Notice biographique de Fernand Gruber (1934-2018)

Voici la notice biographique provisoire de Fernand Gruber, la définitive paraîtra plus tard dans le Petit Echo.

Fernand est né le 10 Juin 1934 à Ingwiller, diocèse de Strasbourg, dans le Bas‑Rhin.

Alsacien, et fier de l’être, Fernand a toujours aimé se retrouver dans sa famille, auprès de ses deux sœurs, de sa maman. Celle-ci est restée veuve, car Georges son mari, a été mobilisé par les Allemands en 1944, et on n’a jamais eu de nouvelles de lui par la suite ; sans doute disparu sur le front de Russie. Malgré bien des recherches, consultant bien des archives, Fernand n’a pas réussi à élucider le sort de son père, ce qui l’a fortement et durablement marqué.

Son école primaire se fit d’abord en allemand de 1940 à 1944 ; puis, de 1945 à 1948, en français. Quant à ses études secondaires, elles se déroulèrent d’abord au petit séminaire des Pères Blancs à Altkirch en Alsace, pour se poursuivre à Bonnelles en Seine-et-Oise.

Ce fut ensuite le cursus normal : philosophie à Kerlois – noviciat à Maison Carrée ; sa théologie, commencée à S’Heerenberg (Pays Bas), fut interrompue par le service militaire en France et en Allemagne ; démobilisé, il se rendit alors à Totteridge pour trois années de théologie. Il fut ordonné prêtre le 29 juin 1963 à Strasbourg.

Commencèrent alors six longues années d’études. Etant donné les aptitudes intellectuelles de Fernand, qu’accompagnaient de bonnes connaissances linguistiques (français, allemand, anglais), les responsables de la Société voulurent préparer Fernand à un service particulier de la mission : on l’orienta vers l’étude des problèmes posés dans nos missions par la présence d’Eglises aux dénominations diverses, protestantes surtout, et d’une manière plus générale, c’était le faire entrer dans le domaine de l’œcuménisme.

Ce furent d’abord des études de théologie catholique à Paris où il obtint en1965 une licence en théologie . Puis une année passée à la faculté de théologie protestante de Paris en vue du doctorat. On le retrouve ensuite à l’Institut Œcuménique du Conseil Œcuménique des Eglises à Céligny en Suisse ; après quoi il passe un semestre auprès d’organismes oecuméniques aux Etats-Unis. Et, pour finir, deux années d’études à l’Institut Supérieur d’Etudes Œcuméniques de Paris . Nous sommes alors en Juin 1969. Les portes de l’Afrique vont s’ouvrir pour Fernand. Ce fut la Zambie qui  l’accueillit.

Dès septembre 1969 Fernand est au centre de langue d’Ilondola où il apprend le Bemba qu’il parle très correctement ; ce qui lui permet d’être à l’aise comme vicaire à Chiboté, dans le diocèse de Mansa. Il a aimé le contact quotidien avec les paroissiens, s’intéressant à leur genre de vie et à leurs préoccupations. Il dut cependant assurer un « intérim » au petit séminaire de Bahati durant deux ans. Après quoi il se retrouva vicaire à la paroisse de Nsakaluba — et professeur de religion au collège pour garçons.

Mais ses compétences en matière doctrinale le firent nommer au Grand Séminaire national de Zambie, à Kabwe, puis à Lusaka. Il y enseigna la théologie dogmatique et pastorale, la liturgie, l’oecuménisme et.. la Bible. Tout en étant doyen des études, et responsable d’une paroisse rurale.

C’est avec regret qu’il quitta la Zambie pour se rendre à Sainte Anne de Jérusalem, le 16 septembre 1981. Son activité principale jusqu’en juillet 1998 concerna la « Revue Proche-Orient Chrétien » dont il était le secrétaire administratif. Responsable de la bibliothèque, il fut aussi « vicaire » de la paroisse allemande de Jérusalem. Cela dura 18 ans.

A partir de septembre 1998, sa vie va se dérouler en Europe. D’abord en France, où il fut secrétaire provincial cinq ans. Puis, en décembre 2003 en Allemagne, à Francfort où il s’adonna au ministère paroissial.

Fatigué, il s’établit alors à Mours, où, pendant cinq ans, il assura le service « accueil », tout en faisant du ministère dans les environs. Il s’y donna totalement ; et le frère Muratet, économe de la maison, nous dit : « Fernand laisse un excellent souvenir au service de la communaué Pères Blancs comme des visiteurs ; il a su faire lever beaucoup d’affection, d’amitié, d’estime ».

Le temps de la retraite sonna en 2012. D’abord à Bry-sur-Marne, de 2012 à 2015. Puis, souhaitant se rapprocher de sa famille et de la zone alsacienne, il fut nommé à la maison de retraite des Missions Africaines, à St. Pierre. Il fut hospitalisé durant l’été 2018 à l’hôpital de Sélestat d’où il nous quitta, le 16 juillet 2018.

Le frère Gabriel Muratet qui fit l’homélie lors des obsèques, souligna le rayonnement de Fernand jusqu’à la fin de sa vie. En est témoin ce groupe d’hommes, lui disant sous le porche de l’église : « nous ne sommes pas tous de bons pratiquants, mais nous venons ce jour à l’église pour recueillir l’héritage moral que nous laisse cet enfant du pays, le missionnaire Fernand Gruber. Il va nous manquer »

Merci, Fernand, d’avoir été un excellent confrère et un bon ouvrier dans les différents champs d’apostolat qui furent les tiens. Dieu t’accueille dans sa demeure, où tu as retrouvé ton père, dont le souvenir est resté vivant en toi toute la vie, et ta maman.

Jean-Marie Vasseur, M.Afr.

Notice biographique de Pierre Du Suau de la Croix

Voici la notice biographique provisoire du Père Pierre Du Suau de la Croix. La notice définitive sera publiée plus tard dans le Petit Echo.

Le 4 mars 1923, Pierre est né dans une famille de médecin à ‘le Houga d’Armagnac’ dans le Gers. Il était le quatrième d’une famille de 7 enfants. Il y vécut une enfance et une adolescence heureuses où, dans un contexte très chrétien, se développa, aidé par le scoutisme, une forte personnalité. Dès cette époque, se précise sa vocation artistique. Sa famille lui fait suivre des cours de peinture à Auch où il résidait alors.

