Course pour une cause noble

Londres, dimanche 7 avril 2024

Avant et après la messe, j’ai vu une course de charité pour la lutte contre le cancer. Les gens couraient pour récolter des fonds afin de faire avancer la recherche sur le cancer. L’objectif est évidemment de vaincre le cancer. J’ai vu passer devant moi différents types de coureurs : jeunes et vieux, hommes et femmes, d’origines diverses. J’ai été sidéré par les personnes handicapées dans leurs fauteuils roulants.

Alors que j’étais là à regarder, j’ai eu différentes pensées. Au début, j’étais un peu sceptique à l’égard des manifestations publiques de collecte de fonds. Le pouvoir de manipulation des gens est sans limite. Ensuite, je m’interrogeais sur le résultat et sur le fonctionnement de l’ensemble : course – argent – recherche… Cependant, je ne pouvais pas nier la cause : vaincre le cancer.

Une chose était claire : les gens couraient, ils se déplaçaient pour une cause. La cause, c’est la fin de quelque chose de douloureux, de quelque chose qui donne la mort. Il y a ici deux mots-clés : mouvement et cause, mouvement pour une cause. Je me répète : courir pour une grande cause, bouger pour une grande cause. La résurrection a mis les disciples en mouvement.

Charles Lavigerie

J’ai pensé à notre grand homme : Charles Lavigerie. Il a parcouru toute la France pour récolter des fonds afin d’améliorer la vie des chrétiens au Moyen-Orient. Il a parcouru l’Europe pour l’arrêt politique de la traite des êtres humains (africains).

Pour quelle cause Lavigerie courrait-il aujourd’hui ? Lavigerie était un homme politique. La politique est une question de pouvoir, et de pouvoir sur les gens : obtenir le pouvoir et l’utiliser. Lavigerie a obtenu le pouvoir et l’a utilisé pour une grande cause : une cause religieuse (l’évangélisation des Africains), des causes politiques (les chrétiens du Moyen-Orient et la fin de la traite des êtres humains).

Et nous aujourd’hui ?

Les maux infligés aux êtres humains sont sophistiqués. L’asservissement (possession) des êtres humains et le commerce (vente et achat) des êtres humains se poursuivent de manière très sophistiquée. La douleur est évidente. Les moyens sont complexes. Les méthodes de lutte sont raffinées. Nous nous sentons parfois impuissants. Il existe des milliers de groupes, d’associations et d’institutions qui luttent contre la souffrance humaine. Nous travaillons en réseau avec eux. Nous courons avec eux.

Dans la lutte contre la souffrance humaine, est-il possible d’être initiateur aujourd’hui ? La mission prophétique implique-t-elle l’innovation ? Notre mission prophétique signifie que nous avons une “Parole de Dieu” vivifiante et transformatrice à adresser à la personne humaine.

Il me semble que les seules contributions pertinentes que nous pourrions apporter à la lutte contre les maux sont de deux ordres : premièrement, une manière ou une méthode originale de lutter contre le mal à partir de notre tradition missionnaire et, deuxièmement, la prévention. Beaucoup est fait en matière d’information, d’intervention, de soins. Notre mission ‘inter gentes’, essentiellement de nature relationnelle, nous pousse à orienter nos esprits, nos cœurs et nos mains vers la prévention des mauvais traitements infligés aux êtres humains.

L’idée maîtresse de notre lutte contre la souffrance humaine est la parole de Dieu à Caïn : le péché (le mal, la maladie, l’abus sexuel, l’esclavage) est à l’affût à ta porte : son désir est pour toi, mais tu peux le dominer (Genèse 4, 7). Peut-être la meilleure réponse à la souffrance humaine est-elle de courir, car c’est le signe d’une vie pleine et entière. S’il vous plaît, courez et courez pour une cause noble !

Par: Moussa Traore, M.Afr.

Défendre les droits de l’homme face à l’exploitation des entreprises

Un appel à l’action

Introduction

Le droit international, pierre angulaire de notre société mondialement interconnectée, établit un cadre vital guidant le comportement des nations et facilitant la collaboration à l’échelle mondiale, enraciné dans des principes tels que le partage des responsabilités, le respect mutuel et la recherche de la paix. Au cœur de ce cadre, se trouve le principe pacta sunt servanda (les accords doivent être respectés), qui souligne le caractère sacré des accords et traités internationaux, favorisant la stabilité, la confiance et le règlement des différends entre les nations. Le respect de ce principe garantit que les accords négociés servent d’outils crédibles pour la résolution des conflits et la promotion d’objectifs communs. En outre, l’adoption d’un traité international contraignant par les Nations Unies permettrait de mieux protéger les citoyens du monde entier, en particulier ceux du Sud.

