En mémoire du Père Pierre Bastin

Notre confrère Missionnaire d’Afrique, le Père Pierre Bastin, nous a quitté samedi passé, le 6 octobre, à l’âge de 96 ans. Il avait fréquemment célébré l’eucharistie à la paroisse de Saint-Loup à Namur où il était très proche des abbés Paul Malherbe et Arnold Yoka, ainsi que de bien des paroissiens et paroissiennes. Nous recevons aujourd’hui une éloge de notre confrère, écrite par Jacques Briard, de la Communauté paroissiale de St. Jean-Baptiste & St. Loup. Nous la transmettons à nos lecteurs.


« Nos sociétés sont en train de changer… et il faut reconnaître que, souvent, nous ne savons pas comment nous insérer dans ces nouvelles circonstances. Que cela nous plaise ou  pas, nous sommes invités à affronter la réalité telle qu’elle se présente à nous, comme l’a dit le pape François ».
Pierre Bastin, mars 2018.

C’est avec une émotion pleine de chaleureux souvenirs que de nombreuses personnes ont appris ou apprendront que le Père Pierre Bastin est décédé le samedi 6 octobre à l’âge de 96 ans en ayant continué à faire preuve quasi jusqu’au bout de sa longue existence d’une étonnante attention aux gens et au monde présent et à venir (cf. la citation reprise plus haut et extraite du beau « Partage » paru dans le numéro de mai 2018 de cette feuille). Ses funérailles auront lieu le jeudi 11 octobre à 10h30, à l’église de La Plante, avenue Félicien Rops, à Namur. Des visites pourront se faire les mardi et mercredi 9 et 10 octobre de 17 à 19 h au centre funéraire Laloux, avenue du Camp, 21, à Jambes.

Pour avoir fréquenté Pierre Bastin à Namur, notamment quand ce Père blanc d’Afrique dirigeait la revue « Vivant Univers », et était administrateur de l’ONG Entraide et Fraternité, Jacques Briard nous en propose une évocation.

Né à La Louvière, Pierre Bastin avait gardé le tempérament ouvert des habitants de la région du Centre du Hainaut, ainsi que l’esprit blagueur que son papa avait, paraît-il. Comme Père Blanc d’Afrique, il avait exercé son ministère son ministère au Canada, au Burundi au Congo et à Namur. Du Canada, il avait notamment retenu de savoureuses expressions.

Au Burundi, déjà confronté à des violences, il avait gardé son franc parler vis-à-vis des diverses autorités et des habitants en liant l’amélioration des conditions de vie et l’évangélisation. Alors volontaire dans ce pays, Luc Uytdenbroeck se souvient du Père Bastin à la mission de Mutumba comme « d’une belle personnalité, très ouverte, accueillante et pleine d’humour ».

À la direction de la revue « Vivant Univers ».

À Namur et plus précisément à La Plante, le père Bastin avait encouragé l’ouverture de la revue « Vivant Univers » au-delà des « Grands Lacs » et de « Vivant Afrique », selon les titres précédents de cette publication missionnaire de qualité, admirablement illustrée et malheureusement disparue. Pour les présentations fouillées des pays en voie de développement qui y étaient proposées, nous pouvons témoigner de ce que Pierre Bastin voulait que soient sollicités des acteurs locaux pouvant décrire les richesses, les faiblesses et les défis de leurs peuples, Églises comprises, moyennant de belles et régulières réécritures des textes respectant la pensée des auteurs. Et il en était de même pour les approches d’enjeux majeurs concernant les rapports entre le Nord et le Sud de la planète. En ont bénéficié les fidèles lecteurs et aussi de nouveaux lecteurs que Pierre Bastin avait convaincus de s’abonner lors de Foires du livre et autres événements où il se rendait en Belgique, en Suisse et au Canada. Mais Entraide et Fraternité a aussi profité de cette ouverture au monde, puisque Pierre Bastin en a été administrateur à l’époque où le fonctionnement de l’ONG a été fortement marqué par celui pratiqué par les Communautés ecclésiales de base d’Amérique latine pratiquant la Théologie de la libération, ainsi que par ceux d’autres partenaires.

Dans le Grand Namur

Déjà lié à la région namuroise par ses séjours en famille passés durant sa jeunesse au bord de la Meuse, ce n’est pas seulement à cause des responsabilités qu’il a exercées à La Plante que Pierre Bastin devint de plus en plus Namurois. Cela se fit aux côtés de l’abbé Paul Malherbe, curé de la paroisse St-Jean-Baptiste et St-Loup, ainsi que de prêtres comme Pierre Dahin, René Dardenne et d’autres avec lesquels il participa activement – suivez notre regard ! – à plusieurs semaines de « recyclage » de type « Église et Société » admirablement organisées en Alsace par le regretté abbé Camille Gérard. Et Pierre Bastin fit aussi partie de la communauté d’hommes et de femmes, laïcs et religieux, qui fut basée au boulevard Cauchy. Et il fut proche d’autres femmes, hommes et jeunes. Mais c’est du Gand Namur qu’il devint un citoyen en habitant durant des années avec l’abbé Pierre Gillet, quand celui-ci était curé de Naninne et ensuite retraité toujours actif en bord de Meuse, dans le quartier d’Amée à Jambes. C’est là que Pierre Bastin célébra les funérailles de son cher compagnon en août 2015, comme il l’avait fait à Wierde, en novembre 2010 , pour l’abbé Jean Kamp, qui avait eu des ennuis avec la Hiérarchie pour avoir notamment écrit le livre « Ce grand silence des prêtres ». Durant les années de fraternelle cohabitation, Pierre Gillet apprécia les journaux parlés matinaux du lève-tôt qu’était son compagnon, afin de pouvoir se remettre au courant d’événements dont il n’avait pas entendu parler durant ses visites auprès des pêcheurs artisans du monde ou pour les membres de la Société des Auxiliaires des Missions, la SAM, dont Pierre Gillet fut le « commissaire » en digne successeur du père Lebbe, qui précéda l’ouverture au monde prônée par le concile Vatican II. De son côté, Pierre Bastin appréciait tout ce que lui partageait Pierre Gillet, ce fils de la Gaume, ingénieur, prêtre et économiste, dont sa proximité avec les grandes philosophies et religions d’Asie après ses quinze années de vie en Inde ainsi que ses relectures de l’Écriture sainte, dont celle de la prière de Jésus (publié dans le numéro de janvier 2016 de cette feuille paroissiale) et ses analyses critiques sur l’évolution du monde.

