Témoignages après le décès de Herman Bastijns

Le Provincial délégué de Belgique a publié quelques témoignages reçus à l’annonce du décès du Père Herman Bastijns. Nous avons cru bon de vous les communiquer.


C’est avec émotion que nous recevons ici la nouvelle du décès inopiné de Herman. La nouvelle nous est parvenue juste au moment de la célébration eucharistique de la communauté à 18h15. Nous avons remercié le Seigneur pour sa présence parmi nous et pour sa contribution dans le cadre de la Société et au-delà. Au cours du repas qui a suivi, avec Stan, nous avons parlé de Herman, de son lien familial, des manières dont il nous a marqués, de sa place dans l’histoire de la Société. Ses contributions dans les domaines de la formation initiale et de la formation permanente ont enrichi de nombreux. Ses retraites ensuite et ses récollections diffusées sur le web également. Sa vie et son héritage sont un encouragement pour nous tous. En communion dans la prière, alors que nous pensons aussi aux siens.

Bien fraternellement,
André-Léon SIMONART, Maison Généralice – Rome


Bethlehem, 09/08/2018

Merci de m’avoir informé de la mort d’Herman. Il était l’un des formateurs lorsque je suis entré en contact avec les Pères Blancs à Louvain. Depuis lors, il m’a toujours inspiré par sa vie de prière profonde et son dévouement. Mes sincères condoléances.

 +Jan De Groef, M.Afr.


Je suis très touché par le retour vers le Père d’Herman Bastijns avec qui j’avais démarré le séminaire de la Ruzizi et que j’avais même eu pendant un  temps comme formateur à la Vital Decoster dans le passé. Il m’avait aussi préparé à lui succéder pour les sessions romaines il y a 8 ans. Il était devenu pour moi in frère, un ami et un conseiller spirituel. Je ne puis mesurer tout ce que le lui dois. Que le Seigneur l’accueille dans sa tendresse auprès de lui.

Fraternellement,
Bernard Ugeux (Bukavu)


Merci ! J’ai tout de suite transmis l’annonce à toutes nos sœurs. Voilà un décès qui en surprendra plus d’une, car Herman était bien connu de plusieurs ! Nous prions avec vous et avec les confrères de Varsenare. Deux décès en quelques jours, c’est dur à vivre ! Courage pour gérer tout ça…

Bien amicalement, Suzy Haderman (SMNDA)


Reçois mes condoléances pour le décès d’Herman Bastijns, le grand philosophe. J’ai passé une bonne année avec lui à Kahangala en 1989 et ai appris beaucoup de choses. J’ai apprécié ses talents intellectuels, matériels, liturgiques et spirituels. Je serai en union de prières avec vous lors de son enterrement.

 Fraternellement
Patrick Bataille, Délégué Provincial pour la France

Herman Konings 1937 – 2018 (PE n° 1093 – 2018/07)

Herman est né le 7 mars 1937 à Essen dans la province d’Anvers, près de la frontière des Pays-Bas. Ses parents étaient cultivateurs et au fil des ans ils auront dix enfants. Après les Humanités classiques au Petit Séminaire de Hoogstraten, il entra en septembre 1956 chez les Pères Blancs à Boechout. C’était l’année où son frère René partit au Burundi… Après le noviciat à Varsenare, Herman fit la théologie à Heverlee, où il prononça son serment le 28 juin 1962 et fut ordonné prêtre le 29 juin 1963. On décrit Herman comme un homme modeste, serviable, cordial et très social. Il n’est pas très bavard, mais s’intéresse aux autres. C’est un homme calme, d’humeur toujours égale. Il rayonne bienveillance et bonhomie. Il ne s’énerve pas, mais il ne faut pas le brusquer. Il est assez flegmatique, un peu sceptique. Il a du bon sens pratique. Il a des dons artistiques indéniables.

Nommé au Burundi, il part le 22 décembre 1963. Il étudie le Kirundi à Muhanga. Le père Braekers, régional, écrit : « C’est un homme joyeux qui amuse beaucoup les autres. Il fait de l’esprit avec des jeux de mots. Il est assez fort en kirundi. » Il devient responsable de la catéchèse et de la jeunesse à Muyaga. On constate assez rapidement que sa santé n’est pas brillante et qu’elle nécessite beaucoup de repos. En septembre 1965 Herman est envoyé à Giheta, ensuite à Bukirasazi. Après son premier congé en 1968, il devient vicaire et économe à Kibumbu. Le père Quintard, assistant-régional, note: « Comme économe de poste, il n’a jamais assez d’argent. Il en dispute avec l’économe général du diocèse… »

Fin 1972 la rébellion des Hutu est étouffée dans ce qu’on a appelé le génocide des Hutu burundais. En janvier 1973 Herman revient en Belgique, fort marqué par ces événements. Il devient professeur de religion dans un lycée à Borgerhout et demeure dans notre communauté de Berchem. Il accompagne en Grèce des groupes de jeunes. Il prend une année sabbatique, suit des cours de bible et de catéchèse, toujours en vue de l’enseignement. Après la session-retraite à Jérusalem  en 1980, il est prêt à repartir en Afrique.

Fin 1980 Herman arrive en Ituri et devient professeur de religion au collège de Bunia. Il a un horaire complet et il est apprécié. A la fin de l’année scolaire 1983 il décide pourtant de quitter. Il écrit au père Jan Lenssen, provincial de Belgique : « J’enseigne encore toujours avec le même enthousiasme, mais la mentalité ici est par trop différente de la mienne ». Pour une raison qu’on ignore – il n’avait jamais été expulsé – son permis d’entrée au Burundi est refusé. Le Rwanda peut-être ? Après une délibération sérieuse au conseil régional du Rwanda – parce que Herman avait le renom d’être trop ‘moderne’ – il regagne Kigali le 17 janvier 1984. Après un passage au Centre de Langue, le voilà vicaire à Kaduha dans le diocèse de Butare. Herman rêvait d’authentiques communautés de base. Aussi lui permet-on de rejoindre la paroisse de Rusumo, dans le diocèse de Kibungo, où le père Stany de Jamblinne travaille dans le sens d’Église-Monde. Herman se sent à l’aise dans cette pastorale. Il peint des tableaux et orne des églises. Il soutient des artistes locaux, qui font des panneaux décoratifs en relief, caractéristiques de la région.

En avril 1994 le génocide éclate également à Rusumo. Avec d’autres confrères Herman est évacué le 13 avril sur Bruxelles.

En septembre 1994 il suit pendant plusieurs mois une formation à Lyon, au CREC-AVEX (Center for Research and Communication). On pensait à lui pour le Centre audiovisuel au Burundi. Cette nomination n’aboutira pas. En septembre-décembre 1995 il suit à Jérusalem la session « Disciple du Christ et missionnaires aujourd’hui ». En mars 1996 il retourne à Jérusalem pour le Service archéologique et le musée, où entre autres il met en valeur la fameuse collection des lampes d’huile. Sa seule plainte : « Pendant quatre ans j’ai dû me débrouiller sans budget ».

En octobre 2000 il est nommé à Rome au service de la formation permanente et l’organisation du Mid-Life Renewal Programme. Il se charge de plusieurs tâches administratives à accomplir en ville ou à la Cité du Vatican et collabore avec le frère Karl Stärk à la photothèque. Il est opéré au cœur mais se remet fort bien.