L’appel missionnaire retentit très tôt. Il mûrit au séminaire d’Auch qui l’accompagna jusqu’à la philosophie incluse. Il se rendit alors au noviciat des Pères Blancs à Maison Carrée (1941-1942).

Ce fut ensuite la formation Père Blanc classique, interrompue cependant par la guerre, ce qui l’a amené à participer à 3 débarquements : la Corse en septembre 1943, l’Italie en janvier 1944 et la Provence en septembre de la même année. Suivit la campagne d’Alsace qui le conduisit jusqu’à l’été 1945 date à laquelle il fut démobilisé. Il s’adonne alors durant quatre ans à la théologie en Tunisie. Il Fut ordonné prêtre en 1949 et fut nommé en Haute-Volta Burkina Faso où il se rendit en 1950, affecté au diocèse de Nouna.

Le Sourou fut son premier poste, transféré dès 1952 à Zaba, paroisse qu’il fonda. Il y apprit trois langues. L’apostolat, avec ses différents aspects : culte, catéchèse, …. etc. l’absorba totalement, et il a gardé un bon souvenir de ces treize ans de pastorale rurale, y compris le temps passé à Tansilla. Il revint en congé en 1957 et en 1963, mais le climat très chaud qui l’affaiblissait lui fit comprendre qu’un changement de pays s’imposait. Ce fut le Rwanda qui l’accueillit.

Il y vécut 25 ans, pays qu’il a beaucoup aimé. Le paysage certes, mais surtout la population dont il apprit la difficile langue. Cela lui permit d’être un pasteur actif à Rwaza dans la région des volcans. Il y déploya une activité pastorale débordante. Mais en 1990 on lui demanda de mettre en sourdine l’apostolat paroissial pour s’occuper à temps plein de la décoration  des églises : mosaïques, vitraux et peintures. Avant d’installer son atelier à Kigali d’où il rayonnait sur tout le Rwanda, il travailla chez un maître-verrier à Paris qui l’initia à la technique du vitrail. Il aurait aimé continuer ce travail qui lui plaisait et que bien des visiteurs admiraient, mais les événements de 1994 le forcèrent à accepter l’invitation du régional à profiter des évacuations des ressortissants étrangers par les soldats Français. En avril 1994, on le retrouve donc à Paris.

Il avait alors 72 ans et se sentait en forme. Aussi, après un bon temps de repos, il accepta la proposition que le provincial lui transmit, proposition émanant du P. Louis Blondel en Afrique du Sud : « Faut que tu viennes me rejoindre car j’ai un centre de formation et on veut y créer un atelier d’Art ». C’est ainsi qu’en juin 1995 il atterrit à Johannesburg, et se dirigea vers Orange­Farm à 80 km de là. Il se mit courageusement à l’anglais, et très vite, les commandes affluèrent si bien qu’il était souvent absent de sa communauté ( 2 français, 1 irlandais et 1 canadien) et il dut abandonner le projet d’atelier d’Art. Sa voiture l’emmenait alors pour plusieurs semaines au Transvaal, au Lesotho, au Swaziland, … Une œuvre  qui lui tint particulièrement à cœur fut un chemin de croix avec 15 stations et un chemin de lumière avec également 15 stations. Cela lui prit quatre mois. Hélas ! « monter sur des échafaudages à parfois plusieurs mètres de haut, pour peindre fresques et mosaïques commencèrent à devenir problématique à 80 ans ». En juin 2005, la décision fut prise d’un retour en France. Pierre avait passé 9 ans en Afrique du Sud et ce lui fut pénible de s’en arracher.

En septembre 2005, Pierre est à Billère. Ce sera difficile pour lui de devenir sédentaire après des années de vie indépendante en différents pays. Mais l’atelier qui lui fut réservé lui permit de continuer son travail artistique : mosaïques à l’entrée de la maison, peintures diverses, entre autres, Notre-Dame d’Afrique. Il écrit alors : « l’aide fraternelle de la communauté, la prière et l’eucharistie quotidienne sont une source d’optimisme et de joie ». Et de fait, les témoignages concernant cette époque nous parlent d’un Pierre avec un certain entrain, commentant la télé, toujours amateur de courses automobiles et de football.

Mais, les infirmités, la vieillesse, amenèrent une dépendance que Pierre vécu difficilement, rendant sa vie pénible pour lui et pour son entourage pourtant très prévenant.

Cependant, il garde à travers sa souffrance une sérénité que sous-tend un de ces derniers écrits : « pour moi, la vieillesse n’est pas un naufrage comme disait le Général de Gaulle. C’est plutôt la vue prochaine du port après une traversée pleine d’écueils dont j’ai été protégé par le Seigneur. Aussi, ma prière est un magnificat, celle du P. de Foucault : ‘Seigneur, je m’abandonne à toi. Fais de moi ce qui te plaira. Quoique tu fasses de moi, je te remercie »

Merci Pierre. Tu nous laisses le souvenir d’un confrère dont les œuvres  continuent à faire l’admiration des visiteurs, tant à l’entrée de la maison (mosaïque) qu’à la chapelle (Notre-Dame d’Afrique), souvenir d’un confrère zélé pour l’apostolat, plein d’une ardeur artistique qui lui a permis d’embellir notre vie.

Jean-Marie Vasseur, M.Afr.

Notice biographique de Rolf Rosin

Voici la notice biographique provisoire de Rolf Rosin. La notice biographique définitive sera publiée plus tard dans le petit écho.

Rolf a vu le jour le 6 mai 1940 à Karlsbad, dans la province de Sudetenland, créée comme une province autonome en 1918 par les germanophones. La Monarchie Autriche-Hongroie était en décomposition et pour ne pas être intégrée dans la République Tchèque, fondée le 28 octobre 1918 à Prague, les germanophones ont préféré une autonomie relative. Après la 2ème guerre mondiale, l’autonomie de Sudetenland fût supprimée et la plupart des germanophones se sont réfugiés en Allemagne. La famille de Rolf a choisi Bamberg en Bavière comme nouveau lieu de résidence.