De Pierre Gillet, Pierre Bastin partagea aussi le bel accueil réservé à de multiples visiteurs, SDF compris, même si, l’âge avançant, il en souffrit lors des absences de son hôte. Mais à ces visiteurs, Pierre Bastin a laissé le souvenir « d’un homme pétillant de joie et de malice », selon Béatrice Gorez, une autre supporter des pêcheurs artisans.

Sa foi en Dieu

Sa foi en Dieu, mais aussi dans les hommes et les femmes, Pierre Bastin les a nourries de sa lecture des Écritures saintes et de multiples rencontres et lectures qu’il a spécialement partagées avec les membres d’un groupe biblique et ceux de la Communauté du Partage. Cf. des textes de la religieuse brésilienne Ivone Gebara (en 2013 sur l’élection d’un nouveau pape et l’Esprit saint) du père jésuite Joseph Moingt, resté étonnamment lucide au-delà de son centenaire, et du pape François (commentant l’épisode de Jonas dans la Bible quand il était encore archevêque et sur le nécessaire et précieux dialogue avec les non-croyants) ou encore des idées relatives au christianisme non religieux. Il s’est aussi nourri de fréquentations d’autres communautés chrétiennes, tout comme de celles de chauffeurs et passagers des bus TEC.

De Dieu, il ne partageait pas l’image si souvent présentée par les hommes d’Église et bien des chrétiens. D’où son allergie vis-à-vis d’intentions de prières adressées à Dieu comme si c’était de Lui que les hommes et les femmes devaient uniquement compter pour résoudre leurs problèmes et ceux du monde. Ou encore son refus du « Seigneur, je ne suis pas digne de Te recevoir » et de certains chants du répertoire pourtant post-Vatican II. Cf. la prière reprise ci-dessous.

Tout cela, Pierre Bastin l’a expliqué lors de célébrations en divers lieux. Il l’a fait à la paroisse St-Jean-Baptiste et St-Loup, dont « il a fait grandir les membres » selon Françoise Poncelet, autre auteure des beaux partages promus par les successeurs de l’abbé Malherbe, d’abord le père Michel Hermans et ensuite l’abbé Arnold Yoka. Il l’a encore fait lors des funérailles de son ami le père Gérard Fourez qu’il a célébrées le 8 septembre 2018 et au récent mariage d’un filleul de Pierre Gillet.

Sa soif de savoir et de comprendre

Soucieux de la poursuite de « l’histoire efficace de l’évangile » – selon les termes ambitieux du sociologue Michel Molitor, ancien vice-recteur de l’UCL -, Pierre Bastin s’intéressait à bien des domaines des sciences. Il l’a fait à travers ses lectures et lors de cours, y compris d’astronomie suivis dans les auditoires universitaires namurois où il a aura été , disait-il avec un large sourire, « l’élève le plus âgé ou plutôt le plus jeune, à la suite d’une erreur d’impression sur ma carte d’étudiant ». Citons, par exemple, son résumé du livre de 340 pages « La guerre des intelligences » de L. Alexandre (Éditions J.C. Lattès).

Cette soif de savoir et de comprendre, Pierre Bastin a aussi voulu l’assouvir lors des séminaires et des concours de l’asbl « Ose La Science » longtemps guidés par Gérard Fourez. « Lors des concours, il passait trois journées entières en allant d’un stand à l’autre avec chaque fois une dizaine de jeunes à ses trousses », nous a signalé Marie-Jeanne Matagne, tout en ajoutant qu’au séminaire de janvier 2018 encore, « il avait été passionné au plus haut point par le thème de la domotique ».

De plus, Pierre Bastin aimait aller aux conférences de Connaissance et Vie d’Aujourd’hui de Namur. Fin 2017, il avait apprécié la présentation de l’organisation européenne de recherche nucléaire ou CERN faite par François Briard, un autre Namurois devenu Genevois. Et notre regretté nonagénaire avait certainement eu envie d’aller entendre le 20 septembre à ces conférences le politicologue français Paul Arès répondre à la question « Peut-on envisager au XXIe siècle le passage vers une société de la gratuité ? ».

Durant ses trois dernières années d’existence à la maison des Pères Blancs de La Plante, tout en ne partageant pas toutes les positions de ses confrères, il avait beaucoup apprécié leur accueil et celui du personnel, ainsi que, depuis 2016, la présence d’étudiants de l’institut Lumen Vitae installé à Namur depuis 2016.

Et voici que Pierre Bastin, ce cher aîné appelé aussi Grand Pierre avec affection, est « rentré à la Maison du Père », selon l’expression employée parmi les scouts, dont il fut sauf erreur, pour retrouver – mieux que nous pouvons ou pas le croire – celles et ceux qu’il avait aimés en leur disant « Tu connais la dernière ? » ou pour continuer à partager tout ce qui l’a animé durant sa longue et belle existence sur terre. Et avant d’en accueillir d’autres.

Jacques BRIARD (sur base de souvenirs personnels et d’autres).