En juillet 2006 il rentre définitivement en Belgique, où il rejoint Photos-Service à Namur. Il aide Gust Beeckmans dans la restauration de vieilles photos historiques. Il y restera dix ans, toujours aussi maigre, toujours égal à lui-même et blagueur. Il reste un peu spécial, observateur critique qui n’élève jamais la voix. Mais il commence à avoir de sérieux troubles respiratoires, qui nécessitent des séances kinésithérapiques appropriées.

En octobre 2016 il demande de pouvoir rejoindre Anvers. Le transfert de Photo-Service se prépare et il veut se rapprocher de son frère René sérieusement malade. Début 2018 ses problèmes respiratoires s’intensifient. Le 9 mars il regagne  Avondrust à Varsenare.

Il se montre fort reconnaissant des soins qui lui sont prodigués et jouit de l’air pur. Il se replonge avec joie dans ses albums d’œuvres d’art, tout en se préparant à l’inéluctable. Il se replonge dans le commentaire de Carlos Mesters sur le Serviteur Souffrant. Il note dans un calepin : « Oui, la souffrance inévitable de l’homme, projetée en une personne, le Christ, en moi ». Il connaît de terribles crises de suffocation. Vers la mi-avril il sent que la fin approche. Il note : « La résurrection ne suit pas la mort, elle a lieu au moment même de la mort. C’est le début d’un ‘vivre autrement’ que je puis anticiper ». Herman meurt le 20 avril à l’hôpital Saint-Jean à Bruges. Mark De Wulf, le responsable de Varsenare, est auprès de lui.

Le 26 avril il fut enterré à Varsenare, entouré de sa famille et de nombreux confrères. Qu’il repose en paix !

Jef Vleugels, M.Afr.

Marcel Peeters 1925 – 2017 (PE n° 1093 – 2018/07)

Marcel est né le 5 juillet 1925 à Vremde dans la province d’Anvers. Après l’école primaire à Boechout, où ses parents s’étaient établis entretemps, il fit les humanités classiques au Petit séminaire de Hoogstraten. Son père était employé au Port d’Anvers. En septembre 1943 Marcel entra chez les Pères Blancs à Boechout. Suivirent le noviciat à Varsenare et les études de théologie à Heverlee. Le 21 juillet 1949 Marcel y prononça son serment missionnaire et fut ordonné prêtre le 8 avril 1950 en l’église paroissiale de Heverlee. Ses professeurs soulignent sa dévotion solide et son caractère dévoué. Il aime l’ordre et la propreté. Ce n’est pas un grand intellectuel, mais il travaille dur. Il dispose de beaucoup de savoir-faire. Ce n’est pas un chef ; il doit au contraire être soutenu, car il manque de confiance en soi. Il est assez nerveux et parle facilement sans réfléchir… Il a la critique facile. Fait assez remarquable: au scolasticat il s’est très sérieusement mis à l’étude du swahili…

Il est nommé au Burundi. Pour accomplir son service militaire il doit suivre des cours à l’université de Louvain. En avril 1951 il est ‘réserve-adjudant-infirmier première classe de la Force Publique du Congo’… Le 17 avril 1951 il part pour Bujumbura avec la compagnie Sobelair et rejoint d’abord Gatara et quelques mois plus tard Musenyi dans le diocèse de Ngozi. Il se met courageusement à l’étude du kirundi, mais sa timidité ne joue pas en sa faveur. Sa vraie première nomination, en décembre 1951, est Buraniro, un poste en fondation, où il devient responsable des écoles. C’est une paroisse avec une nombreuse jeunesse scolarisée et des séances au confessionnal qui n’en finissent pas. Début 1960 Marcel part en congé et suit la grande retraite à Villa Cavaletti. En décembre 1960 il devient supérieur à Buraniro. Le père Thévenon, régional, note que Marcel tient le coup malgré les tensions politiques des années 61-62. On l’accuse pourtant faussement de faire de la politique et il est obligé de quitter Buraniro. Après quelques mois à Muramba et à Kisanze, il retourne à Gatara. Il n’aime pas ce poste. En janvier 1965 il est nommé économe à Gasenyi. Il se plaint de sa pauvreté et de la cherté de la vie. Son économat est, d’après ses dires, toujours dans le rouge, alors qu’il n’en est rien. « C’est un mendiant-né ; il sait décrocher tout par ses insistances », commente le  régional. Quand il constate quelque part de grandes dépenses, il ne peut s’empêcher de critiquer vertement. Pourtant sa manière de réagir ne contrarie guère les confrères. C’est un genre qu’il se donne et les confrères jouent le jeu. Au contraire, ils l’apprécient énormément comme économe. A travers tout le pays Marcel était d’ailleurs nommé gentiment ‘le riche prêtre’…

Les nominations se suivent. En juillet 1965 Marcel est supérieur à Muhanga ; en juin 1968 il retourne à Gatara, mais déjà en septembre il rejoint Ijene, où il devient supérieur en juin 1970. Il reste un pasteur engagé et attentif. Il n’a jamais été un grand animateur de communauté, mais il est toujours prêt à rendre service. Un confrère témoigne : « À Ijene, il était un homme de paix, aimé et respecté. Les autorités de la commune ont eu peur qu’il soit nommé ailleurs. Pourquoi ? Parce qu’il était un élément de paix et d’unité dans la commune et sur tout le secteur ». A son grand regret, on le renvoie en janvier 1978 à Buraniro. Cette paroisse compte alors 42 000 chrétiens. Dans le cadre du catéchuménat les pères organisent également des cours d’alphabétisation et de calcul, en vue d’améliorer la culture générale. Mgr.Kaburungu veut lancer partout des ‘conseils de colline’ et préparer ainsi le synode diocésain. Fin 1979 Marcel participe à la session-retraite à Jérusalem. A son retour il est nommé vicaire à Gatara. Partout Marcel a pu compter sur le soutien des siens, en particulier sur l’organisation de Boechout “Briques pour Dieu”, pour construire églises et écoles, réaliser ponts et adductions d’eau  et acheter du matériel scolaire. En 1985, quand le torchon brûle entre Bagaza et l’Eglise catholique, Marcel fait partie des confrères qui reçoivent de la part du gouvernement “la permission de rester chez eux”. A l’occasion de son départ le Flash Burundi parle de “l’homme sage, le fin connaisseur, l’observateur averti de tant de choses du pays, l’homme charmant en communauté qui ne pouvait jamais se passer des taquineries de ses confrères, le PB qui pendant 35 ans a patiemment construit l’Eglise du Burundi en accompagnant des milliers de jeunes sur le chemin de la foi”. En Belgique il rejoint les confrères de la paroisse du Sacré-Coeur à Anvers, d’où il pourra visiter régulièrement sa vieille maman, qui s’éteindra en 1987 à l’âge de 92 ans.