Comprendre les droits de l’homme

Les droits de l’homme sont fondamentaux pour le tissu social, car ils constituent le socle de la justice et de la dignité pour tous les individus, indépendamment de leur situation géographique ou de leur statut social. Toutefois, la réalisation de ces droits se heurte souvent à des difficultés considérables, en particulier dans le contexte de l’exploitation économique perpétuée par des entités puissantes, telles que les sociétés transnationales. Malgré le cadre juridique entourant les droits de l’homme, les violations persistent, soulignant la nécessité d’une action concertée pour remédier aux injustices systémiques.

Les instruments juridiques, tant au niveau national qu’international, constituent l’une des voies par lesquelles les droits de l’homme sont articulés et protégés. La Charte internationale des droits de l’homme, qui comprend la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), la Convention internationale sur les droits civils et politiques (1966) et la Convention internationale sur les droits économiques, sociaux et culturels (1966), constitue un cadre fondamental pour la protection des droits de l’homme dans le monde. Toutefois, la simple existence d’instruments juridiques n’est pas suffisante ; une mise en œuvre et une application efficaces sont primordiales.

L’extraction et l’utilisation de matières premières, en particulier de minéraux et de métaux, pour la transition énergétique soulèvent d’importantes préoccupations environnementales. Le droit international de l’environnement, y compris les conventions telles que la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et la Convention sur la diversité biologique (CDB), fournit un cadre juridique pour répondre à ces préoccupations. Des principes, tels que le développement durable, le principe de précaution et le principe des responsabilités communes mais différenciées, sont au cœur du droit international de l’environnement et ont des implications pour les activités d’extraction des ressources en Europe et en Afrique.

Défis, réalités et violations des droits de l’homme

Dans de nombreuses nations démocratiques, y compris en Afrique, la protection des droits de l’homme est inscrite dans les Constitutions des États, souvent accompagnées de chartes des droits. Ces garanties juridiques servent de rempart contre les atteintes arbitraires aux libertés individuelles. Cependant, l’efficacité de ces protections dépend fortement de l’indépendance du pouvoir judiciaire et, plus encore, de la volonté des gouvernements de les faire respecter et appliquer, ce qui peut être compromis par des facteurs tels que la corruption ou l’influence indue d’intérêts puissants.

Les conséquences de ces violations des droits de l’homme sont profondes et s’étendent au-delà des communautés individuelles pour avoir un impact sur des régions entières. Les disparités économiques se creusent, les ressources environnementales s’épuisent et la cohésion sociale est mise à mal, ce qui perpétue les cycles de pauvreté et d’inégalité. En outre, l’escalade de l’impunité des entreprises représente un danger considérable pour les droits de l’homme, exacerbant la marginalisation des groupes démographiques sensibles et sapant les principes démocratiques.

Un exemple flagrant de violations des droits de l’homme perpétrées par des entreprises est celui de SIAT, société basée en Europe qui exploite de vastes plantations de palmiers à huile et d’hévéas en Afrique de l’Ouest. Soutenue par des institutions financières multinationales et aidée par des cadres réglementaires faibles, l’expansion de SIAT s’est traduite par un accaparement généralisé des terres, une dégradation de l’environnement et le déplacement de communautés indigènes. Malgré l’affirmation de l’existence d’un régime foncier coutumier, les populations locales sont souvent déplacées de force pour satisfaire les intérêts des entreprises, ce qui a pour effet d’éroder leur patrimoine culturel et de mettre en péril leurs moyens de subsistance.

Le cas de SIAT illustre parfaitement un scénario dans lequel l’État se retourne contre ses propres citoyens. L’accaparement des terres facilité par SIAT est approuvé par les gouvernements des pays d’Afrique de l’Ouest où l’entreprise a investi. Il s’agit essentiellement de l’attribution par le gouvernement aux multinationales de terres déjà habitées par les communautés locales. Lorsque les habitants résistent, le gouvernement envoie des officiers de police armés et, dans certains cas, du personnel militaire pour les expulser de force sous le couvert de l’investissement étranger et du développement.

Des cas, comme celui de SIAT, rappellent de nombreux autres cas d’acquisition de terres à grande échelle en Afrique ; ils soulignent l’absence de consentement préalable, libre et éclairé (CPLE) de la part des communautés locales. Ce CPLE nécessite une sensibilisation approfondie de toutes les parties prenantes au sein des communautés locales; jusqu’à ce qu’elles aient une compréhension claire des choix possibles et de leurs implications. Bien qu’AEFJN se soit efforcé de faciliter de telles initiatives de formation, des difficultés persistent en raison de la réticence des acteurs étatiques à coopérer, ce qui perpétue le rétrécissement de l’espace civique.