Le chemin de Dieu passe par l’homme

(Prière inspirée de J. Musset et proposée par Pierre Bastin)

On nous dit que tu nous parles. Mais je n’ai jamais entendu ta voix de mes propres oreilles. Les seules voix que j’entends, ce sont les voix fraternelles qui me disent les paroles essentielles. On dit que tu te manifestes. Mais je n’ai jamais vu ton visage de mes propres yeux. Les seuls visages que je vois, ce sont des visages fraternels qui rient, qui pleurent et qui chantent. On dit que tu t’assois à notre table. Mais je n’ai jamais rompu avec toi le pain de mes propres mains. Les seules tables que je fréquente, ce sont les tables fraternelles où il fait bon se restaurer de joie et d’amitié. On dit que tu fais route avec nous. Mais je n’ai jamais senti ta main se poser sur mes épaules. Les seules mains que j’éprouve, ce sont les mains fraternelles qui étreignent, consolent et accompagnent. On dit que tu nous sauves. Mais je ne t’ai jamais vu intervenir dans mes malheurs. Les seuls sauveurs que je rencontre, ce sont des cœurs fraternels qui écoutent, encouragent et stimulent. Mais si c’est toi, ô mon Dieu qui m’offres ces visages, ces tables ces compagnons, ces mains et ces cœurs fraternels, alors du cœur du silence et de l’absence, tu deviens pour tous ces frères, paroles et présence.

Eglise Saint-Loup à Namur, où Pierre Bastin faisait fréquemment du ministère.

Herman Bastijns, Notice biographique (provisoire)

Herman a été très impliqué dans la formation et dans la spiritualité. En conséquence, beaucoup de gens le connaissaient et furent très choqués lorsqu’ils ont appris son décès. C’est pourquoi j’ai pris sur moi de traduire provisoirement la notice qui a été envoyée de Belgique en néerlandais avant qu’elle ne soit traduite officiellement pour le Petit Echo. Continuer la lecture de « Herman Bastijns, Notice biographique (provisoire) »

Gerard Reynaert (1925-2018) (EAP Flashes – 2018/08)

Le P. Gerard Reynaert (1925-2018), populairement appelé « mukulu », est décédé le 03.05.2018 à l’hôpital Nsambya de Kampala. Il a vécu 67 années de vie missionnaire, presque toutes en Ouganda. A 93 ans, il était encore économe local et chargé de l’accueil au centre de vocations de la maison Lourdel et aumônier d’une communauté de Petites Sœurs de Saint François à Nsambya. Ce qui suit a été écrit à son sujet dans l’Ordre de la Messe célébrant sa vie :

La fidélité et l’engagement de Gérard à l’apostolat jusqu’au dernier souffle de sa vie et de sa force restent pour nous un puissant rappel de la forte recommandation de notre fondateur, le Cardinal Lavigerie : « Mes chers enfants, vous n’êtes pas des explorateurs ou des voyageurs ordinaires… Vous êtes des apôtres et seulement des apôtres. Tous vos autres intérêts doivent découler de ce fait fondamental. Je vous en conjure, faites revivre en vous ces grandes pensées d’apostolat. »

Ce rappel est encore plus significatif dans le contexte du 150e Jubilé de la fondation des Missionnaires d’Afrique et des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique (Msola). La foi du P. Gerard a été  » une foi terre-à-terre et pratique « . Ce n’est donc pas par hasard qu’il est décédé, le jour où nous célébrions la fête de saint Jacques, dont l’enseignement met fortement l’accent sur une telle foi : « La foi sans bonnes actions est morte ». (Jacques, 2:26)

Le mode de vie de Gérard correspondait bien à la vie que tous les Missionnaires d’Afrique sont invités à embrasser :  » Mode de vie simple « . Il était une véritable oeuvre biblique : « Nu, je suis sortie du ventre de ma mère, nu, je m’en vais partir. » (1:21) Il a quitté cette vie terrestre « nu » ; il n’a presque rien laissé derrière lui ! Quel message puissant et quel héritage dans un monde plein d’avidité de toutes sortes de choses terrestres ! Quel message puissant et quel héritage dans un monde où la « culture du grabbing » (se saisire, s’emparer de quelque chose) se développe chaque jour davantage ! En plaisantant, le P. Gerard parlait de lui-même comme « Ow’empisa ennungi » (quelqu’un qui a de bonnes manières). Puissions-nous aussi, malgré nos faiblesses humaines, toujours aspirer à être ‘abantu ab’ab’empisa ennungi’ (des gens de bonnes manières).

Le P. Gérard a été enterré à la paroisse de Nabulagala où il a célébré la messe jusqu’à sa mort. Les fidèles et quelques confrères ont veillé et célébré plusieurs messes tout au long de la nuit en priant pour Gérard. L’archevêque de Kampala, sa grâce le Dr. Cyprian Kizito Lwanga a célébré la messe des funérailles entouré d’une grande foule qui est venue faire ses adieux à jjaja (grand-père).

Qu’il repose en paix.

Témoignages après le décès de Herman Bastijns

Le Provincial délégué de Belgique a publié quelques témoignages reçus à l’annonce du décès du Père Herman Bastijns. Nous avons cru bon de vous les communiquer.


C’est avec émotion que nous recevons ici la nouvelle du décès inopiné de Herman. La nouvelle nous est parvenue juste au moment de la célébration eucharistique de la communauté à 18h15. Nous avons remercié le Seigneur pour sa présence parmi nous et pour sa contribution dans le cadre de la Société et au-delà. Au cours du repas qui a suivi, avec Stan, nous avons parlé de Herman, de son lien familial, des manières dont il nous a marqués, de sa place dans l’histoire de la Société. Ses contributions dans les domaines de la formation initiale et de la formation permanente ont enrichi de nombreux. Ses retraites ensuite et ses récollections diffusées sur le web également. Sa vie et son héritage sont un encouragement pour nous tous. En communion dans la prière, alors que nous pensons aussi aux siens.

Bien fraternellement,
André-Léon SIMONART, Maison Généralice – Rome


Bethlehem, 09/08/2018

Merci de m’avoir informé de la mort d’Herman. Il était l’un des formateurs lorsque je suis entré en contact avec les Pères Blancs à Louvain. Depuis lors, il m’a toujours inspiré par sa vie de prière profonde et son dévouement. Mes sincères condoléances.

 +Jan De Groef, M.Afr.


