Vivre l’Ascension à Jérusalem

Le fait de situer l’Ascension du Seigneur Jésus au sommet du mont des Oliviers peut être lu comme l’accomplissement des traditions religieuses liées à ce mont. L’histoire et la géographie de Terre sainte nous aideront peut-être à comprendre pourquoi le mont des Oliviers est le gardien de la mémoire de ce mystère de notre salut.

Les textes bibliques nous parlent de deux lieux de l’Ascension de notre Seigneur. Après la résurrection, le Ressuscité donne rendez-vous à ses disciples en Galilée (Matthieu 28, 16). Les Actes des Apôtres placent le lieu de l’Ascension à l’est de Jérusalem au sommet du mont des Oliviers (Actes des Apôtres 1, 9-12).

La partie nord du mont des Oliviers est connue sous plusieurs noms : ‘La vigne du chasseur’ en arabe KARM ES SAYAD ; ‘La petite Galilée’ dans la tradition grecque ; VIRI GALILAEI (en latin : hommes de Galilée) allusion à la parole adressée aux apôtres selon Actes 1, 11 « Gens de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? »

Pourquoi le mont des Oliviers et non pas le mont Sion ?

Le choix du mont des Oliviers n’est pas un hasard. Jésus s’approprie toute l’histoire de l’humanité pour l’amener à la perfection. Le mont des Oliviers est le gardien des traditions juives, chrétiennes et musulmanes.

Pendant la période du second Temple, le mont des Oliviers est appelé HAR HAMISHKHA, ‘mont de l’Onction’. Peut-être en souvenir de l’onction de Salomon, sacré roi en une cérémonie improvisée dans l’urgence près de la source de Gihôn dans la cité de David. La manière dont cette cérémonie est racontée dans le premier livre des Rois annonce déjà l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem le jour des Rameaux : « Ils (le prêtre Sadoq, le prophète Natân…) mirent Salomon sur la mule du roi David et descendirent à Gihôn. Le prêtre Sadoq prit dans la Tente la corne d’huile et oignit Salomon ; on sonna du cor et tout le peuple cria : « Vive le roi Salomon ! ». Puis tout le monde monta à sa suite ; le peuple jouait de la flûte et manifestait une grande joie, avec des clameurs à fendre la terre » (1 Rois 1, 38-40). Ce sera presque la même chose le jour des Rameaux : monté sur un ânon, Jésus viendra de Bethphagé de l’autre côté du mont des Oliviers ; il descendra ce mont, traversera la vallée du Cédron pour remonter le mont du Temple et entrer à Jérusalem. Et le peuple l’accompagnera en criant de joie « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur… » (Marc 11, 9)

Mont de l’Onction à cause de la production d’huile d’olives. Les olives de cette montagne étaient utilisées dans la production d’huile. Cette huile qui servait pour oindre les rois et les prophètes et pour les célébrations liturgiques au Temple. Jésus est l’Oint de Dieu par excellence. C’est tout à fait normal qu’il monte au ciel où il est assis à la droite de Dieu le Père par le mont de l’Onction.

Le désir de beaucoup de juifs a toujours été d’être enseveli sur le flanc ouest de mont des Oliviers. Etre enterré en face du mont du Temple, c’est reposer sur une terre sûre pour le jugement dernier. Le prophète Zacharie annonce en effet qu’en ce jour qui achèvera l’histoire : « Les pieds du Seigneur se poseront sur le mont des Oliviers qui fait face à Jérusalem vers l’orient. Et le mont des Oliviers se fendra par le milieu, d’est en ouest, changé en une immense vallée… Puis le Seigneur mon Dieu viendra, et tous les saints avec lui » (Zacharie 14, 4-5). La prophétie de Zacharie parle « des pieds du Seigneur ». Et aujourd’hui dans le sanctuaire de l’Ascension du mont des Oliviers, on peut voir une pierre qui porte les traces du pied de Jésus au moment où il montait au ciel.

La tradition musulmane reconnaît aussi l’importance du mont des Oliviers. Dans la Sourate 1, il est fait mention du droit chemin au verset 6 : « Conduis-nous dans le droit chemin ». Ce terme « droit chemin » se dit « sirat » et a deux sens selon l’époque. Dans l’Islam ancien, il signifie droit chemin ou chemin à parcourir. Dans l’Islam du Moyen-Age, une importance spatiale y est ajoutée : le bon chemin est à associer avec le pont qui reliera le mont des Oliviers au mont du Temple à la venue du messie. La tradition musulmane rejoint ici la tradition juive mais avec une particularité : au jugement dernier, tous les fidèles de ALLAH qui sont enterrés au mont des Oliviers ressusciteront et devront traverser un pont érigé sur sept arches le reliant au mont du Temple. Les « justes » traverseront facilement le pont, tandis que les « mécréants » tomberont dans le Cédron. Ainsi nous trouvons des tombes de musulmans dans la vallée du Cédron, à l’ombre des remparts tout près de l’esplanade de la Mosquée Al Aqsa, autour de la porte Dorée, porte par laquelle selon la tradition juive, le messie devra passer pour entrer au Temple et prononcer le jugement.

