général, mais en particulier au Soudan du Sud  dans la mesure où on ne peut vivre épanoui sans la paix. En effet, éducation à la paix laisse sous-entendre un appel pressant à la responsabilité familiale, voire parentale. Il est donc question dans ce cas de figure, de faire de la recherche d’un environnement sain et épanouissant, non pas une option, mais une priorité. Dans cette optique, dans la cellule familiale et dès leur tendre enfance, toutes les valeurs humaines seront, avec un grand sens de responsabilité, imprimées dans la conscience des enfants qui, dit-on, sont des adultes en miniature. Ainsi, y aura-t-il de fortes chances que les enfants grandissent avec ce qui aurait été imprimé en eux comme valeurs: les valeurs humaines, les valeurs intellectuelles, les valeurs professionnelles et les valeurs spirituelles. Il apparaît ainsi que toutes les composantes de la société doivent être impliquées et prises en compte dans cette entreprise essentielle de l’éducation à la paix.

Il faut de plus comprendre que le bien être de toute société humaine se fonde et se perpétue grâce à la bonne conduite de ses filles et fils, eux-mêmes tributaires de l’éducation reçue. Cette éducation à la paix doit nécessairement être cultivée afin de se pérenniser dans l’espace et dans le temps. Cela suppose aussi la création et la promotion d’institutions fortes et humanisantes. Ce besoin est encore une urgence dans les pays désarticulés par les conflits armés comme le Soudan du Sud.

Le Soudan du Sud

Le Soudan du Sud, bien que jeune en tant qu’État indépendant, connaît une profonde déchirure sociale qui, dès sa naissance même, a mis à mal son unité sociale et nationale. Pendant longtemps marginalisé au plan de l’éducation, clé de l’épanouissement et du développement,  par les autorités du Soudan avant son indépendance, il demeure triste de voir que l’éducation scolaire est un luxe pour ce peuple. Ce manque d’éducation scolaire, dans un pays traumatisé par la guerre, constitue, à notre avis, une brèche vers l’accentuation de la violence. Ce manque favorise le narcissisme ethnique et l’esprit de vengeance. Malheureusement, loin d’œuvrer à l’éradication de la violence dans toutes ses formes, on assiste plutôt, impuissants, à une sorte d’amplification des conflits.

Pour ce qui nous concerne directement, il faut souligner que le diocèse de Malakal, en l’occurrence la région administrative de Jonglei où se trouve notre paroisse, est l’épicentre de la violence. Violence dans les églises pour des raisons de succession, vol de bétail, enlèvement et abus d’enfants, affrontements ethniques, conflits liés à l’appropriation de terres, mariages forcés, abus de femmes, de personnes vulnérables et d’étrangers. Le manque d’éducation semble, de loin ou de près, expliquer ce lancinant constat. Pour ce faire, notre pastorale a comme objectif prioritaire l’éducation à la culture de la paix.

Ainsi nous sommes convaincus que l’un des moyens adéquats pour briser les chaînes de la violence, pour promouvoir la paix et œuvrer à la réconciliation, c’est d’établir une école pour une éducation holistique. Mais en attendant d’avoir les moyens nécessaires pour la construction de l’école, nous agissons autrement. Dans notre démarche pastorale, tout est centré sur la paix. Par exemple, nous mettons à profit le temps de l’homélie pour parler aux cœurs désespérés, pour inciter à la fraternité, à un changement positif du regard posé sur autrui qui ne peut pas être une option, mais absolument une priorité, si l’on veut bien utiliser les chances d’apaiser les cœurs et d’assainir l’environnement dans lequel l’on vit.

De plus nous avons, en collaboration avec le diocèse et certains partenaires, organisé des sessions de guérison de traumatismes et autres fléaux qui minent la société sud-soudanaise. Nos paroissiens et nos voisins y ont pris part. Nous avons aussi organisé des sessions pour les jeunes. Enfin, nous avons initié la journée des enfants qui, malgré les moyens dérisoires, fut un succès. Pour ce qui concerne les enfants, en particulier, nous nous sommes résolus d’avoir un programme hebdomadaire avec eux et, depuis début décembre jusqu’à ce jour, nous constatons une affluence accrue. Le cas des enfants, nous l’avons voulu inclusif dans l’unique but de promouvoir la paix. À cet effet, les parents des enfants nous témoignent de leur gratitude pour notre contribution à l’éducation de leurs enfants, tout en nous demandant la construction d’une école qui, pour eux et pour nous aussi, serait le cadre idéal pour la réalisation d’un tel rêve.

Nul besoin d’insister qu’il y a un lien fort entre paix et développement durable. En effet, l’un ne saurait être une réalité sans l’autre. Ils sont même le point d’achoppement du vivre ensemble. De ce point de vue, la meilleure attitude à adopter et à inculquer, c’est le respect de la vie humaine et sa promotion car, dit-on, l’homme est une fin et non un moyen. C’est dans cette perspective que nous inscrivons notre pastorale. En effet, nous avons organisé des sessions pour promouvoir la paix et la justice, pour outiller les familles à être les cellules de base de la paix. De plus, pour la promotion de la paix, nous accueillons les enfants pour les chants et danses traditionnels et les jeunes pour le sport. Dans l’avenir, nous souhaitons avoir une école où la connaissance, le savoir-vivre et le savoir-faire seront transmis aux plus jeunes. Aussi, nous exprimons le besoin d’un centre de formation professionnelle pour les jeunes, afin d’opérer un changement de perspective : alors que l’oisiveté et le manque d’opportunités de nourrir des rêves de lendemains meilleurs les disposent à la violence, nous espérons que la formation professionnelle pourrait, au contraire, faire d’eux des acteurs pour la paix.

Nous sommes convaincus que l’éducation demeure un moyen sûr pour jeter les jalons du développement durable, de la promotion de la paix et de la vie humaine, comme c’est le cas au Soudan du Sud. Forts de cette conviction, nous saisissons cette opportunité pour demander à toute personne convaincue de la nécessité de l’éducation et de la formation des jeunes, de voler au secours de notre mission dans un pays désarticulé par les horreurs de la guerre, et où l’avenir non seulement de l’Église, mais encore de l’humanité est durement remis en cause. 

Par: Nare Mohamadi Jean Dieudonné, M.Afr.