Le rôle des traités internationaux contraignants dans la lutte contre les violations des droits de l’homme

À la lumière de l’impunité généralisée observée à l’échelle mondiale en raison des actions des entreprises multinationales, divers acteurs internationaux, y compris des institutions confessionnelles telles que le Réseau Foi et Justice Afrique-Europe (AEFJN), se sont mobilisés pour plaider en faveur du démantèlement de l’impunité des entreprises et du rétablissement des droits de l’homme.

Un traité international contraignant a mis l’accent sur la manière de traiter à la fois l’État hôte et les multinationales, de sorte que les citoyens auront recours à la justice à différents intervalles.

Reconnaissant l’enchevêtrement des violations des droits de l’homme, ce traité international contraignant s’efforce d’adopter une approche globale des causes profondes de l’injustice. Cette approche comprend des réformes juridiques, des mesures de responsabilisation, des campagnes de sensibilisation, l’autonomisation des communautés marginalisées et la promotion de la solidarité entre les parties prenantes. AEFJN, fidèle à son engagement en faveur de la justice sociale et de la dignité humaine, souhaite vivement promouvoir l’adoption et la mise en œuvre de ce traité international contraignant.

Le prochain groupe de travail intergouvernemental à composition non limitée pour ce traité contraignant de l’ONU sur les sociétés transnationales, constitue un moment clé pour promouvoir la responsabilité des entreprises et faire progresser la justice mondiale. En galvanisant la société civile, les gouvernements et le soutien international, nous voulons plaider en faveur de réglementations solides et de mécanismes d’application, pour contrer l’exploitation des entreprises et sauvegarder les droits de l’homme.

Conclusion

En conclusion, la lutte pour les droits de l’homme est une entreprise permanente qui nécessite une action collective et un engagement sans faille. En tant que défenseurs de la justice et de la dignité, nous devons être solidaires des opprimés, lutter contre l’exploitation des entreprises et défendre les principes des droits de l’homme pour tous les individus. Grâce à des efforts concertés et à une collaboration intersectorielle, nous pouvons construire un monde plus juste et plus équitable où les droits de l’homme sont respectés et protégés pour les générations à venir. Nous appelons chacun d’entre nous à diffuser le message sur le traité international contraignant.

Par: Elvis Ng’andwe, M.Afr. (Secrétaire exécutif d’AEFJN, Bruxelles, Belgique)

Le déclin de la fraternité humaine: Violations des droits de l’homme

Promoteurs de JPIC avec des jeunes de Talitha Kum International à la Place Saint-Pierre 04.02.2024

Introduction

En pensant aux droits de l’homme à la lumière de l’Évangile, il me vient à l’esprit la rencontre de Jésus avec la femme adultère, relatée en Jean 8, 1-11. Jésus ne l’a pas jugée ni condamnée. Il s’est plutôt confronté aux systèmes coutumiers qui étaient aveugles sur les méfaits des hommes, mais durs pour les défauts des femmes. Il a opté pour la protection des droits de la personne, en particulier la vie et la dignité de la femme qui a été attrapée. L’idéal et l’attitude de Jésus restent importants pour notre société humaine contemporaine. La présente réflexion est guidée par quatre éléments : mon expérience personnelle, les causes des violations des droits de l’homme, le concept des droits de l’homme et ses défis modernes, et le rôle de l’Église dans la promotion des droits de l’homme.

Mon expérience personnelle des violations des droits de l’homme

Mon expérience des violations des droits de l’homme est existentielle. Étant né et ayant grandi dans la région des Grands Lacs, écrire sur le non-respect des droits de l’homme n’est pas un divertissement intellectuel. C’est une réalité existentielle. Depuis plus de deux décennies, la région mentionnée est confrontée à une guerre sans fin. Ses impacts ont touché directement ou indirectement chaque individu. Les cas de massacres sans précédent, de viols, de tortures et les images de corps mutilés sont indescriptibles. Je vois les violations des droits de l’homme dans les cris des femmes et des enfants qui sont constamment maltraités par des rebelles impitoyables. Je les vois dans les réfugiés dont les droits à la vie, à la liberté et à la propriété sont menacés. Cela m’interpelle toujours. Je me demande si ces atrocités humaines prendront un jour fin.

Actuellement, je suis confronté non pas aux violations des droits de l’homme en tant que telles, mais plutôt à des systèmes injustes. Les changements récents dans les cadres juridiques de la plupart des pays, la propagande médiatique et les idéologies populistes sont alarmants. À long terme, ils affecteront les droits des groupes les plus vulnérables, tels que les victimes de la traite des êtres humains, les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile politique. Le projet de loi britannique sur l’immigration clandestine, qui a débouché sur le slogan “Stop the boats”, est l’un des défis auxquels la plupart des défenseurs des droits de l’homme sont confrontés aujourd’hui.