Je suis très touché par le retour vers le Père d’Herman Bastijns avec qui j’avais démarré le séminaire de la Ruzizi et que j’avais même eu pendant un  temps comme formateur à la Vital Decoster dans le passé. Il m’avait aussi préparé à lui succéder pour les sessions romaines il y a 8 ans. Il était devenu pour moi in frère, un ami et un conseiller spirituel. Je ne puis mesurer tout ce que le lui dois. Que le Seigneur l’accueille dans sa tendresse auprès de lui.

Fraternellement,
Bernard Ugeux (Bukavu)


Merci ! J’ai tout de suite transmis l’annonce à toutes nos sœurs. Voilà un décès qui en surprendra plus d’une, car Herman était bien connu de plusieurs ! Nous prions avec vous et avec les confrères de Varsenare. Deux décès en quelques jours, c’est dur à vivre ! Courage pour gérer tout ça…

Bien amicalement, Suzy Haderman (SMNDA)


Reçois mes condoléances pour le décès d’Herman Bastijns, le grand philosophe. J’ai passé une bonne année avec lui à Kahangala en 1989 et ai appris beaucoup de choses. J’ai apprécié ses talents intellectuels, matériels, liturgiques et spirituels. Je serai en union de prières avec vous lors de son enterrement.

 Fraternellement
Patrick Bataille, Délégué Provincial pour la France

Herman Konings 1937 – 2018 (PE n° 1093 – 2018/07)

Herman est né le 7 mars 1937 à Essen dans la province d’Anvers, près de la frontière des Pays-Bas. Ses parents étaient cultivateurs et au fil des ans ils auront dix enfants. Après les Humanités classiques au Petit Séminaire de Hoogstraten, il entra en septembre 1956 chez les Pères Blancs à Boechout. C’était l’année où son frère René partit au Burundi… Après le noviciat à Varsenare, Herman fit la théologie à Heverlee, où il prononça son serment le 28 juin 1962 et fut ordonné prêtre le 29 juin 1963. On décrit Herman comme un homme modeste, serviable, cordial et très social. Il n’est pas très bavard, mais s’intéresse aux autres. C’est un homme calme, d’humeur toujours égale. Il rayonne bienveillance et bonhomie. Il ne s’énerve pas, mais il ne faut pas le brusquer. Il est assez flegmatique, un peu sceptique. Il a du bon sens pratique. Il a des dons artistiques indéniables.

Nommé au Burundi, il part le 22 décembre 1963. Il étudie le Kirundi à Muhanga. Le père Braekers, régional, écrit : « C’est un homme joyeux qui amuse beaucoup les autres. Il fait de l’esprit avec des jeux de mots. Il est assez fort en kirundi. » Il devient responsable de la catéchèse et de la jeunesse à Muyaga. On constate assez rapidement que sa santé n’est pas brillante et qu’elle nécessite beaucoup de repos. En septembre 1965 Herman est envoyé à Giheta, ensuite à Bukirasazi. Après son premier congé en 1968, il devient vicaire et économe à Kibumbu. Le père Quintard, assistant-régional, note: « Comme économe de poste, il n’a jamais assez d’argent. Il en dispute avec l’économe général du diocèse… »

Fin 1972 la rébellion des Hutu est étouffée dans ce qu’on a appelé le génocide des Hutu burundais. En janvier 1973 Herman revient en Belgique, fort marqué par ces événements. Il devient professeur de religion dans un lycée à Borgerhout et demeure dans notre communauté de Berchem. Il accompagne en Grèce des groupes de jeunes. Il prend une année sabbatique, suit des cours de bible et de catéchèse, toujours en vue de l’enseignement. Après la session-retraite à Jérusalem  en 1980, il est prêt à repartir en Afrique.

Fin 1980 Herman arrive en Ituri et devient professeur de religion au collège de Bunia. Il a un horaire complet et il est apprécié. A la fin de l’année scolaire 1983 il décide pourtant de quitter. Il écrit au père Jan Lenssen, provincial de Belgique : « J’enseigne encore toujours avec le même enthousiasme, mais la mentalité ici est par trop différente de la mienne ». Pour une raison qu’on ignore – il n’avait jamais été expulsé – son permis d’entrée au Burundi est refusé. Le Rwanda peut-être ? Après une délibération sérieuse au conseil régional du Rwanda – parce que Herman avait le renom d’être trop ‘moderne’ – il regagne Kigali le 17 janvier 1984. Après un passage au Centre de Langue, le voilà vicaire à Kaduha dans le diocèse de Butare. Herman rêvait d’authentiques communautés de base. Aussi lui permet-on de rejoindre la paroisse de Rusumo, dans le diocèse de Kibungo, où le père Stany de Jamblinne travaille dans le sens d’Église-Monde. Herman se sent à l’aise dans cette pastorale. Il peint des tableaux et orne des églises. Il soutient des artistes locaux, qui font des panneaux décoratifs en relief, caractéristiques de la région.

En avril 1994 le génocide éclate également à Rusumo. Avec d’autres confrères Herman est évacué le 13 avril sur Bruxelles.

En septembre 1994 il suit pendant plusieurs mois une formation à Lyon, au CREC-AVEX (Center for Research and Communication). On pensait à lui pour le Centre audiovisuel au Burundi. Cette nomination n’aboutira pas. En septembre-décembre 1995 il suit à Jérusalem la session « Disciple du Christ et missionnaires aujourd’hui ». En mars 1996 il retourne à Jérusalem pour le Service archéologique et le musée, où entre autres il met en valeur la fameuse collection des lampes d’huile. Sa seule plainte : « Pendant quatre ans j’ai dû me débrouiller sans budget ».

En octobre 2000 il est nommé à Rome au service de la formation permanente et l’organisation du Mid-Life Renewal Programme. Il se charge de plusieurs tâches administratives à accomplir en ville ou à la Cité du Vatican et collabore avec le frère Karl Stärk à la photothèque. Il est opéré au cœur mais se remet fort bien.

