Un “appel au réveil”

La paix est le désir de chaque membre d’une communauté ou d’une société. Malheureusement, les conflits font partie de la dynamique sociale, de tout progrès et de tout développement humain. Les conflits entraînent des crises. La crise est un “appel au réveil” pour s’occuper de questions négligées; essentielles pour une vie commune saine.

Tant dans ma vocation missionnaire et mes responsabilités pastorales que dans la vie communautaire, j’ai connu des conflits. La meilleure solution a été composée d’éléments tels que : la prise de conscience, la communication, le partage du sujet de discorde, la référence à un médiateur, à un supérieur ou à un ami. Certains moments de retraites et de réunions communautaires favorisent la résolution pacifique des conflits.

Dans la vie humaine ordinaire et dans les organisations, existent nécessairement des politiques, des règlements, des procédures, des protocoles d’accord, des constitutions et des règlements administratifs. Ce sont des garde-fous contre les conflits.

À quoi ressemble une situation de conflit ?

Vous avez différentes parties ou individus avec des orientations communes, peut-être dans le même quartier, avec des idéaux partagés ou de la même origine, comme une famille ou une tribu. À un moment donné, les intérêts, les façons de se comprendre, les lignes de conduite, la planification, la perte d’orientation, la confiance limitée ou la perte d’identité diffèrent. La réflexion et le raisonnement ne mènent pas à la même conclusion, et donc pas à la même action ou au même engagement. Le conflit commence par des pertes d’unité, de ressources et parfois de vie.

Nous savons actuellement que certaines familles, communautés, nations ou individus confrontés à des conflits souhaitent les régler à l’amiable. C’est ce que nous appelons trouver une solution pacifique. Chaque partie est “gagnante” et bénéficie de la résolution. Pour parvenir à une résolution pacifique, le moment doit être propice. Les parties ou les individus doivent être conscients de la nécessité de mettre fin au conflit. Ils doivent également avoir constaté les dommages causés et avoir expérimenté et apprécié la “résolution pacifique des conflits”. Une telle expérience positive apporte une paix durable.  Un conflit ou une dispute est une énergie négative, mais lorsqu’elle est gérée, elle peut conduire à une nouvelle vie et à un nouveau développement. Un conflit est une disharmonie sociale qui veut que les choses soient en ordre.

La résolution pacifique des conflits

La résolution pacifique des conflits fait désormais partie des politiques internationales et des disciplines universitaires. Il ne s’agit pas d’une pratique nouvelle. Un certain nombre de sociétés traditionnelles ont connu de graves conflits qui ont débouché sur des guerres tribales ou civiles. Elles ont perdu des membres de leur société. Pour mettre fin à un tel phénomène, elles ont décidé de régler à l’amiable et d’organiser une résolution pacifique du conflit. Elles organisaient des cérémonies de réconciliation et la paix revenait.

 Dans les milieux ecclésiastiques, les conflits ont ruiné des communautés, fait dérailler le travail pastoral, détruit la vocation de certains membres ou causé de graves traumatismes. Ce fut une source de scandales et un anti-témoignage de l’évangile que nous prêchons. D’un côté, nous prêchons l’amour, l’unité et le pardon et de l’autre, nous nous battons et nous propageons des commérages. Que reste-t-il de notre vocation, de notre ministère, de notre témoignage chrétien ?

Les causes des conflits

Certaines des causes de conflit dans nos communautés ou dans n’importe quelle communauté, commencent par l’absence de canaux d’expression appropriés, la domination ou une mauvaise communication. Il n’y a guère de dialogue et de respect. Lorsque nous exaltons nos propres valeurs et points de vue, nous ne pouvons pas voir les valeurs et les points de vue des autres. Lorsque nous ne respectons pas l’histoire des autres, ou que nous faisons la promotion de notre propre histoire avec faste, nous jetons les bases d’un conflit. Lorsque nous ne croyons pas au changement d’époque, à un mode de réflexion différent, à une compréhension différente de la nôtre, nous nous dirigeons vers le conflit. Lorsque nous ne sommes pas prêts à changer nos idées et nos idéaux, pour une vision commune et une meilleure appréhension de la réalité, nous sommes déjà dans une situation de conflit.

La ressource la plus précieuse de toute organisation, y compris une communauté missionnaire ou religieuse, ce sont ses membres. Ces membres sont issus de familles, de milieux culturels et de nationalités différents. Ce sont des atouts, mais ils peuvent aussi être de gros handicaps et des sources de conflit. Les différences ancrent chaque membre dans sa culture ou sa tradition d’origine. Ce milieu est porteur de valeurs et de normes morales différentes, de modes de loisirs, d’habitudes alimentaires et de modes de préparation des menus. Ce milieu a une éducation différente et diverses manières d’apprécier certains faits de la vie. Il module une capacité intellectuelle différente, une réponse émotionnelle et une conscience autre. Si une différence est bien gérée, elle devient une source de beauté et de complémentarité. Si elle n’est pas bien gérée, des conflits surgissent. Nous parlons ici de caractères et de personnalités. L’art de l’ennéagramme entre peut-être en jeu.

L’exemple de Jésus

La résolution pacifique est au cœur de la vie missionnaire, de la vocation religieuse et du développement humain. La paix est essentielle à toute forme de développement. Jésus était conscient de certains conflits présents dans le cœur des gens. Il a grandi dans une situation où certaines personnes étaient dominées ou exclues. Il a prêché dans un environnement hostile à certaines personnes. Il a vécu des moments de désunion. En Luc 9, 52-56, Jésus et ses disciples traversent la Samarie et n’y sont pas accueillis ; ses disciples veulent faire descendre le feu pour les brûler. Jésus réprimande ses disciples, prêts à mal faire. Unz telle action aurait alourdi le conflit entre Juifs et Samaritains. Jésus choisit la voie de la paix. Ses croyances, ses valeurs, son raisonnement et son appréciation de la vie sont pacifiques, au contraire de ceux de ses disciples. En Mt 5, 23-26, Jésus conseille à ses disciples de se réconcilier les uns avec les autres avant d’offrir la dîme à l’autel. La réconciliation, la paix, l’unité et la vie communautaire sont des éléments essentiels de la vie chrétienne.

Et nous ?

Le missionnaire d’aujourd’hui doit être conscient de la nécessité de résoudre pacifiquement les conflits, outil pour toute communauté-témoin. Cela exige d’écouter, d’apprendre le mode de vie de l’autre et d’avoir le désir de dialoguer. L’éducation n’est pas seulement essentielle pour vaincre l’ignorance ; elle est aussi un outil d’analyse des situations et offre une vision et une action différentes. L’Église doit s’engager dans la résolution pacifique des conflits. C’est le dernier cadeau que le Christ ressuscité a légué à ses disciples : “Je vous laisse la paix. Je vous donne ma paix” (Jn 14, 27).

