Apprendre à parler de Dieu au Sud-Soudan

Apprendre à parler de Dieu au Sud-Soudan

Jean Dieudonné Nare Mohamadi
Sud-Soudan

Le pays le plus jeune du monde, le Sud-Soudan, a obtenu son indépendance de la République du Soudan le 9 juillet 2011. Salva Kiir Mayardit de l’APLS (parti au pouvoir) est le premier et actuel président du pays. Riek Machar, leader de l’APLS (opposition) est l’un des cinq vice-présidents du pays. Le partage du pouvoir est la simple raison d’un tel nombre de vice-présidents.

Comme c’est le cas de nombreux pays africains, le Sud-Soudan est un pays riche en ressources naturelles, traversé partout par le plus long fleuve d’Afrique, le Nil. Il est composé de nombreux groupes ethniques/tribaux. On en dénombre soixante-quatre : les Dinka, les Nuer et les Shilluk sont majoritaires. La coexistence pacifique est pour l’instant une réalité rare parmi les groupes ethniques dans le pays. Les conflits tribaux/ethniques sont nombreux et font partie des causes majeures des guerres dévastatrices que connaît le Sud-Soudan.

Peu après l’indépendance, les querelles pour le pouvoir politique entre le président Salva Kiir, de l’ethnie Dinka, et son adversaire Nuer ark, Riek Machar, ont souvent engendré des crises majeures politiques, ethniques, économiques et autres dans le pays. En 2013, deux ans seulement après l’indépendance, une tension politique entre les deux dirigeants a commencé à couver. À la mi-décembre de la même année, ce que l’on pensait alors n’être qu’une lutte de pouvoir politique entre les deux leaders, a explosé en une véritable guerre ethnique/tribale désastreuse entre les Dinkas et les Nuers. L’année 2014 était destinée à être une année de désolation, car la guerre a laissé des séquelles horribles non seulement entre les deux principaux groupes ethniques concernés, mais aussi dans tous les domaines de la vie des Sud-Soudanais : pertes effroyables de vies humaines, déplacements massifs de populations, famine grave, violations lamentables des droits de l’Homme par l’exploitation des femmes et des enfants, détournement total des biens humains et des ressources naturelles, dépossession et expulsion d’autres groupes ethniques de leurs terres légitimes, etc.

Les villes et les villages sont réduits à l’état de désolation. Malakal, la capitale de l’État du Nil supérieur, deuxième plus grande ville du Sud-Soudan et siège du diocèse catholique de Malakal, est la ville la plus dévastée. Selon les mots de l’évêque de Malakal, Mgr Stephen Nyodho, “Malakal est en ruine” ! Renk, Wedakona et d’autres villes et villages de la juridiction du même diocèse sont en partie désertées jusqu’à présent. C’est dans ce diocèse périphérique en ruine que Dieu nous a implantés en tant que Missionnaires d’Afrique, pour être des signes d’espoir et de réconciliation par la proclamation de la Bonne Nouvelle de son Fils, Jésus-Christ.

On nous a confié une paroisse à Bor, capitale de l’Etat de Jonglei et berceau de la SPLA de John Garang. Bien qu’elle n’ait pas été durement touchée par la récente guerre, Bor reste une ville fragile au milieu des tensions tribales et politiques oscillantes que l’on croyait jusqu’ici latentes. Bor est une ville sujette aux inondations et a récemment été fortement inondée. Pendant la saison des pluies, Bor devient marécageuse et boueuse. Cette réalité a non seulement un lourd impact sur les activités commerciales et pastorales, mais devient un véritable danger pour la santé : de nombreuses personnes se brisent les os avec la boue. Bien qu’elle soit proche de Juba, la capitale du pays, la seule route très peu sûre qui relie les deux villes en deux heures de voyage, est encore en construction. La meilleure option pour l’instant est d’embarquer sur un vol qui dure trente minutes en avion. Bor est une importante ville administrative. Elle possède des établissements d’enseignement, dont l’université John Garang.