En juillet 2006 il rentre définitivement en Belgique, où il rejoint Photos-Service à Namur. Il aide Gust Beeckmans dans la restauration de vieilles photos historiques. Il y restera dix ans, toujours aussi maigre, toujours égal à lui-même et blagueur. Il reste un peu spécial, observateur critique qui n’élève jamais la voix. Mais il commence à avoir de sérieux troubles respiratoires, qui nécessitent des séances kinésithérapiques appropriées.

En octobre 2016 il demande de pouvoir rejoindre Anvers. Le transfert de Photo-Service se prépare et il veut se rapprocher de son frère René sérieusement malade. Début 2018 ses problèmes respiratoires s’intensifient. Le 9 mars il regagne  Avondrust à Varsenare.

Il se montre fort reconnaissant des soins qui lui sont prodigués et jouit de l’air pur. Il se replonge avec joie dans ses albums d’œuvres d’art, tout en se préparant à l’inéluctable. Il se replonge dans le commentaire de Carlos Mesters sur le Serviteur Souffrant. Il note dans un calepin : « Oui, la souffrance inévitable de l’homme, projetée en une personne, le Christ, en moi ». Il connaît de terribles crises de suffocation. Vers la mi-avril il sent que la fin approche. Il note : « La résurrection ne suit pas la mort, elle a lieu au moment même de la mort. C’est le début d’un ‘vivre autrement’ que je puis anticiper ». Herman meurt le 20 avril à l’hôpital Saint-Jean à Bruges. Mark De Wulf, le responsable de Varsenare, est auprès de lui.

Le 26 avril il fut enterré à Varsenare, entouré de sa famille et de nombreux confrères. Qu’il repose en paix !

Jef Vleugels, M.Afr.

Marcel Peeters 1925 – 2017 (PE n° 1093 – 2018/07)

Marcel est né le 5 juillet 1925 à Vremde dans la province d’Anvers. Après l’école primaire à Boechout, où ses parents s’étaient établis entretemps, il fit les humanités classiques au Petit séminaire de Hoogstraten. Son père était employé au Port d’Anvers. En septembre 1943 Marcel entra chez les Pères Blancs à Boechout. Suivirent le noviciat à Varsenare et les études de théologie à Heverlee. Le 21 juillet 1949 Marcel y prononça son serment missionnaire et fut ordonné prêtre le 8 avril 1950 en l’église paroissiale de Heverlee. Ses professeurs soulignent sa dévotion solide et son caractère dévoué. Il aime l’ordre et la propreté. Ce n’est pas un grand intellectuel, mais il travaille dur. Il dispose de beaucoup de savoir-faire. Ce n’est pas un chef ; il doit au contraire être soutenu, car il manque de confiance en soi. Il est assez nerveux et parle facilement sans réfléchir… Il a la critique facile. Fait assez remarquable: au scolasticat il s’est très sérieusement mis à l’étude du swahili…

Il est nommé au Burundi. Pour accomplir son service militaire il doit suivre des cours à l’université de Louvain. En avril 1951 il est ‘réserve-adjudant-infirmier première classe de la Force Publique du Congo’… Le 17 avril 1951 il part pour Bujumbura avec la compagnie Sobelair et rejoint d’abord Gatara et quelques mois plus tard Musenyi dans le diocèse de Ngozi. Il se met courageusement à l’étude du kirundi, mais sa timidité ne joue pas en sa faveur. Sa vraie première nomination, en décembre 1951, est Buraniro, un poste en fondation, où il devient responsable des écoles. C’est une paroisse avec une nombreuse jeunesse scolarisée et des séances au confessionnal qui n’en finissent pas. Début 1960 Marcel part en congé et suit la grande retraite à Villa Cavaletti. En décembre 1960 il devient supérieur à Buraniro. Le père Thévenon, régional, note que Marcel tient le coup malgré les tensions politiques des années 61-62. On l’accuse pourtant faussement de faire de la politique et il est obligé de quitter Buraniro. Après quelques mois à Muramba et à Kisanze, il retourne à Gatara. Il n’aime pas ce poste. En janvier 1965 il est nommé économe à Gasenyi. Il se plaint de sa pauvreté et de la cherté de la vie. Son économat est, d’après ses dires, toujours dans le rouge, alors qu’il n’en est rien. « C’est un mendiant-né ; il sait décrocher tout par ses insistances », commente le  régional. Quand il constate quelque part de grandes dépenses, il ne peut s’empêcher de critiquer vertement. Pourtant sa manière de réagir ne contrarie guère les confrères. C’est un genre qu’il se donne et les confrères jouent le jeu. Au contraire, ils l’apprécient énormément comme économe. A travers tout le pays Marcel était d’ailleurs nommé gentiment ‘le riche prêtre’…

Les nominations se suivent. En juillet 1965 Marcel est supérieur à Muhanga ; en juin 1968 il retourne à Gatara, mais déjà en septembre il rejoint Ijene, où il devient supérieur en juin 1970. Il reste un pasteur engagé et attentif. Il n’a jamais été un grand animateur de communauté, mais il est toujours prêt à rendre service. Un confrère témoigne : « À Ijene, il était un homme de paix, aimé et respecté. Les autorités de la commune ont eu peur qu’il soit nommé ailleurs. Pourquoi ? Parce qu’il était un élément de paix et d’unité dans la commune et sur tout le secteur ». A son grand regret, on le renvoie en janvier 1978 à Buraniro. Cette paroisse compte alors 42 000 chrétiens. Dans le cadre du catéchuménat les pères organisent également des cours d’alphabétisation et de calcul, en vue d’améliorer la culture générale. Mgr.Kaburungu veut lancer partout des ‘conseils de colline’ et préparer ainsi le synode diocésain. Fin 1979 Marcel participe à la session-retraite à Jérusalem. A son retour il est nommé vicaire à Gatara. Partout Marcel a pu compter sur le soutien des siens, en particulier sur l’organisation de Boechout “Briques pour Dieu”, pour construire églises et écoles, réaliser ponts et adductions d’eau  et acheter du matériel scolaire. En 1985, quand le torchon brûle entre Bagaza et l’Eglise catholique, Marcel fait partie des confrères qui reçoivent de la part du gouvernement “la permission de rester chez eux”. A l’occasion de son départ le Flash Burundi parle de “l’homme sage, le fin connaisseur, l’observateur averti de tant de choses du pays, l’homme charmant en communauté qui ne pouvait jamais se passer des taquineries de ses confrères, le PB qui pendant 35 ans a patiemment construit l’Eglise du Burundi en accompagnant des milliers de jeunes sur le chemin de la foi”. En Belgique il rejoint les confrères de la paroisse du Sacré-Coeur à Anvers, d’où il pourra visiter régulièrement sa vieille maman, qui s’éteindra en 1987 à l’âge de 92 ans.

