Nourrir les rêves de lendemains meilleurs

Si pour certaines personnes la paix pourrait ne pas être un sujet préoccupant, tant les réalités de leur espace de vie semblent ne pas frustrer leur désir de bien-être, fort est de souligner qu’elle est un trésor difficilement trouvable pour bien des hommes et femmes, en l’occurrence ceux du Soudan du Sud, qui sont meurtris par des conflits fratricides et désastreux depuis des décennies. Ainsi, on ne saurait vivre, dans un tel environnent, sans se poser la question existentielle de l’éducation à la culture de la paix.

Cet état des lieux de la société sud-soudanaise laisse voir que l’éducation à la paix et la culture de la paix s’imposent à la société humaine en général, mais en particulier au Soudan du Sud  dans la mesure où on ne peut vivre épanoui sans la paix. En effet, éducation à la paix laisse sous-entendre un appel pressant à la responsabilité familiale, voire parentale. Il est donc question dans ce cas de figure, de faire de la recherche d’un environnement sain et épanouissant, non pas une option, mais une priorité. Dans cette optique, dans la cellule familiale et dès leur tendre enfance, toutes les valeurs humaines seront, avec un grand sens de responsabilité, imprimées dans la conscience des enfants qui, dit-on, sont des adultes en miniature. Ainsi, y aura-t-il de fortes chances que les enfants grandissent avec ce qui aurait été imprimé en eux comme valeurs: les valeurs humaines, les valeurs intellectuelles, les valeurs professionnelles et les valeurs spirituelles. Il apparaît ainsi que toutes les composantes de la société doivent être impliquées et prises en compte dans cette entreprise essentielle de l’éducation à la paix.

Il faut de plus comprendre que le bien être de toute société humaine se fonde et se perpétue grâce à la bonne conduite de ses filles et fils, eux-mêmes tributaires de l’éducation reçue. Cette éducation à la paix doit nécessairement être cultivée afin de se pérenniser dans l’espace et dans le temps. Cela suppose aussi la création et la promotion d’institutions fortes et humanisantes. Ce besoin est encore une urgence dans les pays désarticulés par les conflits armés comme le Soudan du Sud.

Le Soudan du Sud

Le Soudan du Sud, bien que jeune en tant qu’État indépendant, connaît une profonde déchirure sociale qui, dès sa naissance même, a mis à mal son unité sociale et nationale. Pendant longtemps marginalisé au plan de l’éducation, clé de l’épanouissement et du développement,  par les autorités du Soudan avant son indépendance, il demeure triste de voir que l’éducation scolaire est un luxe pour ce peuple. Ce manque d’éducation scolaire, dans un pays traumatisé par la guerre, constitue, à notre avis, une brèche vers l’accentuation de la violence. Ce manque favorise le narcissisme ethnique et l’esprit de vengeance. Malheureusement, loin d’œuvrer à l’éradication de la violence dans toutes ses formes, on assiste plutôt, impuissants, à une sorte d’amplification des conflits.

Pour ce qui nous concerne directement, il faut souligner que le diocèse de Malakal, en l’occurrence la région administrative de Jonglei où se trouve notre paroisse, est l’épicentre de la violence. Violence dans les églises pour des raisons de succession, vol de bétail, enlèvement et abus d’enfants, affrontements ethniques, conflits liés à l’appropriation de terres, mariages forcés, abus de femmes, de personnes vulnérables et d’étrangers. Le manque d’éducation semble, de loin ou de près, expliquer ce lancinant constat. Pour ce faire, notre pastorale a comme objectif prioritaire l’éducation à la culture de la paix.

Ainsi nous sommes convaincus que l’un des moyens adéquats pour briser les chaînes de la violence, pour promouvoir la paix et œuvrer à la réconciliation, c’est d’établir une école pour une éducation holistique. Mais en attendant d’avoir les moyens nécessaires pour la construction de l’école, nous agissons autrement. Dans notre démarche pastorale, tout est centré sur la paix. Par exemple, nous mettons à profit le temps de l’homélie pour parler aux cœurs désespérés, pour inciter à la fraternité, à un changement positif du regard posé sur autrui qui ne peut pas être une option, mais absolument une priorité, si l’on veut bien utiliser les chances d’apaiser les cœurs et d’assainir l’environnement dans lequel l’on vit.

