Course pour une cause noble

Londres, dimanche 7 avril 2024

Avant et après la messe, j’ai vu une course de charité pour la lutte contre le cancer. Les gens couraient pour récolter des fonds afin de faire avancer la recherche sur le cancer. L’objectif est évidemment de vaincre le cancer. J’ai vu passer devant moi différents types de coureurs : jeunes et vieux, hommes et femmes, d’origines diverses. J’ai été sidéré par les personnes handicapées dans leurs fauteuils roulants.

Alors que j’étais là à regarder, j’ai eu différentes pensées. Au début, j’étais un peu sceptique à l’égard des manifestations publiques de collecte de fonds. Le pouvoir de manipulation des gens est sans limite. Ensuite, je m’interrogeais sur le résultat et sur le fonctionnement de l’ensemble : course – argent – recherche… Cependant, je ne pouvais pas nier la cause : vaincre le cancer.

Une chose était claire : les gens couraient, ils se déplaçaient pour une cause. La cause, c’est la fin de quelque chose de douloureux, de quelque chose qui donne la mort. Il y a ici deux mots-clés : mouvement et cause, mouvement pour une cause. Je me répète : courir pour une grande cause, bouger pour une grande cause. La résurrection a mis les disciples en mouvement.

Charles Lavigerie

J’ai pensé à notre grand homme : Charles Lavigerie. Il a parcouru toute la France pour récolter des fonds afin d’améliorer la vie des chrétiens au Moyen-Orient. Il a parcouru l’Europe pour l’arrêt politique de la traite des êtres humains (africains).

Pour quelle cause Lavigerie courrait-il aujourd’hui ? Lavigerie était un homme politique. La politique est une question de pouvoir, et de pouvoir sur les gens : obtenir le pouvoir et l’utiliser. Lavigerie a obtenu le pouvoir et l’a utilisé pour une grande cause : une cause religieuse (l’évangélisation des Africains), des causes politiques (les chrétiens du Moyen-Orient et la fin de la traite des êtres humains).

Et nous aujourd’hui ?

Les maux infligés aux êtres humains sont sophistiqués. L’asservissement (possession) des êtres humains et le commerce (vente et achat) des êtres humains se poursuivent de manière très sophistiquée. La douleur est évidente. Les moyens sont complexes. Les méthodes de lutte sont raffinées. Nous nous sentons parfois impuissants. Il existe des milliers de groupes, d’associations et d’institutions qui luttent contre la souffrance humaine. Nous travaillons en réseau avec eux. Nous courons avec eux.

Dans la lutte contre la souffrance humaine, est-il possible d’être initiateur aujourd’hui ? La mission prophétique implique-t-elle l’innovation ? Notre mission prophétique signifie que nous avons une “Parole de Dieu” vivifiante et transformatrice à adresser à la personne humaine.

Il me semble que les seules contributions pertinentes que nous pourrions apporter à la lutte contre les maux sont de deux ordres : premièrement, une manière ou une méthode originale de lutter contre le mal à partir de notre tradition missionnaire et, deuxièmement, la prévention. Beaucoup est fait en matière d’information, d’intervention, de soins. Notre mission ‘inter gentes’, essentiellement de nature relationnelle, nous pousse à orienter nos esprits, nos cœurs et nos mains vers la prévention des mauvais traitements infligés aux êtres humains.

L’idée maîtresse de notre lutte contre la souffrance humaine est la parole de Dieu à Caïn : le péché (le mal, la maladie, l’abus sexuel, l’esclavage) est à l’affût à ta porte : son désir est pour toi, mais tu peux le dominer (Genèse 4, 7). Peut-être la meilleure réponse à la souffrance humaine est-elle de courir, car c’est le signe d’une vie pleine et entière. S’il vous plaît, courez et courez pour une cause noble !

Par: Moussa Traore, M.Afr.

Défendre les droits de l’homme face à l’exploitation des entreprises

Un appel à l’action

Introduction

Le droit international, pierre angulaire de notre société mondialement interconnectée, établit un cadre vital guidant le comportement des nations et facilitant la collaboration à l’échelle mondiale, enraciné dans des principes tels que le partage des responsabilités, le respect mutuel et la recherche de la paix. Au cœur de ce cadre, se trouve le principe pacta sunt servanda (les accords doivent être respectés), qui souligne le caractère sacré des accords et traités internationaux, favorisant la stabilité, la confiance et le règlement des différends entre les nations. Le respect de ce principe garantit que les accords négociés servent d’outils crédibles pour la résolution des conflits et la promotion d’objectifs communs. En outre, l’adoption d’un traité international contraignant par les Nations Unies permettrait de mieux protéger les citoyens du monde entier, en particulier ceux du Sud.

Comprendre les droits de l’homme

Les droits de l’homme sont fondamentaux pour le tissu social, car ils constituent le socle de la justice et de la dignité pour tous les individus, indépendamment de leur situation géographique ou de leur statut social. Toutefois, la réalisation de ces droits se heurte souvent à des difficultés considérables, en particulier dans le contexte de l’exploitation économique perpétuée par des entités puissantes, telles que les sociétés transnationales. Malgré le cadre juridique entourant les droits de l’homme, les violations persistent, soulignant la nécessité d’une action concertée pour remédier aux injustices systémiques.

Les instruments juridiques, tant au niveau national qu’international, constituent l’une des voies par lesquelles les droits de l’homme sont articulés et protégés. La Charte internationale des droits de l’homme, qui comprend la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), la Convention internationale sur les droits civils et politiques (1966) et la Convention internationale sur les droits économiques, sociaux et culturels (1966), constitue un cadre fondamental pour la protection des droits de l’homme dans le monde. Toutefois, la simple existence d’instruments juridiques n’est pas suffisante ; une mise en œuvre et une application efficaces sont primordiales.

L’extraction et l’utilisation de matières premières, en particulier de minéraux et de métaux, pour la transition énergétique soulèvent d’importantes préoccupations environnementales. Le droit international de l’environnement, y compris les conventions telles que la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et la Convention sur la diversité biologique (CDB), fournit un cadre juridique pour répondre à ces préoccupations. Des principes, tels que le développement durable, le principe de précaution et le principe des responsabilités communes mais différenciées, sont au cœur du droit international de l’environnement et ont des implications pour les activités d’extraction des ressources en Europe et en Afrique.

Défis, réalités et violations des droits de l’homme

Dans de nombreuses nations démocratiques, y compris en Afrique, la protection des droits de l’homme est inscrite dans les Constitutions des États, souvent accompagnées de chartes des droits. Ces garanties juridiques servent de rempart contre les atteintes arbitraires aux libertés individuelles. Cependant, l’efficacité de ces protections dépend fortement de l’indépendance du pouvoir judiciaire et, plus encore, de la volonté des gouvernements de les faire respecter et appliquer, ce qui peut être compromis par des facteurs tels que la corruption ou l’influence indue d’intérêts puissants.

Les conséquences de ces violations des droits de l’homme sont profondes et s’étendent au-delà des communautés individuelles pour avoir un impact sur des régions entières. Les disparités économiques se creusent, les ressources environnementales s’épuisent et la cohésion sociale est mise à mal, ce qui perpétue les cycles de pauvreté et d’inégalité. En outre, l’escalade de l’impunité des entreprises représente un danger considérable pour les droits de l’homme, exacerbant la marginalisation des groupes démographiques sensibles et sapant les principes démocratiques.