Il a grandi avec deux frères dans une famille très chrétienne et musicale. Il a fréquenté le Deutsche Gymnasium à Bamberg et le 18 juillet il a passé son bac. Son professeur de religion a témoigné qu’il était un des plus attentifs aux thèmes religieux et n’était donc pas étonné que Rolf se soit décidé pour une vie missionnaire.

En septembre 1962, il est rentré au grand séminaire des Pères Blancs à Trêves. De 1964 à 1965 il a fait son noviciat à Hörstel et ensuite, pour la théologie, il est allé à Totteridge. Le 26 juin 1968, il prononça son serment missionnaire et fut ordonné prêtre à Bamberg le 29 juin 1969.

Il fut alors nommé en Zambie, au diocèse de Kasama. Il suivit le cours de langue à Ilondola et, en février 1970, il commença les activités pastorales dans les paroisses Mulobola, puis Chilubi et à Malole pendant plus que trente ans. Dans ses lettres aux parents, amis et bienfaiteurs, il parle surtout de trois réalités de sa vie en Zambie : la situation politique et économique, les paroisses avec quelques dizaines de succursales, les petits communautés chrétiennes et leur glorification en Europe.

Ses éducateurs ont constaté que Rolf se faisait remarquer pour bien faire les tâches demandées sans exagération. Dans son travail pastoral, il a souffert de cette qualité. A l’exception de six mois comme remplaçant de l’économe diocésain à Kasama et comme économe dans le centre de langue à Ilondola, il a travaillé dans les trois très grandes paroisses Ilondola, Chilugi et Lubishi. Toutes les trois constituées d’un centre et de quelques dizaines de succursales ou sous-centres, visités seulement deux à trois fois par an par le prêtre pour célébrer l’Eucharistie. L’Evêque venait irrégulièrement dans les succursales pour donner le sacrement de la confirmation. La pastorale était assurée par les catéchistes.

Après le Concile Vatican II. l’Eglise a développé la « petite communauté chrétienne » comme organisme vital de la pastorale en créant des petits groupes qui se réunissaient chaque semaine pour lire l’Evangile dans le contexte social donné. Rolf connaissait bien la situation en Zambie et lorsqu’il était en vacances en Allemagne et en Autriche, il s’étonnait de l’enthousiasme des chrétiens qui, de loin,  voyaient ces petites communautés chrétiennes comme des solutions miraculeuses aux problèmes pastoraux de l’Afrique comme de l’Europe. Il en reparlait dans toutes ses lettres aux amis.

Lorsque Rolf arrive en Zambie, le pays, devenu indépendant en 1964, est à la recherche de son identité. La politique proclame un « humanisme zambien » pour résoudre les difficultés économiques. Les responsables des Eglises chrétiennes publient en août 1979 une déclaration pour s’opposer au socialisme scientifique, caché dans « l’humanisme zambien », qui n’aidera pas à sortir du sous-développement et qui ne garantira pas les droits humains. Ralf, lui-même réfugié du communisme soviétique, revient régulièrement sur ce problème dans ses lettres. Ses préoccupations pour la situation politique et sociale ont sûrement son origine dans le fait qu’il est passé par la perte de son pays d’enfance, l’exil et l’intégration dans un autre milieux accompagné par la pauvreté matérielle.

Rolf interrompit son travail pastoral par trois fois, deux fois pour se rendre à Jérusalem, en 1979 pour faire la grande retraite et en 1999 pour le cours biblique, la troisième fois lorsqu’il revient en 1985 pour quatre ans en Europe. Il est nommé à Axams, à 10 km d’Innsbruck an Tirol où il vit dans une communauté, nouvellement implantée comme projet nouveau, avec deux confrères, P. Anton Mettrop, un confrère hollandais et le P. Walter Vogt. L’équipe est chargée de l’animation missionnaire et vocationnelle. Elle mettra en place tous les moyens pour se faire connaître et pas seulement dans les paroisses du diocèse et les mouvements catholiques mais aussi au-delà des frontières diocésaines. Les confrères ouvriront notamment les portes de leur maison en organisant des journées de réflexion pour les jeunes.

En décembre 1989, Rolf retourna dans le diocèse de Kasama, mais il dut interrompre plusieurs fois son séjour pour se soigner en Allemagne. En décembre 2006 il est nommé en province. De 2007 à 2018 il est en charge de l’économat à Haigerloch, dans la communauté des confrères âgés.

Pendant la dernière année de sa vie, il a dû endurer une épreuve de plus lorsque le secteur a vendu la maison de Haigerloch, la deuxième fondation après Trier. La communauté s’est installé dans une maison de la CARITAS à Hechingen, à une dizaine de kilomètre de Haigerloch. En février 2019, Rolf est rentré dans la clinique universitaire à Tübingen où il est mort le 2 mars dans la matinée et enterré le 8 mars dans la section des Missionnaires d’Afrique au cimetière de Haigerloch.

Hans Vöcking, M.Afr.

En mémoire du Père Pierre Bastin

Notre confrère Missionnaire d’Afrique, le Père Pierre Bastin, nous a quitté samedi passé, le 6 octobre, à l’âge de 96 ans. Il avait fréquemment célébré l’eucharistie à la paroisse de Saint-Loup à Namur où il était très proche des abbés Paul Malherbe et Arnold Yoka, ainsi que de bien des paroissiens et paroissiennes. Nous recevons aujourd’hui une éloge de notre confrère, écrite par Jacques Briard, de la Communauté paroissiale de St. Jean-Baptiste & St. Loup. Nous la transmettons à nos lecteurs.


« Nos sociétés sont en train de changer… et il faut reconnaître que, souvent, nous ne savons pas comment nous insérer dans ces nouvelles circonstances. Que cela nous plaise ou  pas, nous sommes invités à affronter la réalité telle qu’elle se présente à nous, comme l’a dit le pape François ».
Pierre Bastin, mars 2018.