De plus nous avons, en collaboration avec le diocèse et certains partenaires, organisé des sessions de guérison de traumatismes et autres fléaux qui minent la société sud-soudanaise. Nos paroissiens et nos voisins y ont pris part. Nous avons aussi organisé des sessions pour les jeunes. Enfin, nous avons initié la journée des enfants qui, malgré les moyens dérisoires, fut un succès. Pour ce qui concerne les enfants, en particulier, nous nous sommes résolus d’avoir un programme hebdomadaire avec eux et, depuis début décembre jusqu’à ce jour, nous constatons une affluence accrue. Le cas des enfants, nous l’avons voulu inclusif dans l’unique but de promouvoir la paix. À cet effet, les parents des enfants nous témoignent de leur gratitude pour notre contribution à l’éducation de leurs enfants, tout en nous demandant la construction d’une école qui, pour eux et pour nous aussi, serait le cadre idéal pour la réalisation d’un tel rêve.

Nul besoin d’insister qu’il y a un lien fort entre paix et développement durable. En effet, l’un ne saurait être une réalité sans l’autre. Ils sont même le point d’achoppement du vivre ensemble. De ce point de vue, la meilleure attitude à adopter et à inculquer, c’est le respect de la vie humaine et sa promotion car, dit-on, l’homme est une fin et non un moyen. C’est dans cette perspective que nous inscrivons notre pastorale. En effet, nous avons organisé des sessions pour promouvoir la paix et la justice, pour outiller les familles à être les cellules de base de la paix. De plus, pour la promotion de la paix, nous accueillons les enfants pour les chants et danses traditionnels et les jeunes pour le sport. Dans l’avenir, nous souhaitons avoir une école où la connaissance, le savoir-vivre et le savoir-faire seront transmis aux plus jeunes. Aussi, nous exprimons le besoin d’un centre de formation professionnelle pour les jeunes, afin d’opérer un changement de perspective : alors que l’oisiveté et le manque d’opportunités de nourrir des rêves de lendemains meilleurs les disposent à la violence, nous espérons que la formation professionnelle pourrait, au contraire, faire d’eux des acteurs pour la paix.

Nous sommes convaincus que l’éducation demeure un moyen sûr pour jeter les jalons du développement durable, de la promotion de la paix et de la vie humaine, comme c’est le cas au Soudan du Sud. Forts de cette conviction, nous saisissons cette opportunité pour demander à toute personne convaincue de la nécessité de l’éducation et de la formation des jeunes, de voler au secours de notre mission dans un pays désarticulé par les horreurs de la guerre, et où l’avenir non seulement de l’Église, mais encore de l’humanité est durement remis en cause. 

Par: Nare Mohamadi Jean Dieudonné, M.Afr.

Education et culture de la paix

Ce sujet, éducation et culture de paix est très important et demeure très actuel dans l’Évangile que nous sommes appelés à annoncer à temps et à contre temps. Il fait partie de l’être de l’Église et de son agir dans le monde en tant que don du Christ Jésus. C’est sa façon de vivre et de rayonner la paix qu’elle devienne éducatrice de la paix et s’inculture dans les valeurs des cultures où elle est envoyée. C’est pour cela que nous, missionnaires d’Afrique, nous sommes à l’aise lorsque nous apprenons des langues locales, portes par lesquelles nous entrons dans les cultures locales pour y annoncer la Bonne Nouvelles et la Paix du Ressuscité !

Il faut revenir à combien de fois nous prononçons le mot « paix » au cours de nos célébrations liturgiques : ‘la paix soit avec vous’ ou bien la prière suivante « Seigneur Jésus Christ, tu as dit à tes apôtres : ‘Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix’ ; ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Église ; pour que ta volonté s’accomplisse, donne-lui toujours cette paix et conduis-la vers l’unité parfaite, toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles ». Ensuite, nous nous donnons la paix du Christ. Nous vivons et donnons ce que nous avons reçu du Christ. Nous continuons de le vivre sous sa lumière avec notre mère, l’Église.

Ce que nous allons partager résume ci-dessous une expérience vécue lors des conflits interethniques post–électoraux au Kenya en 2008-2013. J’étais alors formateur dans notre maison de formation théologique à Nairobi/Balozi. Avec l’Association des psychologues du Kenya dont je suis membre, nous sommes beaucoup passés dans les camps de déplacés pour accompagnement psychologique et assistance matérielle. Nous étions supportés énormément par l’Église locale.

La religion chrétienne, actrice de paix à l’échelon mondial

À l’échelle mondiale, les acteurs religieux jouent un rôle important dans l’éducation à la paix, en rassemblant les gens pour la gestion des conflits. Ils ont une position légitime pour prêcher et enseigner, notamment en sensibilisant aux croyances religieuses des autres religions et en invitant à la tolérance au sein des communautés. Leur rôle est ainsi de favoriser le développement de la paix.