Mais voilà qu’en septembre 1988 Waly Neven, régional, écrit au provincial de la Belgique : “Quant à Marcel Peeters, là vraiment, les confrères sont pratiquement unanimes pour dire qu’il ferait encore très bien par ici et que nous serions tous très contents de le recevoir parmi nous”. Marcel a pourtant encore besoin de temps pour digérer les événements du Burundi et ne répond pas tout de suite à l’invitation. Mais en décembre 1990 – il a alors 65 ans – il repart et devient vicaire à Ijene. A part un intérim à Giharo dans le diocèse de Ruyigi, il y reste jusqu’en 1997. Sa dernière nomination au Burundi l’envoie auprès des Dominicaines contemplatives de Rweza,  au “Monastère Notre Dame de la Paix”, où il assure les services avec feu Alex Verpoort et Théo Neven. En 2003 la Région décide de mettre fin à ce projet et Marcel et ses deux confrères rentrent définitivement en Belgique. Marcel s’installe dans notre communauté d’Anvers. Il reste égal à lui-même, rouspéteur éternel mais heureux. Jusqu’à la fin de sa vie il continuera à soutenir financièrement les moniales de Rweza…

Début 2016, sa santé décline sensiblement et il rejoint la Maison de Repos et de Soins “Notre-Dame d’Anvers”, quelques rues plus loin. Il y décède d’un arrêt du cœur le vendredi 12 mai 2017. La liturgie de la résurrection eut lieu en l’église paroissiale Charles Borromée à Anvers, le samedi 20 mai, suivi de l’inhumation en notre cimetière de Varsenare.

Jef Vleugels, M.Afr.

Erwin Echtner (1940 – 2017) (PE n° 1092 – 2018/06)

Erwin est né le 22 mars 1940 comme Erwin Koschewski à Groß-Leschienen dans la Prusse Orientale, dans le diocèse d’Ermsland. Son père est mort à la guerre. En 1945 la mère est partie avec ses 4 enfants comme réfugiée et après un long parcours ils sont arrivés à Hechthausen dans le nord de l’Allemagne. En 1947, Erwin commence l’école primaire. Sa mère s’est remariée avec Franz Echtner qui adopta les quatre enfants qui ont pris le nom de famille de leur nouveau père. En 1952 la famille déménage à Krefeld au bord du Rhin. Erwin y termine l’école primaire en 1955.

Erwin commence une formation commerciale qu’il termine avec succès en 1958. Il se sent appelé par Dieu et s’oriente vers la mission. Selon le témoignage de son employeur, il est décrit comme un collaborateur consciencieux, agréable, ponctuel et respectueux en face de ses collaborateurs.

Le 1er juin 1959, il entre chez les Pères Blancs à Langenfeld pour commencer son postulat. En 1960 nous le trouvons au noviciat à Hörstel. Il y prononce son premier serment à l’âge de 22 ans. De février 1962 à octobre 1965 nous le trouvons au scolasticat à Marienthal au Luxembourg.

Erwin part en novembre 1965 pour Kipalapala dans la diocèse de Tabora en Tanzanie. Il est nommé responsable de la rédaction et de la gestion du journal catholique KIONGOZI. Le 24 février 1968 Erwin y prononce son engagement définitif.

Après des années en Tanzanie remplies d’un service rendu, Erwin s’oriente vers d’autres horizons. Son premier désir était de s’orienter vers le sacerdoce et, après une longue réflexion, il commence en janvier 1974 ses études en philosophie et théologie à Londres. Dès le premier semestre Erwin a dû constater que cette orientation n’est pas la bonne. Il prend alors la décision de ne pas continuer sur ce chemin.

En 1976, nous trouvons Erwin en Allemagne comme économe dans la communauté de Trèves. Avec sa formation commerciale il est à son aise et rend un grand service à la communauté. En 1977, il est nommé à Cologne dans la communauté de l’AFRIKANUM. Erwin y trouve sa vocation et pour 33 ans il s’engage dans l’accueil des enfants et des jeunes africains réfugiés. Avec ses expériences personnelles comme enfant réfugié il sait accompagner les enfants venant surtout d’Angola, du Congo, de l’Ethiopie et de la Somalie. Ces pays connaissaient révoltes, guerres ou révolutions. Celles-ci ont mis les enfants par centaines dans les avions pour l’Allemagne, leur chefs  espérant qu’ils recevaient une bonne formation et pourraient après rendre service aux pays libérés.

Soutenu par les services de la Caritas et d’autres services d’aide aux réfugiés, Erwin gagne la confiance du service public responsable de l’accueil des réfugiés de guerre. Ils accordent la tutelle d’environ 800 enfants au long des années. Il était chargé par les autorités et les tribunaux de chercher des places dans les internats, les inscrire, d’abord dans les cours de langues, puis dans les écoles. Il arrive aussi que Erwin doive loger quelques enfants pour un temps limité à l’AFRIKANUM même. Beaucoup de ces enfants ont gardé le contact avec lui après la formation professionnelle ou des études. Pour les enfants, Erwin était leur père et pour lui, ils étaient ses enfants. Erwin a donné un exemple de charité. Il a montré que dans un État avec un service social bien élaboré l’initiative personnelle est nécessaire et a sa place dans cette société. Le «26 septembre 2010 » Erwin a reçu le prix d’honneur de la ville « engagé à Cologne » et le 17 juillet 2013 le maire de la ville lui a transmis la « Croix d’Honneur de l’Ordre du mérite de la République fédérale d’Allemagne ».