Mais voilà qu’en septembre 1988 Waly Neven, régional, écrit au provincial de la Belgique : “Quant à Marcel Peeters, là vraiment, les confrères sont pratiquement unanimes pour dire qu’il ferait encore très bien par ici et que nous serions tous très contents de le recevoir parmi nous”. Marcel a pourtant encore besoin de temps pour digérer les événements du Burundi et ne répond pas tout de suite à l’invitation. Mais en décembre 1990 – il a alors 65 ans – il repart et devient vicaire à Ijene. A part un intérim à Giharo dans le diocèse de Ruyigi, il y reste jusqu’en 1997. Sa dernière nomination au Burundi l’envoie auprès des Dominicaines contemplatives de Rweza,  au “Monastère Notre Dame de la Paix”, où il assure les services avec feu Alex Verpoort et Théo Neven. En 2003 la Région décide de mettre fin à ce projet et Marcel et ses deux confrères rentrent définitivement en Belgique. Marcel s’installe dans notre communauté d’Anvers. Il reste égal à lui-même, rouspéteur éternel mais heureux. Jusqu’à la fin de sa vie il continuera à soutenir financièrement les moniales de Rweza…

Début 2016, sa santé décline sensiblement et il rejoint la Maison de Repos et de Soins “Notre-Dame d’Anvers”, quelques rues plus loin. Il y décède d’un arrêt du cœur le vendredi 12 mai 2017. La liturgie de la résurrection eut lieu en l’église paroissiale Charles Borromée à Anvers, le samedi 20 mai, suivi de l’inhumation en notre cimetière de Varsenare.

Jef Vleugels, M.Afr.

Erwin Echtner (1940 – 2017) (PE n° 1092 – 2018/06)

Erwin est né le 22 mars 1940 comme Erwin Koschewski à Groß-Leschienen dans la Prusse Orientale, dans le diocèse d’Ermsland. Son père est mort à la guerre. En 1945 la mère est partie avec ses 4 enfants comme réfugiée et après un long parcours ils sont arrivés à Hechthausen dans le nord de l’Allemagne. En 1947, Erwin commence l’école primaire. Sa mère s’est remariée avec Franz Echtner qui adopta les quatre enfants qui ont pris le nom de famille de leur nouveau père. En 1952 la famille déménage à Krefeld au bord du Rhin. Erwin y termine l’école primaire en 1955.

Erwin commence une formation commerciale qu’il termine avec succès en 1958. Il se sent appelé par Dieu et s’oriente vers la mission. Selon le témoignage de son employeur, il est décrit comme un collaborateur consciencieux, agréable, ponctuel et respectueux en face de ses collaborateurs.

Le 1er juin 1959, il entre chez les Pères Blancs à Langenfeld pour commencer son postulat. En 1960 nous le trouvons au noviciat à Hörstel. Il y prononce son premier serment à l’âge de 22 ans. De février 1962 à octobre 1965 nous le trouvons au scolasticat à Marienthal au Luxembourg.

Erwin part en novembre 1965 pour Kipalapala dans la diocèse de Tabora en Tanzanie. Il est nommé responsable de la rédaction et de la gestion du journal catholique KIONGOZI. Le 24 février 1968 Erwin y prononce son engagement définitif.

Après des années en Tanzanie remplies d’un service rendu, Erwin s’oriente vers d’autres horizons. Son premier désir était de s’orienter vers le sacerdoce et, après une longue réflexion, il commence en janvier 1974 ses études en philosophie et théologie à Londres. Dès le premier semestre Erwin a dû constater que cette orientation n’est pas la bonne. Il prend alors la décision de ne pas continuer sur ce chemin.

En 1976, nous trouvons Erwin en Allemagne comme économe dans la communauté de Trèves. Avec sa formation commerciale il est à son aise et rend un grand service à la communauté. En 1977, il est nommé à Cologne dans la communauté de l’AFRIKANUM. Erwin y trouve sa vocation et pour 33 ans il s’engage dans l’accueil des enfants et des jeunes africains réfugiés. Avec ses expériences personnelles comme enfant réfugié il sait accompagner les enfants venant surtout d’Angola, du Congo, de l’Ethiopie et de la Somalie. Ces pays connaissaient révoltes, guerres ou révolutions. Celles-ci ont mis les enfants par centaines dans les avions pour l’Allemagne, leur chefs  espérant qu’ils recevaient une bonne formation et pourraient après rendre service aux pays libérés.

Soutenu par les services de la Caritas et d’autres services d’aide aux réfugiés, Erwin gagne la confiance du service public responsable de l’accueil des réfugiés de guerre. Ils accordent la tutelle d’environ 800 enfants au long des années. Il était chargé par les autorités et les tribunaux de chercher des places dans les internats, les inscrire, d’abord dans les cours de langues, puis dans les écoles. Il arrive aussi que Erwin doive loger quelques enfants pour un temps limité à l’AFRIKANUM même. Beaucoup de ces enfants ont gardé le contact avec lui après la formation professionnelle ou des études. Pour les enfants, Erwin était leur père et pour lui, ils étaient ses enfants. Erwin a donné un exemple de charité. Il a montré que dans un État avec un service social bien élaboré l’initiative personnelle est nécessaire et a sa place dans cette société. Le «26 septembre 2010 » Erwin a reçu le prix d’honneur de la ville « engagé à Cologne » et le 17 juillet 2013 le maire de la ville lui a transmis la « Croix d’Honneur de l’Ordre du mérite de la République fédérale d’Allemagne ».

Le 31 août 1990, Erwin subit une crise cardiaque ; il est obligé de diminuer ses activités envers « ses enfants » devenus des adultes. En avril 2011, atteint d’un cancer, il est nommé dans la communauté à Trèves où il meurt le 6 octobre 2017. La liturgie des funérailles a lieu dans la chapelle des Frères de la Charité, suivie de l’inhumation dans notre carré au cimetière de la ville de Trèves.

Hans Vöcking, M.Afr.

Christian Schneider (1934 – 2017) (PE n° 1092 – 2018/06)

Christian est né le 24 juillet 1934 à Neisse en Haute Silésie. Il est baptisé le 13 août à l’église St. Jacques. Il commence l’école primaire en 1941 pour trois ans puis continue les études au lycée. La guerre finit et la Silésie est intégrée à la Pologne. L’entrée au lycée était interdite aux enfants allemands. À cause de cela, au lieu d’aller à l’école Christian doit commencer, à 11 ans, à travailler à la construction de routes. En 1946, ses parents et leurs 5 enfants se réfugient à l’Ouest, ils s’installent d’abord à Niedernstöcken  une année après à Mandelsloh, toujours dans le Basse-Saxe, finalement, en 1950, la famille s’installe à Eislingen en Bade-Wurtenberg. Malgré ces différents déplacements et le fait d’avoir été inscrit dans 5 écoles différentes, Christian termine le lycée Hohenstaufen avec succès grâce à ses capacités de caractère.

Après le bac Christian, commence la formation professionnelle commerciale dans une entreprise de pétrole qu’il termine avec bravoure après trois ans. Son père  décède dans un accident de route en 1955. Christian a dû prendre une responsabilité de la famille à l’âge de 21 an, en tant qu aîné des enfants. Une année plus tard, Christian commence de s’orienter vers une vie de missionnaire. La famille soutient son projet. En 1950 déjà, son père est rentré en contact avec les Pères Blancs à Haigerloch lorsqu’il cherchait à inscrire Christian dans une école secondaire. Christian a repris le contact avec les Pères Blancs à Haigerloch en juillet 1956 se renseignant sur les conditions pour entrer dans la Société. En octobre de la même année il arriva à Langenfeld pour commencer son postulat. En 1957 nous le trouvons au noviciat à Hörstel. Il prononce son premier serment temporel le 9 juin 1959, puis il va au scolasticat de Mours jusqu’en 1961.