La résolution pacifique est le fruit des valeurs, du respect, du dialogue, de la liberté et de la bonté d’âme. C’est un cadeau que tout confrère, tout être humain, tout membre de la société peut offrir à son voisin.

Par: Venerato Babaine, M.Afr.

Session de formation sur la protection des mineurs et la sauvegarde des personnes en situation de vulnérabilité, Kigali, 2e jour

Cette deuxième journée de notre session de formation a été marquée par deux interventions. Dans la matinée, nous avons accueilli docteur Angela Rinaldi, professeure à l’institut d’anthropologie de l’université pontificale Grégorienne. Elle nous a fait approfondir la relation entre le ministère de sauvegarde et l’exercice approprié du pouvoir dans nos contextes pastoraux. Elle nous dit que le pouvoir est un don en vue du bien de façon responsable en respectant la dignité de l’autre.

Dans l’après-midi, notre confrère Peter Mateso, en nous rappelant que nous sommes les « gardiens de nos frères » (Genèse 4,9), a situé le ministère de la sauvegarde dans le charisme de notre Société et dans la vision de notre fondateur le Cardinal Charles Lavigerie. Dès l’origine, la Société a été sensible et engagée à cette mission de protection des mineurs et des personnes vulnérables.

Nous avons terminé la journée par la suite des partages et l’écoute d’expériences de confrères.

La protection est notre engagement.

 

Par: Alex Manda, Clément Kpatcha, Guy Sawadogo, Lowrent Kamwaza (News Team)

L’éducation à la culture de la paix à travers des valeurs et mécanismes endogènes

Kôrêdugaw au Centre Sénoufo

Avec la multiplicité de ce que l’on propose aujourd’hui comme étant des valeurs de notre société, il n’est plus chose aisée de définir l’éducation. Avec la tendance actuelle de tout relativiser, sur quoi doit-on se baser pour déterminer l’éducation appropriée, ou encore pour distinguer le bien du mal ? Dans cet article, nous référant aux valeurs et pratiques du peuple sénoufo d’hier, nous proposons des valeurs et mécanismes endogènes comme possible voie d’inculquer la culture de la paix.

Les Sénoufo d’hier

Hier, au Mali comme ailleurs dans plusieurs communautés d’Afrique noire, l’éducation d’un enfant avait pour objectif de faire du jeune enfant un membre entier de la communauté, connaissant ses droits et devoirs envers la société. Cette période d’éducation s’appelle « l’initiation ». Pour le peuple sénoufo, l’initiation permet de transmettre à l’enfant des valeurs nécessaires pour son intégration dans son milieu de vie. On lui apprend l’histoire de son village, l’art de vivre, l’art de gouverner, la pharmacopée, la fabrication des instruments ou outils de travail et l’apprentissage des exercices servant à développer l’endurance. Autrement dit, l’initiation est pour le peuple sénoufo un contrat social établi entre la société et l’individu. C’est une sorte d’université où un membre de la société recevait l’illumination qui le transformait de son animalité (état présocial) à l’état d’homme (nature humaine).

De même, dans le but d’assurer la perpétuité et l’harmonie sociale de la communauté, chaque adulte a le devoir de participer à la formation intégrale de l’enfant. Ainsi, l’enfant sénoufo d’hier appartenait à toute la société et son éducation était une œuvre communautaire. Selon Holas Bohumil[1], l’initiation chez les Sénoufo consistait en la formation technique et philosophique des citoyens pour qu’ils soient dignes d’un ordre social fondé sur certaines valeurs. Pour Roland Colin[2], ce genre d’éducation était le système unificateur le plus complet assurant l’ordre social entre les générations, entre les sexes, entre les humains et les génies. Bref, on recherchait une formation holistique : l’éducation de « tout Homme et de tout l’Homme ». L’ultime but recherché par l’éducation d’hier était avant tout d’assurer l’harmonie, voire la paix, dans la communauté et entre les communautés.

Pour y parvenir, la société d’hier possédait des valeurs et mécanismes communs qui lui permettaient de distinguer le bien du mal et de construire une société apaisée. A titre d’exemple, chez les Sénoufo, le Grand Calao (Zhigban / Zhigbannawo en langue sénoufo) est l’oiseau symbole d’une éducation accomplie. Par sa vertu rituelle, le grand calao symbolise la fécondité, la sagesse et la sécurité. Par sa forme, chacun de ses membres constitue un creuset d’enseignements appropriés aux jeunes initiés :

-Sa grosse tête est symbole d’une « bonne mémoire » : le jeune initié doit savoir retenir les enseignements.

-Son bec fermé et posé sur le ventre symbolise la maîtrise de sa langue : le jeune initié doit savoir maitriser sa langue, être discret et faire surtout attention à ne pas dévoiler ce que l’on apprend dans le bois sacré.

-Ses ailes écartées montrent que le calao s’apprête à voler : c’est un conseil au jeune initié d’être toujours prompt au travail ; une manière de lui dire : ‘ne mendies pas, mais nourris-toi, toi-même !’

-Ses pattes droites sont des symboles de la droiture et l’honnêteté que l’initié doit s’approprier: il ne doit ni mentir ni voler ou encore commettre l’adultère.

Aujourd’hui

Le constat est amer. Force est de constater que nombre de jeunes d’aujourd’hui sont sans repères ! Ils sont en rupture avec leurs racines culturelles et valeurs sociétales. C’est l’origine de nombreux conflits qui fragilisent notre société actuelle. Ignorant les codes d’éthique, de citoyenneté et de patriotisme, les jeunes sont souvent victimes de manipulations idéologique et financière, facilement enrôlés dans le banditisme, la délinquance et des scènes d’extrémismes.

De nos jours, on assiste impuissamment au manque de valeurs et de mécanismes d’enseignements majestueux à l’image de ceux attribués au grand calao. Nous remarquons cependant que la situation de guerre et de conflits intercommunautaires au Mali a éveillé la conscience de plusieurs leaders religieux, politiques et coutumiers. Plus particulièrement, la société malienne devient de plus en plus consciente du fait que l’éducation efficace et le développement durable et respectueux de toute société humaine passent d’abord par l’apprivoisement de sa propre culture.