Le diocèse de Malakal est le plus vaste et le plus inaccessible du pays. Il couvre trois Etats administratifs. Pourtant, il n’y a pas plus de 18 prêtres (diocésains et missionnaires confondus) qui travaillent dans le diocèse. Jusqu’à présent, seules trois congrégations missionnaires féminines travaillent dans le diocèse. À Bor, nous nous occupons d’une communauté catholique interculturelle, ethnique et migrante, sous le patronage de saint Paul. L’histoire et des témoins oculaires vivants racontent que la paroisse Saint-Paul, à Bor, était censée être ouverte par les Missionnaires d’Afrique en 1982. Notre confrère, Bartolomeo Burgos, était arrivé sur place et avait même fourni des matériaux prêts à lancer le projet. Malheureusement, la guerre civile de 1983 au Soudan a éclaté et a fait avorter le projet. En 1998, un catéchiste à plein temps, Abraham Chol Nyok, initialement en poste à la paroisse Saint-Daniel Comboni de Dongola, est arrivé à Bor et a commencé à animer la petite communauté catholique. A son arrivée, il a constaté que l’église épiscopalienne était déjà bien installée. En raison du manque de structures propres, la petite communauté catholique a prié dans la structure de l’église épiscopalienne de 1998 à 1999. En 2000, la communauté catholique a construit sa propre église et son presbytère en utilisant des matériaux locaux simples. Ces deux structures ont déjà plus de 20 ans et ont cédé à l’épreuve du temps. Le presbytère est en train de tomber en ruine tandis que l’église ne tient plus que par quelques bois durs. La clôture de l’enceinte tombe en ruine.

La seule structure solide est une salle paroissiale non meublée. Il n’y a qu’un seul véhicule paroissial destiné aux activités pastorales pour les sept grandes stations, dont certaines sont inaccessibles en raison du mauvais état des routes et de l’insécurité. Les succursales sont Pajud, Duk, Panygor, Pibor, Pachalla, Boma et une autre à Bor. Pour se rendre à Pibor ou Boma, près de la frontière éthiopienne, il faut descendre à Juba et prendre un vol. Lors de notre voyage sous escorte militaire avec l’évêque de Malakal par la route de Bor à Juba, nous avons été étonnés de voir des jeunes armés sur la plupart des tronçons de la route. Ce sont des signes évidents de la fragilité de la paix dans le pays.

La multiplicité des groupes ethniques signifie que l’on devra apprendre plusieurs langues dans la mesure du possible pour le bien de la mission. Cependant, pour l’instant, la priorité est donnée à l’arabe, l’une des deux langues liturgiques du diocèse de Malakal. Depuis notre arrivée dans le pays, nous nous sommes concentrés sur l’apprentissage de cette langue importante mais difficile à Renk, au nord du pays, près de la frontière avec la République du Soudan. En tant que “pionniers”, l’expérience est très excitante mais pleine de défis importants qui requièrent toute notre énergie, un discernement constant, du courage, de la détermination et surtout une foi et une espérance solides en la Sainte Trinité. “A qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage” (Lc 12, 48). En tant que Société, nous avons reçu énormément du Maître de la Mission. Venez ! Partageons mutuellement avec nos aimables frères et sœurs du Sud-Soudan qui souffrent. En effet, la moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux !

Une année de célébration pour l’anniversaire de la mort de Livinhac

Une année de célébration pour l'anniversaire de la mort de Livinhac

L’Église catholique en Ouganda considère l’évêque Livinhac comme son Père fondateur. Le centenaire de sa mort aura lieu l’année prochaine, le 11 novembre. Pour honorer son fondateur, l’Eglise ougandaise a lancé un Jubilé d’un an à la paroisse de Mapeera-Nabulagala. Notre Supérieur Général, le Père Stan Lubungo a participé à la célébration. Voici le livret de la célébration liturgique. 