C’est avec une émotion pleine de chaleureux souvenirs que de nombreuses personnes ont appris ou apprendront que le Père Pierre Bastin est décédé le samedi 6 octobre à l’âge de 96 ans en ayant continué à faire preuve quasi jusqu’au bout de sa longue existence d’une étonnante attention aux gens et au monde présent et à venir (cf. la citation reprise plus haut et extraite du beau « Partage » paru dans le numéro de mai 2018 de cette feuille). Ses funérailles auront lieu le jeudi 11 octobre à 10h30, à l’église de La Plante, avenue Félicien Rops, à Namur. Des visites pourront se faire les mardi et mercredi 9 et 10 octobre de 17 à 19 h au centre funéraire Laloux, avenue du Camp, 21, à Jambes.

Pour avoir fréquenté Pierre Bastin à Namur, notamment quand ce Père blanc d’Afrique dirigeait la revue « Vivant Univers », et était administrateur de l’ONG Entraide et Fraternité, Jacques Briard nous en propose une évocation.

Né à La Louvière, Pierre Bastin avait gardé le tempérament ouvert des habitants de la région du Centre du Hainaut, ainsi que l’esprit blagueur que son papa avait, paraît-il. Comme Père Blanc d’Afrique, il avait exercé son ministère son ministère au Canada, au Burundi au Congo et à Namur. Du Canada, il avait notamment retenu de savoureuses expressions.

Au Burundi, déjà confronté à des violences, il avait gardé son franc parler vis-à-vis des diverses autorités et des habitants en liant l’amélioration des conditions de vie et l’évangélisation. Alors volontaire dans ce pays, Luc Uytdenbroeck se souvient du Père Bastin à la mission de Mutumba comme « d’une belle personnalité, très ouverte, accueillante et pleine d’humour ».

À la direction de la revue « Vivant Univers ».

À Namur et plus précisément à La Plante, le père Bastin avait encouragé l’ouverture de la revue « Vivant Univers » au-delà des « Grands Lacs » et de « Vivant Afrique », selon les titres précédents de cette publication missionnaire de qualité, admirablement illustrée et malheureusement disparue. Pour les présentations fouillées des pays en voie de développement qui y étaient proposées, nous pouvons témoigner de ce que Pierre Bastin voulait que soient sollicités des acteurs locaux pouvant décrire les richesses, les faiblesses et les défis de leurs peuples, Églises comprises, moyennant de belles et régulières réécritures des textes respectant la pensée des auteurs. Et il en était de même pour les approches d’enjeux majeurs concernant les rapports entre le Nord et le Sud de la planète. En ont bénéficié les fidèles lecteurs et aussi de nouveaux lecteurs que Pierre Bastin avait convaincus de s’abonner lors de Foires du livre et autres événements où il se rendait en Belgique, en Suisse et au Canada. Mais Entraide et Fraternité a aussi profité de cette ouverture au monde, puisque Pierre Bastin en a été administrateur à l’époque où le fonctionnement de l’ONG a été fortement marqué par celui pratiqué par les Communautés ecclésiales de base d’Amérique latine pratiquant la Théologie de la libération, ainsi que par ceux d’autres partenaires.

Dans le Grand Namur

Déjà lié à la région namuroise par ses séjours en famille passés durant sa jeunesse au bord de la Meuse, ce n’est pas seulement à cause des responsabilités qu’il a exercées à La Plante que Pierre Bastin devint de plus en plus Namurois. Cela se fit aux côtés de l’abbé Paul Malherbe, curé de la paroisse St-Jean-Baptiste et St-Loup, ainsi que de prêtres comme Pierre Dahin, René Dardenne et d’autres avec lesquels il participa activement – suivez notre regard ! – à plusieurs semaines de « recyclage » de type « Église et Société » admirablement organisées en Alsace par le regretté abbé Camille Gérard. Et Pierre Bastin fit aussi partie de la communauté d’hommes et de femmes, laïcs et religieux, qui fut basée au boulevard Cauchy. Et il fut proche d’autres femmes, hommes et jeunes. Mais c’est du Gand Namur qu’il devint un citoyen en habitant durant des années avec l’abbé Pierre Gillet, quand celui-ci était curé de Naninne et ensuite retraité toujours actif en bord de Meuse, dans le quartier d’Amée à Jambes. C’est là que Pierre Bastin célébra les funérailles de son cher compagnon en août 2015, comme il l’avait fait à Wierde, en novembre 2010 , pour l’abbé Jean Kamp, qui avait eu des ennuis avec la Hiérarchie pour avoir notamment écrit le livre « Ce grand silence des prêtres ». Durant les années de fraternelle cohabitation, Pierre Gillet apprécia les journaux parlés matinaux du lève-tôt qu’était son compagnon, afin de pouvoir se remettre au courant d’événements dont il n’avait pas entendu parler durant ses visites auprès des pêcheurs artisans du monde ou pour les membres de la Société des Auxiliaires des Missions, la SAM, dont Pierre Gillet fut le « commissaire » en digne successeur du père Lebbe, qui précéda l’ouverture au monde prônée par le concile Vatican II. De son côté, Pierre Bastin appréciait tout ce que lui partageait Pierre Gillet, ce fils de la Gaume, ingénieur, prêtre et économiste, dont sa proximité avec les grandes philosophies et religions d’Asie après ses quinze années de vie en Inde ainsi que ses relectures de l’Écriture sainte, dont celle de la prière de Jésus (publié dans le numéro de janvier 2016 de cette feuille paroissiale) et ses analyses critiques sur l’évolution du monde.

De Pierre Gillet, Pierre Bastin partagea aussi le bel accueil réservé à de multiples visiteurs, SDF compris, même si, l’âge avançant, il en souffrit lors des absences de son hôte. Mais à ces visiteurs, Pierre Bastin a laissé le souvenir « d’un homme pétillant de joie et de malice », selon Béatrice Gorez, une autre supporter des pêcheurs artisans.

Sa foi en Dieu

Sa foi en Dieu, mais aussi dans les hommes et les femmes, Pierre Bastin les a nourries de sa lecture des Écritures saintes et de multiples rencontres et lectures qu’il a spécialement partagées avec les membres d’un groupe biblique et ceux de la Communauté du Partage. Cf. des textes de la religieuse brésilienne Ivone Gebara (en 2013 sur l’élection d’un nouveau pape et l’Esprit saint) du père jésuite Joseph Moingt, resté étonnamment lucide au-delà de son centenaire, et du pape François (commentant l’épisode de Jonas dans la Bible quand il était encore archevêque et sur le nécessaire et précieux dialogue avec les non-croyants) ou encore des idées relatives au christianisme non religieux. Il s’est aussi nourri de fréquentations d’autres communautés chrétiennes, tout comme de celles de chauffeurs et passagers des bus TEC.