Les causes des violations des droits de l’homme

Les causes des violations des droits de l’homme sont diverses. Mon observation est triple : sociale, économique et politique. L’organisation de la société opprime parfois les personnes vulnérables. Par exemple, certaines lois coutumières violent les droits des femmes et des enfants. Le droit à l’héritage n’existe que pour l’enfant de sexe masculin, qui finit par contrôler la richesse familiale. Bien que les femmes et les filles participent activement au secteur productif de la famille – du travail à la ferme au travail de bureau – elles ne contrôlent pas ce que la famille produit. Dans la plupart des cultures, il est difficile pour les femmes de posséder légalement des biens. Le titre de propriété doit porter le nom du mari. Une telle règle viole les droits fondamentaux de la femme à la liberté et à la propriété.

La politique – bien sûr, la mauvaise politique – est une autre cause de violation des droits de l’homme. La politique qui ne protège pas les droits naturels de la vie, de la liberté et de la propriété est mortelle. Elle piétine la dignité des citoyens. Récemment, le monde a vu des politiciens égoïstes mener des guerres inutiles pour des raisons économiques. On pense que les causes réelles de ces guerres sont gardées secrètes au sein du système économique mondial.

Les droits de l’homme : un concept fluide

Le concept de droits de l’homme devient de plus en plus fluide. Cette fluidité fait qu’il est difficile de le définir et d’en saisir la signification. Par exemple, les droits fondamentaux classiques de la vie, de la liberté et de la propriété sont en train de fusionner avec les droits sexuels. Les droits des LGBTQ+ défient les normes familiales traditionnelles et les croyances religieuses. Un autre défi est le non-respect explicite des droits de l’homme qui bénéficie d’un double standard moral dans les couloirs de la communauté internationale. Pour des raisons économiques et politiques, certains crimes contre l’humanité n’attirent pas l’attention de la communauté internationale. Les atrocités commises en Ukraine, à Gaza, au Sahel, dans la région des Grands Lacs et dans d’autres parties du monde ne suscitent pas la même réprobation. Pourquoi ? Tout d’abord, il y a un déclin remarquable de la fraternité humaine. Lorsqu’il s’agit de gains économiques et politiques, les humains se considèrent à peine comme des frères et des sœurs. Ce qui compte le plus, c’est la richesse et le pouvoir, pas la vie humaine.

Deuxièmement, le manichéisme politique – la politique des “bons” et des “méchants” – rend obsolète le concept des droits de l’homme. Ceux qui, dans le monde entier, sont connus pour être les “bons”, lorsqu’ils commettent des crimes, qui sont intrinsèquement des crimes contre l’humanité, sont rapidement disculpés et protégés par le droit international. Le tour des “méchants” est une toute autre histoire. Des sanctions sévères sont rapidement prononcées. Ce jugement partial souligne lui-même la nature fluide du concept de droits de l’homme.

Promouvoir les droits de l’homme : le rôle de l’Église

Pour faire face aux défis déjà mentionnés, l’Église doit revaloriser son identité – celle d’une figure d’autorité morale – qui ne commande pas, mais aide plutôt l’humanité à se réorganiser lorsqu’elle est confrontée à une impasse morale et à une confusion politique. Les vertus évangéliques de protection de la vie, d’amour et de fraternité (cf. Jean 8, 1-11 ; Luc 10, 25-37) devraient véritablement guider la mission évangélisatrice de l’Église.

En tant que témoins prophétiques, nous devons d’abord vivre et pratiquer l’amour du bon samaritain. Cet amour est pratique. Il ne s’agit pas d’un conte de fées imaginaire ; il s’agit de la vie. Nous devons aussi raviver l’esprit de fraternité humaine. Aimer et protéger la vie de notre prochain est impératif. Cela nous appelle à remarquer la situation désastreuse de nos frères et sœurs et à faire quelque chose pour y remédier. Le pape François le rappelle dans Fratelli Tutti (2020). Comme saint François, il exprime “l’essence d’une ouverture fraternelle qui nous permet de reconnaître, d’apprécier et d’aimer chaque personne, indépendamment de la proximité physique, indépendamment du lieu où elle est née ou vit” (FT, 1).

Conclusion

Jésus, par son attitude, a affronté des systèmes qui ne respectaient pas les droits humains fondamentaux. Il n’était pas aveugle ; il voyait la situation critique des personnes vulnérables au sein de la société humaine. Les réalités existentielles des violations des droits de l’homme ne sont pas loin de nous. Elles appellent des réponses prophétiques de notre part. Accroître notre prise de conscience et notre connaissance de ces violations sont les clés de nos efforts missionnaires dans la vie de l’Église.