Aujourd’hui ce sanctuaire de l’Ascension est géré et gardé par les musulmans. C’est un site très particulier, car il est utilisé comme mosquée et selon les occasions comme église chrétienne. A l’intérieur de la mosquée se trouve la pierre qui porte les traces du pied de Jésus au moment où il montait au ciel comme nous l’avons dit plus haut. Ainsi se rejoignent les traditions juives, chrétiennes et musulmanes au mont des Oliviers.

La fête de l’Ascension aujourd’hui

Jésus a choisi un mont où il y a des oliviers, un mont en dehors de Jérusalem, pas très loin de la cité sainte. Il n’a pas choisi le mont Sion qui est dans la ville. Il a gardé le symbole de l’olivier, arbre typique du bassin méditerranéen, arbre donné par Dieu à son peuple avec la Terre promise (Deutéronome 6, 10-12) L’olivier est comme cet arbre « qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt » (Psaume 1, 3). Il est aussi le symbole du juste et le symbole de la paix, car il est toujours vert et il ne donne son fruit qu’après des soins patients, c’est-à-dire après un long temps de paix. La tradition juive raconte que le rameau d’olivier apporté à l’arche de Noé par la colombe après la décrue des eaux du déluge venait justement du mont de l’Onction.

Fruit de l’olivier et du travail des hommes, l’huile d’olive est tout à la fois nourriture, parfum, remède et indispensable pour la lumière des lampes. Ce riche symbolisme est abondamment repris dans les sacrements de l’Eglise (CEC n° 1293 et 695), les sacrements qui nous font entrer dans les réalités d’en haut. C’est cela même la spiritualité de l’Ascension. Nos réalités terrestres, une fois sanctifiées par la présence et surtout par la bénédiction du Christ, sont élevées au ciel : « Celui qui vous a été enlevé, ce même Jésus viendra comme cela, de la même manière dont vous l’avez vu s’en aller vers le ciel » (Actes 1, 11).

Juifs, chrétiens et musulmans, tous croient que le messie reviendra. A la question d’un participant à la session, ici à sainte Anne de Jérusalem, à un rabbin sur la venue du messie, ce dernier a répondu : quand le messie viendra, nous lui demanderons si c’est la première fois qu’il vient au monde ou bien si c’est la deuxième fois.

Par: Grégoire Milombo, M.Afr.

Mémoire des Bienheureux Pères Blancs de Tizi-Ouzou

Comment les gens vivent-ils cette mémoire aujourd’hui ?

Fondée en 1874, 6 ans après la création de la Société, la communauté de Tizi-Ouzou reste notre plus ancienne communauté encore active. C’est dans cette communauté que nos quatre confrères Alain, Charles, Jean et Christian, Missionnaires d’Afrique, ont été assassinés le 27 décembre 1994. C’étaient des missionnaires courageux et zélés qui ont consacré leur vie jusqu’au bout ; ils sont désormais comptés parmi les plus grands martyrs de l’amour. Ils ont été béatifiés le 8 décembre 2018 à Oran, en Algérie, avec 15 autres personnes. C’étaient des personnes respectées en raison de leur dévouement à la mission et de leur amour pour l’Algérie et son peuple. Nous sommes conscients des privilèges, mais aussi des défis, de vivre dans cette même communauté.

Le sentiment de gratitude et de reconnaissance

Le 27 décembre 2024 prochain, ce sera exactement 30 ans que nos confrères furent assassinés au sein de leur domicile communautaire ; mais les gens continuent de parler d’eux comme si c’était hier. Nous savons bien que les Bienheureux Alain, Charles, Jean et Christian étaient fortement engagés au sein de la société algérienne ; cela se situait dans un contexte où les écoles et centres de formation pouvaient encore être sous la responsabilité de non-nationaux.