Un exemple flagrant de violations des droits de l’homme perpétrées par des entreprises est celui de SIAT, société basée en Europe qui exploite de vastes plantations de palmiers à huile et d’hévéas en Afrique de l’Ouest. Soutenue par des institutions financières multinationales et aidée par des cadres réglementaires faibles, l’expansion de SIAT s’est traduite par un accaparement généralisé des terres, une dégradation de l’environnement et le déplacement de communautés indigènes. Malgré l’affirmation de l’existence d’un régime foncier coutumier, les populations locales sont souvent déplacées de force pour satisfaire les intérêts des entreprises, ce qui a pour effet d’éroder leur patrimoine culturel et de mettre en péril leurs moyens de subsistance.

Le cas de SIAT illustre parfaitement un scénario dans lequel l’État se retourne contre ses propres citoyens. L’accaparement des terres facilité par SIAT est approuvé par les gouvernements des pays d’Afrique de l’Ouest où l’entreprise a investi. Il s’agit essentiellement de l’attribution par le gouvernement aux multinationales de terres déjà habitées par les communautés locales. Lorsque les habitants résistent, le gouvernement envoie des officiers de police armés et, dans certains cas, du personnel militaire pour les expulser de force sous le couvert de l’investissement étranger et du développement.

Des cas, comme celui de SIAT, rappellent de nombreux autres cas d’acquisition de terres à grande échelle en Afrique ; ils soulignent l’absence de consentement préalable, libre et éclairé (CPLE) de la part des communautés locales. Ce CPLE nécessite une sensibilisation approfondie de toutes les parties prenantes au sein des communautés locales; jusqu’à ce qu’elles aient une compréhension claire des choix possibles et de leurs implications. Bien qu’AEFJN se soit efforcé de faciliter de telles initiatives de formation, des difficultés persistent en raison de la réticence des acteurs étatiques à coopérer, ce qui perpétue le rétrécissement de l’espace civique.

Le rôle des traités internationaux contraignants dans la lutte contre les violations des droits de l’homme

À la lumière de l’impunité généralisée observée à l’échelle mondiale en raison des actions des entreprises multinationales, divers acteurs internationaux, y compris des institutions confessionnelles telles que le Réseau Foi et Justice Afrique-Europe (AEFJN), se sont mobilisés pour plaider en faveur du démantèlement de l’impunité des entreprises et du rétablissement des droits de l’homme.

Un traité international contraignant a mis l’accent sur la manière de traiter à la fois l’État hôte et les multinationales, de sorte que les citoyens auront recours à la justice à différents intervalles.

Reconnaissant l’enchevêtrement des violations des droits de l’homme, ce traité international contraignant s’efforce d’adopter une approche globale des causes profondes de l’injustice. Cette approche comprend des réformes juridiques, des mesures de responsabilisation, des campagnes de sensibilisation, l’autonomisation des communautés marginalisées et la promotion de la solidarité entre les parties prenantes. AEFJN, fidèle à son engagement en faveur de la justice sociale et de la dignité humaine, souhaite vivement promouvoir l’adoption et la mise en œuvre de ce traité international contraignant.

Le prochain groupe de travail intergouvernemental à composition non limitée pour ce traité contraignant de l’ONU sur les sociétés transnationales, constitue un moment clé pour promouvoir la responsabilité des entreprises et faire progresser la justice mondiale. En galvanisant la société civile, les gouvernements et le soutien international, nous voulons plaider en faveur de réglementations solides et de mécanismes d’application, pour contrer l’exploitation des entreprises et sauvegarder les droits de l’homme.

Conclusion

En conclusion, la lutte pour les droits de l’homme est une entreprise permanente qui nécessite une action collective et un engagement sans faille. En tant que défenseurs de la justice et de la dignité, nous devons être solidaires des opprimés, lutter contre l’exploitation des entreprises et défendre les principes des droits de l’homme pour tous les individus. Grâce à des efforts concertés et à une collaboration intersectorielle, nous pouvons construire un monde plus juste et plus équitable où les droits de l’homme sont respectés et protégés pour les générations à venir. Nous appelons chacun d’entre nous à diffuser le message sur le traité international contraignant.

Par: Elvis Ng’andwe, M.Afr. (Secrétaire exécutif d’AEFJN, Bruxelles, Belgique)

Le déclin de la fraternité humaine: Violations des droits de l’homme

Promoteurs de JPIC avec des jeunes de Talitha Kum International à la Place Saint-Pierre 04.02.2024

Introduction

En pensant aux droits de l’homme à la lumière de l’Évangile, il me vient à l’esprit la rencontre de Jésus avec la femme adultère, relatée en Jean 8, 1-11. Jésus ne l’a pas jugée ni condamnée. Il s’est plutôt confronté aux systèmes coutumiers qui étaient aveugles sur les méfaits des hommes, mais durs pour les défauts des femmes. Il a opté pour la protection des droits de la personne, en particulier la vie et la dignité de la femme qui a été attrapée. L’idéal et l’attitude de Jésus restent importants pour notre société humaine contemporaine. La présente réflexion est guidée par quatre éléments : mon expérience personnelle, les causes des violations des droits de l’homme, le concept des droits de l’homme et ses défis modernes, et le rôle de l’Église dans la promotion des droits de l’homme.

Mon expérience personnelle des violations des droits de l’homme

Mon expérience des violations des droits de l’homme est existentielle. Étant né et ayant grandi dans la région des Grands Lacs, écrire sur le non-respect des droits de l’homme n’est pas un divertissement intellectuel. C’est une réalité existentielle. Depuis plus de deux décennies, la région mentionnée est confrontée à une guerre sans fin. Ses impacts ont touché directement ou indirectement chaque individu. Les cas de massacres sans précédent, de viols, de tortures et les images de corps mutilés sont indescriptibles. Je vois les violations des droits de l’homme dans les cris des femmes et des enfants qui sont constamment maltraités par des rebelles impitoyables. Je les vois dans les réfugiés dont les droits à la vie, à la liberté et à la propriété sont menacés. Cela m’interpelle toujours. Je me demande si ces atrocités humaines prendront un jour fin.

Actuellement, je suis confronté non pas aux violations des droits de l’homme en tant que telles, mais plutôt à des systèmes injustes. Les changements récents dans les cadres juridiques de la plupart des pays, la propagande médiatique et les idéologies populistes sont alarmants. À long terme, ils affecteront les droits des groupes les plus vulnérables, tels que les victimes de la traite des êtres humains, les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile politique. Le projet de loi britannique sur l’immigration clandestine, qui a débouché sur le slogan “Stop the boats”, est l’un des défis auxquels la plupart des défenseurs des droits de l’homme sont confrontés aujourd’hui.

Les causes des violations des droits de l’homme

Les causes des violations des droits de l’homme sont diverses. Mon observation est triple : sociale, économique et politique. L’organisation de la société opprime parfois les personnes vulnérables. Par exemple, certaines lois coutumières violent les droits des femmes et des enfants. Le droit à l’héritage n’existe que pour l’enfant de sexe masculin, qui finit par contrôler la richesse familiale. Bien que les femmes et les filles participent activement au secteur productif de la famille – du travail à la ferme au travail de bureau – elles ne contrôlent pas ce que la famille produit. Dans la plupart des cultures, il est difficile pour les femmes de posséder légalement des biens. Le titre de propriété doit porter le nom du mari. Une telle règle viole les droits fondamentaux de la femme à la liberté et à la propriété.