Roma Cura Roma : Les petites actions font la différence

Le 11 mai 2024, l’autorité municipale de Rome a organisé un nettoyage de la ville. Roma Cura Roma est un événement important de la ville dédié à l’entretien collectif des rues, des places, des parcs et des espaces verts. Parmi les nombreux volontaires qui ont participé à l’événement figuraient les Missionnaires d’Afrique résidant à la Maison généralice. Ils ont travaillé avec d’autres membres du groupe des pèlerins de la Via Aurelia, en particulier les Sœurs Maristes et les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique (SMNDA).

De 9 h à 12 h, nous nous sommes rassemblés devant notre Maison généralice, avons mis ensemble les outils nécessaires et nous nous sommes dirigés vers les zones de travail indiquées. La zone choisie était le chemin qui mène à la station de métro Valle Aurelia (Via Pietro Ciriaci). Les escaliers devant la  Via Agostino Richelmy qui descendent sur la Via Anastasio II en direction de la poste, faisaient également partie de notre initiative (cf. https://www.romacura.roma.it/partecipanti/missionari-dafrica-padri-bianchi-via-aurelia-pilgrims/).

Le travail a pris plus de deux heures pour nettoyer la rue menant à la station de métro Valle Aurelia et celle qui va au bureau de poste. Notre initiative consistait à couper la végétation qui avait poussé pendant le printemps, ramasser les ordures, balayer le trottoir, déboucher les égouts, etc. Nous avons finalement collecté des sacs remplis de plastiques, de bouteilles de verre, de plantes, de feuilles sèches, etc. Tout ce qui était compostable a été apporté au compost dans notre jardin.

Les passants ont souvent été surpris de nous voir travailler. Cette fois, l’un d’entre eux a donné un bonus de 5 € pour acheter de l’eau à boire, car travailler au soleil peut être déshydratant. Les organisateurs de Roma Cura Roma sont toujours reconnaissants de notre générosité et du travail accompli. Des râteaux, des balais en plastique, des sacs en plastique et d’autres outils pour le travail ont été donnés et collectés à la Piazza Sempione, Rome.

 « Les petites actions font la différence », argumente une bénévole qui a participé à notre événement. Notre initiative est une réponse à l’appel du pape François à prendre soin de notre maison commune. Sa Lettre encyclique Laudato Si’ et son Exhortation apostolique Laudate Deum appellent à une conversion écologique radicale. Une métanoïa écologique implique d’écouter la clameur des vulnérables et de la terre. Comment ? En faisant des choses simples comme nettoyer certaines rues du quartier, réduire les déchets, suivre le nombre d’heures passées sur les dispositifs pour économiser l’énergie, planter plus d’arbres locaux et fruitiers, etc., dans l’espoir que de telles actions déclenchent une transformation personnelle et communautaire de mentalité.

Il convient de rappeler que l’année dernière, à peu près à la même époque, les Missionnaires d’Afrique avaient pris une initiative similaire. Comme indiqué précédemment, Roma Cura Roma (« Rome prend soin de Rome ») est une journée dédiée à l’entretien bénévole des rues, des places, des parcs et des espaces verts de la ville. elon ROMA, en cette 3ème édition du samedi 11 mai 2024, plus de 300 initiatives ont été enregistrées, rassemblant 16.000 participants.

Par: Prosper Harelimana, M. Afr.

Quand les justes se multiplient, le peuple est dans la joie

Contexte

Nous vivons de grands bouleversements qui affectent tous les tissus de la vie en société car, dit-on, les faits sociaux sont totaux et globaux ; par exemple, une crise économique peut déstabiliser la structure éducative, sécuritaire et peut compromettre le développement intégral, fondement de la paix. Ainsi devons-nous comprendre que parler d’éducation et de la culture de la paix revient à analyser le système éducatif hic et nunc et l’intégrer de manière efficiente à la formation des consciences, dans le respect des droits de l’homme, la promotion des valeurs qui garantissent la  justice pour tous les peuples, et la création de conditions économiques stables pour tous. Bref, veiller au développement intégral pour prévenir les crises susceptibles d’enfreindre les initiatives de paix.

Nous rappelons quelques programmes éducatifs tels que L’éducation aux droits de l’homme et à la citoyenneté (EDHC) en Côte d’Ivoire pour faciliter la transition vers une culture de paix ; The Truth and Reconciliation Commission créé en 1996 par Nelson Mandela pour la promotion de l’Unité Nationale et la Réconciliation, en Afrique du Sud ; La Commission Vérité et Réconciliation (CVR) initiée pour le soutien à la paix et réconciliation, lors du dialogue inter-congolais en avril 2002 ; El Centro de Justicia para la Paz y el Desarrollo (CEPAD) créé en 2006, au Mexique (Jalisco), pour l’accès à la vérité, à la justice et l’accompagnement des victimes de torture et des familles des disparus. Ces programmes éducatifs ont certainement apporté une contribution remarquable pour la promotion de la paix et l’intégration sociale. Leurs champs d’actions cependant sont souvent restés limités en raison des contraintes politiques et économiques.

La culture de la paix en péril

Les foyers de tension dans le monde inquiètent et interrogent. L’éducation a-t-elle les moyens de faire face aux défis pour la promotion de la culture de la paix ? L’éducation est d’abord une formation qui offre des fondements pour le vivre ensemble, la justice pour tous, les possibilités pour tous, la résolution des conflits pour garantir l’harmonie dans les sociétés. Couplée à la vérité, l’éducation devient une ouverture aux réalités du monde pour une véritable praxis sociale. Malheureusement, le constat est que l’éducation s’apparente davantage à une culture de l’information dépourvue de critique constructive. En d’autres termes, l’éducation se résume à la formation de professionnels pour le marché de l’emploi, au détriment d’autres valeurs d’intégration sociale. Nous faisons face à une éducation essentiellement tournée vers la production, laquelle devient la mesure de la réussite. Une telle éducation dont l’objectif principal est le gain, aura difficilement contribué au développement intégral et à la protection de la culture de la paix.

Un autre facteur qui fragiliserait la culture de la paix, c’est la crise économique. Le manque de ressources et d’indépendance financières font peser sur plusieurs communautés un risque de déstabilisation et d’implosion, comme par exemple, le phénomène des réseaux de ravisseurs. Les médias nous rapportent chaque jour des nouvelles des familles dont les membres sont aux mains de ravisseurs. C’est une affaire en expansion dans notre contexte de mission et dans plusieurs autres parties du monde. La multiplication de ces ravisseurs est une conséquence de la crise économique, des frustrations et frictions sociales. Bref, les structures d’injustice sont souvent à la base de cette rupture, au point de rendre difficile toute promotion de la culture de la paix.