Le 31 août 1990, Erwin subit une crise cardiaque ; il est obligé de diminuer ses activités envers « ses enfants » devenus des adultes. En avril 2011, atteint d’un cancer, il est nommé dans la communauté à Trèves où il meurt le 6 octobre 2017. La liturgie des funérailles a lieu dans la chapelle des Frères de la Charité, suivie de l’inhumation dans notre carré au cimetière de la ville de Trèves.

Hans Vöcking, M.Afr.

Christian Schneider (1934 – 2017) (PE n° 1092 – 2018/06)

Christian est né le 24 juillet 1934 à Neisse en Haute Silésie. Il est baptisé le 13 août à l’église St. Jacques. Il commence l’école primaire en 1941 pour trois ans puis continue les études au lycée. La guerre finit et la Silésie est intégrée à la Pologne. L’entrée au lycée était interdite aux enfants allemands. À cause de cela, au lieu d’aller à l’école Christian doit commencer, à 11 ans, à travailler à la construction de routes. En 1946, ses parents et leurs 5 enfants se réfugient à l’Ouest, ils s’installent d’abord à Niedernstöcken  une année après à Mandelsloh, toujours dans le Basse-Saxe, finalement, en 1950, la famille s’installe à Eislingen en Bade-Wurtenberg. Malgré ces différents déplacements et le fait d’avoir été inscrit dans 5 écoles différentes, Christian termine le lycée Hohenstaufen avec succès grâce à ses capacités de caractère.

Après le bac Christian, commence la formation professionnelle commerciale dans une entreprise de pétrole qu’il termine avec bravoure après trois ans. Son père  décède dans un accident de route en 1955. Christian a dû prendre une responsabilité de la famille à l’âge de 21 an, en tant qu aîné des enfants. Une année plus tard, Christian commence de s’orienter vers une vie de missionnaire. La famille soutient son projet. En 1950 déjà, son père est rentré en contact avec les Pères Blancs à Haigerloch lorsqu’il cherchait à inscrire Christian dans une école secondaire. Christian a repris le contact avec les Pères Blancs à Haigerloch en juillet 1956 se renseignant sur les conditions pour entrer dans la Société. En octobre de la même année il arriva à Langenfeld pour commencer son postulat. En 1957 nous le trouvons au noviciat à Hörstel. Il prononce son premier serment temporel le 9 juin 1959, puis il va au scolasticat de Mours jusqu’en 1961.

En janvier 1961 il arrive à Murhesa/Buheno au Congo et en 1964 il commence la construction de l’Institut Social à Bukavu où il  enseigne également jusqu’en 1970. A la suite de l’indépendance des pays, vu que les fonctionnaires européens ont quitté les colonies sans avoir préparé des personnes pouvant prendre leurs places dans l’administration, la Société a ouvert trois Instituts Sociaux au Congo, en Haute Volta (Burkina Faso aujourd’hui) et en Tanzanie. En août 1965 il prononce son engagement définitif à Murhesa.

En 1971 il passe son premier congé en Allemagne ; À son retour il travaille dans plusieurs projets de construction à Walungu, Kabare, Burhale, Ciherano et Walikale. En 1973, il demande une exclaustration pour trois ans tout en restant en contact régulier avec les confrères. Il prend un engagement au Congo avec la « Société allemande pour la Coopération technique » (GTZ). Après cet engagement et malgré l’insistance de la GTZ de prolonger le contrat il rejoint la Société en juin 1976.

Il passe une année à l’Ecole de la Foi à Fribourg, suivie de la grande retraite à Jérusalem et un cours de langue de six mois à Dublin. Pendant ce temps, il s’est posé aussi la question de savoir si le chemin vers le sacerdoce n’est pas aussi un chemin pour lui. Après des consultations avec les responsables il n’a pas suivi ce chemin. Il reprend le chemin de l’Afrique. En juin 1978 Christian arrive à Tamale où il est chargé de l’économat du Grand Séminaire. Au début des années quatre-vingt les médecins constatent une maladie du cœur. Après des soins et un repos, il reprend ses activités, en octobre 1984, à Kasshikishi en Zambie comme responsable pour les constructions. Dans le mois de son arrivée il fait une chute de quatre mètres. Une fracture compliquée du genou nécessite un transport à Cologne pour les soins nécessaires. Son calvaire n’est pas fini : en avril 1989 il doit, de nouveau, être opéré au cœur.

En février 1993, il est de nouveau en Afrique, cette fois-ci à Isoka et Mbala en Zambie, de nouveau pour surveiller les constructions. En janvier 1995, à l’âge de 61 ans, il est nommé en Éthiopie pour surveiller un autre projet de construction. En août 1996, Christian retourne en Allemagne. Il est chargé de l’économat dans la maison de Frankfurt. En septembre 2000, il est nommé pour deux ans en Zambie. Le 12 juillet 2002 il est nommé à Haigerloch où il aide des confrères comme aide-soignant. En août 2009, Christian fête son jubilé d’or.

Dans son enfance Christian est devenu étranger dans son pays et il en a souffert. Ses déplacements nombreux font partie de sa vie et sont les signes qu’il était à la recherche d’une demeure qu’il a trouvé auprès du Père le 9 août 2017 à l’âge de 83 ans à Balingen en Bade-Wurtemberg.

Hans Vöcking, M.Afr.

Hans Sauter (1933 – 2018) (PE n°1092 – 2018/06)

Le jeudi, le 25 janvier 2018, le Seigneur a rappelé Hans Sauter à lui après 37 ans de travail missionnaire au Rwanda et presque 30 ans dans des tâches différentes en Allemagne.