L’Église au Mali en général et la Société des Missionnaires d’Afrique en particulier ne sont pas restés en marge. Elles contribuent et participent à l’éveil des consciences et d’une culture de la paix et à la cohésion sociale, tout en ayant pour souci permanent la valorisation des mécanismes endogènes de nos cultures, notamment à travers le ministère de l’inculturation. Pour preuve, dans les plans stratégiques pastoraux de presque tous les diocèses du Mali, un accent particulier est mis sur la reconstruction de l’ordre social à partir des valeurs de nos propres cultures. C’est à la fois un appel à redécouvrir les valeurs de nos pratiques culturelles et un appel à des réponses éclairées par les valeurs évangéliques.

La société malienne regorge d’une richesse culturelle et des mécanismes endogènes inestimables qui peuvent être de véritables vecteurs de la consolidation de la paix et de la coexistence pacifique. Dans plusieurs communautés maliennes, par exemple, se trouvent des mécanismes endogènes comme le sinankunya (relation à plaisanterie), le maaya (l’humanisme), le jatigiya (l’hospitalité), le koreduganya (confrérie traditionnelle chargée de prévention et de gestion des conflits). Ce sont, entre autres, des voies et moyens, malheureusement déchirés par la violence qui ronge le Mali depuis plus de dix ans. L’Église est plus que jamais appelée à redécouvrir ces valeurs et mécanismes endogènes afin de proposer des pistes d’évangélisation plus accessibles à ses contemporains, notamment à la crème de notre société, qu’est la jeunesse.

Le Centre Culturel Sénoufo à Sikasso (CRSPCS), le Centre d’étude de langue (CEL) à Faladjé – Kolokani, l’Institut de Formation Islamo-chrétienne (IFIC) et le Centre Foi et Rencontre (CFR) à Bamako, fruits des initiatives des Missionnaires d’Afrique, sont parmi les plate-formes d’apprentissage et d’approfondissement de ces valeurs sociétales de la coexistence pacifique. L’existence de ces structures est non seulement un témoignage palpable de la volonté de l’Église de reconstruire l’ordre social bafoué par la violence, mais aussi de donner à la société malienne l’occasion d’approfondir sa connaissance de l’autre dans sa différence.

[1] Holas Bohumil, Les Senoufo (y compris les minianka), l’Harmatan, Paris, 1957

[2] Colin Roland, Kénédougou, visage du monde des Sénoufo du Nord au tournant de l’histoire. In : Sénoufo du Mali, Paris, Revue Noire Éditions, 2006, pp.80-87.

Par: Bruno Ssennyondo, M.Afr.

Centre Senofo et IFIC avec la Communauté musulmane à Sikasso
Calao

Nourrir les rêves de lendemains meilleurs

Si pour certaines personnes la paix pourrait ne pas être un sujet préoccupant, tant les réalités de leur espace de vie semblent ne pas frustrer leur désir de bien-être, fort est de souligner qu’elle est un trésor difficilement trouvable pour bien des hommes et femmes, en l’occurrence ceux du Soudan du Sud, qui sont meurtris par des conflits fratricides et désastreux depuis des décennies. Ainsi, on ne saurait vivre, dans un tel environnent, sans se poser la question existentielle de l’éducation à la culture de la paix.

Cet état des lieux de la société sud-soudanaise laisse voir que l’éducation à la paix et la culture de la paix s’imposent à la société humaine en général, mais en particulier au Soudan du Sud  dans la mesure où on ne peut vivre épanoui sans la paix. En effet, éducation à la paix laisse sous-entendre un appel pressant à la responsabilité familiale, voire parentale. Il est donc question dans ce cas de figure, de faire de la recherche d’un environnement sain et épanouissant, non pas une option, mais une priorité. Dans cette optique, dans la cellule familiale et dès leur tendre enfance, toutes les valeurs humaines seront, avec un grand sens de responsabilité, imprimées dans la conscience des enfants qui, dit-on, sont des adultes en miniature. Ainsi, y aura-t-il de fortes chances que les enfants grandissent avec ce qui aurait été imprimé en eux comme valeurs: les valeurs humaines, les valeurs intellectuelles, les valeurs professionnelles et les valeurs spirituelles. Il apparaît ainsi que toutes les composantes de la société doivent être impliquées et prises en compte dans cette entreprise essentielle de l’éducation à la paix.

Il faut de plus comprendre que le bien être de toute société humaine se fonde et se perpétue grâce à la bonne conduite de ses filles et fils, eux-mêmes tributaires de l’éducation reçue. Cette éducation à la paix doit nécessairement être cultivée afin de se pérenniser dans l’espace et dans le temps. Cela suppose aussi la création et la promotion d’institutions fortes et humanisantes. Ce besoin est encore une urgence dans les pays désarticulés par les conflits armés comme le Soudan du Sud.

Le Soudan du Sud

Le Soudan du Sud, bien que jeune en tant qu’État indépendant, connaît une profonde déchirure sociale qui, dès sa naissance même, a mis à mal son unité sociale et nationale. Pendant longtemps marginalisé au plan de l’éducation, clé de l’épanouissement et du développement,  par les autorités du Soudan avant son indépendance, il demeure triste de voir que l’éducation scolaire est un luxe pour ce peuple. Ce manque d’éducation scolaire, dans un pays traumatisé par la guerre, constitue, à notre avis, une brèche vers l’accentuation de la violence. Ce manque favorise le narcissisme ethnique et l’esprit de vengeance. Malheureusement, loin d’œuvrer à l’éradication de la violence dans toutes ses formes, on assiste plutôt, impuissants, à une sorte d’amplification des conflits.

Pour ce qui nous concerne directement, il faut souligner que le diocèse de Malakal, en l’occurrence la région administrative de Jonglei où se trouve notre paroisse, est l’épicentre de la violence. Violence dans les églises pour des raisons de succession, vol de bétail, enlèvement et abus d’enfants, affrontements ethniques, conflits liés à l’appropriation de terres, mariages forcés, abus de femmes, de personnes vulnérables et d’étrangers. Le manque d’éducation semble, de loin ou de près, expliquer ce lancinant constat. Pour ce faire, notre pastorale a comme objectif prioritaire l’éducation à la culture de la paix.

Ainsi nous sommes convaincus que l’un des moyens adéquats pour briser les chaînes de la violence, pour promouvoir la paix et œuvrer à la réconciliation, c’est d’établir une école pour une éducation holistique. Mais en attendant d’avoir les moyens nécessaires pour la construction de l’école, nous agissons autrement. Dans notre démarche pastorale, tout est centré sur la paix. Par exemple, nous mettons à profit le temps de l’homélie pour parler aux cœurs désespérés, pour inciter à la fraternité, à un changement positif du regard posé sur autrui qui ne peut pas être une option, mais absolument une priorité, si l’on veut bien utiliser les chances d’apaiser les cœurs et d’assainir l’environnement dans lequel l’on vit.