Mentionnons encore la crise migratoire. Le Mexique est un corridor que plusieurs migrants utilisent pour entrer aux Etats-Unis. Des milliers de réfugiés venant des pays de l’Amérique Latine et de Haïti, se déplacent à pied et en train poussant jusqu’aux derniers recoins les limites de l’effort humain pour arriver à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. C’est une traversée périlleuse, parfois sans succès. Ces réfugiés, écrasés par la misère, sont souvent victimes des cartels de la drogue et d’autres organisations criminelles pour des fins économiques ou pour des recrutements massifs.

Construction de la culture de la paix

Après avoir dépeint le contexte suivi de l’analyse de quelques faits qui pourrissent les efforts pour l’impulsion de la culture de la paix, voyons à présent les quelques actions entreprises au niveau de l’Eglise locale, au travers des religieux et laïcs engagés. Au niveau de nos deux communautés au Mexique, nous avons de petites cellules pour accueillir des personnes désireuses de parler, en leur offrant un cadre d’écoute. Ils sont nombreux à désirer nous parler. Nos candidats sont orientés pour aider en ce sens, avec quelques religieuses et laïcs engagés dans les structures d’accueil des réfugiés. Cette présence de nos candidats fait partie du cursus académique pour la formation aux valeurs humaines de service gratuit, de porter assistance aux personnes en situation difficile, de respect de la vie humaine, etc. Une fois l’an, une marche à laquelle participent les confrères, est organisée par la Commission Justice et Paix comme expression d’interpellation pour une vraie paix et une justice pour tous.

Avec la promotion des calendriers missionnaires que nous faisons dans plusieurs paroisses du diocèse, à partir du mois d’octobre jusqu’au mois de janvier, nous portons un message incarnant une approche missionnaire centrée sur l’interculturalité comme expression de vouloir vivre ensemble. Il faut souligner que la paix est une culture universelle nécessitant des acteurs pour la transmettre d’une génération à l’autre, à travers une formation désintéressée fondée sur les valeurs profondes de vérité, de liberté, de justice pour tous, etc. “Quand les justes se multiplient, le peuple est dans la joie ; mais quand le méchant domine, le peuple gémit” (Pr 29,2). Malgré la complexité des structures qui occasionnent les mouvements de réfugiés, les conflits intercommunautaires et les remous sociaux, nous devons garder l’espérance, car l’action des hommes de bonne volonté à travers la formation holistique, constitue une petite semence porteuse d’espoir. Les grands enjeux demain se joueront sur le respect des droits de l’homme et la paix.

Par: Raphaël Muteba, M.Afr.

Education et culture de la paix

Ce sujet, éducation et culture de paix est très important et demeure très actuel dans l’Évangile que nous sommes appelés à annoncer à temps et à contre temps. Il fait partie de l’être de l’Église et de son agir dans le monde en tant que don du Christ Jésus. C’est sa façon de vivre et de rayonner la paix qu’elle devienne éducatrice de la paix et s’inculture dans les valeurs des cultures où elle est envoyée. C’est pour cela que nous, missionnaires d’Afrique, nous sommes à l’aise lorsque nous apprenons des langues locales, portes par lesquelles nous entrons dans les cultures locales pour y annoncer la Bonne Nouvelles et la Paix du Ressuscité !

Il faut revenir à combien de fois nous prononçons le mot « paix » au cours de nos célébrations liturgiques : ‘la paix soit avec vous’ ou bien la prière suivante « Seigneur Jésus Christ, tu as dit à tes apôtres : ‘Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix’ ; ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Église ; pour que ta volonté s’accomplisse, donne-lui toujours cette paix et conduis-la vers l’unité parfaite, toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles ». Ensuite, nous nous donnons la paix du Christ. Nous vivons et donnons ce que nous avons reçu du Christ. Nous continuons de le vivre sous sa lumière avec notre mère, l’Église.

Ce que nous allons partager résume ci-dessous une expérience vécue lors des conflits interethniques post–électoraux au Kenya en 2008-2013. J’étais alors formateur dans notre maison de formation théologique à Nairobi/Balozi. Avec l’Association des psychologues du Kenya dont je suis membre, nous sommes beaucoup passés dans les camps de déplacés pour accompagnement psychologique et assistance matérielle. Nous étions supportés énormément par l’Église locale.

La religion chrétienne, actrice de paix à l’échelon mondial

À l’échelle mondiale, les acteurs religieux jouent un rôle important dans l’éducation à la paix, en rassemblant les gens pour la gestion des conflits. Ils ont une position légitime pour prêcher et enseigner, notamment en sensibilisant aux croyances religieuses des autres religions et en invitant à la tolérance au sein des communautés. Leur rôle est ainsi de favoriser le développement de la paix.

Deux éléments essentiels de la vie religieuse sont d’une importance capitale pour le rétablissement de la paix : l’empathie et la compassion ; la miséricorde puise dans ces attributs la force pour un rétablissement efficace de la paix.

Il existe un lien entre notre foi chrétienne et la paix. Certaines caractéristiques religieuses sont associées à la paix, par exemple lorsqu’un pays a un groupe religieux dominant. Le programme d’éducation individualisé obtient des niveaux de paix plus élevés dans les pays sans groupes religieux dominants et lorsqu’il y a moins de restrictions gouvernementales sur la religion.

La religion chrétienne mène aussi au développement. La religion affecte la prise de décision économique en établissant des normes sociales et en façonnant les personnalités individuelles. Les entreprises situées dans des communautés à forte religiosité ont tendance à adhérer à des normes éthiques propices à une économie stable.

La religion chrétienne est alors comme une clé importante dans le développement de la société. La religion remplit plusieurs fonctions pour la société. Il s’agit notamment de (a) donner un sens et un but à la vie, (b) renforcer l’unité et la stabilité sociales, (c) servir d’agent de contrôle social du comportement, (d) promouvoir le bien-être physique et psychologique, et (e) motiver les gens à œuvrer pour un changement social positif. Le dialogue œcuménique, interreligieux et interculturel peut y contribuer énormément.