Charles Deckers, la figure la plus emblématique des quatre, a formé pas mal d’élèves qui sont passés par le centre de formation professionnel dont il avait la charge. Ces élèves, aujourd’hui des cadres et hauts responsables dans l’administration algérienne, ne cessent de rappeler qu’ils ont été formés par Charles Deckers ; quelques uns même sont déjà à la retraite. Certains d’entre eux sont écrivains et ont consacrés des dizaines de pages à Charles Deckers dans les ouvrages publiés à un certain moment de leur carrière. Ces personnes, nous les côtoyons toujours.

Charles Deckers a vraiment marqué la ville de Tizi-Ouzou par son service et sa générosité : du centre de formation professionnelle qu’il a dirigé sont sortis des centaines d’élèves devenus cadres dans la nation algérienne à tous les niveaux. Charles était connu et apprécié par la population, y compris celle des villes et des villages environnants. En 1972, sûr et fier de son enracinement dans la terre algérienne, il avait acquis la nationalité du pays.

Jean et Alain étaient engagés pastoralement dans les visites de familles, principalement dans les montagnes de la Kabylie. Nous recevons encore des témoignages de certaines personnes évoquant leurs souvenirs de famille, en lien avec ces Bienheureux.

Par contre, on n’entend pas beaucoup parler de Christian. C’était le plus jeune des quatre ; nous savons qu’il était à la base du projet de la bibliothèque qu’il n’a malheureusement pas vu naître. Cette bibliothèque est aujourd’hui fréquentée par des dizaines d’inscrits : professionnels algériens, étudiants et chercheurs en médecine, linguistique et autres matières, même si nous constatons une baisse d’inscriptions ces dernières années.

Célébration annuelle

Chaque 27 décembre, nous lançons une invitation pour commémorer l’anniversaire de leur assassinat ; nous avons toujours un feedback positif, en ce sens que de nombreuses personnes se rendent au cimetière en leur mémoire. L’Algérie est un pays qui célèbre ses martyrs ; nos confrères en font partie.

Nous avons l’impression que leur mémoire est toujours vivante avec tous ces témoignages de vie que nous ne cessons de recevoir. Les gens sont reconnaissants et n’oublient pas les actes concrets que nos Bienheureux ont posés. Le sentiment de gratitude s’exprime aussi dans le fait de garder des liens avec la communauté actuelle des Pères Blancs de Tizi-Ouzou.

Le défi de vivre dans les traces des Bienheureux

L’activité missionnaire de Tizi-Ouzou se poursuit depuis 1874 jusqu’à nos jours. Plusieurs générations se sont succédées. Même si les perspectives adoptées par nos prédécesseurs sont différentes de celles que nous avons aujourd’hui, notre présence reste tout de même digne d’appréciation, mais elle doit être redéfinie en fonction du contexte socio-culturel actuel et des besoins de ceux qui nous entourent.

Nous rencontrons souvent le défi de la comparaison. Certaines personnes ont tendance à vouloir comparer ce que les Bienheureux ont vécu et ce que nous, nous vivons aujourd’hui. D’une part, c’est un encouragement à faire de notre mieux, à imiter leurs traces, tout en sachant que les possibilités qu’ils ont eues ne sont pas les mêmes que celles que nous avons aujourd’hui. D’autre part, vouloir nécessairement comparer ce qu’ils ont vécu et notre vécu aujourd’hui nous oblige à vivre dans l’ombre de nos prédécesseurs.

En plus de cela, il y a aujourd’hui la question de l’origine des confrères sur place. Il y a 20 ans, les gens étaient encore habitués à ne voir que des confrères européens ; aujourd’hui nous sommes, depuis une dizaine d’année, d’origine africaine, et plus jeunes que nos prédécesseurs. Cela cause parfois des incompréhensions et des questionnements pour certains puisqu’ils relient l’appartenance des Pères Blancs à la question de la couleur raciale. On entend même certains dire qu’il n’y a plus de Pères Blancs ici à Tizi-Ouzou. C’est un défi que nous essayons de relever par notre dévouement à la mission et au patrimoine que nous ont légué nos anciens.