Appel du Soudan du Sud

Appel du Soudan du Sud

Trois jeunes confrères au Sud Soudan pour commencer une communauté de Missionnaires d’Afrique

Cletus Atindaana, Innocent Iranzi et Jean Dieudonné Mohamadi Nare ont atterri à Juba le mardi 19 octobre pour commencer une communauté de Missionnaires d’Afrique dans le diocèse de Malakal au Soudan du Sud. Ils concrétisent ainsi leur réponse à l’appel lancé particulièrement aux jeunes confrères par le Conseil général, le 23 novembre 2020, pour la mission dans le plus jeune pays d’Afrique. A Juba, ils ont été accueillis par notre confrère Jim Green, seul missionnaire d’Afrique dans le pays jusqu’alors ; celui-ci est au service de Solidarity with South Soudan.

L’idée d’un retour au Soudan du Sud est venue au Conseil général durant les commémorations du Jubilé de 150 ans. Dès le début de la réflexion sur le jubilé, le Conseil général cherchait à commémorer l’événement aussi avec des gestes dignes de notre fondateur, en s’engageant sur la voie de notre vocation missionnaire. Quand il a été décidé de célébrer la clôture du jubilé en Ouganda, nous avons, avec nos Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique, décidé de partir pour une visite de solidarité à l’Eglise que nos ainés dans la mission ont établie dans ce pays et qui doit, aujourd’hui, faire face à l’afflux de centaines de milliers de réfugiés sud soudanais. De la visite est né notre engagement pour, ensemble, donner une main forte au diocèse d’Arua dans son apostolat auprès des réfugiés. Trois confrères y ont été nommés. Un est déjà sur place avec deux sœurs. Les deux autres confrères y ont séjourné et rejoindront le troisième d’ici peu.

L’appel du Soudan du Sud a retenti surtout quand le père Stephen Nyodho Ador, alors nouvellement nommé évêque du diocèse de Malakal, est passé à la maison généralice, à Rome, un jour de juillet 2019, pour demander du renfort en personnel pour son diocèse. Ayant rappelé comment nos confrères étaient allés dans son diocèse dans les années 80, sans s’y installer, il a réitéré l’invitation faite à la Société d’une présence missionnaire parmi des populations durement touchées par le conflit qui a éclaté au Soudan du Sud en 2013 et qui a maintenu le pays dans la souffrance jusqu’au dernier accord de paix, signé en 2019, à l’origine d’un gouvernement d’union nationale.

En mars de cette année, Martin Grenier, assistant général, Aloysius Ssekamatte, Provincial de l’EAP, et moi-même sommes partis porter un message de solidarité à l’Eglise du diocèse de Malakal de la part du Conseil général. De retour à Rome, nous avons partagé ce que nous avons vu et, en conseil, nous avons décidé de lancer un appel aux jeunes. Officiellement érigé en 1974, le diocèse de Malakal couvre la région du Grand Nil supérieur, comprenant les États d’Upper Nile, de Jonglei et d’Unity. C’est un vaste territoire de 238.000 km2 avec plus de 5 millions d’habitants, dont environ un million de catholiques.

Cletus, Innocent et Jean Dieudonné vont commencer l’apprentissage de l’arabe à la paroisse Christ-Roi à Renk. Ils se rendront ensuite dans l’État de Jonglei, à Bor, à la paroisse Saint-Paul. Nous les confions à la prière de tous, afin que la mission au Sud Soudan initiée depuis plusieurs décennies, puisse, cette fois-ci, connaître une bonne suite. Nous espérons que d’autres confrères les suivront bientôt.

Stanley Lubungo

Jean Dieudonné Mohamadi (Burkina Faso), Cletus Atindaana (Ghana), Innocent Iranzi (R.D. Congo)
Sur la photo on voit de gauche à droite Fr. Christian Carlassare, missionnaire combonien alors vicaire général du diocèse de Malakal et évêque nommé du diocèse de Rumbek, Martin Grenier, Aloysius Ssekamatte, provincial de l'Afrique de l'Est, Stanley Lubungo, Mgr Stephen Ador, évêque de Malakal et Sr. Elena Balati religieuse combonienne lors d'une visite à la curie diocésaine.

Le Père Rosner, “baptisé” Abooki

Le Père Rosner, 'baptisé' Abooki

Par Matthias Mazinga

Dans sa rubrique « Célébrons la Vie » du dimanche 25 octobre 2020, le premier quotidien ougandais “New Vision” a publié, sous la plume de son journaliste Matthias Mazinga, un hommage en l’honneur de notre confrère le Père Gotthard Rosner, décédé le 2 septembre dernier. Merci à Otto Katto pour nous en avoir envoyé la copie.