Considérons les apports de la religion chrétienne à la société : elle renforce les individus, les familles, les communautés et la société dans son ensemble. Elle affecte considérablement les résultats scolaires et professionnels et réduit l’incidence de problèmes sociaux majeurs, tels que les naissances hors mariage, la toxicomanie et l’alcoolisme, la criminalité et la délinquance.

Le rôle de l’Église dans le maintien de la paix et de la sécurité dans la société est donc important. Elle a toujours enseigné à ses membres l’action de non-représailles, comme l’a enseigné Jésus lui-même ; cela aide à absorber la violence au lieu de mener à une escalade. Par conséquent, chaque cycle de violence provoquant la vengeance, qui à son tour provoque davantage de violences, est brisé par le simple acte de tolérance, de dialogue et d’éviter des représailles.

Les chrétiens sont donc ceux qui suivent et mettent en pratique l’enseignement du Christ dans tous les domaines de leur vie. L’un des sommets du christianisme, ou de la vertu chrétienne, est la paix. La Bible enjoint aux chrétiens de s’embrasser et de vivre en paix avec leurs voisins.

Réconciliation au Kenya durant la période post-électorale 2008-2013

Le processus de construction de la paix, de réconciliation et de restauration par l’Église a été lancé par la formation de la Commission de la Conférence épiscopale du Kenya parce qu’il ne pouvait pas être laissé entre les mains des seuls politiciens. L’Église a été appelée à un ministère de réconciliation et a exercé un mandat spirituel à la suite de la crise électorale. L’Église a surveillé de près le processus pour s’assurer qu’il vise véritablement à parvenir à la guérison nationale, et non à un simple blanchiment visant à balayer les injustices du passé sous le tapis pour des raisons d’opportunisme politique. L’Église a utilisé la chaire pour enseigner et prêcher un pardon et une réconciliation véritables et encourager les gens à participer à une gestion juste et globale du passé afin que la nation puisse véritablement être guérie de ses multiples blessures. L’Église avait la responsabilité permanente de guérir le traumatisme de la violence du passé entre ses propres membres.

Les réalités sociales au sein des sociétés furent prises au sérieux. Les conflits doivent être considérés comme des événements non isolés dans leur contexte social. Les techniques de rétablissement de la paix utilisées par l’Église au cours de la période post-électorale de 2008 à 2013 se sont concentrées sur les aspects structurels de la restauration ou de l’établissement de relations entre anciens rivaux.

Cette approche repose sur l’hypothèse selon laquelle des interactions égales entre les parties, ainsi qu’une restructuration économique et politique, conduit à de nouveaux liens de coopération qui stabilisent les relations pacifiques. L’Église s’est concentrée sur des éléments structurels tels que l’échange de représentants dans diverses sphères politiques, économiques et culturelles. Le maintien de canaux de communication formels et réguliers et une partie essentielle des actions structurelles promues par l’Église consistaient à traiter l’autre partie avec respect, justice, égalité et sensibilité à ses besoins et ses objectifs.

Par: François-Xavier Bigeziki, M.Afr.

Le soin du bien commun

Par l’intériorisation des règles relationnelles et rationnelles, la philosophie sociale nous présente l’homme comme un être exclusivement social. Pour Michel Tournier,  l’homme « porte en lui un complexe échafaudage ». De ce fait, l’homme a une vocation de se construire en construisant sa communauté, sa société et son environnement. A cet égard, pour repenser l’écologie en ce jour, l’homme doit prendre conscience de sa mission de défendre la vie humaine de la conception à la mort, et toutes les formes de vie sur terre. Il est cependant impérieux de mentionner qu’à l’ère actuelle, la terre fait face à plusieurs défis majeurs. Ceux-ci rendent les conditions de vie difficiles. Dans son encyclique Laudato Si’, le pape François souligne l’utilisation irresponsable de l’héritage de la création. Pour lui, la terre « crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle » (LS n° 2). Ce cri se présente aujourd’hui sous de multiples formes : l’homme dévasté, opprimé, maltraité, incompris, jugé ; un environnement négligé. Il importe donc qu’en célébrant l’écologie, nous pensions et posions des actes palliatifs face à ces fléaux que subissent la terre, nos communautés et l’humanité entière. Pour y parvenir, la mise en pratique de deux éléments nous parait indispensable : faire tout pour la préservation du bien commun et désirer ardemment le changement de l’ordre actuel.

Tout faire pour préserver le bien commun

Dans une perspective écologique communautaire, vouloir faire du bien revient à établir un lien étroit entre le dire et le faire ; c’est aussi adopter un mode de vie et d’agir qui puisse mettre fin aux actes et pratiques irresponsables nuisibles à la terre, et par conséquent à l’homme. C’est également encourager les valeurs qui facilitent la vie, la cohabitation pacifique entre les hommes, et entre l’homme et la terre. Il s’agit en effet de mettre fin à la haine, à la dépravation des mœurs. Il est temps d’éprouver la soif de l’amour, de la justice et de l’équité sociale. C’est l’occasion de mutualiser nos énergies afin de combattre la pollution de la terre, nos différences sociales, intellectuelles, ethniques ou raciales. Il est aussi temps d’opter pour une méthode éprouvée dans l’exercice du bien couronné par: le partage, la charité, la solidarité, la confiance mutuelle, la sensibilisation au changement climatique ; tout cela en vue de rendre à la terre, à nos communautés, à notre société une place où il fait beau vivre.

Désirer ardemment le changement de l’ordre actuel

Le changement est un projet qui s’entend dans un contexte dynamique. Il ne commence toutefois qu’à partir du premier effort de l’homme, de par sa volonté de vouloir améliorer les choses. Il est possible que chacun de nous ait une vision de ce que doit être ce changement : qu’en est-il pour moi ? Il est fort probable que nous n’arrivions pas à exceller dans la vie non pas parce que nous en sommes incapables, mais plutôt suite au manque de confiance dans la matérialisation de nos idées et de nos projets. Il est donc temps d’employer nos forces, nos réflexions, nos capacités intellectuelles pour construire un avenir meilleur. John Masson dans son livre Imitation is limitation, affirme ceci : We cannot become what we need by remaining what we are (Nous ne pouvons devenir ce qu’il faut en restant ce que nous sommes).

