Je ne suis pas un roi. Je suis l’étoile de Bethléem

Je n’ai pas de couronne, je ne porte ni or, ni encens, ni myrrhe. Je ne descends pas de caravanes et je ne repose pas dans des palais. Et pourtant, j’ai une mission que moi seul peux accomplir. Je ne marche pas sur la terre, car ma place est au ciel. Ma mission n’est pas d’arriver à la crèche, mais de la signaler. J’ai toujours su que nous ne sommes pas tous appelés à être des protagonistes ; certains d’entre nous existent pour guider, pas pour être applaudis.

J’ai vu les Rois mages avancer, douter, se fatiguer. Je ne pouvais ni leur parler, ni porter leur fardeau, ni décider à leur place. Ma mission était plus humble et plus exigeante : rester fidèle, nuit après nuit, sans dévier, même si personne ne me regardait. Il y a eu des moments où j’ai voulu me rapprocher, faire plus, être plus. Mais j’ai compris que si j’abandonnais ma place, ils se perdraient. Ma valeur ne résidait pas dans ma liberté de mouvement, mais dans ma constance.

Lorsque les Rois mages levèrent les yeux pour la première fois, ils ne cherchaient pas seulement un enfant : ils cherchaient un sens. Chacun portait dans son cœur des souvenirs différents.

Je voyais Melchior porter le poids de la tristesse des adieux. Il avait quitté sa maison et les siens, et plus d’une nuit, il avait douté. Alors, je brillais un peu plus, non pas pour effacer sa peine, mais pour lui rappeler qu’aimer, c’est aussi savoir partir quand le bien appelle.

J’ai accompagné Gaspard dans sa joie curieuse. Chaque nouveau village était une surprise ; chaque geste aimable, une petite fête. Quand il riait, ma lumière semblait danser, car la joie partagée allège le voyage et fortifie le pas.

J’ai soutenu Balthazar dans les moments difficiles du chemin : la fatigue, la méfiance de ceux qui ne comprenaient pas sa quête, les questions sans réponse. Dans ces moments-là, ma lumière ne criait pas ; elle restait simplement là. Parfois, c’est tout ce qu’il faut pour continuer.

Il y eut des jours venteux et des nuits silencieuses. Il y eut des rires autour du feu et des larmes cachées sous le manteau. Je n’ai pas choisi pour eux, mais j’ai montré la voie : lorsque l’orgueil obscurcissait le chemin, je restais immobile ; lorsque l’espoir faiblissait, je reprenais ma marche.

Et à la fin, lorsqu’ils sont arrivés à la crèche, ils ont compris que le chemin ne les avait pas changés seulement parce qu’ils étaient arrivés, mais aussi à cause de la façon dont ils avaient marché : avec foi dans la tristesse, gratitude dans la joie et confiance même sans tout comprendre.

Je n’ai pas reçu de cadeaux et je n’ai pas adoré l’Enfant à genoux. Cependant, lorsque je me suis arrêté au-dessus de Bethléem, en voyant la lumière la plus petite mais aussi la plus brillante du monde, j’ai su que ma mission était accomplie. Non pas pour être arrivé, mais pour avoir guidé.

Aujourd’hui, je continue à briller. Pas toujours comme une étoile dans le ciel, mais comme une bonne idée, une personne qui accompagne, une décision juste ; car chaque vie est un voyage, et même entre la tristesse et le bonheur, il y a toujours une lumière prête à guider. Lorsque vous découvrez votre mission et que vous l’accomplissez fidèlement, même de loin, vous participez également au miracle de l’Épiphanie : Dieu se laisse trouver et transforme ceux qui acceptent de suivre sa lumière.

Par: Salvador Muñoz-Ledo R., M.Afr.