Rev. P. Gotthard Rosner

‘Abooki’

Du : 5 mai 1941
Au : 2 septembre 2020

Le révérend père Gotthard Rosner Abooki, en Ouganda dans les années 1970, était l’un des confrères de la Société Catholique Missionnaire des Pères Blancs (alias Missionnaires d’Afrique), qui a servi la congrégation et l’Eglise en Afrique avec un amour et un dévouement total.

Après son ordination sacerdotale en 1968, Rosner a été affecté à la paroisse catholique de Mugalike à Hoima, où il a travaillé en tant que vicaire puis curé de 1969 à 1973. Il a ensuite enseigné aux futurs prêtres au grand séminaire national d’Alokulum à Gulu (1977-79). Rosner a ensuite servi la congrégation et l’Église ailleurs en Afrique, en Europe et aux États-Unis.

Le temps que Rosner a passé en Ouganda a été de toute évidence le plus mémorable de sa vie. Il est resté en contact avec les chrétiens de la région de Mugalike et de Gulu, même après avoir été déplacé d’Ouganda. On se souvient généralement de Rosner comme d’un missionnaire pieux, qui prêchait l’évangile avec une admirable dévotion. Il a touché les gens partout où ils se trouvaient et leur a prêché l’évangile du salut. Rosner a permis aux gens de connaître et d’expérimenter la bonté de Dieu au travers de ses paroles et de son exemple.

En raison de sa vie vertueuse et de ses admirables qualités de prêtre, les chrétiens de Mugalike ont donné à Rosner (dont ils prononçaient le nom Gotihati) des noms traditionnels tels que Atalyeeba (celui qui ne pourra jamais être oublié), et Abooki, un nom d’animal de compagnie populaire (empaako) des Banyoro. Les habitants ont également donné à leurs enfants le nom de Gothard en reconnaissance de son ministère sacerdotal.

Josephine Kasaija Bigabwa, une paroissienne de Mugalike (qui est également la vice-présidente en exercice de l’Association des résidents extérieurs du diocèse de Hoima), est l’une des chrétiennes qui se souvient de Rosner avec beaucoup d’admiration. “C’était un prêtre terre-à-terre, qui se mêlait volontiers aux habitants et vivait aussi leur culture. Il a appris et parlé le runyoro encore mieux que certains banyoros. Il pimentait toujours ses homélies avec des proverbes intéressants. Ses homélies fascinantes attiraient les gens à l’Église. Sa générosité est aussi considérable. Il a aidé des centaines d’enfants nécessiteux et de femmes vulnérables. Il a soutenu des maisons de bienfaisance pour enfants. Son engagement en faveur des enfants était si solide que ceux-ci ne voulaient jamais le quitter après la messe. Les enfants voulaient aussi l’accompagner chaque fois qu’il était déplacé vers un autre poste de mission”.

Peter Bernard Kidega, un membre de la paroisse catholique de Layibi (Gulu), admirait également le Gothard, le qualifiant de “merveilleux prêtre dont on garde de doux souvenirs”. C’était un prêtre désintéressé et diplomate. Il servait le Seigneur de tout son cœur. C’était un vrai missionnaire de l’Afrique, qui aimait les Ougandais et tous les Africains”.

Un chrétien, qui a vécu au Lacor dans les années 1970, a également parlé avec gentillesse de Rosner. “Le père Rosner a payé les frais de scolarité de mon fils de la première année primaire à la sixième année secondaire. Lorsque notre maison a été pillée pendant la guerre de 1979, il nous a apporté des tasses, des assiettes et des casseroles de Nairobi et nous a aidés à reconstruire notre vie”.

L’évêque Vincent Kirabo du diocèse de Hoima a qualifié le Gothard de serviteur dévoué de Dieu. “J’ai eu l’occasion de collaborer avec lui lorsqu’il était encore ici. Il avait cette capacité unique de garder l’intérêt et de rester en contact avec les lieux et les personnes qu’il rencontrait”.