Le changement exige un éveil personnel et communautaire. Si l’on veut vivre dans un environnement parfait ou dans une communauté témoin de l’amour et de la joie de l’évangile, l’on doit sans aucun doute se conformer aux exigences, aux objectifs et aux devoirs de notre communauté, dans le contexte des Missionnaires d’Afrique, c’est-à-dire nous conformer au projet communautaire. Le rêve de la majorité des missionnaires d’Afrique est peut-être de voir cette société s’améliorer positivement en répondant sans entraves aux besoins missionnaires. Célébrer  aujourd’hui l’écologie, c’est revoir notre manière de traiter nos frères. C’est penser à une nouvelle société avec des confrères renouvelés. C’est rendre nos communautés agréables pour tous. C’est aussi rendre notre petite Société une famille pour tous où chacun a une place et peut s’exprimer, agir, dénoncer et annoncer un lendemain meilleur. Mais il serait plus concret de voir chacun de ses membres se donner corps et âme pour cette fin ultime. Ce n’est pas pour rien que le cardinal Lavigerie insistait sur l’Esprit de Corps. Dans une de ses lettres, nous lisons : « Ma dernière recommandation, mes chers fils, la plus importante des trois, celle sans laquelle toutes les autres seraient inutiles, c’est la recommandation du vieil apôtre d’Ephèse : Filioli, diligite invicem. Aimez-vous les uns les autres. Restez unis, unis de cœur, unis de pensées. Formez véritablement une seule famille, ayez fortement dans le sens chrétien et apostolique de ce mot, l’esprit de corps. Défendez-vous, soutenez-vous, aidez-vous toujours les uns les autres. Que la discorde ne pénètre jamais parmi vous ; que vous soyez, sans cesse, prêts à défendre réciproquement comme un seul homme, contre tous les adversaires du dehors, vos personnes, en un mot que vous soyez non pas seulement unis, mais un” (Cardinal Lavigerie, le 11 novembre 1874).

Il sied de se demander aujourd’hui, combien se mettent réellement à cette quête ? Combien portent de faux témoignages afin de nuire aux autres ou bien de les décourager ? Combien se donnent pour relever  les autres ?                                                             

Par: Guscard Igunzi, (étudiant en théologie, Limete/ Kinshasa)

Contribution pour une éducation environnementale et écologique

Des charbons écologiques et des chapeaux issus de la récupération des déchets

Après un séjour de sept mois, ici dans la province du Haut-Katanga, en ville de Lubumbashi, et plus précisément dans la commune de Katuba où se situe notre paroisse Sainte-Bernadette, j’ai eu à faire des constats lors de mes promenades, de mes tournées dans les communautés chrétiennes de base ou de visites aux malades et aux familles. Ces constats ne sont pas loin de ce qu’on l’on observe souvent dans les grandes villes : inondations pendant la saison des pluies, caniveaux ruisselant d’eaux usées, sales et nauséabondes ; ceux-ci sont à certains endroits bouchés par des bouteilles en plastique ; des fois même, ces eaux chargées de microbes sont utilisées pour nettoyer les véhicules. Les sachets et les ordures ménagères jonchent beaucoup de rues ; certains entassent les ordures devant leur maison comme une protection pour empêcher l’eau d’entrer dans leur maison ; d’autres attendent que ces tas d’ordures arrivent à une certaine hauteur pour mettre de la terre au-dessus afin que l’eau ne puisse pas pénétrer dans le sol. L’eau de la rivière Katuba a pris une couleur verdâtre ; de part et d’autre de ses rives, on voit des tuyaux de canalisation des douches et même sans exagérer, des toilettes. L’eau de cette rivière est encore utilisée pour arroser les légumes des jardins potagers aménagés aux environs. Tel est notre constat que nous qualifions de ‘‘voir’’.

Pour arriver à mieux préciser et à analyser nos constats, la paroisse a bénéficié des services d’une ONG locale dénommée AMA (Action Metanïa Africa). Cette dernière est spécialisée dans la gestion des déchets et de leur recyclage, en fabriquant du charbon écologique, des pavés hydrophobes avec les plastiques récupérés, des chapeaux, des sacs pour les minerais et beaucoup d’autres choses, bref, de donner une seconde vie aux déchets. Une équipe constituée d’une délégation technique de cette ONG, dirigée par la fondatrice, Mme Virginie Adallah et quatre personnes de la paroisse y compris moi-même, avait fait une descente sur terrain pour s’enquérir des réalités, en vue d’en juger pour arriver à aider la population.

Au cours de cette tournée dans le quartier, des propos ont été recueillis venant des habitants de la commune. Beaucoup d’entre eux considèrent leur situation comme une fatalité et se sentent oubliés par le gouvernement qui, selon eux, devrait s’occuper du ramassage des ordures ménagères et des immondices ; c’est pourquoi ils les jettent sur la voie publique. Nous leurs avons bien signifié que nous ne sommes pas là pour accuser qui que ce soit, mais plutôt pour nous aider nous-même. Des photos, vidéos et interviews réalisés nous ont aidés à préparer la deuxième phase de notre activité, le ‘‘juger’’.

Une conférence a ensuite été organisée sous le thème Contribution à une éducation environnementale et écologique. Ce thème a été dégagé suite à un entretien tenu avec la fondatrice d’AMA où je lui avais fait connaître l’existence d’une Encyclique du pape François intitulée Laudato Si, parlant de la sauvegarde de l’environnement. Ont été invités à cette conférence d’abord les agents pastoraux de notre paroisse, le bourgmestre et les chefs de quartier et des avenues, puis les pasteurs et responsables des nouveaux mouvements religieux et des Eglises du réveil et, enfin, certaines personnes ressources des quartiers qui entretiennent le devant de leur parcelle et maison. L’équipe Laudato Si’ de l’archidiocèse de Lubumbashi était aussi invitée à cette conférence. Certaines autorités comme le maire et le ministre chargé de l’Environnement se sont excusés, mais se sont fait représenter.

Après la prière et le mot de bienvenue du curé de la paroisse Sainte-Bernadette, le père Gautier Sokpo, la première conférence a été donnée par Mme Virginie Adallah, fondatrice d’AMA. Cette conférence a retracé les constats effectués lors de notre descente dans le quartier, et ensuite analysés et interprétés. Ceci a ouvert les yeux aux participants qui croyaient que c’est seulement l’Etat qui doit nettoyer nos quartiers et nos rues. C’était une invitation à tout un chacun de s’occuper du destin de nos quartiers en faisant ce qu’on peut faire pour les rendre propres, et ensuite inviter l’Etat et le gouvernement à faire leur part. Des techniques de tri de déchets ont été montrées en vidéos, surtout le système des trois ou quatre poubelles de différentes couleurs ; de même, la manière de récupérer les vieux habits et tissus pour en fabriquer des chapeaux. Elle a mentionné aussi les activités de leur ONG.