La politique – bien sûr, la mauvaise politique – est une autre cause de violation des droits de l’homme. La politique qui ne protège pas les droits naturels de la vie, de la liberté et de la propriété est mortelle. Elle piétine la dignité des citoyens. Récemment, le monde a vu des politiciens égoïstes mener des guerres inutiles pour des raisons économiques. On pense que les causes réelles de ces guerres sont gardées secrètes au sein du système économique mondial.

Les droits de l’homme : un concept fluide

Le concept de droits de l’homme devient de plus en plus fluide. Cette fluidité fait qu’il est difficile de le définir et d’en saisir la signification. Par exemple, les droits fondamentaux classiques de la vie, de la liberté et de la propriété sont en train de fusionner avec les droits sexuels. Les droits des LGBTQ+ défient les normes familiales traditionnelles et les croyances religieuses. Un autre défi est le non-respect explicite des droits de l’homme qui bénéficie d’un double standard moral dans les couloirs de la communauté internationale. Pour des raisons économiques et politiques, certains crimes contre l’humanité n’attirent pas l’attention de la communauté internationale. Les atrocités commises en Ukraine, à Gaza, au Sahel, dans la région des Grands Lacs et dans d’autres parties du monde ne suscitent pas la même réprobation. Pourquoi ? Tout d’abord, il y a un déclin remarquable de la fraternité humaine. Lorsqu’il s’agit de gains économiques et politiques, les humains se considèrent à peine comme des frères et des sœurs. Ce qui compte le plus, c’est la richesse et le pouvoir, pas la vie humaine.

Deuxièmement, le manichéisme politique – la politique des “bons” et des “méchants” – rend obsolète le concept des droits de l’homme. Ceux qui, dans le monde entier, sont connus pour être les “bons”, lorsqu’ils commettent des crimes, qui sont intrinsèquement des crimes contre l’humanité, sont rapidement disculpés et protégés par le droit international. Le tour des “méchants” est une toute autre histoire. Des sanctions sévères sont rapidement prononcées. Ce jugement partial souligne lui-même la nature fluide du concept de droits de l’homme.

Promouvoir les droits de l’homme : le rôle de l’Église

Pour faire face aux défis déjà mentionnés, l’Église doit revaloriser son identité – celle d’une figure d’autorité morale – qui ne commande pas, mais aide plutôt l’humanité à se réorganiser lorsqu’elle est confrontée à une impasse morale et à une confusion politique. Les vertus évangéliques de protection de la vie, d’amour et de fraternité (cf. Jean 8, 1-11 ; Luc 10, 25-37) devraient véritablement guider la mission évangélisatrice de l’Église.

En tant que témoins prophétiques, nous devons d’abord vivre et pratiquer l’amour du bon samaritain. Cet amour est pratique. Il ne s’agit pas d’un conte de fées imaginaire ; il s’agit de la vie. Nous devons aussi raviver l’esprit de fraternité humaine. Aimer et protéger la vie de notre prochain est impératif. Cela nous appelle à remarquer la situation désastreuse de nos frères et sœurs et à faire quelque chose pour y remédier. Le pape François le rappelle dans Fratelli Tutti (2020). Comme saint François, il exprime “l’essence d’une ouverture fraternelle qui nous permet de reconnaître, d’apprécier et d’aimer chaque personne, indépendamment de la proximité physique, indépendamment du lieu où elle est née ou vit” (FT, 1).

Conclusion

Jésus, par son attitude, a affronté des systèmes qui ne respectaient pas les droits humains fondamentaux. Il n’était pas aveugle ; il voyait la situation critique des personnes vulnérables au sein de la société humaine. Les réalités existentielles des violations des droits de l’homme ne sont pas loin de nous. Elles appellent des réponses prophétiques de notre part. Accroître notre prise de conscience et notre connaissance de ces violations sont les clés de nos efforts missionnaires dans la vie de l’Église.

Par: Prosper Harelimana, M.Afr.

Violence et insécurité, hier et aujourd’hui

La Foundation Panzi

«Homo homini lupus est» est un proverbe latin qui veut dire : “l’homme est un loup pour l’homme”. Si, dans le passé, les êtres humains se sont comportés comme des loups envers leurs semblables, ce comportement continue jusqu’à notre ère. La violence et l’insécurité qui se répandent à travers le monde en sont une illustration.

Qu’est-ce que la violence ?

Dans son rapport de 2002 sur la violence et la santé, l’OMS définit la violence comme « l’utilisation intentionnelle de la force physique, de menaces à l’encontre des autres ou de soi-même, contre un groupe ou une communauté, qui entraîne ou risque fortement d’entraîner un traumatisme, des dommages psychologiques, des problèmes de développement ou un décès ».

« La menace ou l’utilisation intentionnelle de la force physique ou du pouvoir contre soi-même, contre autrui ou contre un groupe ou une communauté qui entraîne ou risque fortement d’entraîner un traumatisme, un décès, des dommages psychologiques, un maldéveloppement ou des privations » (Pg. 5, Krug E, Dahlberg L, Mercy J.et al. Rapport mondial sur la violence et la santé. Genève : Organisation mondiale de la santé, 2002)

Les types de violence

Quand une personne attaque l’autre avec l’intention de nuire, on parle d’une agression. Quand elle tue l’autre, même pour des raisons légalement justifiables, on parle d’homicide.  Le brigandage, le pillage, le viol, l’abus sexuel des mineurs et des adultes vulnérables sont autant d’autres types de violence. La violence peut-être aussi psychologique, verbale et passive. La violence structurelle existe aussi. Selon Galtung, cette « violence se ‘construit’ dans une structure et se caractérise par l’inégalité dans l’exercice du pouvoir, et en conséquence conduit aux inégalités d’opportunités ». Le népotisme, un groupement politique, social, culturel ou ethnique, qui opprime ou exclue les autres fait partie de la violence structurelle.

La violence et l’insécurité

Quand la violence prévaut, elle crée la peur au point que les gens se sentent en danger ; on parle de l’insécurité. On pourrait donc déduire que l’insécurité est une conséquence de la violence. Les causes de l’insécurité sont multiples : une personne est socialement insécurisée quand son milieu de vie devient menaçant et dangereux. Par exemple Goma (en province du Nord-Kivu, R.D. Congo) est une ville insécurisée où, vers 21h, on ne voit presque plus de piétons ni de véhicules en circulation. Un ouvrier dont le travail est précaire et instable vivrait dans une situation d’insécurité. L’incertitude d’une prochaine nomination d’un confrère peut provoquer en lui une certaine insécurité. On note que la cause la plus sous-jacente dans la province précitée serait la guerre économique qui s’y vit depuis déjà plus de deux décennies.

La violence et l’insécurité affectent négativement les individus et leurs communautés. Elles provoquent des déplacements massifs des personnes, les isolent les unes des autres et créent le traumatisme, la dépression et éventuellement la mort.

Peut-on prévenir la violence ?