Contre toute attente, il a apporté un soutien énorme à la construction du centre de santé Mugalike III, longtemps après avoir quitté la paroisse. Il a écrit des lettres aux chrétiens, demandant à être informé des dernières nouvelles concernant la paroisse, les chrétiens et les projets de l’église.

Le dialogue œcuménique et interreligieux autour de Kampala (EAP Flashes n° 28)

Le dialogue œcuménique et interreligieux autour de Kampala

Kampala est au centre des principaux aspects de la vie de la nation ougandaise : la politique, l’économie, l’éducation, la santé, sans oublier la religion. Sa population est la plus diversifiée sur le plan religieux comparée à toute autre partie de l’Ouganda. Les sièges de l’Église catholique, de l’Église d’Ouganda, de l’Église orthodoxe et de l’Islam sont tous ici. La plupart des églises pentecôtistes ont leurs églises principales ici. Les deux conseils œcuméniques et interreligieux nationaux – le Conseil chrétien mixte d’Ouganda (UJCC) et le Conseil interreligieux d’Ouganda (IRCU) – ont leur siège ici.

La population de Kampala est donc naturellement multiconfessionnelle et est destinée à le rester à l’avenir. Les interactions et la vie interreligieuses et œcuméniques font partie intégrante de la vie des gens, que ce soit dans les quartiers résidentiels ou non. On peut dire qu’à Kampala, ce qui unit les gens de différentes confessions est plus fort que ce qui les divise et les oppose les uns aux autres.

Tous les partis politiques de ce pays ont leur quartier général ici à Kampala et cherchent à se doter d’une identité religieuse tant au niveau de leur présidence que de leurs membres. Dans la même veine, Kampala étant le siège du Royaume du Buganda, l’esprit œcuménique et interreligieux est plus prononcé dans sa population qu’ailleurs. Le Kabaka est le roi pour tous, indépendamment de leurs affiliations religieuses, et la plupart des activités initiées et promues par le Royaume sont inclusives.

Les mariages interconfessionnels sont l’un des défis pastoraux qui, à mon avis, est plus aigu à Kampala que dans toute autre partie du pays. Un certain nombre de couples, mariés à l’église ou non, vivent dans cette situation et il existe un grand besoin d’une catéchèse œcuménique – interreligieuse adaptée et de lignes directrices pastorales sur cette question particulière.

À Kampala, la solidarité œcuménique et interreligieuse se pratique surtout dans l’adversité et la souffrance : la pauvreté dans un nombre croissant de bidonvilles, les crimes et les injustices, sans oublier la mort qui survient plus souvent en ville que dans les villages. L’une de ces adversités s’est produite récemment lorsque l’une des églises protestantes de Kampala a été démolie par des personnes qui prétendaient être propriétaires du terrain sur lequel elle était construite. La solidarité qui s’est manifestée à cette occasion de la part de toutes les personnes, indépendamment de leur foi, a été une voix prophétique forte qui nous a rappelé l’importance et le rôle clé de la religion dans notre société.

Eglise St. Pierre à Ndeeba

Du côté officiel du dialogue œcuménique et interreligieux, les interventions des deux conseils œcuméniques et interreligieux nationaux mentionnés ci-dessus sont plus efficaces à Kampala qu’ailleurs dans le pays. Leurs interventions, souvent sur des questions de justice et de paix, par exemple, concernant la violation des droits de l’homme, la gouvernance et la démocratie, etc. deviennent le sujet de conversation du jour dans la ville.

Enfin, il convient d’observer que si “ce qui unit les personnes de différentes confessions à Kampala est plus fort que ce qui les divise et les oppose les unes aux autres”, il existe également une crainte – fondée ou non – chez certains chefs religieux et fidèles laïcs de différentes communautés religieuses à l’égard les uns des autres. Il est également triste de constater que certaines activités œcuméniques communes, comme par exemple la semaine annuelle de prière pour l’unité des chrétiens, ont récemment connu un certain relâchement. La pandémie COVID-19 pourrait-elle être un rappel de Dieu de la nécessité de renforcer notre coexistence pacifique et notre collaboration œcuménique et interreligieuse ? En fait, les habitants de Kampala ont été plus touchés par la pandémie que ceux des autres régions du pays.