Par: Prosper Harelimana, M.Afr.

Violence et insécurité, hier et aujourd’hui

La Foundation Panzi

«Homo homini lupus est» est un proverbe latin qui veut dire : “l’homme est un loup pour l’homme”. Si, dans le passé, les êtres humains se sont comportés comme des loups envers leurs semblables, ce comportement continue jusqu’à notre ère. La violence et l’insécurité qui se répandent à travers le monde en sont une illustration.

Qu’est-ce que la violence ?

Dans son rapport de 2002 sur la violence et la santé, l’OMS définit la violence comme « l’utilisation intentionnelle de la force physique, de menaces à l’encontre des autres ou de soi-même, contre un groupe ou une communauté, qui entraîne ou risque fortement d’entraîner un traumatisme, des dommages psychologiques, des problèmes de développement ou un décès ».

« La menace ou l’utilisation intentionnelle de la force physique ou du pouvoir contre soi-même, contre autrui ou contre un groupe ou une communauté qui entraîne ou risque fortement d’entraîner un traumatisme, un décès, des dommages psychologiques, un maldéveloppement ou des privations » (Pg. 5, Krug E, Dahlberg L, Mercy J.et al. Rapport mondial sur la violence et la santé. Genève : Organisation mondiale de la santé, 2002)

Les types de violence

Quand une personne attaque l’autre avec l’intention de nuire, on parle d’une agression. Quand elle tue l’autre, même pour des raisons légalement justifiables, on parle d’homicide.  Le brigandage, le pillage, le viol, l’abus sexuel des mineurs et des adultes vulnérables sont autant d’autres types de violence. La violence peut-être aussi psychologique, verbale et passive. La violence structurelle existe aussi. Selon Galtung, cette « violence se ‘construit’ dans une structure et se caractérise par l’inégalité dans l’exercice du pouvoir, et en conséquence conduit aux inégalités d’opportunités ». Le népotisme, un groupement politique, social, culturel ou ethnique, qui opprime ou exclue les autres fait partie de la violence structurelle.

La violence et l’insécurité

Quand la violence prévaut, elle crée la peur au point que les gens se sentent en danger ; on parle de l’insécurité. On pourrait donc déduire que l’insécurité est une conséquence de la violence. Les causes de l’insécurité sont multiples : une personne est socialement insécurisée quand son milieu de vie devient menaçant et dangereux. Par exemple Goma (en province du Nord-Kivu, R.D. Congo) est une ville insécurisée où, vers 21h, on ne voit presque plus de piétons ni de véhicules en circulation. Un ouvrier dont le travail est précaire et instable vivrait dans une situation d’insécurité. L’incertitude d’une prochaine nomination d’un confrère peut provoquer en lui une certaine insécurité. On note que la cause la plus sous-jacente dans la province précitée serait la guerre économique qui s’y vit depuis déjà plus de deux décennies.

La violence et l’insécurité affectent négativement les individus et leurs communautés. Elles provoquent des déplacements massifs des personnes, les isolent les unes des autres et créent le traumatisme, la dépression et éventuellement la mort.

Peut-on prévenir la violence ?

Il est possible de mettre en place des mesures de prévention de la violence comme la promotion des droits et des devoirs des personnes, des mesures contre la consommation nocive de l’alcool et l’usage de la drogue, surtout chez les jeunes. Réduire l’accès aux armes à feu et aux armes blanches, promouvoir l’égalité entre les sexes, éviter la convoitise, le pillage et l’extrait illicite des ressources naturelles par les systèmes mafieux et multinationaux contribueraient à créer des communautés et un monde non-violents.

Quelle place pour la non-violence et l’empathie ?

Si en ternes simples, l’empathie est la capacité de s’identifier à l’autre dans ses ressentis; et la non-violence l’abstention et l’exclusion de toute violence, ces deux concepts ont leur place dans les situations de violence et d’insécurité. Ainsi, refuser toute coopération, complicité et participation dans des actions violentes, dénoncer les propos et les actions violentes, promouvoir l’interculturalité et la paix peuvent promouvoir la non-violence. Se mettre à la place de l’autre, essayer de le comprendre sans le juger, se faire proche de lui, l’aider à exprimer ce qu’il ressent, avoir une écoute de sollicitude sont quelques comportements empathiques envers les victimes de la violence et de l’insécurité.

Quels programmes de lutte contre la violence et l’insécurité ?