Hans passe son enfance et le temps de l’école primaire à Oggelshausen dans le « Saulgau » à la ferme de ses parents. Il aime mettre la main à la pâte, ce qu’il fera par la suite en Afrique. De 1949 à 1954 il fréquente l’école secondaire des Pères Blancs à Grosskrotzenburg près de Hanau. Il fait ensuite la philosophie à Trèves puis l’année spirituelle à Varsenare en Belgique dans un entourage international. Quatre années d’étude de la théologie suivent à Heverlee près de Louvain, aussi en Belgique où il se montre consciencieux, fiable à 100% et en même temps très discret.

Après son ordination sacerdotale en 1960 à Geislingen le chemin s’ouvre pour un engagement au Rwanda en Afrique Centrale. Là il apprend d’abord la langue du pays, le kinyarwanda, pour travailler ensuite dans le sud du pays dans le diocèse de Butare où il reste jusqu’en 1988. En Afrique, il est chargé de la pastorale dans différentes paroisses, d’abord à Cyanika, pui à Nyanza et Nyamiyaga, quelques années à chaque endroit, jusqu’en 1973. En 1975 son évêque, Mgr Gahamanyi lui confie la charge d’économe diocésain, une grande et difficile tâche qu’il accomplit quatre ans et demi. En 1980 il passe deux mois et demi à Jérusalem pour se rafraîchir spirituellement avec d’autres missionnaires et y puiser de nouvelles forces. Il est vrai qu’il avait dû prendre du temps en 1972, pour guérir d’une hépatite à Riedlingen. Plus tard il a dû se soumettre à un traitement médical à plusieurs reprises. Mais cela ne l’empêchait pas d’être présent pour les hommes et le service de l’évangile au Rwanda.

Quand Hans doit rentrer définitivement en Allemagne en 1988, il est d’abord nommé supérieur de la maison à Haigerloch, responsable de la communauté des confrères et disponible pour des tâches pastorales dans les paroisses environnantes. Il va ensuite à Cologne en 1993, pour y collaborer à la comptabilité ; là aussi il connaît à plusieurs reprises des problèmes de santé. En 2001, il retourne à Haigerloch pour continuer ses services à la communauté et dans la pastorale et cela jusqu’à l’entrée en repos en 2008. Hans donnait tout peu à peu au Seigneur, comme celui-ci l’exigeait fut toujours un confrère fiable et modeste avec lequel chacun pouvait s’entendre.

Hans Vöcking, M.Afr.

Hubert Bonke (1943-2016) (PE n°1092 – 2018/06)

Hubert est né le 29 octobre 1943 à Langseifersdorf en Silésie. Il n’a pas connu son père menuisier,  porté disparu de guerre. Après la guerre, la Silésie devient partie intégrante de la Pologne ; les Allemands y sont des étrangers et sa mère décide de se réfugier en Allemagne Fédérale. Les premières années, la famille vit à Heiden en Basse-Saxe où Hubert suit les  quatres premières années de l’école primaire. Sa famille déménage ensuite à Spreglingen près de Frankfurt.

En 1954, il entre au petit séminaire P.B. à Rietberg, puis en 1959 au petit séminaire P.B. de Grosskrotzenburg où il passe son bac avec succès en 1964. De 1964 à 1966 Il va à Trèves pour les études de philosophie. Les responsables  témoignent de sa grande disponibilité docile et son aptitude à un travail sérieux. En 1967, il entre au noviciat à Hörstel. Le maître de novices le voit comme un candidat ouvert mais avec un peu nervosité qu’on découvre dans sa manière de parler et d’agir. Sa grande disponibilité l’aidera dans sa vie future comme missionnaire. Après son noviciat, il est nommé au scolasticat d’Heverlee en 1968. Il constate le fait qu’il est passé par les écoles des P.B., et n’a jamais eu l’occasion de s’épanouir et de prendre sa vie en main. Il demande de pourvoir faire une année en dehors des cadres P.B. La demande est acceptée et Hubert fait une année de théologie à l’université de Tübingen.

Son séjour à Tübingen est satisfaisant à tout point de vue. Il y acquiert une maturité et surtout il y prend goût pour les études. En 1969 il demande de rejoindre les P.B. Il est nommé au Foyer de la rue de Reims à Strasbourg étant donné que la fermeture d’Heverlee était prévue pour 1970. A l’université il s’inscrit immédiatement en 2ème année du 2ème cycle qui correspond à la 3ème année de théologie du séminaire classique. L’université de Strasbourg a été ouvert pendant l’époque allemande (1871-1914) et a gardé son organisation après l’intégration à la République française.

Le 7 décembre 1970 il prononce son serment et est ordonné prêtre le 10 juillet 1971 à la cathédrale de Mainz. Le 8 septembre 1971, il part pour Kalemie au Congo comme vicaire à la paroisse de Kala. En 1999, il est nommé en Allemagne à München où il fait partie de l’équipe de la paroisse francophone de la ville. Sa tâche  était d’accompagner les chrétiens africains qui vivaient dans la ville et dans les environs. Pendant plusieurs années Hubert est aussi membre du conseil provincial de la province d’Afrique Centrale qui englobe les pays Burundi, Congo et Rwanda.

De mars 2006 à juin 2006 Hubert suit le cours de Bible et la retraite à Jérusalem. En novembre 2006 il est arrivé a Laybo, puis en 2007 à Kindu pour continuer son travail pastoral au Congo. Les années de l’engagement missionnaire au Congo et à München ont laissé des traces. Pour cela il passe cinq mois en Allemagne en 2015 pour être suivi par les médecins qui lui conseillent un repos prolongé. Mais Hubert est retourné à Kindu. Les confrères constatent son état de faiblesse, qu’il n’avait plus la force ni de suivre le travail régulier ni de mettre les confrères au courant des choses. Le 27 mai 2016 il s’éteint un jour avant son départ pour l’Allemagne où il devait se faire soigner. Pendant son enterrement à Kindu les chrétiens ont témoigné que Hubert était un prêtre, facile à aborder et toujours disponible pour écouter les petits et les grands soucis des gens.

Hans Vöcking, M.Afr.