Nous relevons aussi ce défi grâce aux témoignages encourageants de certains anciens amis et élèves des Pères Blancs. Par exemple, il y a eu un témoignage frappant et encourageant d’un ancien élève des Pères Blancs, après la célébration du 29ème anniversaire : « J’ai vu le Père Philippe habillé en gandoura au cimetière ! Cela m’a rappelé les temps anciens où les Pères Blancs étaient habillés de cette gandoura. Tous étaient blancs. Mais en voyant le Père Philippe habillé en blanc, tout en n’étant pas blanc, j’ai compris alors pourquoi on les appelle Pères Blancs : pas à cause de la couleur de peau, mais à cause de cet habit blanc. Je souhaite qu’à la prochaine commémoration tous les Pères Blancs portent leur gandoura blanche. » Voici un autre témoignage, d’un ancien : « Cet endroit est un lieu de pèlerinage ! Nous venons faire mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour le bien de tous et nous sommes contents de rencontrer les Pères Blancs qui vivent dans cette maison maintenant ; ils nous rappellent le dévouement des quatre Pères Blancs. »

De la commémoration des quatre Pères Blancs au souvenir des anciens Pères Blancs

Parmi ceux qui viennent aux commémorations, certains n’ont connu aucun de ces quatre Pères Blancs. Ils viennent aux commémorations des quatre Pères Blancs afin de se souvenir aussi des autres qui les ont précédés. Ainsi, il y a des noms qui reviennent dans les témoignages des uns et des autres : le pères Louis Garnier, Jean Robichon et Georges Rogé. Les trois reposent dans le cimetière chrétien de Tizi-Ouzou avec 3 de nos 4 Bienheureux.  

Par: Benoît Mwana Nyembo, M.Afr. & Philippe Dakono, M.Afr. 

Retrouver son sourire avec sa dignité

Centre Nyota

Comme de nombreuses régions d’Afrique, les pays des Grands-Lacs sont exposés à beaucoup de violations des droits humains, entre autres à la suite de la succession des cycles de violence depuis des décennies, généralement basée sur l’ethnisme. Si l’on prend la situation de la RDCongo, la violation des droits humains est largement structurelle. On peut citer le manque d’accès aux soins de santé pour les plus pauvres, de sécurité alimentaire, d’ordre public, d’accès à la justice, à l’enseignement moyen et supérieur, l’insuffisance de création d’emplois, etc. À cela s’ajoutent des violences physiques à l’état endémique, que ce soit dans les quartiers urbains, sur les routes, ou dans le cadre des conflits armés qui ont provoqué plus de sept millions de déplacés internes. Les premières victimes de ces violences sont les femmes et les enfants.

A Bukavu

Je travaille dans la ville de Bukavu qui est devenu tentaculaire à la suite de l’afflux des déplacés de l’intérieur. Parmi eux un grand nombre de femmes et d’enfants victimes de violences basées sur le genre ou qui errent dans les rues, au prix de la prostitution.

Toute la société est marquée par ce traumatisme structurel, régional, aggravé par la banalisation du viol dans la plupart des milieux et l’utilisation des violences basées sur le genre comme « arme de guerre » (entre autres, en vue d’un nettoyage territorial ou d’une soumission d’une population par la terreur).

Les raisons principales de ces abus sont d’ordre politique et économique, les deux allant de pair. Une minorité exploite une immense majorité sans avenir ni protection sociale. Étant donné la richesse des sous-sols et des ressources naturelles (forestières, hydrauliques), les entreprises internationales sont complices et coupables de la mise à sac de ce pays d’une immense richesse.

Nous pouvons contribuer à la libération de ces populations par des témoignages prophétiques divers. Il y a tout d’abord le travail de dénonciation et de plaidoyer. Nombre de lettres de la Conférence épiscopale nationale (CENCO) dénonce avec force toutes ces injustices depuis des décennies, sans que cela entame réellement l’impunité des gens au pouvoir. Des Commissions Justice et Paix existent dans tous les diocèses, les paroisses et parfois les communautés de base, qui font de la sensibilisation et de la formation avec courage. Certains confrères collaborent avec elles dans la mesure du possible. Dans chaque secteur, il y a un responsable Justice et Paix M. Afr., mais celui-ci sait  que s’il engage des actions judiciaires pour protéger des victimes, il s’expose à des dépenses imprévisibles, vu la vénalité du système judiciaire, ainsi qu’à des risques de rétorsions, surtout si elles sont étrangères, ce qui est plus souvent le cas.

Une autre façon de lutter contre la violation des droits humains de façon prophétique est de garantir ou de restituer leurs droits aux personnes les plus vulnérables provenant des périphéries. Je présente ici deux exemples d’engagements que j’ai pris depuis plus d’une décennie avec le soutien financier d’amis. Tout en reconnaissant la valeur de ces œuvres qu’elle encourage, la Société n’y est pas officiellement engagée.

Deux exemples

Ces programmes concernent deux catégories de jeunes particulièrement vulnérables. Les jeunes filles victimes de misère ou en situation de rue, ou ayant subi des traumatismes d’ordre sexuel, etc. Les garçons utilisés comme esclaves dans les mines d’or dans des conditions d’extrême précarité et qui en retirent juste de quoi survivre.