En janvier 1961 il arrive à Murhesa/Buheno au Congo et en 1964 il commence la construction de l’Institut Social à Bukavu où il  enseigne également jusqu’en 1970. A la suite de l’indépendance des pays, vu que les fonctionnaires européens ont quitté les colonies sans avoir préparé des personnes pouvant prendre leurs places dans l’administration, la Société a ouvert trois Instituts Sociaux au Congo, en Haute Volta (Burkina Faso aujourd’hui) et en Tanzanie. En août 1965 il prononce son engagement définitif à Murhesa.

En 1971 il passe son premier congé en Allemagne ; À son retour il travaille dans plusieurs projets de construction à Walungu, Kabare, Burhale, Ciherano et Walikale. En 1973, il demande une exclaustration pour trois ans tout en restant en contact régulier avec les confrères. Il prend un engagement au Congo avec la « Société allemande pour la Coopération technique » (GTZ). Après cet engagement et malgré l’insistance de la GTZ de prolonger le contrat il rejoint la Société en juin 1976.

Il passe une année à l’Ecole de la Foi à Fribourg, suivie de la grande retraite à Jérusalem et un cours de langue de six mois à Dublin. Pendant ce temps, il s’est posé aussi la question de savoir si le chemin vers le sacerdoce n’est pas aussi un chemin pour lui. Après des consultations avec les responsables il n’a pas suivi ce chemin. Il reprend le chemin de l’Afrique. En juin 1978 Christian arrive à Tamale où il est chargé de l’économat du Grand Séminaire. Au début des années quatre-vingt les médecins constatent une maladie du cœur. Après des soins et un repos, il reprend ses activités, en octobre 1984, à Kasshikishi en Zambie comme responsable pour les constructions. Dans le mois de son arrivée il fait une chute de quatre mètres. Une fracture compliquée du genou nécessite un transport à Cologne pour les soins nécessaires. Son calvaire n’est pas fini : en avril 1989 il doit, de nouveau, être opéré au cœur.

En février 1993, il est de nouveau en Afrique, cette fois-ci à Isoka et Mbala en Zambie, de nouveau pour surveiller les constructions. En janvier 1995, à l’âge de 61 ans, il est nommé en Éthiopie pour surveiller un autre projet de construction. En août 1996, Christian retourne en Allemagne. Il est chargé de l’économat dans la maison de Frankfurt. En septembre 2000, il est nommé pour deux ans en Zambie. Le 12 juillet 2002 il est nommé à Haigerloch où il aide des confrères comme aide-soignant. En août 2009, Christian fête son jubilé d’or.

Dans son enfance Christian est devenu étranger dans son pays et il en a souffert. Ses déplacements nombreux font partie de sa vie et sont les signes qu’il était à la recherche d’une demeure qu’il a trouvé auprès du Père le 9 août 2017 à l’âge de 83 ans à Balingen en Bade-Wurtemberg.

Hans Vöcking, M.Afr.

Hans Sauter (1933 – 2018) (PE n°1092 – 2018/06)

Le jeudi, le 25 janvier 2018, le Seigneur a rappelé Hans Sauter à lui après 37 ans de travail missionnaire au Rwanda et presque 30 ans dans des tâches différentes en Allemagne.

Hans passe son enfance et le temps de l’école primaire à Oggelshausen dans le « Saulgau » à la ferme de ses parents. Il aime mettre la main à la pâte, ce qu’il fera par la suite en Afrique. De 1949 à 1954 il fréquente l’école secondaire des Pères Blancs à Grosskrotzenburg près de Hanau. Il fait ensuite la philosophie à Trèves puis l’année spirituelle à Varsenare en Belgique dans un entourage international. Quatre années d’étude de la théologie suivent à Heverlee près de Louvain, aussi en Belgique où il se montre consciencieux, fiable à 100% et en même temps très discret.

Après son ordination sacerdotale en 1960 à Geislingen le chemin s’ouvre pour un engagement au Rwanda en Afrique Centrale. Là il apprend d’abord la langue du pays, le kinyarwanda, pour travailler ensuite dans le sud du pays dans le diocèse de Butare où il reste jusqu’en 1988. En Afrique, il est chargé de la pastorale dans différentes paroisses, d’abord à Cyanika, pui à Nyanza et Nyamiyaga, quelques années à chaque endroit, jusqu’en 1973. En 1975 son évêque, Mgr Gahamanyi lui confie la charge d’économe diocésain, une grande et difficile tâche qu’il accomplit quatre ans et demi. En 1980 il passe deux mois et demi à Jérusalem pour se rafraîchir spirituellement avec d’autres missionnaires et y puiser de nouvelles forces. Il est vrai qu’il avait dû prendre du temps en 1972, pour guérir d’une hépatite à Riedlingen. Plus tard il a dû se soumettre à un traitement médical à plusieurs reprises. Mais cela ne l’empêchait pas d’être présent pour les hommes et le service de l’évangile au Rwanda.

Quand Hans doit rentrer définitivement en Allemagne en 1988, il est d’abord nommé supérieur de la maison à Haigerloch, responsable de la communauté des confrères et disponible pour des tâches pastorales dans les paroisses environnantes. Il va ensuite à Cologne en 1993, pour y collaborer à la comptabilité ; là aussi il connaît à plusieurs reprises des problèmes de santé. En 2001, il retourne à Haigerloch pour continuer ses services à la communauté et dans la pastorale et cela jusqu’à l’entrée en repos en 2008. Hans donnait tout peu à peu au Seigneur, comme celui-ci l’exigeait fut toujours un confrère fiable et modeste avec lequel chacun pouvait s’entendre.

Hans Vöcking, M.Afr.

Hubert Bonke (1943-2016) (PE n°1092 – 2018/06)

Hubert est né le 29 octobre 1943 à Langseifersdorf en Silésie. Il n’a pas connu son père menuisier,  porté disparu de guerre. Après la guerre, la Silésie devient partie intégrante de la Pologne ; les Allemands y sont des étrangers et sa mère décide de se réfugier en Allemagne Fédérale. Les premières années, la famille vit à Heiden en Basse-Saxe où Hubert suit les  quatres premières années de l’école primaire. Sa famille déménage ensuite à Spreglingen près de Frankfurt.

En 1954, il entre au petit séminaire P.B. à Rietberg, puis en 1959 au petit séminaire P.B. de Grosskrotzenburg où il passe son bac avec succès en 1964. De 1964 à 1966 Il va à Trèves pour les études de philosophie. Les responsables  témoignent de sa grande disponibilité docile et son aptitude à un travail sérieux. En 1967, il entre au noviciat à Hörstel. Le maître de novices le voit comme un candidat ouvert mais avec un peu nervosité qu’on découvre dans sa manière de parler et d’agir. Sa grande disponibilité l’aidera dans sa vie future comme missionnaire. Après son noviciat, il est nommé au scolasticat d’Heverlee en 1968. Il constate le fait qu’il est passé par les écoles des P.B., et n’a jamais eu l’occasion de s’épanouir et de prendre sa vie en main. Il demande de pourvoir faire une année en dehors des cadres P.B. La demande est acceptée et Hubert fait une année de théologie à l’université de Tübingen.

Son séjour à Tübingen est satisfaisant à tout point de vue. Il y acquiert une maturité et surtout il y prend goût pour les études. En 1969 il demande de rejoindre les P.B. Il est nommé au Foyer de la rue de Reims à Strasbourg étant donné que la fermeture d’Heverlee était prévue pour 1970. A l’université il s’inscrit immédiatement en 2ème année du 2ème cycle qui correspond à la 3ème année de théologie du séminaire classique. L’université de Strasbourg a été ouvert pendant l’époque allemande (1871-1914) et a gardé son organisation après l’intégration à la République française.