De Dieu, il ne partageait pas l’image si souvent présentée par les hommes d’Église et bien des chrétiens. D’où son allergie vis-à-vis d’intentions de prières adressées à Dieu comme si c’était de Lui que les hommes et les femmes devaient uniquement compter pour résoudre leurs problèmes et ceux du monde. Ou encore son refus du « Seigneur, je ne suis pas digne de Te recevoir » et de certains chants du répertoire pourtant post-Vatican II. Cf. la prière reprise ci-dessous.

Tout cela, Pierre Bastin l’a expliqué lors de célébrations en divers lieux. Il l’a fait à la paroisse St-Jean-Baptiste et St-Loup, dont « il a fait grandir les membres » selon Françoise Poncelet, autre auteure des beaux partages promus par les successeurs de l’abbé Malherbe, d’abord le père Michel Hermans et ensuite l’abbé Arnold Yoka. Il l’a encore fait lors des funérailles de son ami le père Gérard Fourez qu’il a célébrées le 8 septembre 2018 et au récent mariage d’un filleul de Pierre Gillet.

Sa soif de savoir et de comprendre

Soucieux de la poursuite de « l’histoire efficace de l’évangile » – selon les termes ambitieux du sociologue Michel Molitor, ancien vice-recteur de l’UCL -, Pierre Bastin s’intéressait à bien des domaines des sciences. Il l’a fait à travers ses lectures et lors de cours, y compris d’astronomie suivis dans les auditoires universitaires namurois où il a aura été , disait-il avec un large sourire, « l’élève le plus âgé ou plutôt le plus jeune, à la suite d’une erreur d’impression sur ma carte d’étudiant ». Citons, par exemple, son résumé du livre de 340 pages « La guerre des intelligences » de L. Alexandre (Éditions J.C. Lattès).

Cette soif de savoir et de comprendre, Pierre Bastin a aussi voulu l’assouvir lors des séminaires et des concours de l’asbl « Ose La Science » longtemps guidés par Gérard Fourez. « Lors des concours, il passait trois journées entières en allant d’un stand à l’autre avec chaque fois une dizaine de jeunes à ses trousses », nous a signalé Marie-Jeanne Matagne, tout en ajoutant qu’au séminaire de janvier 2018 encore, « il avait été passionné au plus haut point par le thème de la domotique ».

De plus, Pierre Bastin aimait aller aux conférences de Connaissance et Vie d’Aujourd’hui de Namur. Fin 2017, il avait apprécié la présentation de l’organisation européenne de recherche nucléaire ou CERN faite par François Briard, un autre Namurois devenu Genevois. Et notre regretté nonagénaire avait certainement eu envie d’aller entendre le 20 septembre à ces conférences le politicologue français Paul Arès répondre à la question « Peut-on envisager au XXIe siècle le passage vers une société de la gratuité ? ».

Durant ses trois dernières années d’existence à la maison des Pères Blancs de La Plante, tout en ne partageant pas toutes les positions de ses confrères, il avait beaucoup apprécié leur accueil et celui du personnel, ainsi que, depuis 2016, la présence d’étudiants de l’institut Lumen Vitae installé à Namur depuis 2016.

Et voici que Pierre Bastin, ce cher aîné appelé aussi Grand Pierre avec affection, est « rentré à la Maison du Père », selon l’expression employée parmi les scouts, dont il fut sauf erreur, pour retrouver – mieux que nous pouvons ou pas le croire – celles et ceux qu’il avait aimés en leur disant « Tu connais la dernière ? » ou pour continuer à partager tout ce qui l’a animé durant sa longue et belle existence sur terre. Et avant d’en accueillir d’autres.

Jacques BRIARD (sur base de souvenirs personnels et d’autres).

Le chemin de Dieu passe par l’homme

(Prière inspirée de J. Musset et proposée par Pierre Bastin)

On nous dit que tu nous parles. Mais je n’ai jamais entendu ta voix de mes propres oreilles. Les seules voix que j’entends, ce sont les voix fraternelles qui me disent les paroles essentielles. On dit que tu te manifestes. Mais je n’ai jamais vu ton visage de mes propres yeux. Les seuls visages que je vois, ce sont des visages fraternels qui rient, qui pleurent et qui chantent. On dit que tu t’assois à notre table. Mais je n’ai jamais rompu avec toi le pain de mes propres mains. Les seules tables que je fréquente, ce sont les tables fraternelles où il fait bon se restaurer de joie et d’amitié. On dit que tu fais route avec nous. Mais je n’ai jamais senti ta main se poser sur mes épaules. Les seules mains que j’éprouve, ce sont les mains fraternelles qui étreignent, consolent et accompagnent. On dit que tu nous sauves. Mais je ne t’ai jamais vu intervenir dans mes malheurs. Les seuls sauveurs que je rencontre, ce sont des cœurs fraternels qui écoutent, encouragent et stimulent. Mais si c’est toi, ô mon Dieu qui m’offres ces visages, ces tables ces compagnons, ces mains et ces cœurs fraternels, alors du cœur du silence et de l’absence, tu deviens pour tous ces frères, paroles et présence.

Eglise Saint-Loup à Namur, où Pierre Bastin faisait fréquemment du ministère.