De plus nous avons, en collaboration avec le diocèse et certains partenaires, organisé des sessions de guérison de traumatismes et autres fléaux qui minent la société sud-soudanaise. Nos paroissiens et nos voisins y ont pris part. Nous avons aussi organisé des sessions pour les jeunes. Enfin, nous avons initié la journée des enfants qui, malgré les moyens dérisoires, fut un succès. Pour ce qui concerne les enfants, en particulier, nous nous sommes résolus d’avoir un programme hebdomadaire avec eux et, depuis début décembre jusqu’à ce jour, nous constatons une affluence accrue. Le cas des enfants, nous l’avons voulu inclusif dans l’unique but de promouvoir la paix. À cet effet, les parents des enfants nous témoignent de leur gratitude pour notre contribution à l’éducation de leurs enfants, tout en nous demandant la construction d’une école qui, pour eux et pour nous aussi, serait le cadre idéal pour la réalisation d’un tel rêve.

Nul besoin d’insister qu’il y a un lien fort entre paix et développement durable. En effet, l’un ne saurait être une réalité sans l’autre. Ils sont même le point d’achoppement du vivre ensemble. De ce point de vue, la meilleure attitude à adopter et à inculquer, c’est le respect de la vie humaine et sa promotion car, dit-on, l’homme est une fin et non un moyen. C’est dans cette perspective que nous inscrivons notre pastorale. En effet, nous avons organisé des sessions pour promouvoir la paix et la justice, pour outiller les familles à être les cellules de base de la paix. De plus, pour la promotion de la paix, nous accueillons les enfants pour les chants et danses traditionnels et les jeunes pour le sport. Dans l’avenir, nous souhaitons avoir une école où la connaissance, le savoir-vivre et le savoir-faire seront transmis aux plus jeunes. Aussi, nous exprimons le besoin d’un centre de formation professionnelle pour les jeunes, afin d’opérer un changement de perspective : alors que l’oisiveté et le manque d’opportunités de nourrir des rêves de lendemains meilleurs les disposent à la violence, nous espérons que la formation professionnelle pourrait, au contraire, faire d’eux des acteurs pour la paix.

Nous sommes convaincus que l’éducation demeure un moyen sûr pour jeter les jalons du développement durable, de la promotion de la paix et de la vie humaine, comme c’est le cas au Soudan du Sud. Forts de cette conviction, nous saisissons cette opportunité pour demander à toute personne convaincue de la nécessité de l’éducation et de la formation des jeunes, de voler au secours de notre mission dans un pays désarticulé par les horreurs de la guerre, et où l’avenir non seulement de l’Église, mais encore de l’humanité est durement remis en cause. 

Par: Nare Mohamadi Jean Dieudonné, M.Afr.

Roma Cura Roma : Les petites actions font la différence

Le 11 mai 2024, l’autorité municipale de Rome a organisé un nettoyage de la ville. Roma Cura Roma est un événement important de la ville dédié à l’entretien collectif des rues, des places, des parcs et des espaces verts. Parmi les nombreux volontaires qui ont participé à l’événement figuraient les Missionnaires d’Afrique résidant à la Maison généralice. Ils ont travaillé avec d’autres membres du groupe des pèlerins de la Via Aurelia, en particulier les Sœurs Maristes et les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique (SMNDA).

De 9 h à 12 h, nous nous sommes rassemblés devant notre Maison généralice, avons mis ensemble les outils nécessaires et nous nous sommes dirigés vers les zones de travail indiquées. La zone choisie était le chemin qui mène à la station de métro Valle Aurelia (Via Pietro Ciriaci). Les escaliers devant la  Via Agostino Richelmy qui descendent sur la Via Anastasio II en direction de la poste, faisaient également partie de notre initiative (cf. https://www.romacura.roma.it/partecipanti/missionari-dafrica-padri-bianchi-via-aurelia-pilgrims/).

Le travail a pris plus de deux heures pour nettoyer la rue menant à la station de métro Valle Aurelia et celle qui va au bureau de poste. Notre initiative consistait à couper la végétation qui avait poussé pendant le printemps, ramasser les ordures, balayer le trottoir, déboucher les égouts, etc. Nous avons finalement collecté des sacs remplis de plastiques, de bouteilles de verre, de plantes, de feuilles sèches, etc. Tout ce qui était compostable a été apporté au compost dans notre jardin.

Les passants ont souvent été surpris de nous voir travailler. Cette fois, l’un d’entre eux a donné un bonus de 5 € pour acheter de l’eau à boire, car travailler au soleil peut être déshydratant. Les organisateurs de Roma Cura Roma sont toujours reconnaissants de notre générosité et du travail accompli. Des râteaux, des balais en plastique, des sacs en plastique et d’autres outils pour le travail ont été donnés et collectés à la Piazza Sempione, Rome.

 « Les petites actions font la différence », argumente une bénévole qui a participé à notre événement. Notre initiative est une réponse à l’appel du pape François à prendre soin de notre maison commune. Sa Lettre encyclique Laudato Si’ et son Exhortation apostolique Laudate Deum appellent à une conversion écologique radicale. Une métanoïa écologique implique d’écouter la clameur des vulnérables et de la terre. Comment ? En faisant des choses simples comme nettoyer certaines rues du quartier, réduire les déchets, suivre le nombre d’heures passées sur les dispositifs pour économiser l’énergie, planter plus d’arbres locaux et fruitiers, etc., dans l’espoir que de telles actions déclenchent une transformation personnelle et communautaire de mentalité.

Il convient de rappeler que l’année dernière, à peu près à la même époque, les Missionnaires d’Afrique avaient pris une initiative similaire. Comme indiqué précédemment, Roma Cura Roma (« Rome prend soin de Rome ») est une journée dédiée à l’entretien bénévole des rues, des places, des parcs et des espaces verts de la ville. elon ROMA, en cette 3ème édition du samedi 11 mai 2024, plus de 300 initiatives ont été enregistrées, rassemblant 16.000 participants.

Par: Prosper Harelimana, M. Afr.

Quand les justes se multiplient, le peuple est dans la joie

Contexte

Nous vivons de grands bouleversements qui affectent tous les tissus de la vie en société car, dit-on, les faits sociaux sont totaux et globaux ; par exemple, une crise économique peut déstabiliser la structure éducative, sécuritaire et peut compromettre le développement intégral, fondement de la paix. Ainsi devons-nous comprendre que parler d’éducation et de la culture de la paix revient à analyser le système éducatif hic et nunc et l’intégrer de manière efficiente à la formation des consciences, dans le respect des droits de l’homme, la promotion des valeurs qui garantissent la  justice pour tous les peuples, et la création de conditions économiques stables pour tous. Bref, veiller au développement intégral pour prévenir les crises susceptibles d’enfreindre les initiatives de paix.