Le 7 décembre 1970 il prononce son serment et est ordonné prêtre le 10 juillet 1971 à la cathédrale de Mainz. Le 8 septembre 1971, il part pour Kalemie au Congo comme vicaire à la paroisse de Kala. En 1999, il est nommé en Allemagne à München où il fait partie de l’équipe de la paroisse francophone de la ville. Sa tâche  était d’accompagner les chrétiens africains qui vivaient dans la ville et dans les environs. Pendant plusieurs années Hubert est aussi membre du conseil provincial de la province d’Afrique Centrale qui englobe les pays Burundi, Congo et Rwanda.

De mars 2006 à juin 2006 Hubert suit le cours de Bible et la retraite à Jérusalem. En novembre 2006 il est arrivé a Laybo, puis en 2007 à Kindu pour continuer son travail pastoral au Congo. Les années de l’engagement missionnaire au Congo et à München ont laissé des traces. Pour cela il passe cinq mois en Allemagne en 2015 pour être suivi par les médecins qui lui conseillent un repos prolongé. Mais Hubert est retourné à Kindu. Les confrères constatent son état de faiblesse, qu’il n’avait plus la force ni de suivre le travail régulier ni de mettre les confrères au courant des choses. Le 27 mai 2016 il s’éteint un jour avant son départ pour l’Allemagne où il devait se faire soigner. Pendant son enterrement à Kindu les chrétiens ont témoigné que Hubert était un prêtre, facile à aborder et toujours disponible pour écouter les petits et les grands soucis des gens.

Hans Vöcking, M.Afr.

Bruno Loiselle (1929 – 2018) (PE n°1092 – 2018/06)

Bruno est né le 30 novembre 1929 à Salaberry-de-Valleyfield, province de Québec. Il fait son école primaire à Valleyfield et ses études classiques au séminaire de la même ville. À l’âge de 12 ans, il devient scout. Toutes ses années de scoutisme qu’il apprécie beaucoup, le préparent, selon ses propres paroles, à une vie de service. Bruno pense déjà à une vie missionnaire en Afrique. En 1947, avec quelques amis, il participe à un Congrès marial à Ottawa. Ce séjour dans la capitale nationale lui donne l’occasion de visiter le scolasticat des Pères Blancs où il rencontre des étudiants Missionnaires d’Afrique portant la gandoura et le burnous.

Au printemps 1950, vient le temps pour Bruno de faire le choix d’une carrière ou d’une vocation missionnaire. Il est intéressé par des études à l’École polytechnique, mais la vocation missionnaire chez les Pères Blancs l’attire fortement. Hésitant entre ces deux choix de vie, il consulte son accompagnateur spirituel qui lui conseille de devenir Missionnaire d’Afrique, lui disant qu’il sera plus heureux dans cette vocation. C’est ainsi que Bruno demande son admission au noviciat St-Martin de Laval. Le 12 août 1950, il reçoit l’habit des Pères Blancs des mains de Monseigneur Durieux, alors Supérieur général des Missionnaires d’Afrique. Bruno va ensuite au scolasticat d’Eastview pour ses études de théologie. C’est là qu’il fait son serment le 18 juin 1954 et qu’il est ordonné prêtre le 29 janvier 1955.

Ce temps de formation chez les Missionnaires d’Afrique sont pour Bruno un temps de prière et d’études qui lui permettent d’atteindre une plus grande maturité, un temps de réflexion qui lui fait approfondir sa vocation missionnaire et augmente son désir de prendre la route de la mission en Afrique. Ses quatre années de théologie au scolasticat d’Ottawa sont aussi pour lui une occasion d’adaptation à un groupe d’étudiants de mentalités et de nationalités différentes. Comme Bruno l’écrit un jour : « J’ai apprécié mes années de formation dans une communauté internationale. Elles m’ont préparé à bien m’adapter plus tard à l’Afrique ».

Dans la vie communautaire, Bruno se montre un peu réservé et d’un tempérament nerveux. Cependant, il fait toujours preuve de dévouement et de générosité. Doté d’une volonté énergique, il accepte toutes les tâches qu’on lui demande et les exécute de son mieux. Il aime bien discuter avec ses confrères, tout en les taquinant et les faisant rire, ce qui met de la joie dans la communauté et lui gagne l’estime de tous. Très attaché à sa vocation missionnaire, il se distingue par sa piété, sa charité et ses qualités pour l’apostolat. Une remarque qui revient souvent sous la plume de ses supérieurs résume bien la personnalité du père Loiselle : « Bruno promet d’être un de ces missionnaires très précieux, dont les tâches sont toujours faites à temps et toujours bien accomplies, et cela par amour pour le Seigneur Jésus qu’il veut bien servir ».

Le 24 août 1955, le père Loiselle, accompagné de ses parents, se rend à Québec pour son départ, par bateau, pour l’Afrique. Huit jours plus tard, il arrive à Dorking, en Angleterre, pour y approfondir sa connaissance de l’anglais et s’initier aux coutumes britanniques. Le 10 décembre, ile atterrit à Entebbe en Ouganda pour atteindre ensuite sa destination finale, Mbarara. C’est dans ce diocèse que Bruno passera toute l’étape africaine de sa vie missionnaire. Il se met aussitôt à l’étude de la langue locale, le Rutoro. Après six mois, il se sent suffisamment à l’aise dans cette langue pour parcourir en motocyclette les succursales de brousse, visiter les écoles et administrer les sacrements. Il est alors nommé vicaire dans sa première paroisse, Butiti. Au cours des années suivantes, Bruno est respectivement vicaire ou curé dans diverses paroisses du diocèse de Mbarara. Dans une lettre au provincial du Canada, il fait part de son bonheur de se trouver en Afrique : « C’est en Ouganda que j’ai été nommé pour faire la mission, dans un climat merveilleux, dans un pays montagneux près du lac Victoria. Comme tous mes confrères Pères Blancs, j’ai commencé par du ministère en paroisse où je me suis mis à l’étude de la langue locale. Je me suis aussi occupé de nos écoles primaires. J’avais même créé ma petite menuiserie pour faire des bancs d’école. J’achetais des arbres dans la forêt que je faisais couper pour avoir des planches à bon marché ».

Le Père Loiselle est toujours disponible pour les diverses tâches que lui demande son évêque. C’est ainsi qu’il accepte de superviser les écoles primaires du diocèse et de fonder une nouvelle paroisse, la paroisse de Rubindi, qu’il nomme ‘paroisse Saint Joseph, en honneur à son père nommé Joseph’.

Connaissant la générosité de Bruno, son évêque lui demande ensuite d’assurer l’économat du diocèse et de veiller à la comptabilité des écoles secondaires. Bruno trouve ce genre de travail plutôt aride mais il l’accomplit avec tout le dévouement dont il est capable. En 1961, il est nommé, à sa grande surprise, professeur au petit séminaire de Kitabi où il enseigne les mathématiques et les sciences. Il doit, en plus de son travail d’enseignement et de formation, trouver l’argent nécessaire pour rénover les bâtiments du séminaire, acheter des livres de classe et agrandir la bibliothèque. Dans une lettre à sa famille, Bruno écrit : « J’ai mis tout mon cœur dans ce ministère d’enseignement et j’ai beaucoup aimé les confrères et les élèves du séminaire. J’ai été très heureux d’accompagner et former de futurs prêtres pour l’Ouganda. Malheureusement, le 8 novembre 1962, j’ai dû revenir hâtivement au Canada pour une question de santé ».