Il est possible de mettre en place des mesures de prévention de la violence comme la promotion des droits et des devoirs des personnes, des mesures contre la consommation nocive de l’alcool et l’usage de la drogue, surtout chez les jeunes. Réduire l’accès aux armes à feu et aux armes blanches, promouvoir l’égalité entre les sexes, éviter la convoitise, le pillage et l’extrait illicite des ressources naturelles par les systèmes mafieux et multinationaux contribueraient à créer des communautés et un monde non-violents.

Quelle place pour la non-violence et l’empathie ?

Si en ternes simples, l’empathie est la capacité de s’identifier à l’autre dans ses ressentis; et la non-violence l’abstention et l’exclusion de toute violence, ces deux concepts ont leur place dans les situations de violence et d’insécurité. Ainsi, refuser toute coopération, complicité et participation dans des actions violentes, dénoncer les propos et les actions violentes, promouvoir l’interculturalité et la paix peuvent promouvoir la non-violence. Se mettre à la place de l’autre, essayer de le comprendre sans le juger, se faire proche de lui, l’aider à exprimer ce qu’il ressent, avoir une écoute de sollicitude sont quelques comportements empathiques envers les victimes de la violence et de l’insécurité.

Quels programmes de lutte contre la violence et l’insécurité ?

Dans les sociétés déchirées par la violence et l’insécurité, on constate souvent la présence des ONG et celles des Nations-Unies qui tentent d’apporter des solutions à ces fléaux. Dans notre milieu et ailleurs, ces organisations sont parfois accusées de ‘créer’ les guerres et prétendre les terminer à travers leurs programmes. Dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, des programmes de lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) sont mis en place afin d’assurer une prise en charge sanitaire, morale, psychologique et l’intégration des victimes dans la société.

Les Médecins Sans Frontières, par exemple, se chargent entre autres des soins des blessés de guerre. La MONUSCO (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo), la F.A.O, l’UNICEF, l’O.M.S, le H.C.R, le PNUD, etc. ont mis en place des programmes d’appui à la stabilisation et à la prévention des conflits, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, l’assistance aux enfants et aux réfugiés, le développement, etc. Au niveau national, il existe aussi des projets comme le PRVBG (Projet de Prévention et de Réponse Basées sur le Genre), le parlement d’enfants pour assister les enfants victimes de la violence et des abus, et aussi juger leurs bourreaux.

Au niveau local, on peut citer la Fondation Panzi initiée par le Prix Nobel de la Paix, le Dr Denis Mukwege qui s’occupe de la santé maternelle et des mutilations génitales pratiquées sur les femmes violées. Il existe aussi des réseaux d’entraide chrétiens et des bureaux d’écoute comme la Caritas diocésaine, le centre Nyota à Bukavu, (où est engagé notre confrère, le père Bernard Ugeux), qui accueille des jeunes filles analphabètes et victimes des viols et des enfants délaissés, pour les aider à recouvrer l’estime de soi. Les patrouilles nocturnes des policiers et des militaires, l’éclairage public dans les quartiers et les avenues de la ville et ses environs sont autant de programmes de lutte contre la violence et l’insécurité.   

La paix est possible

La violence et l’insécurité sont des réalités qui demeurent avec et en nous. Elles ont été et restent encore la cause de beaucoup de maux dans la société. Elles peuvent cependant être évitées et éradiquées. La paix est possible ; une paix durable serait une solution à la violence et à l’insécurité.

Par: Jean-Paul Cirhakarhula, M.Afr.

Violence et insécurité : un obstacle au développement, à la paix et à la prospérité

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La violence est un comportement qui blesse physiquement ou endommage quelqu’un ou quelque chose. La violence fait référence à la force utilisée pour soumettre quelqu’un contre sa volonté. La violence est une forme extrême d’agression contre une personne ou une querelle qui entraîne des blessures et la mort d’une personne. C’est un acte abominable et horrible, qui peut conduire au pire (blessure ou mort d’une personne). Gandhi, théoricien de la non-violence, a déclaré : “La violence ne doit pas être confondue avec la force ou le conflit. Il n’y a de violence que lorsque la force est en action”.

Le Mali traverse une crise profonde en raison de l’insécurité liée aux conflits qui entraînent des violences, telles les tensions intercommunautaires et intracommunautaires dans le pays. Les actes de violence contre la population civile continuent d’augmenter dans les différentes régions du Mali et les civils continuent de payer le plus lourd tribut aux conflits, à la violence et aux attaques des groupes armés qui causent d’importantes pertes en vies humaines et en biens.

Différents types de violence dans notre société actuelle

-Violence fondée sur le genre : de nombreuses formes de violence fondée sur le genre existent ; nous en faisons l’expérience dans nos communautés aujourd’hui.

-Violence physique : abus physiques tels que coups de poing, crachats, bousculades, gifles, morsures et même utilisation d’armes, etc.

-Violence sexuelle : elle revêt de nombreuses formes et peut se produire dans des circonstances très différentes. Il peut s’agir d’esclavage sexuel, de harcèlement sexuel, de traite à des fins d’exploitation sexuelle, de grossesse forcée ou de mariage forcé. 

-Violence à l’égard des femmes : celles-ci sont toujours victimes dans nos sociétés. L’excision, le mariage précoce et la violence conjugale sont des formes de violence à l’égard des femmes. Toutes ces formes de violence entraînent de nombreux problèmes de santé physique et psychologique dans la vie d’une femme. De nombreuses filles abandonnent l’école à cause de ces violences et d’autres types de violences à leur encontre. Il est important de savoir qu’existent dans notre société de multiples formes de violence auxquelles les gens sont confrontés et qu’elles ont de graves conséquences sur les individus, les familles et les communautés.

-Violence inter- et intracommunautaires : il existe une violence entre agriculteurs et éleveurs. Il s’agit d’un conflit territorial entraînant la destruction de vies et de biens dans nos communautés aujourd’hui. Il y a aussi des attaques armées contre les personnes, les villages et les infrastructures publiques, qui continuent de compromettre la protection des civils et causent de nombreuses pertes en vies humaines.

La violence sous toutes ses formes constitue un obstacle au développement durable, à la paix et à la prospérité d’un pays. Les conflits territoriaux entraînent la destruction de vies et de biens. Existe aussi la violence verbale et morale qui provoque la haine.

A Nioro du Sahel

Ici, dans notre région de Nioro du Sahel, nous connaissons la violence entre les groupes ethniques et aussi entre différentes communautés. L’islam est la religion dominante dans la région ; de nombreuses personnes suivent également les religions traditionnelles africaines. Ils peuvent aussi suivre des cultures et des traditions qui nuisent aux individus et à la société dans son ensemble. Cette violence est à l’origine de la déstabilisation du pays ; elle provoque la pauvreté et le chômage dans la société. Il semble que la société ne veuille pas, ou n’accepte pas, certaines de ces cultures, ce qui cause des dommages physiques et psychologiques aux individus et à la société dans son ensemble. Certains chefs religieux et parents semblent encore soutenir des pratiques telles que l’excision et le mariage précoce des enfants.