Nous rappelons quelques programmes éducatifs tels que L’éducation aux droits de l’homme et à la citoyenneté (EDHC) en Côte d’Ivoire pour faciliter la transition vers une culture de paix ; The Truth and Reconciliation Commission créé en 1996 par Nelson Mandela pour la promotion de l’Unité Nationale et la Réconciliation, en Afrique du Sud ; La Commission Vérité et Réconciliation (CVR) initiée pour le soutien à la paix et réconciliation, lors du dialogue inter-congolais en avril 2002 ; El Centro de Justicia para la Paz y el Desarrollo (CEPAD) créé en 2006, au Mexique (Jalisco), pour l’accès à la vérité, à la justice et l’accompagnement des victimes de torture et des familles des disparus. Ces programmes éducatifs ont certainement apporté une contribution remarquable pour la promotion de la paix et l’intégration sociale. Leurs champs d’actions cependant sont souvent restés limités en raison des contraintes politiques et économiques.

La culture de la paix en péril

Les foyers de tension dans le monde inquiètent et interrogent. L’éducation a-t-elle les moyens de faire face aux défis pour la promotion de la culture de la paix ? L’éducation est d’abord une formation qui offre des fondements pour le vivre ensemble, la justice pour tous, les possibilités pour tous, la résolution des conflits pour garantir l’harmonie dans les sociétés. Couplée à la vérité, l’éducation devient une ouverture aux réalités du monde pour une véritable praxis sociale. Malheureusement, le constat est que l’éducation s’apparente davantage à une culture de l’information dépourvue de critique constructive. En d’autres termes, l’éducation se résume à la formation de professionnels pour le marché de l’emploi, au détriment d’autres valeurs d’intégration sociale. Nous faisons face à une éducation essentiellement tournée vers la production, laquelle devient la mesure de la réussite. Une telle éducation dont l’objectif principal est le gain, aura difficilement contribué au développement intégral et à la protection de la culture de la paix.

Un autre facteur qui fragiliserait la culture de la paix, c’est la crise économique. Le manque de ressources et d’indépendance financières font peser sur plusieurs communautés un risque de déstabilisation et d’implosion, comme par exemple, le phénomène des réseaux de ravisseurs. Les médias nous rapportent chaque jour des nouvelles des familles dont les membres sont aux mains de ravisseurs. C’est une affaire en expansion dans notre contexte de mission et dans plusieurs autres parties du monde. La multiplication de ces ravisseurs est une conséquence de la crise économique, des frustrations et frictions sociales. Bref, les structures d’injustice sont souvent à la base de cette rupture, au point de rendre difficile toute promotion de la culture de la paix.

Mentionnons encore la crise migratoire. Le Mexique est un corridor que plusieurs migrants utilisent pour entrer aux Etats-Unis. Des milliers de réfugiés venant des pays de l’Amérique Latine et de Haïti, se déplacent à pied et en train poussant jusqu’aux derniers recoins les limites de l’effort humain pour arriver à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. C’est une traversée périlleuse, parfois sans succès. Ces réfugiés, écrasés par la misère, sont souvent victimes des cartels de la drogue et d’autres organisations criminelles pour des fins économiques ou pour des recrutements massifs.

Construction de la culture de la paix

Après avoir dépeint le contexte suivi de l’analyse de quelques faits qui pourrissent les efforts pour l’impulsion de la culture de la paix, voyons à présent les quelques actions entreprises au niveau de l’Eglise locale, au travers des religieux et laïcs engagés. Au niveau de nos deux communautés au Mexique, nous avons de petites cellules pour accueillir des personnes désireuses de parler, en leur offrant un cadre d’écoute. Ils sont nombreux à désirer nous parler. Nos candidats sont orientés pour aider en ce sens, avec quelques religieuses et laïcs engagés dans les structures d’accueil des réfugiés. Cette présence de nos candidats fait partie du cursus académique pour la formation aux valeurs humaines de service gratuit, de porter assistance aux personnes en situation difficile, de respect de la vie humaine, etc. Une fois l’an, une marche à laquelle participent les confrères, est organisée par la Commission Justice et Paix comme expression d’interpellation pour une vraie paix et une justice pour tous.

Avec la promotion des calendriers missionnaires que nous faisons dans plusieurs paroisses du diocèse, à partir du mois d’octobre jusqu’au mois de janvier, nous portons un message incarnant une approche missionnaire centrée sur l’interculturalité comme expression de vouloir vivre ensemble. Il faut souligner que la paix est une culture universelle nécessitant des acteurs pour la transmettre d’une génération à l’autre, à travers une formation désintéressée fondée sur les valeurs profondes de vérité, de liberté, de justice pour tous, etc. “Quand les justes se multiplient, le peuple est dans la joie ; mais quand le méchant domine, le peuple gémit” (Pr 29,2). Malgré la complexité des structures qui occasionnent les mouvements de réfugiés, les conflits intercommunautaires et les remous sociaux, nous devons garder l’espérance, car l’action des hommes de bonne volonté à travers la formation holistique, constitue une petite semence porteuse d’espoir. Les grands enjeux demain se joueront sur le respect des droits de l’homme et la paix.

Par: Raphaël Muteba, M.Afr.

Education et culture de la paix

Ce sujet, éducation et culture de paix est très important et demeure très actuel dans l’Évangile que nous sommes appelés à annoncer à temps et à contre temps. Il fait partie de l’être de l’Église et de son agir dans le monde en tant que don du Christ Jésus. C’est sa façon de vivre et de rayonner la paix qu’elle devienne éducatrice de la paix et s’inculture dans les valeurs des cultures où elle est envoyée. C’est pour cela que nous, missionnaires d’Afrique, nous sommes à l’aise lorsque nous apprenons des langues locales, portes par lesquelles nous entrons dans les cultures locales pour y annoncer la Bonne Nouvelles et la Paix du Ressuscité !

Il faut revenir à combien de fois nous prononçons le mot « paix » au cours de nos célébrations liturgiques : ‘la paix soit avec vous’ ou bien la prière suivante « Seigneur Jésus Christ, tu as dit à tes apôtres : ‘Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix’ ; ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Église ; pour que ta volonté s’accomplisse, donne-lui toujours cette paix et conduis-la vers l’unité parfaite, toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles ». Ensuite, nous nous donnons la paix du Christ. Nous vivons et donnons ce que nous avons reçu du Christ. Nous continuons de le vivre sous sa lumière avec notre mère, l’Église.