Dans les sociétés déchirées par la violence et l’insécurité, on constate souvent la présence des ONG et celles des Nations-Unies qui tentent d’apporter des solutions à ces fléaux. Dans notre milieu et ailleurs, ces organisations sont parfois accusées de ‘créer’ les guerres et prétendre les terminer à travers leurs programmes. Dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, des programmes de lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) sont mis en place afin d’assurer une prise en charge sanitaire, morale, psychologique et l’intégration des victimes dans la société.

Les Médecins Sans Frontières, par exemple, se chargent entre autres des soins des blessés de guerre. La MONUSCO (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo), la F.A.O, l’UNICEF, l’O.M.S, le H.C.R, le PNUD, etc. ont mis en place des programmes d’appui à la stabilisation et à la prévention des conflits, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, l’assistance aux enfants et aux réfugiés, le développement, etc. Au niveau national, il existe aussi des projets comme le PRVBG (Projet de Prévention et de Réponse Basées sur le Genre), le parlement d’enfants pour assister les enfants victimes de la violence et des abus, et aussi juger leurs bourreaux.

Au niveau local, on peut citer la Fondation Panzi initiée par le Prix Nobel de la Paix, le Dr Denis Mukwege qui s’occupe de la santé maternelle et des mutilations génitales pratiquées sur les femmes violées. Il existe aussi des réseaux d’entraide chrétiens et des bureaux d’écoute comme la Caritas diocésaine, le centre Nyota à Bukavu, (où est engagé notre confrère, le père Bernard Ugeux), qui accueille des jeunes filles analphabètes et victimes des viols et des enfants délaissés, pour les aider à recouvrer l’estime de soi. Les patrouilles nocturnes des policiers et des militaires, l’éclairage public dans les quartiers et les avenues de la ville et ses environs sont autant de programmes de lutte contre la violence et l’insécurité.   

La paix est possible

La violence et l’insécurité sont des réalités qui demeurent avec et en nous. Elles ont été et restent encore la cause de beaucoup de maux dans la société. Elles peuvent cependant être évitées et éradiquées. La paix est possible ; une paix durable serait une solution à la violence et à l’insécurité.

Par: Jean-Paul Cirhakarhula, M.Afr.

Violence et insécurité : un obstacle au développement, à la paix et à la prospérité

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La violence est un comportement qui blesse physiquement ou endommage quelqu’un ou quelque chose. La violence fait référence à la force utilisée pour soumettre quelqu’un contre sa volonté. La violence est une forme extrême d’agression contre une personne ou une querelle qui entraîne des blessures et la mort d’une personne. C’est un acte abominable et horrible, qui peut conduire au pire (blessure ou mort d’une personne). Gandhi, théoricien de la non-violence, a déclaré : “La violence ne doit pas être confondue avec la force ou le conflit. Il n’y a de violence que lorsque la force est en action”.

Le Mali traverse une crise profonde en raison de l’insécurité liée aux conflits qui entraînent des violences, telles les tensions intercommunautaires et intracommunautaires dans le pays. Les actes de violence contre la population civile continuent d’augmenter dans les différentes régions du Mali et les civils continuent de payer le plus lourd tribut aux conflits, à la violence et aux attaques des groupes armés qui causent d’importantes pertes en vies humaines et en biens.

Différents types de violence dans notre société actuelle

-Violence fondée sur le genre : de nombreuses formes de violence fondée sur le genre existent ; nous en faisons l’expérience dans nos communautés aujourd’hui.

-Violence physique : abus physiques tels que coups de poing, crachats, bousculades, gifles, morsures et même utilisation d’armes, etc.

-Violence sexuelle : elle revêt de nombreuses formes et peut se produire dans des circonstances très différentes. Il peut s’agir d’esclavage sexuel, de harcèlement sexuel, de traite à des fins d’exploitation sexuelle, de grossesse forcée ou de mariage forcé. 

-Violence à l’égard des femmes : celles-ci sont toujours victimes dans nos sociétés. L’excision, le mariage précoce et la violence conjugale sont des formes de violence à l’égard des femmes. Toutes ces formes de violence entraînent de nombreux problèmes de santé physique et psychologique dans la vie d’une femme. De nombreuses filles abandonnent l’école à cause de ces violences et d’autres types de violences à leur encontre. Il est important de savoir qu’existent dans notre société de multiples formes de violence auxquelles les gens sont confrontés et qu’elles ont de graves conséquences sur les individus, les familles et les communautés.

-Violence inter- et intracommunautaires : il existe une violence entre agriculteurs et éleveurs. Il s’agit d’un conflit territorial entraînant la destruction de vies et de biens dans nos communautés aujourd’hui. Il y a aussi des attaques armées contre les personnes, les villages et les infrastructures publiques, qui continuent de compromettre la protection des civils et causent de nombreuses pertes en vies humaines.