Après quelques mois de repos au Canada, il est autorisé à retourner en Ouganda. Il rejoint le séminaire de Kitabi, mais maintenant comme recteur. C’est une nomination qui, au début, lui donne le vertige car il ne pense pas avoir l’expérience suffisante pour occuper ce poste important. Très tôt, se retrouvant avec une bonne équipe de collaborateurs, il se lance avec courage et confiance dans cette responsabilité. Cependant, ne voulant pas exercer cette fonction de recteur trop longtemps, Bruno s’organise pour faire nommer trois prêtres africains comme professeurs afin d’avoir bientôt un successeur à la direction du séminaire. De plus, ce qui est remarquable, dans le but de développer un esprit positif parmi les séminaristes, Bruno compose aussi un petit livre intitulé « La vie quotidienne au séminaire de Kitabi » dans lequel il présente diverses formules pour améliorer la qualité des cours et des relations entre professeurs et étudiants au petit séminaire.

De 1968 à 1973, l’évêque de Mbarara fait encore appel à la générosité et aux compétences de Bruno et lui demande de fonder et diriger une école secondaire pour garçons à Bushenyi. St. Kagwa Bushenyi High School devient ainsi un pensionnat pour 250 étudiants. Durant ces cinq années, il est le seul Père Blanc au sein d’une équipe de coopérants laïcs. Ensemble, ils réussissent à mettre sur pied un programme d’enseignement qui donne d’excellents résultats académiques parmi les étudiants. Bon nombre d’entre eux feront plus tard des études supérieures dans des collèges ou à l’université.

En 1980, Bruno accepte d’ériger une autre école secondaire privée à Mbarara, l’École de vocations St-Joseph (St.Joseph Vocational School). Mais à cause de problèmes de santé, il doit abandonner la direction de cette école. Il accepte cependant de s’occuper de son agrandissement et de diverses constructions. Ses confrères Pères Blancs qui ont la responsabilité de cette école font un excellent travail. Quand on célèbre le jubilé d’argent de l’école en 2005, on fait remarquer à Bruno que plusieurs élèves sont devenus prêtres diocésains et quelques-uns Missionnaires d’Afrique.

En 1987, le père Loiselle est nommé curé de la paroisse de Kagamba et il y restera jusqu’en 1998, année où la paroisse passe aux mains du clergé diocésain. Bruno juge alors qu’il y a suffisamment de prêtres diocésains et, en accord avec son Supérieur régional, décide qu’il est temps pour lui de rentrer définitivement au Canada, après 42 ans vécus en Ouganda.

Au Canada, il fait du ministère pastoral : d’abord à Toronto (Notre-Dame de l’Assomption) pendant une année, puis dans le diocèse de Valleyfield, pendant deux ans. Des problèmes de santé l’obligent à donner sa démission et revenir à Montréal. Il est alors chargé de l’économat local dans notre communauté de St-Hubert à Montréal jusqu’en 2005. Il continue ensuite de rendre divers services à cette communauté. En 2013, alors qu’il est âgé de 84 ans, Bruno est nommé à la communauté de Sherbrooke. Il se sent faiblir et a besoin d’un milieu plus sécuritaire où il peut accéder plus facilement à des soins de santé appropriés. C’est ici que sa santé devient graduellement plus fragile ; en juillet 2017, il doit être emmené au Centre d’Hébergement d’Youville. C’est là qu’il décède le 24 avril 2018. La célébration des funérailles, en présence de la dépouille, a lieu le 5 mai, dans la chapelle des Missionnaires d’Afrique de Sherbrooke. Ses cendres sont ensuite déposées dans le lot des Pères Blancs au cimetière Saint-Antoine.

La vie missionnaire du P. Bruno Loiselle en Ouganda, en plus de quelques années passée dans l’économat et la comptabilité du diocèse, se déroule surtout dans l’enseignement, la formation des étudiants, et dans le ministère paroissial. Dans toutes les situations où il se trouve, Bruno a toujours le souci d’assurer un bel avenir aux jeunes. Il fait preuve d’initiative pour développer leurs talents. C’est ainsi qu’il leur enseigne divers métiers dans les domaines de la cordonnerie, la menuiserie, la couture et la construction.

En terminant, il est important de souligner ceci : le père Loiselle, que ce soit en Ouganda ou au Canada, a toujours donné le meilleur de lui-même dans une grande variété de ministères. Dans toutes ces activités, qu’il n’a pas toujours choisies, mais qu’il a toujours acceptées généreusement, Bruno a exprimé son engagement missionnaire et son sacerdoce à la suite du Christ Jésus. C’est lui, le Seigneur, qu’il a aimé et qu’il a voulu faire connaître à ceux et celles qu’il rencontrait.

Bruno a vraiment mis en pratique le conseil du Seigneur à ses disciples : « Restez en tenue de service et gardez vos lampes allumées ». Il a toujours été un missionnaire disponible, accueillant, prêt à rendre service et accepter les tâches qui lui étaient demandées. Comme le Seigneur Jésus à qui il a donné sa vie, il est venu pour servir. Il est l’exemple du serviteur selon le cœur de Dieu. Le Seigneur l’accueille maintenant à sa table dans son Royaume.

Michel Carbonneau, M.Afr.

André de Thézy (1925 – 2015) (PE n°1092 – 2018/06)

« Piot bruiteu, grand tavailleu », « faisant peu de bruit, mais grand travailleur », cette locution picarde est une bonne première approche de notre confrère André. Peu communicatif, mais ardent à la tâche, il a vu le jour un 23 avril 1925 à Ercheu, en terre picarde, dans une grande famille profondément chrétienne. Cette terre de Picardie, il aimait s’y retrouver durant ses congés, et y retrouver les siens qui l’entouraient d’une grande affection.

C’est en 1947 qu’il commença son noviciat à Maison-Carrée. Il poursuivit ses études en Tunisie, et fut ordonné prêtre le 12 avril 1952 dans la cathédrale de Carthage

Il fut alors nommé au Mali, au diocèse de Sikasso, où, dans les jeunes paroisses de Kimparana, puis Koutiala ou Karangasso, il donnera le meilleur de lui-même pendant une trentaine d’années, jusqu’en 1982. C’était le pays Minyanka, tellement attachant pour lui qu’il était devenu sa terre d’adoption. Il parcourait les villages, accueillant et attirant la population par son sourire rayonnant.

Sa bonne connaissance de la langue facilitait les contacts. Voici ce qu’écrivait son responsable de mission : « Le père de Thézy m’est un auxiliaire irremplaçable. Beaucoup plus fort en langue que moi, C’est lui qui règle les questions délicates, quand je sens mon incapacité à saisir les nuances de la conversation. Il est toujours prêt à répondre au premier appel de ma part. Dès qu’on parle de ce qui regarde les coutumes, il s’anime et fait des remarques précieuses et judicieuses. Il ne cesse de travailler à acquérir de nouvelles connaissances à ce sujet. Les Minyanka apprécient beaucoup les contacts qu’ils ont avec lui, car lui, si réservé qu’il puisse être parfois avec ses confrères, s’ouvre très facilement dans ses contacts avec la population qui nous entoure ».