Le premier projet, le centre Nyota, situé sur la paroisse de Kadutu dépend du diocèse de Bukavu (qui fournit les locaux). Depuis 2010, je m’y suis investi afin d’assurer le financement des salaires, des frais de fonctionnement et de l’entretien des bâtiments. Le centre accueille en journée 250 à 260 jeunes filles et fillettes d’une extrême vulnérabilité. On a vérifié que la famille n’a aucune ressource pour les prendre en charge, s’il existe encore une famille. L’objectif est de permettre à ces jeunes de se reconstruire psychologiquement et moralement, en les alphabétisant, en leur donnant accès à des diplômes, et en leur enseignant un métier afin de les rendre autonomes. Celles qui ne sont pas dans leur famille sont accueillies dans des foyers d’accueil. Une équipe de 16 personnes dont une religieuse les prend en charge dans tous les domaines, en commençant par la fourniture des uniformes et du matériel scolaire, en passant par la scolarisation et l’accompagnement psychologique, et pour une soixantaine d’entre elles, en leur fournissant une bouillie protéinée quotidienne, en fonction de l’état de délabrement de leur santé. La formation dure de 3 à 5 ans. Elle est entièrement gratuite. Les finalistes ont accès à deux jurys, le jury d’école primaire et le jury provincial de couture. Celles qui ont réussi peuvent poursuivre d’autres études, un certain nombre reçoivent également un kit de réinsertion qui leur permet de commencer leur petit projet générateur de revenus. Actuellement nous avons 100 % de réussites aux deux jurys. Or, un grand nombre de ces filles n’ont aucune pièce d’identité, ce qui les rend extrêmement vulnérable quand elles commencent un projet économique en quittant la formation. C’est pourquoi nous avons engagé un avocat qui prépare les dossiers avec la directrice en vue d’obtenir ce que l’on appelle un « jugement supplétif », qui débouche sur un acte de naissance pour chaque enfant. Il lui permet d’obtenir une carte d’identité. Grâce à cela nos anciennes ont pu voter aux dernières élections. Ceci illustre bien le travail que nous faisons concernant les droits humains. Avant de venir chez nous, ses enfants n’« existaient pas ». 

L’autre projet concerne les jeunes exploités dans les mines, à Kamituga, dans le diocèse d’Uvira. L’école de menuiserie de la paroisse forme ces jeunes au métier de menuisier, en leur fournissant les bases nécessaires pour commencer leurs petites menuiseries ou se faire embaucher dans une entreprise. À la fin de l’année de formation, ils reçoivent, eux aussi, un kit de réinsertion avec les outils de base. Afin de leur donner un meilleur avenir professionnel, nous construisons actuellement un grand atelier où va être installé un ensemble de machines à bois électriques qui leur permettront de se professionnaliser.

Ces deux projets sont financés par un réseau d’amis. Certains sont des amis des Missionnaires d’Afrique, d’autres sont engagés dans mon réseau d’entraide « Germes d’espérance ».

Le réseau Talitha Kum

Je suis enfin engagé dans le réseau Talitha Kum qui lutte contre le trafic humain dans le monde entier et particulièrement en Afrique. Ce réseau, fondé par l’Union internationale des supérieures générales  (UISG, Rome) en 2009, lutte contre la traite humaine, surtout des femmes et des enfants, souvent dans des buts de prostitution ou d’ablation d’organes. Les réseaux de traite profitent de l’aspiration des jeunes africains à partir à l’étranger à tout prix. Talitha Kum mène des actions de prévention, d’accompagnement de ceux et celles qui ont décidé de migrer et enfin de rapatriement des victimes qui veulent rentrer au pays. Ce réseau mène aussi un travail de plaidoyer et de dénonciation. Une forme de prévention contre la traite, selon moi, est le travail que font les deux centres que nous gérons en RDC. En effet, un jeune qui a un métier et qui a reçu le matériel pour son auto-prise en charge est beaucoup moins tenté de migrer dans des conditions précaires.

La plus belle récompense pour cet investissement est le sourire, chaque année, des finalistes qui ont retrouvé leur dignité et s’engagent avec espérance dans un avenir meilleur.

Par: Bernard Ugeux, M.Afr.

Centre Nyota
Menuiserie_Ecole de Kamituga

Protection des enfants rapport d’audit, secteur irlandais

Le secteur irlandais des Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs) en février 2024 avait invité le Conseil national pour la protection des enfants de l’Église catholique d’Irlande à procéder à un audit des pratiques de protection dans notre secteur.