Herman Bastijns, Notice biographique (provisoire)

Herman a été très impliqué dans la formation et dans la spiritualité. En conséquence, beaucoup de gens le connaissaient et furent très choqués lorsqu’ils ont appris son décès. C’est pourquoi j’ai pris sur moi de traduire provisoirement la notice qui a été envoyée de Belgique en néerlandais avant qu’elle ne soit traduite officiellement pour le Petit Echo. Continuer la lecture de « Herman Bastijns, Notice biographique (provisoire) »

Gerard Reynaert (1925-2018) (EAP Flashes – 2018/08)

Le P. Gerard Reynaert (1925-2018), populairement appelé « mukulu », est décédé le 03.05.2018 à l’hôpital Nsambya de Kampala. Il a vécu 67 années de vie missionnaire, presque toutes en Ouganda. A 93 ans, il était encore économe local et chargé de l’accueil au centre de vocations de la maison Lourdel et aumônier d’une communauté de Petites Sœurs de Saint François à Nsambya. Ce qui suit a été écrit à son sujet dans l’Ordre de la Messe célébrant sa vie :

La fidélité et l’engagement de Gérard à l’apostolat jusqu’au dernier souffle de sa vie et de sa force restent pour nous un puissant rappel de la forte recommandation de notre fondateur, le Cardinal Lavigerie : « Mes chers enfants, vous n’êtes pas des explorateurs ou des voyageurs ordinaires… Vous êtes des apôtres et seulement des apôtres. Tous vos autres intérêts doivent découler de ce fait fondamental. Je vous en conjure, faites revivre en vous ces grandes pensées d’apostolat. »

Ce rappel est encore plus significatif dans le contexte du 150e Jubilé de la fondation des Missionnaires d’Afrique et des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique (Msola). La foi du P. Gerard a été  » une foi terre-à-terre et pratique « . Ce n’est donc pas par hasard qu’il est décédé, le jour où nous célébrions la fête de saint Jacques, dont l’enseignement met fortement l’accent sur une telle foi : « La foi sans bonnes actions est morte ». (Jacques, 2:26)

Le mode de vie de Gérard correspondait bien à la vie que tous les Missionnaires d’Afrique sont invités à embrasser :  » Mode de vie simple « . Il était une véritable oeuvre biblique : « Nu, je suis sortie du ventre de ma mère, nu, je m’en vais partir. » (1:21) Il a quitté cette vie terrestre « nu » ; il n’a presque rien laissé derrière lui ! Quel message puissant et quel héritage dans un monde plein d’avidité de toutes sortes de choses terrestres ! Quel message puissant et quel héritage dans un monde où la « culture du grabbing » (se saisire, s’emparer de quelque chose) se développe chaque jour davantage ! En plaisantant, le P. Gerard parlait de lui-même comme « Ow’empisa ennungi » (quelqu’un qui a de bonnes manières). Puissions-nous aussi, malgré nos faiblesses humaines, toujours aspirer à être ‘abantu ab’ab’empisa ennungi’ (des gens de bonnes manières).

Le P. Gérard a été enterré à la paroisse de Nabulagala où il a célébré la messe jusqu’à sa mort. Les fidèles et quelques confrères ont veillé et célébré plusieurs messes tout au long de la nuit en priant pour Gérard. L’archevêque de Kampala, sa grâce le Dr. Cyprian Kizito Lwanga a célébré la messe des funérailles entouré d’une grande foule qui est venue faire ses adieux à jjaja (grand-père).

Qu’il repose en paix.

Témoignages après le décès de Herman Bastijns

Le Provincial délégué de Belgique a publié quelques témoignages reçus à l’annonce du décès du Père Herman Bastijns. Nous avons cru bon de vous les communiquer.


C’est avec émotion que nous recevons ici la nouvelle du décès inopiné de Herman. La nouvelle nous est parvenue juste au moment de la célébration eucharistique de la communauté à 18h15. Nous avons remercié le Seigneur pour sa présence parmi nous et pour sa contribution dans le cadre de la Société et au-delà. Au cours du repas qui a suivi, avec Stan, nous avons parlé de Herman, de son lien familial, des manières dont il nous a marqués, de sa place dans l’histoire de la Société. Ses contributions dans les domaines de la formation initiale et de la formation permanente ont enrichi de nombreux. Ses retraites ensuite et ses récollections diffusées sur le web également. Sa vie et son héritage sont un encouragement pour nous tous. En communion dans la prière, alors que nous pensons aussi aux siens.

Bien fraternellement,
André-Léon SIMONART, Maison Généralice – Rome


Bethlehem, 09/08/2018

Merci de m’avoir informé de la mort d’Herman. Il était l’un des formateurs lorsque je suis entré en contact avec les Pères Blancs à Louvain. Depuis lors, il m’a toujours inspiré par sa vie de prière profonde et son dévouement. Mes sincères condoléances.

 +Jan De Groef, M.Afr.


Je suis très touché par le retour vers le Père d’Herman Bastijns avec qui j’avais démarré le séminaire de la Ruzizi et que j’avais même eu pendant un  temps comme formateur à la Vital Decoster dans le passé. Il m’avait aussi préparé à lui succéder pour les sessions romaines il y a 8 ans. Il était devenu pour moi in frère, un ami et un conseiller spirituel. Je ne puis mesurer tout ce que le lui dois. Que le Seigneur l’accueille dans sa tendresse auprès de lui.

Fraternellement,
Bernard Ugeux (Bukavu)


Merci ! J’ai tout de suite transmis l’annonce à toutes nos sœurs. Voilà un décès qui en surprendra plus d’une, car Herman était bien connu de plusieurs ! Nous prions avec vous et avec les confrères de Varsenare. Deux décès en quelques jours, c’est dur à vivre ! Courage pour gérer tout ça…

Bien amicalement, Suzy Haderman (SMNDA)


Reçois mes condoléances pour le décès d’Herman Bastijns, le grand philosophe. J’ai passé une bonne année avec lui à Kahangala en 1989 et ai appris beaucoup de choses. J’ai apprécié ses talents intellectuels, matériels, liturgiques et spirituels. Je serai en union de prières avec vous lors de son enterrement.

 Fraternellement
Patrick Bataille, Délégué Provincial pour la France

Herman Konings 1937 – 2018 (PE n° 1093 – 2018/07)

Herman est né le 7 mars 1937 à Essen dans la province d’Anvers, près de la frontière des Pays-Bas. Ses parents étaient cultivateurs et au fil des ans ils auront dix enfants. Après les Humanités classiques au Petit Séminaire de Hoogstraten, il entra en septembre 1956 chez les Pères Blancs à Boechout. C’était l’année où son frère René partit au Burundi… Après le noviciat à Varsenare, Herman fit la théologie à Heverlee, où il prononça son serment le 28 juin 1962 et fut ordonné prêtre le 29 juin 1963. On décrit Herman comme un homme modeste, serviable, cordial et très social. Il n’est pas très bavard, mais s’intéresse aux autres. C’est un homme calme, d’humeur toujours égale. Il rayonne bienveillance et bonhomie. Il ne s’énerve pas, mais il ne faut pas le brusquer. Il est assez flegmatique, un peu sceptique. Il a du bon sens pratique. Il a des dons artistiques indéniables.