Il se rendit ensuite en pays bambara, ce qui l’obligea à s’initier à une nouvelle langue africaine. Il le fit avec sa grande disponibilité habituelle, pendant deux ans seulement, car sa mauvaise vue l’obligea à revenir en France en 1984. Il se rendra alors à Vitry-sur-Seine, en paroisse où il demeura trois ans.

Sa nouvelle terre de mission fut alors Mours, à partir du 10 octobre 1988, pendant 27 ans. Il y sera toujours à la tâche, souriant, tant que ses forces vont le lui permettre.

On se souvient de lui comme d’un confrère aimé de tous : ses confrères, certes, mais aussi les employés de la maison, les membres de sa famille, les visiteurs de passage. Il parlait à chacun comme s’il les avait toujours connus. Il était aidé par sa mémoire phénoménale et s’intéressait à chacun avec son cœur. Il les portait « dans la mémoire de Dieu », avec une grande délicatesse. Personne ne lui était étranger.

Le travail manuel et les services de toutes sortes, même les plus humbles, comme pousser les poubelles ou ranger les encombrants ne le rebutait pas, bien au contraire. Et même lorsque ses forces ont commencé à diminuer, il resta encore et toujours disponible. Dans le parc, son principal lieu de travail, on aimait le voir, assis sur sa chaise, surveillant le feu des branches mortes, fumant sa vieille pipe, ou récitant son chapelet qui le mettait en communion avec tout le monde,

Jusqu’au bout il a « tenu », sans jamais se plaindre, alors qu’il sentait ses forces le lâcher. Deux jours avant de nous quitter, il s’obstinait encore à arracher les mauvaises herbes qui poussaient entre les pavés. Il voyait de moins en moins pourtant. Mais il voyait « avec le cœur ».

Lors de ses obsèques la chapelle contint avec difficulté les nombreuses personnes, famille et amis, qui vinrent l’entourer au cours d’une belle cérémonie, où de nombreux confrères de la région parisienne concélébrèrent. Puis ce fut le départ pour Ercheu où le caveau familial l’accueillit. Il repose désormais en sa Picardie natale.

Merci, André, d’avoir demandé à rester jusqu’à ton dernier souffle au sein de la communauté de Mours. Tu nous laisses un témoignage précieux que la communauté gardera longtemps et dont elle essaiera de vivre. Tu nous fais nous souvenir de l’évangile : « Celui qui parmi vous apparaît comme le plus petit, c’est celui-là qui est le plus grand ».

Michel Groiselle, M.Afr.

Charles Sarti (1932 – 2017) (PE n°1092 – 2018/06)

Charles est né en Italie, le 15 Mai 1932, sur les rives du lac Majeur, dans une humble famille profondément chrétienne. Son père était carreleur, et sa mère « femme au foyer » comme on dit pudiquement pour cacher une vie entièrement consacrée au service de ses trois enfants, deux garçons et une fille. C’est sa maman qui le marquera le plus et l’accompagnera jusqu’à l’autel ; sa sœur l’accompagnera jusque sur son lit de mort.

Peu après sa naissance, toute la famille émigre en France, à Vitry-le-François ; c’est au petit séminaire de Châlons qu’il fera ses études secondaires, déjà titillé qu’il était par un désir profond de vie sacerdotale, envieux de son curé qu’il admirait. A vingt ans il se fera naturaliser Français, et s’engagera Outre-Mer pour tester et sa vocation, et sa santé, car entre-temps il avait contacté et soigné une tuberculose tenace. C’est ainsi qu’il se trouve dans un premier temps au Camp Militaire d’Abidjan, avant d’être muté à Bobo-Dioulasso, fin décembre 1952. C’est un Père Blanc, le père Gilles de Rasilly, alors aumônier militaire et directeur de l’enseignement catholique, qui le poussera après sa démobilisation à rester un peu plus au Burkina Faso (alors Haute-Volta) comme responsable du CM2 à Tounouma. C’est là qu’il attrapera « le virus Pères Blancs » qui le conduira tout naturellement vers une formation classique à l’époque : noviciat à Maison-Carrée en 1954, suivi logiquement d’une longue formation philosophique et théologique dès l’année suivante à Thibar puis à Carthage (formation interrompue six mois pour rappel sous les drapeaux). C’est à Carthage donc qu’il va prononcer son serment missionnaire le 2 février 1958, pour y être ordonné prêtre le 18 juin 1958.

Pendant ses années de formation, il fera l’unanimité auprès de tous ses formateurs pour ses qualités de futur « bon » missionnaire. Parmi tous les témoignages qui nous restent de cette époque, l’un d’entre eux peut les résumer tous : « Ce qui me frappe au premier abord, c’est son calme, son sérieux, sa mesure. On a pu constater ses qualités d’organisateur, son adaptation aux autres dans leur diversité, en même temps que son zèle dynamique et inventif. Poli, aimable, il est aussi franc et direct : il se caractérise par une simplicité qui va tout droit au but, sans détours inutiles. Très ouvert à ses supérieurs et à ses confrères, il se révèle spécialement apte au travail en commun. Homme de règle et d’obéissance, il a compris le sens et les exigences de sa vocation, et on le sent sincèrement  donné à sa formation. Il est modeste, et prend des initiatives d’une grande délicatesse qu’il prend soin de cacher. Le Fr. Sarti est un de nos meilleurs sujets : pas un intellectuel, mais un homme intelligent et pratique, vraiment mûri, capable de penser son activité, d’une profonde vie spirituelle, fait pour la vie de communauté : bref, un bon Père Blanc sur toute la ligne. » Lequel de tous les confrères qui l’ont côtoyé tout au long de sa vie active ne le reconnaîtrait pas dans cette description ?

Sa première nomination le renvoie tout naturellement en Haute-Volta, à Dedougou, où son évêque lui demande d’étudier d’abord la langue locale, le bwamou. Laissons-le raconter lui-même, avec son humour et son autodérision qui lui seront propres toute sa vie, sa première expérience d’étude d’une langue africaine : « Dieu m’a doté de grandes oreilles, mais je ne sais guère distinguer les différents tons qui donnent des sens différents aux mots. Au bout de deux mois et demi, j’étais complètement découragé, et un après-midi je me suis retrouvé à pleurer toutes les larmes de mon corps devant le Saint-Sacrement. Jésus ne m’est pas apparu, il ne m’a pas parlé non plus comme dans les films de Don Camillo, mais je crois que c’est lui qui m’a inspiré ceci au fond de mon cœur : « Pour qui te prends-tu ? Moi, le Verbe de Dieu, la Parole du Dieu vivant, j’ai appris l’araméen avec Marie et Joseph et les gens de Nazareth pendant trente ans, et toi tu voudrais apprendre le bwamou en trois mois… Tu te crois plus malin que moi, ou quoi ? » Cette sorte de relation familière avec Dieu, empreinte d’une foi et d’une confiance très profondes, ne le quittera jamais plus de la vie. Charles était un « pauvre » !