Ces pratiques continuent d’exister, même si elles diminuent lentement. Nous nous en rendons compte lorsque nous, en tant qu’Église, participons à différentes sessions organisées par certaines ONG et par les projets du gouvernement qui promeuvent et abordent les questions de la violence et de l’insécurité. Dans nos villes et nos villages, les violences telles que les mutilations génitales féminines et les mariages précoces causent de nombreux problèmes de santé physique et psychologique aux jeunes filles. Ces différents types de violence peuvent être à l’origine d’une déstabilisation des communautés et du pays dans son ensemble.

Cela peut entraîner une insécurité économique empêchant le pays de se développer.

Attaques par des groupes armés

Les conséquences humanitaires des attaques dans les villages, des tueries, des enlèvements, des récoltes brûlées dans les champs et des incendies de granges et de maisons, ainsi que les vols de bétail, sont nombreuses. Dans un tel climat d’insécurité, il est difficile de penser à l’économie et à la stabilité du pays. Dans la région, quelques ONG tentent, de temps à autre, de ramener la paix et de sensibiliser les communautés aux conséquences de la violence. Les violences inter- et intracommunautaires et les attaques d’hommes armés inconnus contre la population, les villages et les infrastructures publiques, continuent de compromettre la protection des civils et de causer de nombreuses pertes en vies humaines. C’est le cas dans de nombreux villages et régions du Mali ; beaucoup de personnes déplacées sont des enfants et des femmes.

Face à cette situation, les survivants de ces attaques fuient massivement leurs villages vers des lieux jugés plus sûrs. Ce déplacement forcé fait d’eux des victimes de la famine. Le gouvernement intervient en suivant la loi du pays. L’augmentation des attaques dans les villages provoque ensuite des déplacements forcés. Le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays augmente de jour en jour en raison de l’insécurité persistante dans le pays. La situation est complexe pour mener des activités de médiation, réconcilier les différentes communautés, renforcer la cohésion sociale et favoriser le retour du personnel des services sociaux de base. Les champs, les greniers et les maisons sont incendiés par des groupes d’hommes armés. De temps à autre, des ONG apportent une aide humanitaire sous forme de céréales, de matériel agricole et d’aide morale.

La région de Nioro du Sahel est principalement un désert sec. La saison des pluies y est courte. C’est pourquoi les récoltes sont insuffisantes. Ce problème est à l’origine de l’insécurité économique de la région. Des hommes armés inconnus attaquent et volent les bus de transport. Cela empêche les gens de se déplacer d’un endroit à l’autre. Il y a des conflits territoriaux qui conduisent à la violence des paysans contre les éleveurs, violence entre groupes ethniques, etc.

La violence entraîne des pertes en vies humaines et en biens. Les mariages d’enfants et les mutilations génitales féminines constituent un problème majeur dans la région. De nombreuses jeunes filles mineures quittent l’école et mènent une vie à laquelle elles ne sont pas encore préparées. Ces conflits et cette violence provoquent une grande insécurité économique dans la région et constituent un obstacle au développement du pays.

En réalité, il est difficile pour les gens de vivre en paix tant que les choses ne fonctionnent pas. Il est évident que de nombreuses personnes ne sont pas en paix ; mais elles n’ont pas le choix. Certaines perdent des membres de leur famille à cause de la façon dont les autres les maltraitent.

Par: Gidey Mekonnin Girmay, M.Afr.

Avez-vous rejeté le Sud-Soudan en bloc? Votre âme même se révolte-t-elle contre elle?

Sud-Soudanais déplacés par la guerre (2013). Crédit image: https://www.flickr.com/photos/eu_echo/

Lorsqu’en 2021, ma nomination au Sud-Soudan a été connue, j’ai reçu quelques messages allant de souhaits de prière inspirants à des commentaires éprouvants sur le Sud-Soudan. Quelqu’un a écrit : “Il y a tellement de violence dans ce pays ; j’aimerais que tu n’aies pas à y aller”. Un autre a demandé avec regret : “Pourquoi êtes-vous toujours nommés dans des pays déchirés par la guerre? Vous quittez le Mali, un pays troublé, pour aller dans un pays pire encore. Vous passez de la poêle à frire au feu”. Un ami musulman a raillé : “Ce pays ne devrait pas exister ; pourquoi y aller ?”. Plus sérieusement, un autre a dit : “Les gens de ce pays ne sont pas bons, ils te tueront”.

En réfléchissant à ces commentaires, j’ai décidé de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour éviter d’entendre d’autres réflexions de ce genre, de peur que les pires choses ne soient dites pour m’effrayer. J’étais déterminé à sauvegarder ma paix intérieure et à me libérer des griffes de l’anxiété. Heureusement, dans une mesure appréciable, j’ai réussi à ne pas me laisser perturber par les avertissements effrayants que ces commentaires signalaient, car les petits échos de violence qu’ils contenaient m’échappaient. Cependant, au fil des jours, plus je me renseignais sur le Sud-Soudan en vue de mon éventuel voyage, plus les commentaires s’imposaient comme une évidence. Dans la plupart des documents que j’ai lus, la violence, la guerre, les conflits, l’insécurité, la pauvreté et la souffrance étaient les sujets récurrents. En approfondissant mes recherches, j’ai découvert que le Sud-Soudan, bien qu’étant le pays le plus jeune du monde, était, selon le classement de l’indice mondial de la paix, “le pays le plus dangereux d’Afrique et le quatrième endroit le moins sûr du monde”.

Lorsque je suis finalement arrivé au Sud-Soudan, la réalité sur le terrain était plus éloquente que la somme de tout ce que j’avais appris jusqu’alors. La vague de violence et ses terribles conséquences sont criantes. Le récit des témoins oculaires et des victimes survivantes fait état de la peur, du chagrin, du désespoir, de l’incertitude et d’une grande souffrance. Lors de ma première rencontre avec Mgr Stephen Nyodho Ador, l’évêque du diocèse de Malakal auquel nous appartenons, il a déploré le poids des destructions subies par le Sud-Soudan à la suite des terribles violences qui l’ont frappé entre 2013 et 2016. En se référant spécifiquement à sa ville natale et au siège de son épiscopat, il a déclaré que “Malakal est en ruines”.

Comme le prophète Jérémie

Ce n’était pas exagéré ! En effet, la violence et la guerre ont laissé les villes de Malakal, Renk, Wedakona et d’autres encore, dans une terrible désolation. Si l’on se rendait dans ces villes en 2013 ou 2014, les scènes horribles auraient pu nous amener à nous lamenter comme le prophète Jérémie : “Si je vais à la campagne, je vois des gens tués par l’épée ; si je vais à la ville, je vois des gens torturés par la faim ; même les prophètes et les prêtres errent dans le pays, à bout de forces. Tu as rejeté Juda ? Ton âme se révolte-t-elle contre Sion ? Pourquoi nous as-tu frappés sans espoir de guérison ? Nous espérions la paix, mais rien de bon ne s’est produit ! Pour le moment de la guérison, rien d’autre que la terreur !” (14, 18-19).

Cette plainte du prophète peut sembler exagérée. Néanmoins, elle donne une image mentale vivante du niveau de violence et des conséquences horribles dont le Sud-Soudan a souffert peu après son indépendance en 2011. La joie de l’indépendance et de la liberté a été de courte durée. Les gens espéraient la paix et la prospérité, mais en quelque sorte, “rien de bon n’en est sorti”. Ils espéraient un moment de guérison, mais la terreur a frappé à la place ! On ne peut que s’interroger : “Seigneur, as-tu rejeté le Sud-Soudan ? Ton âme même déteste-t-elle son existence ?”