Voici le rapport d’audit en anglais

FINAL-Review-Report-Missionaries-of-Africa-20240322

61ème Journée Mondiale de Prière pour les Vocations

Aujourd’hui, en ce 4ème dimanche de Pâques, l’Église célèbre la journée mondiale de prière pour des vocations. Le message qui guide cette journée, nous invite à semer l’espérance et à construire la Paix. Le Pape François nous invite à nous laisser fasciner par Jésus à travers les pages de l’Évangile et de lui donner de l’espace dans nos cœurs pour trouver en Lui le vrai bonheur et répondre à son appel en nous donnant complètement à Lui, s’Il nous le demande. Le Pape invite le monde chrétien à prier pour le don des vocations afin que tout le monde puisse découvrir l’appel de Dieu dans son cœur pour être des pèlerins d’espérance et artisans de paix.  Message du Pape François pour la 61ème Journée Mondiale de Prière pour les Vocations

Comme société missionnaire, nous rendons grâce au Seigneur pour des vocations missionnaires. Nous prions pour nos 470 jeunes qui sont en formation dans les différentes étapes, pour tous nos confrères animateurs vocationnelles et tous les jeunes qui ressentent dans leur cœurs l’appel à donner leur vie à l’évangélisation du monde africain.

C’est une occasion pour nous de rendre grâce à tous ceux qui soutiennent nos candidats en formation par la prière et par le support matériel. Que Dieu vous bénisse pour votre aide à la formation des futurs missionnaires.

Prions le Maître de la moisson afin qu’il réveille dans les cœurs des jeunes le désir de donner leurs vies à la mission dans le monde africain :

Père des moissons,

 tu as confié à notre Société

la merveilleuse mission

d’annoncer l’Evangile

 au monde africain.

Nous te louons

 pour ta bonté envers nous.

Sur toi s’est reposée la fidélité

de générations de missionnaires.

La moisson est aujourd’hui abondante.

 Bénis sois-tu !

Nos pères ont tout aimé

 de cette Afrique

à laquelle nous consacrons

aujourd’hui nos vies.

Pour elle nous te prions.

Elle a soif de paix, de justice,

 d’entente et d’espérance.

Donne-lui les apôtres dont elle a besoin.

Réveille en nous

la confiance dans la jeunesse.

Donne-nous l’audace d’interpeller

 et la générosité pour accueillir et écouter

ceux que tu appelles.

Notre Dame d’Afrique, prie pour nous !

Amen !

By : Pawel Hulecki M.Afr., Assistent Genera

Nos étudiants en formation

Année Spirituelle, Bobo-Dioulasso, Burkina Faso

Année Spirituelle, Kasama, Zambie

Quatrième étape, Merrivale, Afrique du Sud

Course pour une cause noble

Londres, dimanche 7 avril 2024

Avant et après la messe, j’ai vu une course de charité pour la lutte contre le cancer. Les gens couraient pour récolter des fonds afin de faire avancer la recherche sur le cancer. L’objectif est évidemment de vaincre le cancer. J’ai vu passer devant moi différents types de coureurs : jeunes et vieux, hommes et femmes, d’origines diverses. J’ai été sidéré par les personnes handicapées dans leurs fauteuils roulants.

Alors que j’étais là à regarder, j’ai eu différentes pensées. Au début, j’étais un peu sceptique à l’égard des manifestations publiques de collecte de fonds. Le pouvoir de manipulation des gens est sans limite. Ensuite, je m’interrogeais sur le résultat et sur le fonctionnement de l’ensemble : course – argent – recherche… Cependant, je ne pouvais pas nier la cause : vaincre le cancer.

Une chose était claire : les gens couraient, ils se déplaçaient pour une cause. La cause, c’est la fin de quelque chose de douloureux, de quelque chose qui donne la mort. Il y a ici deux mots-clés : mouvement et cause, mouvement pour une cause. Je me répète : courir pour une grande cause, bouger pour une grande cause. La résurrection a mis les disciples en mouvement.

Charles Lavigerie

J’ai pensé à notre grand homme : Charles Lavigerie. Il a parcouru toute la France pour récolter des fonds afin d’améliorer la vie des chrétiens au Moyen-Orient. Il a parcouru l’Europe pour l’arrêt politique de la traite des êtres humains (africains).