Après cette conférence, c’était le tour de la Sr Syvie, coordonnatrice de l’équipe Laudato Si’ de l’archidiocèse de Lubumbashi. Elle a présenté l’encyclique du pape François sur l’environnement et l’action de grâce qu’il invite le monde à rendre à Dieu pour ses créatures qui sont comme frères et sœurs et ont besoin d’être entretenues. Elle a fait cas des travaux de l’équipe dans les paroisses et les séminaires, et même dans les mosquées. La création de cette équipe a été voulue par Mgr Fulgence Muteba, archevêque de Lubumbashi. Depuis le lancement de ce mouvement, il ne peut pas finir ses homélies sans faire cas de la protection de l’environnement.

Notre activité était aussi organisée pour suivre cet élan donné par notre pasteur. La Soeur était venue avec des artistes qui ont chanté « les déchets sorciers » ou « kuloka » ou bien « Buchafu bulozi ». Par finir elle a déclaré que notre paroisse était une paroisse phare, à cause de l’organisation de cette activité ; son équipe la donnera comme modèle pour les autres. Les participants ont étonnés d’entendre que les déchets peuvent être recyclés.

Après ces interventions, les participants ont été invités à un travail de groupe où ils avaient à répondre à un questionnaire portant sur le soin qu’ils donnent à leur environnement. Lors de la mise en commun, une volonté de s’occuper de leur environnement est ressortie de leurs réponses. Ils avaient soif de voir se réaliser notre rêve d’ensemble de rendre le quartier propre. Ils ont demandé que cette conférence ne soit pas comme tant d’autres auxquelles ils avaient participé restées sans porter de fruits.

La prochaine phase de notre activité concernera aussi ‘‘l’agir’’. Pour ce faire, les participants à la conférence ont été invités à commencer déjà à leur niveau ce qu’ils peuvent faire ; ce ne sera qu’après que les plaidoyers se feront auprès du maire et du gouverneur pour le cas de notre quartier. Au programme des activités, mentionnons les visites des écoles pour sensibiliser les élèves à s’occuper de l’environnement scolaire, afin de les mettre sur ce chemin d’éducation environnementale. En plus des écoles, les centres de santé de notre zone de santé seront aussi visités en vue de les sensibiliser ; ce sera aussi le tour dans églises du réveil de notre quartier.

Par: Gautier Sokpo, M.Afr.

Un respect inconditionnel pour chaque personne

Quand on parle des droits de l’Homme à la lumière de l’évangile, c’est d’abord vers la figure de Jésus qu’il faut se tourner et à ce que nous en disent les évangiles. La première chose qui frappe dans de nombreux épisodes de la vie de Jésus, c’est l’accueil et le respect qu’il manifeste pour chaque être humain, adulte comme enfant. Il reconnaît, comme on nous le recommande, la dignité de chaque personne, créée à l’image de Dieu.

On sait qu’il appelle Dieu « Abba » (père) et donc que chaque être humain est pour lui fils et fille de Dieu, aimé de Lui. Comme le soulignent d’ailleurs ses adversaires, il ne fait acception de personne : « Maître, nous savons que tu es franc et que tu ne te laisses pas influencer par qui que ce soit : tu ne tiens pas compte de la condition des gens, mais tu enseignes les chemins de Dieu selon la vérité » (Marc 12, 14).

Bien plus, il prend facilement la défense de celui qui est opprimé, marginalisé, mis de côte, méprisé ou ignoré. Des épisodes,  comme celui de Zachée, nous montre même sa prédilection pour ce genre de personnes.

Il nous demande aussi de changer de regard pour que chacun adopte la même attitude que lui : un respect inconditionnel pour chaque personne. A cet effet, il va même jusqu’à donner en exemple aux adultes les enfants, aux hommes des femmes, aux justes (ou qui se pensent tels) des pécheurs, aux juifs des non-juifs. En cela, il révolutionne la religion et la culture ambiante où, comme pour nos sociétés, ce sont les hiérarchies, les organigrammes qui comptent. Pour lui, chaque personne a sa valeur et sa dignité, et il le manifeste et le déclare.

Son commandement est clair : « aime ton prochain comme toi-même ». Il explique : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait… Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi » (Mt 25, 40.35-36). Jésus s’identifie à chaque personne.

Le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise

Le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, cette deuxième partie du catéchisme de l’Eglise, comme l’appelait le pape Jean-Paul II – deuxième partie souvent très mal connue et rarement enseignée dans la catéchèse – le souligne à sa façon : « la racine des droits de l’homme doit être recherchée dans la dignité qui appartient à chaque être humain « (n° 153). Le Compendium continue ainsi : « Ces droits sont universels, inviolables, inaliénables. Universels, parce qu’ils sont présents dans tous les êtres humains, sans aucune exception de temps, de lieu et de sujets. Inviolables, en tant qu’inhérents à la personne humaine et à sa dignité. Inaliénables, dans la mesure où ‘personne ne peut légitimement priver de ces droits l’un de ses semblables, quel qu’il soit, car cela signifierait faire violence à sa nature’ ».

Le numéro précédent du Compendium affirmait déjà : « Le Magistère de l’Eglise n’a pas manqué d’évaluer positivement la Déclaration universelle des droits de l’homme proclamée par les Nations Unies le 10 décembre 1948, que Jean-Paul II a qualifiée de véritable ‘pierre milliaire placée sur la route longue et difficile du genre humain’ » (n° 152).

Mon expérience

On sait l’importance aujourd’hui de cette Déclaration universelle presque partout dans le monde. Dans mon expérience d’engagement pour la Justice, la Paix et l’Intégrité de la création au Rwanda, j’ai vu comment, en se basant sur ces droits, nous pouvions nous mettre d’accord entre gens de tout bord. Par exemple, j’ai participé à la fondation d’une Association de défense des Droits de la personne et des Libertés publiques (ADL) et me suis engagé concrètement, avec des personnes d’autres Eglises et d’autres religions – ou sans religion – pour des actions communes qui ont eu un grand impact dans le pays jusqu’au génocide de 1994.