Un jeune homme d’Akobo, l’une de nos étapes, a raconté que quelque part à la périphérie de la ville, gisaient de nombreux crânes que lui et un prêtre avaient découverts au cours d’une promenade. Il m’a proposé de l’accompagner pour voir, mais j’ai décliné son invitation, de peur que les paroles du prophète ne s’accomplissent à mon oreille : “Si je vais dans la campagne, c’est là que gisent ceux qui ont été tués par l’épée”. Né de luttes courageuses et de grandes souffrances, le Sud-Soudan n’a pas encore atteint son sabbat ni trouvé son véritable repos. Comme Ramah, il pleure sans consolations, parce que la violence a usurpé la paix de ses enfants et les a plongés dans une insécurité perpétuelle.

Qu’est la violence au Sud-Soudan ?

La violence est un concept aux multiples facettes et, en tant que tel, aucune définition unique ne peut être absolue. Dans le contexte du Sud-Soudan, j’ai tendance à penser que toute définition connue de la violence est applicable. L’Organisation mondiale de la Santé définit la violence comme « l’utilisation intentionnelle de la force physique, de menaces à l’encontre des autres ou de soi-même, contre un groupe ou une communauté, qui entraîne ou risque fortement d’entraîner un traumatisme, des dommages psychologiques, des problèmes de développement ou un décès ». Je trouve que cette définition est la plus appropriée, car chaque élément qu’elle contient s’applique à toute forme de violence prise au hasard au Sud-Soudan. J’observe cependant que cette définition n’est pas encore comprise par une majorité de personnes qui confondent la violence avec la bravoure, ou plutôt qui interprètent à tort la violence comme un acte de bravoure justifié.

Dans certaines cultures, par exemple, le passage à l’âge adulte justifie les razzias de bétail, d’enfants ou de femmes, car cet acte confirme que le jeune est suffisamment “courageux et responsable” pour prendre sa place dans la société. Il va sans dire que la violence n’est pas perçue comme quelque chose d’intrinsèquement négatif. En fait, ce que la plupart des cultures considèrent comme de la violence n’est pas encore compris de cette manière par d’autres cultures.

Les différentes facettes de la violence et leurs causes sous-jacentes

Il existe autant de types de violence que de causes sous-jacentes. Il existe une lutte pour la domination ethnique/tribale et économique entre les groupes ethniques. Cette lutte est motivée par leur désir caché d’accéder au pouvoir politique et à la gouvernance. De là naît la violence politique, tribale/ethnique. L’indépendance, l’identité culturelle, la liberté religieuse, entre autres, étaient les objectifs primordiaux de tous les Sud-Soudanais bien intentionnés avant l’indépendance. Après l’indépendance, il semble y avoir eu un changement progressif de vision, d’idéaux et de valeurs. L’esprit de nationalisme et de patriotisme semble céder la place aux intérêts ethniques. Il semble désormais important de savoir qui dirige et qui est dirigé, d’où les luttes incessantes pour le pouvoir politique. Il existe également d’autres formes de violence communautaire et ethnique qui ne sont pas directement motivées par un désir de pouvoir politique ultime. Cette violence éclate entre les communautés principalement sur la base d’intérêts territoriaux, agricoles et autres intérêts socioculturels. Les tribus se livrent constamment à des raids meurtriers réciproques pour s’emparer du bétail, des enfants et des femmes. Le prix élevé de la fiancée, l’infertilité perçue dans certaines tribus et l’insuffisance des pâturages pour le bétail sont considérés comme des causes sous-jacentes de cette catégorie de violence. Le niveau d’insécurité créé par ce type de violence augmente malheureusement à un rythme alarmant. La plaque tournante de ce type de violence est l’État de Jonglei, qui est le territoire ecclésial des Missionnaires d’Afrique de la paroisse Saint-Paul. 

À l’heure où j’écris ces lignes, je suis informé de source sûre que plus de vingt personnes ont été tuées lors d’un violent affrontement entre deux tribus à Duk, l’une de nos antennes. À la violence communautaire s’ajoute la violence subtile et systématique des meurtres par vengeance, dont la cause est, selon moi, le dysfonctionnement de la culture et de la religion. Il y a aussi la violence domestique ou sexiste, dont les victimes sont principalement des femmes et des enfants. La violence interpersonnelle est également un phénomène courant, car les individus, le plus souvent dépassés par les effets d’autres formes de violence, subissent des attaques, des abus, des menaces, ou évacuent simplement leur colère les uns sur les autres. En tant que berger, je suis blessé par mes brebis blessées à cet égard. Pourtant, je dois rester leur berger.   

La violence collective persistante (guerre) de ces dernières années a entraîné une forte prolifération des armes au Sud-Soudan, ouvrant la voie à la poursuite du cycle de la violence. En raison de l’accès facile aux armes, les groupes armés se multiplient et exercent une violence sporadique sur la population. 

Les effets de la violence

Les effets de la violence sont multiples. La violence a laissé de nombreux Sud-Soudanais traumatisés, émotionnellement engourdis et agressifs. Le saccage des villages et des villes a retardé et continue d’entraver le développement des infrastructures du pays. Le diocèse de Malakal, par exemple, a perdu plus de 30 voitures et d’autres biens ecclésiastiques de valeur au cours des violences de 2013. Les effets désastreux de la faim et de la famine, dus à la baisse de la productivité économique sont étroitement liés à cette situation. Chaque fois que la violence éclate, elle gèle les activités économiques, ce qui entraîne une pauvreté persistante. Sur le plan social, la violence a aliéné certains groupes, tribus et individus. Il est inutile de préciser que les pertes massives de vies humaines et les déplacements de population provoqués par la violence ont également entraîné une recrudescence des familles dysfonctionnelles, une situation qui entrave le bon développement des enfants. La violence a privé de nombreuses familles de leur figure paternelle, car trop souvent les hommes périssent au cours des affrontements. Il faut également souligner que la violence affecte négativement la foi et la morale des gens, car certains, à la suite d’expériences amères, perdent espoir en Dieu et en l’humanité. Pour certains, il est facile d’ôter la vie à un être humain. Cela montre la profondeur de l’irreligiosité et de la décadence morale que la violence peut provoquer.

Que fait-on pour réduire la violence et guérir les victimes ?

Au niveau national et international, des efforts sont déployés pour lutter contre la violence au Sud-Soudan. Jusqu’à présent, l’accord revitalisé d’Addis-Abeba de 2018 sur la résolution du conflit dans la République du Sud-Soudan a donné quelques résultats positifs, même s’il reste encore beaucoup à faire. Une paix fragile règne dans tout le pays. La visite œcuménique de paix du pape François et de ses pasteurs alliés au Soud-Sudan a contribué de manière significative à la guérison nationale, à la construction de la paix et à la restauration de l’espoir dans le pays.

Existent également de nombreux programmes de soutien gérés par de nombreuses organisations et institutions non gouvernementales locales et internationales, dont certaines visent à réduire la violence par la consolidation de la paix, l’éducation, les soins de santé et d’autres activités similaires. Elles proposent également divers systèmes de soutien humanitaire axés sur l’hébergement, l’alimentation, l’accompagnement, la guérison et la réhabilitation des victimes de la violence.