Ce que nous allons partager résume ci-dessous une expérience vécue lors des conflits interethniques post–électoraux au Kenya en 2008-2013. J’étais alors formateur dans notre maison de formation théologique à Nairobi/Balozi. Avec l’Association des psychologues du Kenya dont je suis membre, nous sommes beaucoup passés dans les camps de déplacés pour accompagnement psychologique et assistance matérielle. Nous étions supportés énormément par l’Église locale.

La religion chrétienne, actrice de paix à l’échelon mondial

À l’échelle mondiale, les acteurs religieux jouent un rôle important dans l’éducation à la paix, en rassemblant les gens pour la gestion des conflits. Ils ont une position légitime pour prêcher et enseigner, notamment en sensibilisant aux croyances religieuses des autres religions et en invitant à la tolérance au sein des communautés. Leur rôle est ainsi de favoriser le développement de la paix.

Deux éléments essentiels de la vie religieuse sont d’une importance capitale pour le rétablissement de la paix : l’empathie et la compassion ; la miséricorde puise dans ces attributs la force pour un rétablissement efficace de la paix.

Il existe un lien entre notre foi chrétienne et la paix. Certaines caractéristiques religieuses sont associées à la paix, par exemple lorsqu’un pays a un groupe religieux dominant. Le programme d’éducation individualisé obtient des niveaux de paix plus élevés dans les pays sans groupes religieux dominants et lorsqu’il y a moins de restrictions gouvernementales sur la religion.

La religion chrétienne mène aussi au développement. La religion affecte la prise de décision économique en établissant des normes sociales et en façonnant les personnalités individuelles. Les entreprises situées dans des communautés à forte religiosité ont tendance à adhérer à des normes éthiques propices à une économie stable.

La religion chrétienne est alors comme une clé importante dans le développement de la société. La religion remplit plusieurs fonctions pour la société. Il s’agit notamment de (a) donner un sens et un but à la vie, (b) renforcer l’unité et la stabilité sociales, (c) servir d’agent de contrôle social du comportement, (d) promouvoir le bien-être physique et psychologique, et (e) motiver les gens à œuvrer pour un changement social positif. Le dialogue œcuménique, interreligieux et interculturel peut y contribuer énormément.

Considérons les apports de la religion chrétienne à la société : elle renforce les individus, les familles, les communautés et la société dans son ensemble. Elle affecte considérablement les résultats scolaires et professionnels et réduit l’incidence de problèmes sociaux majeurs, tels que les naissances hors mariage, la toxicomanie et l’alcoolisme, la criminalité et la délinquance.

Le rôle de l’Église dans le maintien de la paix et de la sécurité dans la société est donc important. Elle a toujours enseigné à ses membres l’action de non-représailles, comme l’a enseigné Jésus lui-même ; cela aide à absorber la violence au lieu de mener à une escalade. Par conséquent, chaque cycle de violence provoquant la vengeance, qui à son tour provoque davantage de violences, est brisé par le simple acte de tolérance, de dialogue et d’éviter des représailles.

Les chrétiens sont donc ceux qui suivent et mettent en pratique l’enseignement du Christ dans tous les domaines de leur vie. L’un des sommets du christianisme, ou de la vertu chrétienne, est la paix. La Bible enjoint aux chrétiens de s’embrasser et de vivre en paix avec leurs voisins.

Réconciliation au Kenya durant la période post-électorale 2008-2013

Le processus de construction de la paix, de réconciliation et de restauration par l’Église a été lancé par la formation de la Commission de la Conférence épiscopale du Kenya parce qu’il ne pouvait pas être laissé entre les mains des seuls politiciens. L’Église a été appelée à un ministère de réconciliation et a exercé un mandat spirituel à la suite de la crise électorale. L’Église a surveillé de près le processus pour s’assurer qu’il vise véritablement à parvenir à la guérison nationale, et non à un simple blanchiment visant à balayer les injustices du passé sous le tapis pour des raisons d’opportunisme politique. L’Église a utilisé la chaire pour enseigner et prêcher un pardon et une réconciliation véritables et encourager les gens à participer à une gestion juste et globale du passé afin que la nation puisse véritablement être guérie de ses multiples blessures. L’Église avait la responsabilité permanente de guérir le traumatisme de la violence du passé entre ses propres membres.

Les réalités sociales au sein des sociétés furent prises au sérieux. Les conflits doivent être considérés comme des événements non isolés dans leur contexte social. Les techniques de rétablissement de la paix utilisées par l’Église au cours de la période post-électorale de 2008 à 2013 se sont concentrées sur les aspects structurels de la restauration ou de l’établissement de relations entre anciens rivaux.

Cette approche repose sur l’hypothèse selon laquelle des interactions égales entre les parties, ainsi qu’une restructuration économique et politique, conduit à de nouveaux liens de coopération qui stabilisent les relations pacifiques. L’Église s’est concentrée sur des éléments structurels tels que l’échange de représentants dans diverses sphères politiques, économiques et culturelles. Le maintien de canaux de communication formels et réguliers et une partie essentielle des actions structurelles promues par l’Église consistaient à traiter l’autre partie avec respect, justice, égalité et sensibilité à ses besoins et ses objectifs.

Par: François-Xavier Bigeziki, M.Afr.

Vivre l’Ascension à Jérusalem

Le fait de situer l’Ascension du Seigneur Jésus au sommet du mont des Oliviers peut être lu comme l’accomplissement des traditions religieuses liées à ce mont. L’histoire et la géographie de Terre sainte nous aideront peut-être à comprendre pourquoi le mont des Oliviers est le gardien de la mémoire de ce mystère de notre salut.

Les textes bibliques nous parlent de deux lieux de l’Ascension de notre Seigneur. Après la résurrection, le Ressuscité donne rendez-vous à ses disciples en Galilée (Matthieu 28, 16). Les Actes des Apôtres placent le lieu de l’Ascension à l’est de Jérusalem au sommet du mont des Oliviers (Actes des Apôtres 1, 9-12).

La partie nord du mont des Oliviers est connue sous plusieurs noms : ‘La vigne du chasseur’ en arabe KARM ES SAYAD ; ‘La petite Galilée’ dans la tradition grecque ; VIRI GALILAEI (en latin : hommes de Galilée) allusion à la parole adressée aux apôtres selon Actes 1, 11 « Gens de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? »

Pourquoi le mont des Oliviers et non pas le mont Sion ?

Le choix du mont des Oliviers n’est pas un hasard. Jésus s’approprie toute l’histoire de l’humanité pour l’amener à la perfection. Le mont des Oliviers est le gardien des traditions juives, chrétiennes et musulmanes.