La violence sous toutes ses formes constitue un obstacle au développement durable, à la paix et à la prospérité d’un pays. Les conflits territoriaux entraînent la destruction de vies et de biens. Existe aussi la violence verbale et morale qui provoque la haine.

A Nioro du Sahel

Ici, dans notre région de Nioro du Sahel, nous connaissons la violence entre les groupes ethniques et aussi entre différentes communautés. L’islam est la religion dominante dans la région ; de nombreuses personnes suivent également les religions traditionnelles africaines. Ils peuvent aussi suivre des cultures et des traditions qui nuisent aux individus et à la société dans son ensemble. Cette violence est à l’origine de la déstabilisation du pays ; elle provoque la pauvreté et le chômage dans la société. Il semble que la société ne veuille pas, ou n’accepte pas, certaines de ces cultures, ce qui cause des dommages physiques et psychologiques aux individus et à la société dans son ensemble. Certains chefs religieux et parents semblent encore soutenir des pratiques telles que l’excision et le mariage précoce des enfants.

Ces pratiques continuent d’exister, même si elles diminuent lentement. Nous nous en rendons compte lorsque nous, en tant qu’Église, participons à différentes sessions organisées par certaines ONG et par les projets du gouvernement qui promeuvent et abordent les questions de la violence et de l’insécurité. Dans nos villes et nos villages, les violences telles que les mutilations génitales féminines et les mariages précoces causent de nombreux problèmes de santé physique et psychologique aux jeunes filles. Ces différents types de violence peuvent être à l’origine d’une déstabilisation des communautés et du pays dans son ensemble.

Cela peut entraîner une insécurité économique empêchant le pays de se développer.

Attaques par des groupes armés

Les conséquences humanitaires des attaques dans les villages, des tueries, des enlèvements, des récoltes brûlées dans les champs et des incendies de granges et de maisons, ainsi que les vols de bétail, sont nombreuses. Dans un tel climat d’insécurité, il est difficile de penser à l’économie et à la stabilité du pays. Dans la région, quelques ONG tentent, de temps à autre, de ramener la paix et de sensibiliser les communautés aux conséquences de la violence. Les violences inter- et intracommunautaires et les attaques d’hommes armés inconnus contre la population, les villages et les infrastructures publiques, continuent de compromettre la protection des civils et de causer de nombreuses pertes en vies humaines. C’est le cas dans de nombreux villages et régions du Mali ; beaucoup de personnes déplacées sont des enfants et des femmes.

Face à cette situation, les survivants de ces attaques fuient massivement leurs villages vers des lieux jugés plus sûrs. Ce déplacement forcé fait d’eux des victimes de la famine. Le gouvernement intervient en suivant la loi du pays. L’augmentation des attaques dans les villages provoque ensuite des déplacements forcés. Le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays augmente de jour en jour en raison de l’insécurité persistante dans le pays. La situation est complexe pour mener des activités de médiation, réconcilier les différentes communautés, renforcer la cohésion sociale et favoriser le retour du personnel des services sociaux de base. Les champs, les greniers et les maisons sont incendiés par des groupes d’hommes armés. De temps à autre, des ONG apportent une aide humanitaire sous forme de céréales, de matériel agricole et d’aide morale.

La région de Nioro du Sahel est principalement un désert sec. La saison des pluies y est courte. C’est pourquoi les récoltes sont insuffisantes. Ce problème est à l’origine de l’insécurité économique de la région. Des hommes armés inconnus attaquent et volent les bus de transport. Cela empêche les gens de se déplacer d’un endroit à l’autre. Il y a des conflits territoriaux qui conduisent à la violence des paysans contre les éleveurs, violence entre groupes ethniques, etc.

La violence entraîne des pertes en vies humaines et en biens. Les mariages d’enfants et les mutilations génitales féminines constituent un problème majeur dans la région. De nombreuses jeunes filles mineures quittent l’école et mènent une vie à laquelle elles ne sont pas encore préparées. Ces conflits et cette violence provoquent une grande insécurité économique dans la région et constituent un obstacle au développement du pays.

En réalité, il est difficile pour les gens de vivre en paix tant que les choses ne fonctionnent pas. Il est évident que de nombreuses personnes ne sont pas en paix ; mais elles n’ont pas le choix. Certaines perdent des membres de leur famille à cause de la façon dont les autres les maltraitent.

Par: Gidey Mekonnin Girmay, M.Afr.