Pour quelle cause Lavigerie courrait-il aujourd’hui ? Lavigerie était un homme politique. La politique est une question de pouvoir, et de pouvoir sur les gens : obtenir le pouvoir et l’utiliser. Lavigerie a obtenu le pouvoir et l’a utilisé pour une grande cause : une cause religieuse (l’évangélisation des Africains), des causes politiques (les chrétiens du Moyen-Orient et la fin de la traite des êtres humains).

Et nous aujourd’hui ?

Les maux infligés aux êtres humains sont sophistiqués. L’asservissement (possession) des êtres humains et le commerce (vente et achat) des êtres humains se poursuivent de manière très sophistiquée. La douleur est évidente. Les moyens sont complexes. Les méthodes de lutte sont raffinées. Nous nous sentons parfois impuissants. Il existe des milliers de groupes, d’associations et d’institutions qui luttent contre la souffrance humaine. Nous travaillons en réseau avec eux. Nous courons avec eux.

Dans la lutte contre la souffrance humaine, est-il possible d’être initiateur aujourd’hui ? La mission prophétique implique-t-elle l’innovation ? Notre mission prophétique signifie que nous avons une “Parole de Dieu” vivifiante et transformatrice à adresser à la personne humaine.

Il me semble que les seules contributions pertinentes que nous pourrions apporter à la lutte contre les maux sont de deux ordres : premièrement, une manière ou une méthode originale de lutter contre le mal à partir de notre tradition missionnaire et, deuxièmement, la prévention. Beaucoup est fait en matière d’information, d’intervention, de soins. Notre mission ‘inter gentes’, essentiellement de nature relationnelle, nous pousse à orienter nos esprits, nos cœurs et nos mains vers la prévention des mauvais traitements infligés aux êtres humains.

L’idée maîtresse de notre lutte contre la souffrance humaine est la parole de Dieu à Caïn : le péché (le mal, la maladie, l’abus sexuel, l’esclavage) est à l’affût à ta porte : son désir est pour toi, mais tu peux le dominer (Genèse 4, 7). Peut-être la meilleure réponse à la souffrance humaine est-elle de courir, car c’est le signe d’une vie pleine et entière. S’il vous plaît, courez et courez pour une cause noble !

Par: Moussa Traore, M.Afr.

Rencontre des stagiaires du 15 mars au 17 mars 2024

Secteur de Niamey, Niger

AVEC UN CŒUR RECONNAISSANT

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Que tes œuvres sont belles, que tes œuvres sont grandes !
Seigneur, Seigneur, Tu nous combles de joie !

1. C’est toi le Dieu qui nous as faits, qui nous as pétris de la terre !
Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l´image de Dieu !
Ton amour nous a façonnés, tirés du ventre de la terre !
Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l´image de Dieu !
Tu as mis en nous ton Esprit : nous tenons debout sur la terre !
Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l´image de Dieu !

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Voici un chant et une prière sacrée qui ont guidé nos trois jours de rencontre en tant que stagiaires du secteur de Niamey-Niger. Cette rencontre a été animée par le père Pascal Kapilimba, vice-provincial de la PAO.

C’est donc avec un cœur ouvert que nous souhaitons d’abord remercier Dieu Tout-Puissant pour sa présence et ses bénédictions sur nous. Gloire à Dieu aussi pour sa présence parmi nous afin que nous continuions à partager et à témoigner son amour parmi les habitants du Niger. Je crois aussi que c’est la prière de chacun d’entre nous ; quoi que nous disions, quoi que nous pensions, quoi que nous accomplissions et quoi que nous fassions, que ce soit pour la plus grande gloire de Dieu, et cela dans tout ce que nous faisons et disons ; les gens ne nous voient pas, mais voient toujours le Christ Jésus à travers nous et en nous.

De même, nous souhaitons exprimer notre sincère gratitude au père Pascal qui a mis de côté son emploi du temps chargé, juste pour être avec nous lors de cette rencontre particulière. Ce faisant, je voudrais souligner certaines choses importantes que nous avons partagées lors de notre réunion.

“CHARITÉ APOSTOLIQUE”

L’idée de la charité apostolique est très claire et blanche comme la neige. “Nous ne sommes pas des touristes, en tant que tel, notre charisme est celui de la charité apostolique … De la charité apostolique; pas d’autre mais comme les disciples du Christ”. Tout à tous. Cela exige de nous que, tous, nnous ne soyons rien d’autre que tous les peuples. Pour nous les stagiaires, c’est toujours une demande d’apprendre la culture du peuple, de manger leur nourriture, de se sentir et d’être avec eux dans toutes leurs souffrances, etc. Ce n’est pas une nouvelle idée pour un esprit missionnaire. Cependant, nous ne pouvons pas non plus ignorer le fait que c’est un défi de vivre ainsi, surtout quand nous voulons dépendre de notre pouvoir humain. Un missionnaire devrait donc être un homme de prière, qui cherche le Saint-Esprit, l’humilité de Dieu, pour le guider et à faire toutes choses à travers le Christ qui l’appelle chaque jour dans sa vie quotidienne.