Pendant la période du second Temple, le mont des Oliviers est appelé HAR HAMISHKHA, ‘mont de l’Onction’. Peut-être en souvenir de l’onction de Salomon, sacré roi en une cérémonie improvisée dans l’urgence près de la source de Gihôn dans la cité de David. La manière dont cette cérémonie est racontée dans le premier livre des Rois annonce déjà l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem le jour des Rameaux : « Ils (le prêtre Sadoq, le prophète Natân…) mirent Salomon sur la mule du roi David et descendirent à Gihôn. Le prêtre Sadoq prit dans la Tente la corne d’huile et oignit Salomon ; on sonna du cor et tout le peuple cria : « Vive le roi Salomon ! ». Puis tout le monde monta à sa suite ; le peuple jouait de la flûte et manifestait une grande joie, avec des clameurs à fendre la terre » (1 Rois 1, 38-40). Ce sera presque la même chose le jour des Rameaux : monté sur un ânon, Jésus viendra de Bethphagé de l’autre côté du mont des Oliviers ; il descendra ce mont, traversera la vallée du Cédron pour remonter le mont du Temple et entrer à Jérusalem. Et le peuple l’accompagnera en criant de joie « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur… » (Marc 11, 9)

Mont de l’Onction à cause de la production d’huile d’olives. Les olives de cette montagne étaient utilisées dans la production d’huile. Cette huile qui servait pour oindre les rois et les prophètes et pour les célébrations liturgiques au Temple. Jésus est l’Oint de Dieu par excellence. C’est tout à fait normal qu’il monte au ciel où il est assis à la droite de Dieu le Père par le mont de l’Onction.

Le désir de beaucoup de juifs a toujours été d’être enseveli sur le flanc ouest de mont des Oliviers. Etre enterré en face du mont du Temple, c’est reposer sur une terre sûre pour le jugement dernier. Le prophète Zacharie annonce en effet qu’en ce jour qui achèvera l’histoire : « Les pieds du Seigneur se poseront sur le mont des Oliviers qui fait face à Jérusalem vers l’orient. Et le mont des Oliviers se fendra par le milieu, d’est en ouest, changé en une immense vallée… Puis le Seigneur mon Dieu viendra, et tous les saints avec lui » (Zacharie 14, 4-5). La prophétie de Zacharie parle « des pieds du Seigneur ». Et aujourd’hui dans le sanctuaire de l’Ascension du mont des Oliviers, on peut voir une pierre qui porte les traces du pied de Jésus au moment où il montait au ciel.

La tradition musulmane reconnaît aussi l’importance du mont des Oliviers. Dans la Sourate 1, il est fait mention du droit chemin au verset 6 : « Conduis-nous dans le droit chemin ». Ce terme « droit chemin » se dit « sirat » et a deux sens selon l’époque. Dans l’Islam ancien, il signifie droit chemin ou chemin à parcourir. Dans l’Islam du Moyen-Age, une importance spatiale y est ajoutée : le bon chemin est à associer avec le pont qui reliera le mont des Oliviers au mont du Temple à la venue du messie. La tradition musulmane rejoint ici la tradition juive mais avec une particularité : au jugement dernier, tous les fidèles de ALLAH qui sont enterrés au mont des Oliviers ressusciteront et devront traverser un pont érigé sur sept arches le reliant au mont du Temple. Les « justes » traverseront facilement le pont, tandis que les « mécréants » tomberont dans le Cédron. Ainsi nous trouvons des tombes de musulmans dans la vallée du Cédron, à l’ombre des remparts tout près de l’esplanade de la Mosquée Al Aqsa, autour de la porte Dorée, porte par laquelle selon la tradition juive, le messie devra passer pour entrer au Temple et prononcer le jugement.

Aujourd’hui ce sanctuaire de l’Ascension est géré et gardé par les musulmans. C’est un site très particulier, car il est utilisé comme mosquée et selon les occasions comme église chrétienne. A l’intérieur de la mosquée se trouve la pierre qui porte les traces du pied de Jésus au moment où il montait au ciel comme nous l’avons dit plus haut. Ainsi se rejoignent les traditions juives, chrétiennes et musulmanes au mont des Oliviers.

La fête de l’Ascension aujourd’hui

Jésus a choisi un mont où il y a des oliviers, un mont en dehors de Jérusalem, pas très loin de la cité sainte. Il n’a pas choisi le mont Sion qui est dans la ville. Il a gardé le symbole de l’olivier, arbre typique du bassin méditerranéen, arbre donné par Dieu à son peuple avec la Terre promise (Deutéronome 6, 10-12) L’olivier est comme cet arbre « qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt » (Psaume 1, 3). Il est aussi le symbole du juste et le symbole de la paix, car il est toujours vert et il ne donne son fruit qu’après des soins patients, c’est-à-dire après un long temps de paix. La tradition juive raconte que le rameau d’olivier apporté à l’arche de Noé par la colombe après la décrue des eaux du déluge venait justement du mont de l’Onction.

Fruit de l’olivier et du travail des hommes, l’huile d’olive est tout à la fois nourriture, parfum, remède et indispensable pour la lumière des lampes. Ce riche symbolisme est abondamment repris dans les sacrements de l’Eglise (CEC n° 1293 et 695), les sacrements qui nous font entrer dans les réalités d’en haut. C’est cela même la spiritualité de l’Ascension. Nos réalités terrestres, une fois sanctifiées par la présence et surtout par la bénédiction du Christ, sont élevées au ciel : « Celui qui vous a été enlevé, ce même Jésus viendra comme cela, de la même manière dont vous l’avez vu s’en aller vers le ciel » (Actes 1, 11).

Juifs, chrétiens et musulmans, tous croient que le messie reviendra. A la question d’un participant à la session, ici à sainte Anne de Jérusalem, à un rabbin sur la venue du messie, ce dernier a répondu : quand le messie viendra, nous lui demanderons si c’est la première fois qu’il vient au monde ou bien si c’est la deuxième fois.

Par: Grégoire Milombo, M.Afr.

Mémoire des Bienheureux Pères Blancs de Tizi-Ouzou

Comment les gens vivent-ils cette mémoire aujourd’hui ?

Fondée en 1874, 6 ans après la création de la Société, la communauté de Tizi-Ouzou reste notre plus ancienne communauté encore active. C’est dans cette communauté que nos quatre confrères Alain, Charles, Jean et Christian, Missionnaires d’Afrique, ont été assassinés le 27 décembre 1994. C’étaient des missionnaires courageux et zélés qui ont consacré leur vie jusqu’au bout ; ils sont désormais comptés parmi les plus grands martyrs de l’amour. Ils ont été béatifiés le 8 décembre 2018 à Oran, en Algérie, avec 15 autres personnes. C’étaient des personnes respectées en raison de leur dévouement à la mission et de leur amour pour l’Algérie et son peuple. Nous sommes conscients des privilèges, mais aussi des défis, de vivre dans cette même communauté.