Réunion des stagiaires de la province d’Afrique australe (SAP) à Lusaka

« Pas de douleur, pas de gain », « pas de sacrifice, pas d’opportunité », « pas de discipline, pas de résultats »

Le 26 février 2024, les stagiaires de la province d’Afrique australe (SAP) se sont réunis à FENZA (Faith and Encounter Centre Zambia) à Lusaka, en Zambie, pour une réunion d’une semaine. Il s’agissait d’une rencontre de partage d’expériences de stage dans leurs différentes communautés et apostolats. Au cours de la messe d’ouverture, le célébrant principal a invité les stagiaires à réfléchir à leur rôle dans l’apostolat. Il a insisté sur le fait que le principe « pas de douleur, pas de gain », « pas de sacrifice, pas d’opportunité », « pas de discipline, pas de résultats » l’a guidé tout au long de ses années de mission. Le père Martin Onyango a dynamisé les stagiaires par son émouvant sermon.

Huit stagiaires venaient du secteur du Malawi, trois du secteur du Mozambique et douze du secteur de la Zambie. Le partage, guidé par les pères Martin Onyango et Marcellin Mubalama, a été enrichissant. La réunion a commencé par un mot de bienvenue du père Benjamin Itungabose M.Afr., délégué du secteur de Zambie. Il a encouragé les stagiaires à faire preuve de créativité et d’innovation pour répondre aux exigences de l’apostolat. Des groupes ont été formés selon les secteurs pour partager. Plus tard, l’ensemble du groupe s’est réuni pour écouter le rapport de chaque groupe.

Les stagiaires ont partagé la joie commune du zèle apostolique. Ils ont tous témoigné avoir reçu un accueil chaleureux de la part des gens dans leurs lieux d’apostolat. « Les chrétiens sont si bons ; ils nous soutiennent et nous encouragent. Malgré les difficultés linguistiques, ils nous comprennent et nous accueillent avec joie », ont-ils remarqué. Beaucoup de stagiaires ont rapporté qu’ils parcouraient des centaines de kilomètres pour atteindre les différentes succursales en traversant des rivières, des forêts, des vallées et des collines. Cela a renforcé leur zèle pour devenir des Missionnaires d’Afrique.

Les conflits dans les communautés d’accueil ont cependant fait l’objet d’une plainte générale. Les stagiaires continuent d’être victimes de communautés instables avec des conflits qui ont un impact négatif sur eux : « Nous constatons des conflits dus au fait que les confrères viennent de différents pays avec leurs propres stéréotypes et préjugés”, ont-ils déclaré. C’est pourquoi nous devrions tous en être conscients et prendre des mesures pour lutter contre ce « virus » qui ronge nos communautés », ont-ils ajouté.

Votre vocation doit être enracinée en Jésus-Christ, celui que nous servons

Le provincial de la SAP a fait part aux stagiaires de la situation financière actuelle de la Société des Missionnaires d’Afrique. Il a salué les efforts qu’ils font dans leurs différentes communautés pour contribuer à leur fonctionnement et à la réduction des coûts. Il a reconnu avec tristesse que dans presque toutes les provinces de la Société, il y a eu des scandales liés à l’argent. Le provincial et les responsables de secteur sont en train de mettre en place des moyens pour mettre fin à ces problèmes. Le provincial a conclu par des paroles d’espoir : « Nous mettons en place différents projets afin d’assurer l’autosuffisance de notre province. Nous avons actuellement des actifs qui représentent beaucoup d’argent investi, mais nous avons moins de liquidités. Nous faisons tout notre possible pour assurer la transparence et la responsabilité de ce que nous possédons en tant que province ». Il a conseillé aux stagiaires que leur détermination à poursuivre leur vocation ne dépende pas de la situation financière de la Société, mais qu’elle soit plutôt enracinée en Jésus-Christ, celui qu’ils servent.

Les stagiaires ont fait une sortie : ils ont visité la nouvelle maison provinciale à IBEX. Le jour de clôture, un forum ouvert a été organisé, au cours duquel ils ont fait des suggestions pour améliorer la période d’expérience apostolique. Ils ont, par exemple, proposé que les membres des communautés d’accueil envisagent de se présenter une fois que le stagiaire a été accueilli. Ils ont également demandé aux responsables de province et de secteur de rédiger des lettres de nomination et de clarifier les canaux de communication avec les stagiaires pendant leur année spirituelle.

Ils ont terminé cette réunion en remerciant le provincial d’avoir permis la tenue de cette réunion : « Malgré tous les défis financiers auxquels la Société est confrontée, vous avez étendu votre solidarité à un niveau supérieur et vous nous avez permis de nous rencontrer. Une réunion comme celle-ci fait d’une pierre plusieurs coups. Elle renforce nos liens, nous permet d’apprendre les uns des autres et donne du moral à notre vocation de missionnaires », a déclaré leur représentant. Et d’ajouter : « Nous vous remercions infiniment et vous souhaitons à tous la bénédiction de Dieu ».

Par: Justus Wednesday, Stagiaire