Père Richard Nnyombi, M.Afr.

Cela vous concerne aussi ! (EAP Flashes)

Cela vous concerne aussi !

EAP Flashes n° 28 - Octobre 2020

Le minuscule et invisible coronavirus nous a fait prendre conscience que ce qui se passe dans le monde nous concerne tous. Il a changé nos vies et notre monde au-delà de ce que les superpuissances pourraient jamais faire. Ces dernières années, nous en savons plus sur la Chine grâce aux produits chinois sur le marché et aux entreprises travaillant en Afrique. Néanmoins, je suis de ceux qui avoueront que ce qui se passe en Chine ne me concerne pas. J’ai pourtant appris à mes dépens que ce qui se passe dans le monde me concerne aussi.

Cela fait plusieurs années que notre Société donne la priorité à la Justice, la Paix, l’Intégrité de la Création, la Rencontre et le Dialogue (JPIC-RD) et elle est présentée comme telle dans notre communication officielle. Nous avons nommé des confrères pour nous guider dans ces domaines et en avons formé plusieurs autres pour qu’ils se spécialisent dans le travail pour JPIC-RD. Malheureusement, nous avons trop tendance à laisser JPIC-RD aux experts. Nous apprécions son importance, nous en parlons de temps en temps à nos paroissiens, mais notre comportement montre souvent que ce n’est pas vraiment notre affaire. Le pape François le note : “Le mouvement écologique mondial a déjà fait des progrès considérables et a contribué à la création de nombreuses organisations engagées dans la sensibilisation à ces défis. Malheureusement, de nombreux efforts pour trouver des solutions concrètes à la crise environnementale se sont révélés inefficaces, non seulement en raison d’une opposition puissante, mais aussi d’un manque d’intérêt plus général. Les attitudes obstructionnistes, même de la part des croyants, peuvent aller de la négation du problème à l’indifférence, à la résignation nonchalante ou à la confiance aveugle dans les solutions techniques. Nous avons besoin d’une nouvelle solidarité… Nous tous, en tant qu’instruments de Dieu, nous pouvons coopérer à prendre soin de la création, avec notre culture, nos expériences, nos engagements et nos talents (Laudato Si, n° 14). Ce que le Pape dit de l’écologie est vrai pour les autres crises qui affectent notre monde – l’immigration des peuples, le chômage, la pauvreté, la discrimination raciale, etc. Le dernier chapitre de 2016 nous met au défi de considérer JPIC-RD comme faisant partie intégrante de notre être de Missionnaires d’Afrique. Et le Pape François, à l’occasion de la célébration du jubilé des 150 ans de notre fondation, nous a exhortés en disant : “Que l’Esprit Saint vous fasse construire des ponts entre les peuples. Là où le Seigneur vous a envoyés, contribuez à la promotion d’une culture de la rencontre ; continuez à être les serviteurs d’un dialogue qui, tout en respectant les différences, sait s’enrichir de la différence des autres… Par le style et la simplicité de votre vie, vous montrez aussi la nécessité de prendre soin de notre maison commune, la terre. Enfin, dans la foulée du cardinal Lavigerie, soyez des semeurs d’espoir, en luttant contre toutes les formes actuelles d’esclavage. Cherchez toujours à être proches des petits et des pauvres, de ceux qui attendent, à la périphérie de nos sociétés, d’être reconnus dans leur dignité, d’être accueillis, protégés, élevés, accompagnés, promus et intégrés”. Cet appel est encore plus pertinent en Afrique face au défi de la pandémie du covid-19.

Dans ce volume de Flashes, plusieurs confrères et collaborateurs partagent avec nous ce qu’ils font dans le domaine de JPIC-RD dans notre province. Je profite de cette occasion pour remercier tous ceux qui participent activement au travail de JPIC-RD et pour lancer un appel à tous les confrères en leur disant : c’est aussi votre affaire ! Soyez prudents !

Aloysius Ssekamatte, M.Afr.
Provincial