Le sentiment de gratitude et de reconnaissance

Le 27 décembre 2024 prochain, ce sera exactement 30 ans que nos confrères furent assassinés au sein de leur domicile communautaire ; mais les gens continuent de parler d’eux comme si c’était hier. Nous savons bien que les Bienheureux Alain, Charles, Jean et Christian étaient fortement engagés au sein de la société algérienne ; cela se situait dans un contexte où les écoles et centres de formation pouvaient encore être sous la responsabilité de non-nationaux.

Charles Deckers, la figure la plus emblématique des quatre, a formé pas mal d’élèves qui sont passés par le centre de formation professionnel dont il avait la charge. Ces élèves, aujourd’hui des cadres et hauts responsables dans l’administration algérienne, ne cessent de rappeler qu’ils ont été formés par Charles Deckers ; quelques uns même sont déjà à la retraite. Certains d’entre eux sont écrivains et ont consacrés des dizaines de pages à Charles Deckers dans les ouvrages publiés à un certain moment de leur carrière. Ces personnes, nous les côtoyons toujours.

Charles Deckers a vraiment marqué la ville de Tizi-Ouzou par son service et sa générosité : du centre de formation professionnelle qu’il a dirigé sont sortis des centaines d’élèves devenus cadres dans la nation algérienne à tous les niveaux. Charles était connu et apprécié par la population, y compris celle des villes et des villages environnants. En 1972, sûr et fier de son enracinement dans la terre algérienne, il avait acquis la nationalité du pays.

Jean et Alain étaient engagés pastoralement dans les visites de familles, principalement dans les montagnes de la Kabylie. Nous recevons encore des témoignages de certaines personnes évoquant leurs souvenirs de famille, en lien avec ces Bienheureux.

Par contre, on n’entend pas beaucoup parler de Christian. C’était le plus jeune des quatre ; nous savons qu’il était à la base du projet de la bibliothèque qu’il n’a malheureusement pas vu naître. Cette bibliothèque est aujourd’hui fréquentée par des dizaines d’inscrits : professionnels algériens, étudiants et chercheurs en médecine, linguistique et autres matières, même si nous constatons une baisse d’inscriptions ces dernières années.

Célébration annuelle

Chaque 27 décembre, nous lançons une invitation pour commémorer l’anniversaire de leur assassinat ; nous avons toujours un feedback positif, en ce sens que de nombreuses personnes se rendent au cimetière en leur mémoire. L’Algérie est un pays qui célèbre ses martyrs ; nos confrères en font partie.

Nous avons l’impression que leur mémoire est toujours vivante avec tous ces témoignages de vie que nous ne cessons de recevoir. Les gens sont reconnaissants et n’oublient pas les actes concrets que nos Bienheureux ont posés. Le sentiment de gratitude s’exprime aussi dans le fait de garder des liens avec la communauté actuelle des Pères Blancs de Tizi-Ouzou.

Le défi de vivre dans les traces des Bienheureux

L’activité missionnaire de Tizi-Ouzou se poursuit depuis 1874 jusqu’à nos jours. Plusieurs générations se sont succédées. Même si les perspectives adoptées par nos prédécesseurs sont différentes de celles que nous avons aujourd’hui, notre présence reste tout de même digne d’appréciation, mais elle doit être redéfinie en fonction du contexte socio-culturel actuel et des besoins de ceux qui nous entourent.

Nous rencontrons souvent le défi de la comparaison. Certaines personnes ont tendance à vouloir comparer ce que les Bienheureux ont vécu et ce que nous, nous vivons aujourd’hui. D’une part, c’est un encouragement à faire de notre mieux, à imiter leurs traces, tout en sachant que les possibilités qu’ils ont eues ne sont pas les mêmes que celles que nous avons aujourd’hui. D’autre part, vouloir nécessairement comparer ce qu’ils ont vécu et notre vécu aujourd’hui nous oblige à vivre dans l’ombre de nos prédécesseurs.

En plus de cela, il y a aujourd’hui la question de l’origine des confrères sur place. Il y a 20 ans, les gens étaient encore habitués à ne voir que des confrères européens ; aujourd’hui nous sommes, depuis une dizaine d’année, d’origine africaine, et plus jeunes que nos prédécesseurs. Cela cause parfois des incompréhensions et des questionnements pour certains puisqu’ils relient l’appartenance des Pères Blancs à la question de la couleur raciale. On entend même certains dire qu’il n’y a plus de Pères Blancs ici à Tizi-Ouzou. C’est un défi que nous essayons de relever par notre dévouement à la mission et au patrimoine que nous ont légué nos anciens.

Nous relevons aussi ce défi grâce aux témoignages encourageants de certains anciens amis et élèves des Pères Blancs. Par exemple, il y a eu un témoignage frappant et encourageant d’un ancien élève des Pères Blancs, après la célébration du 29ème anniversaire : « J’ai vu le Père Philippe habillé en gandoura au cimetière ! Cela m’a rappelé les temps anciens où les Pères Blancs étaient habillés de cette gandoura. Tous étaient blancs. Mais en voyant le Père Philippe habillé en blanc, tout en n’étant pas blanc, j’ai compris alors pourquoi on les appelle Pères Blancs : pas à cause de la couleur de peau, mais à cause de cet habit blanc. Je souhaite qu’à la prochaine commémoration tous les Pères Blancs portent leur gandoura blanche. » Voici un autre témoignage, d’un ancien : « Cet endroit est un lieu de pèlerinage ! Nous venons faire mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour le bien de tous et nous sommes contents de rencontrer les Pères Blancs qui vivent dans cette maison maintenant ; ils nous rappellent le dévouement des quatre Pères Blancs. »

De la commémoration des quatre Pères Blancs au souvenir des anciens Pères Blancs

Parmi ceux qui viennent aux commémorations, certains n’ont connu aucun de ces quatre Pères Blancs. Ils viennent aux commémorations des quatre Pères Blancs afin de se souvenir aussi des autres qui les ont précédés. Ainsi, il y a des noms qui reviennent dans les témoignages des uns et des autres : le pères Louis Garnier, Jean Robichon et Georges Rogé. Les trois reposent dans le cimetière chrétien de Tizi-Ouzou avec 3 de nos 4 Bienheureux.  

Par: Benoît Mwana Nyembo, M.Afr. & Philippe Dakono, M.Afr.