L’Église du Sud-Soudan est également en première ligne pour aider les victimes de la violence. Le diocèse de Malakal, par exemple, rend un immense service à des milliers de victimes fuyant la violence du Soudan voisin en leur offrant un transport gratuit pour rejoindre Malakal depuis la ville frontalière de Renk. En tant que nouvelle communauté des Missionnaires d’Afrique, notre humble devoir apostolique est de soutenir les efforts de l’Église locale en apportant notre “tout à tous”. Dans cet océan de violence, nous nous présentons consciemment comme des “témoins du Royaume”, car nous savons que celui à qui appartient le Royaume est au milieu de son peuple. Nous rompons le pain chaque jour en priant pour le peuple. Concrètement, alors que nous sommes encore en train de trouver nos repères en tant que communauté nouvelle, nous cherchons d’abord à nous lier d’amitié avec les gens. Cela nous permettra de gagner leur confiance et, à partir de là, de vivre ensemble comme des frères et sœurs. Pour l’instant, en raison du manque de ressources à notre disposition, nous nous contentons de faciliter l’organisation de cours sur la guérison des traumatismes, la promotion de la justice et de la paix, l’autonomisation des femmes, etc.

Parmi nos nombreux projets pastoraux, le réveil de la foi et l’éducation à la transformation sont prioritaires. Nous sommes convaincus, sans l’ombre d’un doute, que seule une bonne éducation associée à une foi ferme peut briser la chaîne vicieuse de la violence et apporter le développement, car les gens périssent par manque de connaissances ; ils sont à la traîne par manque d’état d’esprit positif. Nous sommes certains que le Seigneur n’a pas totalement rejeté le Sud-Soudan, et vous non plus !

Par: Cletus Atindaana, M.Afr.

La non-violence : une exigence essentielle de la conscience humaine et insécurité

crédit image: https://www.latestly.com

Violence et insécurité

Violence et Insécurité ! Je peux dire, ce sont deux réalités qui me touchent profondément au niveau personnel et au niveau de « ma vie en général » car, depuis 2011, la violence et l’insécurité qui autrefois étaient au Nord du Mali s’est étendue à presque l’ensemble du territoire malien et après, au Burkina Faso en 2013. J’ai constaté qu’à partir de 2015, la même réalité de violence et d’insécurité est venue s’installer au Burkina Faso.

C’est quoi la violence ?

La violence est définie par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme étant « l’utilisation intentionnelle de la force physique, de menaces à l’encontre des autres ou de soi-même, contre un groupe ou une communauté, qui entraîne ou risque fortement d’entraîner un traumatisme, des dommages psychologiques, des problèmes de développement ou un décès ». Il y a différentes formes de violence : la violence physique, la violence sexuelle, la violence psychologique et la violence verbale.

Dans nos communautés

Moi-même je peux témoigner d’avoir souffert en communauté de tentatives de violence physique de la part d’un confrère, de violence psychologique et très souvent de violence verbale de la part de certains confrères… En disant tout cela, je ne veux accuser personne, mais seulement témoigner que « la violence, surtout verbale » existe bel et bien dans nos communautés.

Au Sahel

Au niveau du Sahel, la violence physique et l’insécurité, malheureusement, touchent une grande partie de nos populations ! Nous-mêmes avons le preuve de cela, dans l’enlèvement de notre confrère, le père Ha-Jo Lohre à Bamako, le 20 novembre 2022 ; heureusement il a été libéré le 26 novembre 2023 !

 Beaucoup du monde ici associe la peur et le sentiment d’insécurité à la montée de la violence dans certaines régions. A. Peyrefitte, Garde des Sceaux en France en 1977, a déclaré : « l’impression que chacun éprouve de la violence résulte notamment de son expérience personnelle, de la connaissance qu’il peut en avoir par son entourage et des informations diffusées par les moyens de communication ».

J’ai lu, l’an passé, un article d’un sociologue burkinabé, Mr Sidi Barry, que disait que la crise sécuritaire que nous vivons a ses racines dans des questions ethniques, religieuses, les frustrations des populations oubliées, le manque d’investissement dans beaucoup de zones au niveau des infrastructures de développement, surtout au niveau des communications, de la santé et de l’éducation ; à cela, nous devons ajouter le chômage endémique que nous vivons dans beaucoup de villes sahéliennes. La violence et l’insécurité amènent donc les individus et les communautés à une destruction ou à une dévalorisation du capital physique (infrastructures, équipements), du capital humain ainsi que du capital social qui repose sur la confiance, les règles ou les réseaux de relations.

Comme exemple, je peux citer le discours du général Moussa Traoré, gouverneur de Gao, le 19 février 2023 : « les problèmes dont souffre la population de la Cité des Askia sont liés à l’électricité, la télécommunication, la pénurie d’eau, l’insécurité et le développement rural » ; à la même rencontre, le Premier ministre malien Choguel Kokalla Maiga a rassuré en disant que ces préoccupations seraient transmises à qui de droit et que tout développement n’a de sens que lorsque un pays est sécurisé. Les conflits et la guerre peuvent avoir un coût élevé en termes de dépenses militaires et d’endettement extérieur.

Au niveau social, des fois, nous voyons des activistes et des réseaux sociaux qui peuvent déstabiliser la société en prêchant l’intolérance, les discours ethniques, haineux, terroristes… de telle manière, qu’on entend dire souvent « personne n’a confiance en personne » ; je pense que les gouvernements font de leur mieux pour éduquer et sensibiliser les populations face à ce problème ; mais c’est toujours un travail à continuer au niveau de la liberté de la presse, des Droits Humains, de la liberté d’expression et des partis politiques.

Les mesures qu’on peut prendre pour prévenir la violence

Il est possible de prévenir la violence, mais pour cela de grands défis sont à relever au niveau de la crise humanitaire et sécuritaire sans précèdent queconnaît le Sahel : la réconciliation afin d’apaiser les cœurs, l’éducation, la réinsertion des enfants déscolarisés à cause de l’insécurité, le renforcement du dialogue et la négociation en intégrant les acteurs politiques et religieux, promouvoir la confiance entre militaires et population, continuer à prier pour la paix en demandant au Seigneur d’assurer la sécurité des populations et de leurs biens, car, en certaines zones, les personnes ne peuvent plus dormir tranquilles, ni cultiver la terre, ni voyager… Au Burkina Faso, le nombre des personnes déplacées (PDI), tourne autour de 2.000.000.

Promotion de l’empathie et de la non-violence dans la société

Pour briser le ressort de la violence, il faut rompre avec les processus de justification et de légitimation de la violence, et montrer que la violence n’est pas une fatalité. Il faut montrer que la non-violence est une exigence essentielle de la conscience de l’homme, et aussi qu’elle peut constituer une alternative à la violence dans des domaines variés de la vie collective et même des relations internationales.

Il est urgent également de préparer les enfants à être des citoyens. Par une véritable éducation civique avec comme caractéristiques : la coopération plutôt que la compétition, la créativité plutôt que la reproduction des modèles, la solidarité plutôt que la rivalité.