De même, par la suite, à Bruxelles, dans le cadre de Pax Christi, en lien avec d’autres associations et de nombreux autres réseaux à travers le monde, j’ai participé à la campagne    pour l’interdiction internationale des mines terrestres antipersonnel. Cette campagne a réussi : la Convention sur l’interdiction de l’emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction, a été conclue le 18 septembre 1997, à Oslo, signée par 122 gouvernements en décembre, à Ottawa, et entrée en vigueur le 1er mars 1999.

Notre combat

Cette lutte contre la prolifération des armes est sûrement pour un chrétien et un M. Afr., une forme d’engagement fondamentale. Nous devons la continuer sans cesse, de même que celle pour l’abolition de la peine de mort dans tous les pays. Selon les statistiques de 2021, 106 Etats ont aboli la peine de mort pour tous les crimes, 8 l’ont abolie pour les crimes de droit commun, 50 respectent un moratoire sur les exécutions en droit et de fait, soit 164 Etats au total. En revanche, la peine de mort est toujours appliquée dans 54 Etats et territoires, dont certains pays d’Afrique. Nous avons encore du travail à faire en ce sens !

Je voudrais terminer en évoquant un autre sujet qui me tient à coeur : l’engagement pour la non-violence active et évangélique. Celle-ci commence avec la communication non-violente, méthode de Marshall Rosenberg, que beaucoup d’entre-nous connaissent ; mais elle va beaucoup plus loin.

L’on sait que les grandes injustices structurelles du monde ne peuvent être vaincues que par des campagnes et des actions non-violentes. J’aime donner en exemple le colonialisme (Gandhi), la ségrégation raciale aux Etats-Unis (Martin Luther King), le communisme (Lech Walesa et Jean-Paul II), l’apartheid en Afrique du Sud (Nelson Mandela), sans oublier l’esclavage : le cardinal Lavigerie n’est-il pas devenu fameux dans l’opinion mondiale surtout pour sa campagne anti-esclavagiste ? Seule la non-violence active, supportée par de grandes foules, a pu éradiquer ces fléaux qu’a connus l’humanité.

Finalement, n’est-ce pas l’attitude de Jésus et les paroles de l’évangile – comme celles du sermon sur la Montagne – qui ont inspiré les personnalités mentionnées et poussé des foules à l’action ?

By: Guy Theunis, M.Afr.

Les droits de l’homme à la lumière de l’Évangile

Lorsque le rédacteur en chef du Petit Echo m’a demandé d’écrire un article sur le sujet ci-dessus, ma première réaction a été de donner une réponse négative. Je ne suis plus au Ghana, et même lorsque j’y étais, je n’ai jamais été confronté à des “problèmes de droits de l’homme”. Lorsque, en relisant le sujet, j’ai vu les mots “à la lumière de l’Évangile” et que j’ai été professeur d’Écriture sainte dans diverses maisons de formation, j’ai décidé que je pouvais faire un essai, même s’il sera nécessairement plus théorique que pratique.

La Déclaration universelle des droits de l’homme

La Déclaration universelle des droits de l’homme, proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies à Paris le 10 décembre 1948, est un document qui fait date dans l’histoire des droits de l’homme. Il s’agit d’un document laïc, qui devrait donc être acceptable par tous, même si la contribution chrétienne est indéniable, comme nous le verrons. Il énonce, pour la première fois, 30 droits de l’homme fondamentaux à protéger universellement. Elle a été traduite en plus de 500 langues et est aujourd’hui appliquée en permanence au niveau mondial et régional.

Une définition simple est la suivante : “Les droits de l’homme sont les droits et libertés fondamentaux qui appartiennent à chaque personne dans le monde, de la naissance à la mort. Ils s’appliquent indépendamment de l’endroit d’où l’on vient, de ce que l’on croit ou de la manière dont on choisit de vivre sa vie”. Les cinq droits fondamentaux comprennent le droit à la vie et à la liberté, le droit de ne pas être soumis à l’esclavage et à la torture, la liberté d’opinion et d’expression, le droit au travail et à l’éducation et 25 autres droits. Chacun peut se prévaloir de ces droits, sans discrimination. Son contenu a certainement été décrit dans d’autres articles de ce numéro, et c’est pourquoi je préfère discuter de la relation entre les deux parties du titre.

Son origine et son développement

Nous avons dit plus haut que cette déclaration est fondamentalement laïque et universelle. Cependant, il est indéniable que le christianisme a joué un rôle distinct dans son origine et son développement. L’origine biblique se trouve sans aucun doute dans l’Ancien Testament : « Dieu dit : “Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance…” Dieu créa l’homme à son image, il le créa homme et femme » (Genèse 1, 26-27), le rendant ainsi infiniment supérieur à tous les autres êtres vivants créés, comme le confirme Gn 9, 6 : “Quiconque répand le sang de l’homme, c’est par l’homme que son sang sera répandu, car Dieu a fait l’homme à son image”.

Cette conviction a été précisée dans la loi mosaïque (par exemple les dix commandements) ; les anciens prophètes ont continuellement insisté sur la valeur et la dignité de chaque être humain. Cette conviction a certainement conduit à l’abolition de l’infanticide dans l’Empire romain, à l’abolition de l’esclavage par William Wilberforce dans l’Empire britannique, à la fin de l’apartheid en Afrique du Sud par Nelson Mandela et à la prise en charge des plus pauvres des pauvres par Mère Teresa en Inde. Le slogan de la Révolution française de 1789, affirmant l’égalité, la fraternité et la liberté comme piliers de la société humaine, est bien connu. En effet, ces trois mots résument de manière succincte les valeurs fondamentales des droits de l’homme,

Dans les Évangiles, Jésus se montre, en paroles et en pratique, le défenseur des pauvres et des nécessiteux, et il fréquentait librement des personnes que les pharisiens considéraient comme des pécheurs. Son traitement des femmes, des enfants et des laissés-pour-compte de la société est relaté presqu’à chaque page des Évangiles, ce qui est certainement remarquable dans la société dans laquelle il vivait et va au-delà des conventions sociales de son époque. Il a impliqué des femmes dans son ministère et est allé au-delà de l’ancienne sagesse qui voulait que les enfants soient vus, mais pas entendus. Au contraire, il les accueillait et les embrassait, et il avait des mots cinglants pour ceux qui voulaient faire du mal à un enfant. Il faisait souvent l’éloge des enfants et de leur foi, et invitait les adultes à les imiter.