Nommé au Burundi, il part le 22 décembre 1963. Il étudie le Kirundi à Muhanga. Le père Braekers, régional, écrit : « C’est un homme joyeux qui amuse beaucoup les autres. Il fait de l’esprit avec des jeux de mots. Il est assez fort en kirundi. » Il devient responsable de la catéchèse et de la jeunesse à Muyaga. On constate assez rapidement que sa santé n’est pas brillante et qu’elle nécessite beaucoup de repos. En septembre 1965 Herman est envoyé à Giheta, ensuite à Bukirasazi. Après son premier congé en 1968, il devient vicaire et économe à Kibumbu. Le père Quintard, assistant-régional, note: « Comme économe de poste, il n’a jamais assez d’argent. Il en dispute avec l’économe général du diocèse… »

Fin 1972 la rébellion des Hutu est étouffée dans ce qu’on a appelé le génocide des Hutu burundais. En janvier 1973 Herman revient en Belgique, fort marqué par ces événements. Il devient professeur de religion dans un lycée à Borgerhout et demeure dans notre communauté de Berchem. Il accompagne en Grèce des groupes de jeunes. Il prend une année sabbatique, suit des cours de bible et de catéchèse, toujours en vue de l’enseignement. Après la session-retraite à Jérusalem  en 1980, il est prêt à repartir en Afrique.

Fin 1980 Herman arrive en Ituri et devient professeur de religion au collège de Bunia. Il a un horaire complet et il est apprécié. A la fin de l’année scolaire 1983 il décide pourtant de quitter. Il écrit au père Jan Lenssen, provincial de Belgique : « J’enseigne encore toujours avec le même enthousiasme, mais la mentalité ici est par trop différente de la mienne ». Pour une raison qu’on ignore – il n’avait jamais été expulsé – son permis d’entrée au Burundi est refusé. Le Rwanda peut-être ? Après une délibération sérieuse au conseil régional du Rwanda – parce que Herman avait le renom d’être trop ‘moderne’ – il regagne Kigali le 17 janvier 1984. Après un passage au Centre de Langue, le voilà vicaire à Kaduha dans le diocèse de Butare. Herman rêvait d’authentiques communautés de base. Aussi lui permet-on de rejoindre la paroisse de Rusumo, dans le diocèse de Kibungo, où le père Stany de Jamblinne travaille dans le sens d’Église-Monde. Herman se sent à l’aise dans cette pastorale. Il peint des tableaux et orne des églises. Il soutient des artistes locaux, qui font des panneaux décoratifs en relief, caractéristiques de la région.

En avril 1994 le génocide éclate également à Rusumo. Avec d’autres confrères Herman est évacué le 13 avril sur Bruxelles.

En septembre 1994 il suit pendant plusieurs mois une formation à Lyon, au CREC-AVEX (Center for Research and Communication). On pensait à lui pour le Centre audiovisuel au Burundi. Cette nomination n’aboutira pas. En septembre-décembre 1995 il suit à Jérusalem la session « Disciple du Christ et missionnaires aujourd’hui ». En mars 1996 il retourne à Jérusalem pour le Service archéologique et le musée, où entre autres il met en valeur la fameuse collection des lampes d’huile. Sa seule plainte : « Pendant quatre ans j’ai dû me débrouiller sans budget ».

En octobre 2000 il est nommé à Rome au service de la formation permanente et l’organisation du Mid-Life Renewal Programme. Il se charge de plusieurs tâches administratives à accomplir en ville ou à la Cité du Vatican et collabore avec le frère Karl Stärk à la photothèque. Il est opéré au cœur mais se remet fort bien.

En juillet 2006 il rentre définitivement en Belgique, où il rejoint Photos-Service à Namur. Il aide Gust Beeckmans dans la restauration de vieilles photos historiques. Il y restera dix ans, toujours aussi maigre, toujours égal à lui-même et blagueur. Il reste un peu spécial, observateur critique qui n’élève jamais la voix. Mais il commence à avoir de sérieux troubles respiratoires, qui nécessitent des séances kinésithérapiques appropriées.

En octobre 2016 il demande de pouvoir rejoindre Anvers. Le transfert de Photo-Service se prépare et il veut se rapprocher de son frère René sérieusement malade. Début 2018 ses problèmes respiratoires s’intensifient. Le 9 mars il regagne  Avondrust à Varsenare.

Il se montre fort reconnaissant des soins qui lui sont prodigués et jouit de l’air pur. Il se replonge avec joie dans ses albums d’œuvres d’art, tout en se préparant à l’inéluctable. Il se replonge dans le commentaire de Carlos Mesters sur le Serviteur Souffrant. Il note dans un calepin : « Oui, la souffrance inévitable de l’homme, projetée en une personne, le Christ, en moi ». Il connaît de terribles crises de suffocation. Vers la mi-avril il sent que la fin approche. Il note : « La résurrection ne suit pas la mort, elle a lieu au moment même de la mort. C’est le début d’un ‘vivre autrement’ que je puis anticiper ». Herman meurt le 20 avril à l’hôpital Saint-Jean à Bruges. Mark De Wulf, le responsable de Varsenare, est auprès de lui.

Le 26 avril il fut enterré à Varsenare, entouré de sa famille et de nombreux confrères. Qu’il repose en paix !

Jef Vleugels, M.Afr.