Dès lors, les nominations vont se succéder. De 65 à 66, il sera économe au petit séminaire de Tionkuy. De 66 à 67, le voilà à l’école de langue de Guilongou pour apprendre le mooré, ce qui l’amène dans le secteur de Toma-Tougan-Kiembara auprès des nombreux mossis qui y vivent. Il s’autorise alors une halte spirituelle à Villa Cavaletti à Rome pour les grands exercices avec le P. Deltijk. De 1974 à 1979, il œuvre auprès des mossis toujours à Dedougou, et de 1979 à 1987, le voilà curé de Toma pour « l’africanisation » de la paroisse comme il aime à le dire. Que retenir de ces années pastorales-là, celles qu’il a, et de loin, préférées ? Son zèle pastoral en étonnera plus d’un, mais c’est surtout sa proximité intelligente avec ‘ses’ gens qui le fera aimer et de ses ‘ouailles’, de ses responsables et de ses confrères, pour sa faculté d’écoute, son attention aux autres religions, surtout animistes, avec un souci respectueux d’adapter les coutumes à l’évangile. Ses relations avec le clergé local diocésain seront aussi d’une telle qualité (contre l’avis parfois de certains confrères), qu’il se sentira obligé de s’en expliquer à son évêque d’alors dans une lettre : « De 1967 à 1987, j’ai vécu et travaillé avec des prêtres du diocèse ; j’étais en symbiose avec eux à 100%. Je n’ai jamais approuvé ce repli sur soi des Pères Blancs. Pour moi, nous avons le même sacerdoce et nous sommes attelés à la même mission. Bien sûr, nos sensibilités et nos façons de réagir sont différentes, mais nous devons être capables d’aller au-delà. C’est en même temps un témoignage aux yeux de nos communautés chrétiennes, des musulmans, des animistes… Comment parler d’amour et d’unité si nous, consacrés par le même sacerdoce, nous faisons tous bande à part ? » Du Charles Sarti tout craché !

Pour mieux comprendre la proximité de Charles avec les gens, et surtout l’extrême délicatesse et compréhension qui marquait ses contacts, il est bon de lire un petit livret qu’il écrira plus tard en France à la demande de son diocèse d’origine, intitulé : « Joies et peines d’un missionnaire ». Il le présentera d’ailleurs lui-même ainsi : « Il ne s’agit pas d’une biographie ni d’une réédition, revue et corrigée, des « Mémoires d’un âne » ; il ne s’agit pas non plus d’une page d’histoire de l’Eglise du Burkina Faso. Simplement quelques faits de vie d’un missionnaire d’Afrique, « père blanc moyen » : le vécu de ceux à qui il a été envoyé, et où il a discerné l’Amour de Dieu pour ces gens-là et pour lui-même. Celui qui sème n’est rien, celui qui arrose n’est rien, seul Dieu compte. Merci à Lui. »

Mais il faut bien souffler un peu, et de 87 à 88 il fera une année sabbatique à la rue Friant, dont il deviendra le responsable jusqu’en 1992. L’Afrique demeure sa raison de vivre, et fin 92 c’est le retour au Burkina Faso, à Solenzo, comme vicaire jusqu’en 2001. Il est alors nommé à Ouagadougou à la maison provinciale comme économe provincial, responsabilité et service qu’il va remplir scrupuleusement jusqu’en 2008. Ce ne fut pas son meilleur souvenir missionnaire, mais il était remarquable par sa délicatesse à l’égard de tous les nombreux confrères qui venaient le voir ‘pour des problèmes d’argent’, et par sa vie de communauté pleine d’humour, de simplicité et de sagesse pour arranger à l’amiable tous les petits conflits qui agitaient parfois la communauté. Quant à la pastorale il ne l’oubliera jamais, rendant de nombreux services soit aux paroisses, soit aux communautés religieuses. Personne n’oubliera sa mobylette asthmatique ni sa sacoche en cuir pourri qui lui permettait d’aller en toute sécurité à la banque tous les matins. Un missionnaire comme on les aime, parce qu’il a marqué les esprits par sa simplicité et sa piété.

Mais la maladie (cancer de la peau au visage) va commencer à l’handicaper et le faire souffrir (même s’il ne se plaignait jamais) ;  il devra rentrer définitivement en France en 2008, décision qu’il accueillit avec sérénité. Il faut dire que cette acceptation a été facilitée par son esprit légendaire d’obéissance comme il va le prouver à travers un mail qu’il a fait parvenir alors à son provincial en France : « En tant que responsable, vous êtes mieux à même d’apprécier les priorités, moi j’obéis. C’est pour cela que j’ai fait le Serment d’obéissance. Vous savez  comment je définis le ‘ Père Blanc moyen’ : pas très malin, mais discipliné ». Il demeurera une petite année rue Verlomme pour s’occuper des archives, puis rue du Printemps pour la gestion de l’économat de la maison et de « Voix d’Afrique ».

Les soins qu’il reçoit se révèlent de plus en plus contraignants et handicapants ; alors, c’est à Tassy, dans un premier temps, qu’il sera envoyé officiellement comme responsable de la communauté, mais surtout pour y recevoir des soins, et même les premières opérations au visage qui petit à petit vont le défigurer. Ce dernier poste de responsabilité, il va l’accueillir avec un grand sens missionnaire  comme il l’expliquera à sa famille et ses amis dans une circulaire : « J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour ces ‘anciens’ qui ont usé le ‘burnous’ et qui se sont usés, durant des décennies en Afrique et au service des africains… d’Alger au Cap et de Dakar à Dar-es-Salaam. Je n’ai donc pas trop de peine à accepter ce nouvel envoi en mission. Priez l’Esprit-Saint pour moi : qu’il me donne suffisamment de délicatesse, de patience et d’écoute pour être au service de mes aînés… 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. » Le souvenir qu’il a laissé à Tassy restera profondément gravé dans le cœur de tous ses confrères, mais aussi de l’ensemble des résidents de l’EPHAD et du personnel ; il les comprenait : il subissait dans sa chair, mais en pire, les souffrances propres à toute fin de vie, d’autant plus que les opérations vont se succéder (16 au total), qui vont l’obliger à aller terminer sa vie à Bry-sur-Marne, car il était l’avant dernier Père Blanc encore résident à Tassy. Au début de 2017 il rejoindra sa chambre du deuxième étage à l’EPHAD de Bry-sur-Marne où le Seigneur finira enfin (car il le suppliait chaque jour de le prendre) par l’appeler comme il l’avait appelé une première fois lorsqu’il était enfant.

Ses derniers jours ont été un véritable calvaire, admirablement vécu grâce au chapelet qui ne quittait jamais son poignet ; et plus son visage ressemblait à celui du ‘Serviteur Souffrant’, plus son regard reflétait le calme,la paix et l’espérance en Celui qui l’a tout de même abandonné une dizaine de jours dans un semi-coma avant de le prendre enfin dans sa demeure éternelle. On dit : ‘qui aime bien châtie bien’ ; personne ne pouvait imaginer que Charles était autant aimé de Dieu. La messe des funérailles fut toute simple comme il le souhaitait, lui qui disait « vouloir être enterré dans une natte et porté sur une charrette tirée par un âne ». Sa sœur était présente ainsi que quelques neveux et petits-neveux, donc entouré par sa famille dont il avait été si proche toute sa vie. Nombreux aussi les confrères venus des environs, sans oublier quelques connaissances africaines qui ne sont pas près de l’oublier. La chapelle était pleine comme pour tout « père blanc moyen », et la lecture des « Béatitudes » ne détonnait pas dans le concert de louanges sincères qui l’ont accompagné jusqu’au cimetière des Pères Blancs, à Bry-sur-Marne.

« Heureux les pauvres de cœur, ils verront Dieu. »

Clément Forestier, M.Afr.