Selon le théologien américain Wolterstorff, tout cela montre que les droits de l’homme trouvent en fin de compte leur origine en Jésus. Samuel Moyn, professeur de droit à Harvest, qui a écrit des livres sur le sujet (“Christian Human Rights”, 2015 et “The Right to Have Rights”, 2017), a écrit : “Aucune personne intéressée par l’origine des droits de l’homme ne peut se permettre d’ignorer le christianisme”. En effet, sans plus d’explications, nous pouvons affirmer que depuis les premiers jours de l’Église, en passant par le Moyen Âge et la Réforme, jusqu’au monde moderne, les disciples de Jésus ont joué un rôle central dans l’encadrement des droits de l’homme et leur mondialisation. De nombreux papes ont écrit sur le sujet et les dirigeants chrétiens locaux ont fait et font encore de grands efforts pour mettre en œuvre les droits de l’homme dans leurs localités.

Le monde d’aujourd’hui

Malheureusement, la réalité du monde d’aujourd’hui nous offre une autre image. De nombreux pays violent les principes fondamentaux des droits de l’homme par la discrimination, la répression et la guerre. Prenons par exemple le génocide en cours dans la région du Darfour au Soudan, les atrocités commises dans la région du Kivu en RDC ou au Myanmar, sans parler des nombreux cas de persécution des chrétiens ou des conditions de vie abominables des travailleurs immigrés en Europe. De nombreuses personnes, dont nous faisons partie, ferment souvent les yeux sur ces réalités inacceptables, tout en continuant à profiter de leurs maisons confortables et de la nourriture servie trois fois par jour sur leur table.

Notre fondateur, le Cardinal Charles Lavigérie, lors d’une conférence sur l’esclavage africain en 1888, s’est écrié avec insistance : “Je suis un homme, l’injustice envers d’autres hommes révolte mon cœur”. Notre Chapitre 2022 énumère de manière frappante les violations déplorables des droits fondamentaux en Afrique aujourd’hui (Actes capitulaires, 2.3). Il renouvelle l’engagement de la Société en faveur de la Justice, de la Paix et de l’Intégrité de la Création. Mais n’accusons pas trop vite les gens autour de nous, et reconnaissons aussi que dans notre propre Société, des choses déplorables se produisent de temps en temps. Dieu merci, elles sont exceptionnelles, mais nous devons les reconnaître et trouver les moyens d’éradiquer ce mal de nos propres communautés. C’est pourquoi le Chapitre a recommandé que : “Dans chaque province et section, une réflexion ait lieu sur les injustices dans la Société et avec nos collaborateurs” (2.3.1).

Par: André Schaminée, M.Afr.

Course pour une cause noble

Londres, dimanche 7 avril 2024

Avant et après la messe, j’ai vu une course de charité pour la lutte contre le cancer. Les gens couraient pour récolter des fonds afin de faire avancer la recherche sur le cancer. L’objectif est évidemment de vaincre le cancer. J’ai vu passer devant moi différents types de coureurs : jeunes et vieux, hommes et femmes, d’origines diverses. J’ai été sidéré par les personnes handicapées dans leurs fauteuils roulants.

Alors que j’étais là à regarder, j’ai eu différentes pensées. Au début, j’étais un peu sceptique à l’égard des manifestations publiques de collecte de fonds. Le pouvoir de manipulation des gens est sans limite. Ensuite, je m’interrogeais sur le résultat et sur le fonctionnement de l’ensemble : course – argent – recherche… Cependant, je ne pouvais pas nier la cause : vaincre le cancer.

Une chose était claire : les gens couraient, ils se déplaçaient pour une cause. La cause, c’est la fin de quelque chose de douloureux, de quelque chose qui donne la mort. Il y a ici deux mots-clés : mouvement et cause, mouvement pour une cause. Je me répète : courir pour une grande cause, bouger pour une grande cause. La résurrection a mis les disciples en mouvement.

Charles Lavigerie

J’ai pensé à notre grand homme : Charles Lavigerie. Il a parcouru toute la France pour récolter des fonds afin d’améliorer la vie des chrétiens au Moyen-Orient. Il a parcouru l’Europe pour l’arrêt politique de la traite des êtres humains (africains).

Pour quelle cause Lavigerie courrait-il aujourd’hui ? Lavigerie était un homme politique. La politique est une question de pouvoir, et de pouvoir sur les gens : obtenir le pouvoir et l’utiliser. Lavigerie a obtenu le pouvoir et l’a utilisé pour une grande cause : une cause religieuse (l’évangélisation des Africains), des causes politiques (les chrétiens du Moyen-Orient et la fin de la traite des êtres humains).

Et nous aujourd’hui ?

Les maux infligés aux êtres humains sont sophistiqués. L’asservissement (possession) des êtres humains et le commerce (vente et achat) des êtres humains se poursuivent de manière très sophistiquée. La douleur est évidente. Les moyens sont complexes. Les méthodes de lutte sont raffinées. Nous nous sentons parfois impuissants. Il existe des milliers de groupes, d’associations et d’institutions qui luttent contre la souffrance humaine. Nous travaillons en réseau avec eux. Nous courons avec eux.

Dans la lutte contre la souffrance humaine, est-il possible d’être initiateur aujourd’hui ? La mission prophétique implique-t-elle l’innovation ? Notre mission prophétique signifie que nous avons une “Parole de Dieu” vivifiante et transformatrice à adresser à la personne humaine.

Il me semble que les seules contributions pertinentes que nous pourrions apporter à la lutte contre les maux sont de deux ordres : premièrement, une manière ou une méthode originale de lutter contre le mal à partir de notre tradition missionnaire et, deuxièmement, la prévention. Beaucoup est fait en matière d’information, d’intervention, de soins. Notre mission ‘inter gentes’, essentiellement de nature relationnelle, nous pousse à orienter nos esprits, nos cœurs et nos mains vers la prévention des mauvais traitements infligés aux êtres humains.

L’idée maîtresse de notre lutte contre la souffrance humaine est la parole de Dieu à Caïn : le péché (le mal, la maladie, l’abus sexuel, l’esclavage) est à l’affût à ta porte : son désir est pour toi, mais tu peux le dominer (Genèse 4, 7). Peut-être la meilleure réponse à la souffrance humaine est-elle de courir, car c’est le signe d’une vie pleine et entière. S’il vous plaît, courez et courez pour une cause noble !

Par: Moussa Traore, M.Afr.