Nous aimerions aussi reconnaître la présence du père Leo qui nous a rejoint le dernier jour de notre réunion. C’était encourageant d’apprendre que le père Leo et le père Pascal partagent la même idée de la vie du ‘tout à tous’ : « Nous avons besoin de plus que d’être un prêtre, nous avons besoin de missionnaires », disait le père Leo. Cela signifie que nous ne sommes pas là simplement pour célébrer la messe ou être parmi la multitude des chrétiens, comme cela pourrait être dans d’autres pays comme, la Zambie ou l’Ouganda, juste pour nommer quelques-uns. Dans un pays comme le Niger, nous devons être habitués à quelques chrétiens, par exemple comme la paroisse de Saint-Joseph à Saga ou Saint-Vincent de Paul à Birni N’Konni. Mais plus que cela, un missionnaire est là non seulement pour quelques chrétiens qui sont dans cette paroisse particulière, mais plutôt pour l’ensemble de la population. C’est ce que signifie être missionnaire. Vivre celà contribue à former une communauté joyeuse.

UNE COMMUNAUTÉ JOYEUSE

Pour moi, je décris une communauté joyeuse dans notre contexte des M. Afr comme un groupe d’hommes pleinement humains, responsables, reconnaissants, des hommes au cœur ouvert, des hommes qui savent comment et quand communiquer avec les uns et les autres. Être responsable peut aussi signifier avoir un sentiment d’appartenance à la communauté. Chaque individu doit ressentir cela et cela doit nous aider à vivre notre interculturalité en recherchant l’unité malgré nos différences de nationalité. Comme le cardinal Lavigerie nous le rappelle : « chacun de nous doit aimer chaque membre de la Société de la même manière ». En tant que stagiaire, le père Pascal nous l’a également rappelé : « nous sommes envoyés par le Supérieur général qui, en même temps, envoie tous les confrères dans leurs communautés respectives. Il ne faut donc pas oublier que, bien que membres de la communauté, nous sommes également des étudiants en formation. Ensuite, puisque nous sommes membres de la communauté, nous ne devons pas attendre d’être accueillis pour proposer de nouvelles idées (nous ne nous séparons pas de la communauté), mais plutôt faire tout ce que nous pouvons pour le bien de la communauté à laquelle nous appartenons ».

C’est dire aussi que chaque membre de la communauté est invité à faire un effort. Un effort qui vise à construire une communauté joyeuse. Néanmoins, sans les efforts de chacun pour lutter pour ces éléments importants, nous ne pouvons pas réaliser une communauté joyeuse.

De mon côté, je peux dire que cette réunion fut pour moi un moment spécial qui m’a aidé à faire une pause, réfléchir sur ma vie et évaluer la transmission de cela comme candidat Missionnaire d’Afrique sur la scène du peuple du Niger. Non seulement le peu de chrétiens dans les paroisses que je visitais ici au Niger, mais plutôt toute la population, en particulier celle que je rencontre dans ma vie quotidienne. En dehors de cela, ce fut aussi un moment pour moi d’écouter, un moment qui m’a permis d’être inspiré par d’autres expériences, celles de mes confrères. Très important, c’était aussi un temps de reconnaître la présence de Dieu dans l’histoire de ma vie et dans celle des autres.

Je suis reconnaissant pour tout ce que Dieu continue d’accomplir à travers moi en tant que stagiaire de la paroisse Saint-Vincent de Paul, paroisse de Birni N’Konni, ici au Niger.

Par: Kelly Mukosha, Stagiaire

 

Le Christ Jésus est ressuscité 2024

Mt 28, 1-7, Ravenne, Sant’Apollinare nuovo (493-526)

“Marie est venue au tombeau. Elle est venue au sein de la résurrection, elle est venue à la naissance de la vie, pour que le Christ naisse à nouveau à la foi du tombeau, comme il était né d’un sein de chair […] L’ange est descendu et a roulé la pierre […] non pas pour offrir un passage au Seigneur qui sortait, mais pour montrer au monde que le Seigneur était déjà ressuscité. Que l’ange descende et témoigne que le Christ est ressuscité aussi de nos âmes”. (Pierre Chrysologue). 

JOYEUSES PQUES