Marcel Peeters 1925 – 2017 (PE n° 1093 – 2018/07)

Marcel est né le 5 juillet 1925 à Vremde dans la province d’Anvers. Après l’école primaire à Boechout, où ses parents s’étaient établis entretemps, il fit les humanités classiques au Petit séminaire de Hoogstraten. Son père était employé au Port d’Anvers. En septembre 1943 Marcel entra chez les Pères Blancs à Boechout. Suivirent le noviciat à Varsenare et les études de théologie à Heverlee. Le 21 juillet 1949 Marcel y prononça son serment missionnaire et fut ordonné prêtre le 8 avril 1950 en l’église paroissiale de Heverlee. Ses professeurs soulignent sa dévotion solide et son caractère dévoué. Il aime l’ordre et la propreté. Ce n’est pas un grand intellectuel, mais il travaille dur. Il dispose de beaucoup de savoir-faire. Ce n’est pas un chef ; il doit au contraire être soutenu, car il manque de confiance en soi. Il est assez nerveux et parle facilement sans réfléchir… Il a la critique facile. Fait assez remarquable: au scolasticat il s’est très sérieusement mis à l’étude du swahili…

Il est nommé au Burundi. Pour accomplir son service militaire il doit suivre des cours à l’université de Louvain. En avril 1951 il est ‘réserve-adjudant-infirmier première classe de la Force Publique du Congo’… Le 17 avril 1951 il part pour Bujumbura avec la compagnie Sobelair et rejoint d’abord Gatara et quelques mois plus tard Musenyi dans le diocèse de Ngozi. Il se met courageusement à l’étude du kirundi, mais sa timidité ne joue pas en sa faveur. Sa vraie première nomination, en décembre 1951, est Buraniro, un poste en fondation, où il devient responsable des écoles. C’est une paroisse avec une nombreuse jeunesse scolarisée et des séances au confessionnal qui n’en finissent pas. Début 1960 Marcel part en congé et suit la grande retraite à Villa Cavaletti. En décembre 1960 il devient supérieur à Buraniro. Le père Thévenon, régional, note que Marcel tient le coup malgré les tensions politiques des années 61-62. On l’accuse pourtant faussement de faire de la politique et il est obligé de quitter Buraniro. Après quelques mois à Muramba et à Kisanze, il retourne à Gatara. Il n’aime pas ce poste. En janvier 1965 il est nommé économe à Gasenyi. Il se plaint de sa pauvreté et de la cherté de la vie. Son économat est, d’après ses dires, toujours dans le rouge, alors qu’il n’en est rien. « C’est un mendiant-né ; il sait décrocher tout par ses insistances », commente le  régional. Quand il constate quelque part de grandes dépenses, il ne peut s’empêcher de critiquer vertement. Pourtant sa manière de réagir ne contrarie guère les confrères. C’est un genre qu’il se donne et les confrères jouent le jeu. Au contraire, ils l’apprécient énormément comme économe. A travers tout le pays Marcel était d’ailleurs nommé gentiment ‘le riche prêtre’…

Les nominations se suivent. En juillet 1965 Marcel est supérieur à Muhanga ; en juin 1968 il retourne à Gatara, mais déjà en septembre il rejoint Ijene, où il devient supérieur en juin 1970. Il reste un pasteur engagé et attentif. Il n’a jamais été un grand animateur de communauté, mais il est toujours prêt à rendre service. Un confrère témoigne : « À Ijene, il était un homme de paix, aimé et respecté. Les autorités de la commune ont eu peur qu’il soit nommé ailleurs. Pourquoi ? Parce qu’il était un élément de paix et d’unité dans la commune et sur tout le secteur ». A son grand regret, on le renvoie en janvier 1978 à Buraniro. Cette paroisse compte alors 42 000 chrétiens. Dans le cadre du catéchuménat les pères organisent également des cours d’alphabétisation et de calcul, en vue d’améliorer la culture générale. Mgr.Kaburungu veut lancer partout des ‘conseils de colline’ et préparer ainsi le synode diocésain. Fin 1979 Marcel participe à la session-retraite à Jérusalem. A son retour il est nommé vicaire à Gatara. Partout Marcel a pu compter sur le soutien des siens, en particulier sur l’organisation de Boechout “Briques pour Dieu”, pour construire églises et écoles, réaliser ponts et adductions d’eau  et acheter du matériel scolaire. En 1985, quand le torchon brûle entre Bagaza et l’Eglise catholique, Marcel fait partie des confrères qui reçoivent de la part du gouvernement “la permission de rester chez eux”. A l’occasion de son départ le Flash Burundi parle de “l’homme sage, le fin connaisseur, l’observateur averti de tant de choses du pays, l’homme charmant en communauté qui ne pouvait jamais se passer des taquineries de ses confrères, le PB qui pendant 35 ans a patiemment construit l’Eglise du Burundi en accompagnant des milliers de jeunes sur le chemin de la foi”. En Belgique il rejoint les confrères de la paroisse du Sacré-Coeur à Anvers, d’où il pourra visiter régulièrement sa vieille maman, qui s’éteindra en 1987 à l’âge de 92 ans.

Mais voilà qu’en septembre 1988 Waly Neven, régional, écrit au provincial de la Belgique : “Quant à Marcel Peeters, là vraiment, les confrères sont pratiquement unanimes pour dire qu’il ferait encore très bien par ici et que nous serions tous très contents de le recevoir parmi nous”. Marcel a pourtant encore besoin de temps pour digérer les événements du Burundi et ne répond pas tout de suite à l’invitation. Mais en décembre 1990 – il a alors 65 ans – il repart et devient vicaire à Ijene. A part un intérim à Giharo dans le diocèse de Ruyigi, il y reste jusqu’en 1997. Sa dernière nomination au Burundi l’envoie auprès des Dominicaines contemplatives de Rweza,  au “Monastère Notre Dame de la Paix”, où il assure les services avec feu Alex Verpoort et Théo Neven. En 2003 la Région décide de mettre fin à ce projet et Marcel et ses deux confrères rentrent définitivement en Belgique. Marcel s’installe dans notre communauté d’Anvers. Il reste égal à lui-même, rouspéteur éternel mais heureux. Jusqu’à la fin de sa vie il continuera à soutenir financièrement les moniales de Rweza…

Début 2016, sa santé décline sensiblement et il rejoint la Maison de Repos et de Soins “Notre-Dame d’Anvers”, quelques rues plus loin. Il y décède d’un arrêt du cœur le vendredi 12 mai 2017. La liturgie de la résurrection eut lieu en l’église paroissiale Charles Borromée à Anvers, le samedi 20 mai, suivi de l’inhumation en notre cimetière de Varsenare.

Jef Vleugels, M.Afr.