Deux éléments essentiels de la vie religieuse sont d’une importance capitale pour le rétablissement de la paix : l’empathie et la compassion ; la miséricorde puise dans ces attributs la force pour un rétablissement efficace de la paix.

Il existe un lien entre notre foi chrétienne et la paix. Certaines caractéristiques religieuses sont associées à la paix, par exemple lorsqu’un pays a un groupe religieux dominant. Le programme d’éducation individualisé obtient des niveaux de paix plus élevés dans les pays sans groupes religieux dominants et lorsqu’il y a moins de restrictions gouvernementales sur la religion.

La religion chrétienne mène aussi au développement. La religion affecte la prise de décision économique en établissant des normes sociales et en façonnant les personnalités individuelles. Les entreprises situées dans des communautés à forte religiosité ont tendance à adhérer à des normes éthiques propices à une économie stable.

La religion chrétienne est alors comme une clé importante dans le développement de la société. La religion remplit plusieurs fonctions pour la société. Il s’agit notamment de (a) donner un sens et un but à la vie, (b) renforcer l’unité et la stabilité sociales, (c) servir d’agent de contrôle social du comportement, (d) promouvoir le bien-être physique et psychologique, et (e) motiver les gens à œuvrer pour un changement social positif. Le dialogue œcuménique, interreligieux et interculturel peut y contribuer énormément.

Considérons les apports de la religion chrétienne à la société : elle renforce les individus, les familles, les communautés et la société dans son ensemble. Elle affecte considérablement les résultats scolaires et professionnels et réduit l’incidence de problèmes sociaux majeurs, tels que les naissances hors mariage, la toxicomanie et l’alcoolisme, la criminalité et la délinquance.

Le rôle de l’Église dans le maintien de la paix et de la sécurité dans la société est donc important. Elle a toujours enseigné à ses membres l’action de non-représailles, comme l’a enseigné Jésus lui-même ; cela aide à absorber la violence au lieu de mener à une escalade. Par conséquent, chaque cycle de violence provoquant la vengeance, qui à son tour provoque davantage de violences, est brisé par le simple acte de tolérance, de dialogue et d’éviter des représailles.

Les chrétiens sont donc ceux qui suivent et mettent en pratique l’enseignement du Christ dans tous les domaines de leur vie. L’un des sommets du christianisme, ou de la vertu chrétienne, est la paix. La Bible enjoint aux chrétiens de s’embrasser et de vivre en paix avec leurs voisins.

Réconciliation au Kenya durant la période post-électorale 2008-2013

Le processus de construction de la paix, de réconciliation et de restauration par l’Église a été lancé par la formation de la Commission de la Conférence épiscopale du Kenya parce qu’il ne pouvait pas être laissé entre les mains des seuls politiciens. L’Église a été appelée à un ministère de réconciliation et a exercé un mandat spirituel à la suite de la crise électorale. L’Église a surveillé de près le processus pour s’assurer qu’il vise véritablement à parvenir à la guérison nationale, et non à un simple blanchiment visant à balayer les injustices du passé sous le tapis pour des raisons d’opportunisme politique. L’Église a utilisé la chaire pour enseigner et prêcher un pardon et une réconciliation véritables et encourager les gens à participer à une gestion juste et globale du passé afin que la nation puisse véritablement être guérie de ses multiples blessures. L’Église avait la responsabilité permanente de guérir le traumatisme de la violence du passé entre ses propres membres.

Les réalités sociales au sein des sociétés furent prises au sérieux. Les conflits doivent être considérés comme des événements non isolés dans leur contexte social. Les techniques de rétablissement de la paix utilisées par l’Église au cours de la période post-électorale de 2008 à 2013 se sont concentrées sur les aspects structurels de la restauration ou de l’établissement de relations entre anciens rivaux.

Cette approche repose sur l’hypothèse selon laquelle des interactions égales entre les parties, ainsi qu’une restructuration économique et politique, conduit à de nouveaux liens de coopération qui stabilisent les relations pacifiques. L’Église s’est concentrée sur des éléments structurels tels que l’échange de représentants dans diverses sphères politiques, économiques et culturelles. Le maintien de canaux de communication formels et réguliers et une partie essentielle des actions structurelles promues par l’Église consistaient à traiter l’autre partie avec respect, justice, égalité et sensibilité à ses besoins et ses objectifs.

Par: François-Xavier Bigeziki, M.Afr.