Pour terminer je dirais ceci : l’espoir renaît car dans beaucoup de parties de notre terre sahélien, les choses vont beaucoup mieux : beaucoup de personnes, de structures, d’associations, de mouvements sont engagés dans la lutte contre la violence et l’insécurité pour un meilleur avenir. L’Eglise catholique elle-même, par le moyen des organismes comme Caritas, a beaucoup de projets et de programmes en ce sens-là ; au niveau de l’archidiocèse de Bobo-Dioulasso, il y a des sessions sur la sécurité. Je cite : « du petit maraudeur au violent terroriste, les actions des malfaiteurs troublent la quiétude des citoyens, des laïcs, des communautés sacerdotales et religieuses mettant a rude épreuve les efforts d’évangélisation et aussi le processus de développement humain ».  Que Dieu nous bénisse et nous protège !

Par: Manuel Gallego Gomez, M.Afr.

Campagne de lutte contre la traite des êtres humains : « A luta continua »

La traite des personnes est une activité criminelle dans laquelle les victimes sont recrutées, hébergées, transportées, achetées ou kidnappées à des fins d’exploitation, telles que l’esclavage sexuel et le travail forcé. En raison des vulnérabilités sociales, économiques et politiques, des hommes, des femmes et des enfants sont victimes de la traite à travers le monde. Malgré les mesures légales et migratoires prises pour enrayer cette catastrophe d’origine humaine, le nombre des victimes ne cesse d’augmenter. Dans le monde entier, les trafiquants ne ciblent pas seulement leurs victimes à des fins d’exploitation sexuelle et de travail forcé, mais aussi de prélèvement d’organes. En Afrique de l’Ouest, selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), « trois victimes sur quatre sont des enfants ».

Les Missionnaires d’Afrique, dans leurs différentes provinces, sections et secteurs, sont engagés dans la lutte contre la traite des êtres humains. Récemment, nos confrères travaillant dans les provinces du Ghana-Nigeria, de l’Afrique centrale et de l’Afrique de l’Est ont organisé des campagnes de sensibilisation contre la traite des êtres humains, principalement parmi les jeunes.

Pour célébrer la Semaine de Bakhita, les Missionnaires d’Afrique se sont joints à d’autres congrégations religieuses pour animer, informer et éduquer les jeunes sur les astuces et les incitations utilisées par les trafiquants. Le 8 février 2024, Obai E. Patrick (M. Afr.), avec les Franciscaines Missionnaires de Marie (FMM), les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique (SMNDA), d’autres congrégations religieuses et des enseignants, ont rencontré les enfants de St. Augustine’s Junior High School, Tamale, Ghana.

En République Démocratique du Congo, à Kinshasa, Alex Manda (M. Afr.), travaille en équipe avec 3 religieuses : 2 Sœurs Missionnaires Comboniennes et une Sœur de Notre-Dame du Jardin. À l’occasion de la Journée de sainte Joséphine Bakhita, l’équipe a organisé pour la première fois un événement de sensibilisation à Limete – une banlieue de Kinshasa –, auquel ont participé de nombreux religieux et religieuses de diverses congrégations. À l’avenir, ils envisagent, avec la Conférence des Supérieurs Majeurs (COSUMA), une collaboration durable avec Talitha Kum International, pour l’animation et la formation de religieux et de religieuses, et d’autres personnes de bonne volonté.

La sensibilisation est un processus. C’est une autre façon de vivre et de faire la mission de l’Église. Aujourd’hui, être des missionnaires prophétiques devrait inclure la campagne contre la traite humaine et d’autres formes d’exploitation des êtres humains. Les Missionnaires d’Afrique continuent de collaborer avec des personnes partageant les mêmes idées pour informer le public, afin qu’il ne devienne pas la proie des trafiquants. Il est à noter que, le 30 janvier 2024, Talita Kum Internation a lancé l’application « Walk in Dignity ». Il s’agit d’une application disponible sur Google Play Store. Il vise à accroître la sensibilisation et la connaissance du phénomène de la traite des êtres humains.

Par: Prosper Harelimana, M.Afr.

Limete, Kinshasa, la République Démocratique du Congo

Pendant  la célébration eucharistique

Manda Alex (M. Afr.) avec des religieux et des religieuses après la célébration eucharistique

Obai E. Patrick (M. Afr.), avec des sœurs, des enseignants et des enfants lors de la campagne de lutte contre la traite des êtres humains à St. Augustine’s Junior High School, Tamale, Ghana

 L’application «Walk in Dignity»

Temps pour la Création / Septembre 2023

Les Pèlerins de Via Aurelia célèbrent le Temps pour la Création 2023

Le 9 septembre 2023, les membres des Pèlerins de Via Aurelia à Rome, de près ou de loin, ainsi que les voisins, amis et visiteurs, se sont réunis à la Maison généralice des Missionnaires d’Afrique pour célébrer le Temps pour la Création. Parmi les participants figuraient également des supérieurs majeurs de différents instituts religieux, des membres de la Commission JPIC Roma de USG-UISG et des promoteurs de JPIC travaillant à Rome. En tant que pèlerins, nous étions unis à l’Église universelle pour prier et sensibiliser au besoin de justice, de paix et de la sauvegarde de la maison commune. De plus, c’était le moment de demander la grâce du repentir, du pardon, de la réconciliation et d’une véritable conversion écologique.

 Vers 17h00, le Supérieur Général des Missionnaires d’Afrique a chaleureusement accueilli les pèlerins. Nous étions autour de 75 religieux et religieuses. Pour être au plus près de la nature, nous avons choisi de prier dans le jardin. C’était le moment pour nous de chérir et de vivre l’esprit de Laudato Si’ (LS). Pourquoi prier pour toute la création ? Par ce que « […] toutes les créatures sont liées, chacune doit être valorisée avec affection et admiration, et tous en tant qu’êtres, nous avons besoin les uns des autres » (LS, 42). Par conséquent, il devient impératif de prendre soin de notre prochain et de la planète.

Sauvegarder toute la création n’exclut pas la question de la paix et de l’équité sociale. Ils vont de pair. C’est pourquoi nous avons pris le temps d’écouter et de méditer les paroles du prophète Amos : Je déteste, je méprise vos pèlerinages, je ne puis sentir vos rassemblements, quand vous faites monter vers moi des holocaustes ; et dans vos offrandes, rien qui me plaise; votre sacrifice de bêtes grasses, j’en détourne les yeux; éloigne de moi le brouhaha de tes cantiques, le jeu de tes harpes, je ne peux pas l’entendre. Mais que le droit jaillisse comme les eaux et la justice comme un torrent intarissable ! (cf. Amos 5, 21-24).

Nous étions très heureux d’avoir prié pour un monde harmonieux, basé sur la justice et l’équité. Nous avons offert notre contribution spirituelle à la sauvegarde de notre maison commune, comme le pape François nous appelle à le faire.  Il est important de noter que l’année dernière, à peu près à la même époque, les Pèlerins de Via Aurelia ont prié ensemble pour une conversion écologique.

Il convient d’ajouter que le Temps pour la Création 2023 a été placé sous le thème “Que la justice et la paix se répandent.” Par la prière, la méditation et le partage fraternel, nous avons résolument choisi d’être des affluents actifs qui construisent un fleuve puissant d’équité sociale (cf. Amos 5, 24). Une telle attitude résolue implique de « cheminer ensemble » en tant que famille de croyants. Êtes-vous prêt à rejoindre notre chemin synodal ?

Par P. Harelimana