Martyrs de leurs oeuvres

« Aux yeux des hommes, ils subissaient un châtiment mais par leur espérance, ils avaient déjà l’immortalité » (Sagesse 3, 4). Voilà un extrait de la première lecture pour la solennité de Saint Cyprien, évêque et martyr, patron de l’Afrique du Nord.

En effet, par leur espérance, les martyrs possèdent déjà l’immortalité car « la vie des justes est dans la main de Dieu, aucun tourment n’a prise sur eux » (Sagesse 3, 1).

Cette année, la fête de St. Cyprien a coïncidé en quelque sorte avec l’annonce joyeuse de la béatification des nos 19 nouveaux martyrs de l’Eglise en Algérie (Mgr Claverie et ses 19 Compagnons) qui aura lieu à Santa Cruz, à Oran le 8 Décembre 2018.

Comme St. Cyprien, leur départ de ce monde a passé pour un malheur (pour celui qui ne réfléchit pas et celui qui n’a pas d’espérance). Certains sont morts criblés par balles, d’autres égorgés comme des moutons, d’autres poignardés revenant de la Messe, d’autres en explosion … Quand ils nous ont quitté, on les croyait anéantis … (Sagesse 3, 3). Néanmoins, puisque le sang des martyres est une semence de chrétiens », disait Tertullien, mourant par amour et fidélité pour ce peuple et ce pays qu’ils ont tant aimés, ils fructifient encore !

Ma plus grande surprise en tant que témoins de leurs œuvres et fruits abondants fut le 16 Septembre 2018, le jour même de la fête de St. Cyprien. Nous avions prévu de faire des inscriptions pour les cours des soutiens scolaire en Anglais et en Français comme chaque année pour tous les niveaux (de l’école primaire à l’université). Chaque année le nombre augmente car nous sommes devenus ‘victimes de notre succès’. Nous savions qu’il y ‘aurait du monde le jour des inscriptions car nos places sont limitées, mais pas autant ! A 7h48, après les laudes, j’ouvre le portail afin de nous préparer à commencer les inscriptions à 8h30. Surprise ! 83 personnes déjà devant le portail d’entrée, sans compter ceux qui étaient passés par la petite porte de la bibliothèque ! Dépassé par le nombre, tout a dû être   chamboulé ; pas de petit déjeuner, déjeuner tardif ainsi que pas de sieste durant toute la semaine, dépassant le record même sur les liste d’attentes ! La plupart de ceux qui sont venus ont été entendu dire «  les Pères ont ré-ouvert l’école des langues », d’autres « il n’ y a pas mieux que chez les Pères Blancs de Tizi » ….d’autres encore je n’ai pas pu dormir pour pouvoir arriver la première et là j’ai trouvé d’autres parents déjà parce que vous êtes les meilleures » … Alors, méditant sur tout cela, je me suis dit, si autant de monde nous fait confiance pour tout ce que nous faisons, ce n’est pas qu’à cause de nous, simplement mais bel et bien c’est grâce à nos prédécesseurs qui sont à l’origine de cette semence. Mourant, ils fructifiaient encore ; ils sont devenus martyrs de leurs bonnes œuvres. Vraiment, Ils étincellent comme un feu qui court à travers la paille (Sagesse 3, 7).

En effet, « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit » (Jean 12, 24) évangile de la solennité de St. Cyprien. Après ma méditation, je suis venu vous raconter … Nous, qui sommes inspirés par nos prédécesseurs martyrs, grâce à leurs œuvres, prions que le Seigneur nous aide à mettre davantage toute notre confiance en lui.

Vincent Kyererezi, M.Afr.
Tizi Ouzou (Algérie)

Vivre ensemble

« Vivre Ensemble » … C’était le thème proposé par l’Algérie à l’ensemble des pays du monde par le biais de l’ONU pour célébrer le 16 mai de chaque année. C’est ainsi que déjà la veille, le 15 mai, un riche débat a eu lieu à la radio et télévision algérienne sur ce thème avec notamment la participation de Mgr. Henri Teissier et d’autres personnalités du pays. Le lendemain, une belle fresque fût inaugurée à la Maison St. Augustin, où justement un groupe de personnes est appelé à partager la vie journalière la plus ordinaire possible « jour après jour ». Or il s’agit de gens qui portent déjà le poids de l’âge, qui ont eu, pour la plupart, des responsabilités assez importantes. Aujourd’hui, ils sont obligés de se faire aider par d’autres. Mais ils ont également la tâche de se rendre ‘supportables’ les uns aux autres. Des amis algériens et étrangers sont là, auprès d’eux, pour leur faciliter la tâche. Nous connaissons tous des situations semblables dans nos familles, avec nos parents et nos proches.

Tout cela rejoint le sens de la conférence de l’après-midi du 16 mai, à la Maison diocésaine où une assistance nombreuse d’environ 200 personnes, musulmans, chrétiens et libre-penseurs ont échangé sur ce sujet de « Vivre ensemble ». Une très belle introduction présentée par quelques membres de la confrérie musulmane, nommée « Tarique des Alouines », puis par Mgr. Teissier et de nombreux autres intervenants venus spontanément de la salle, ont facilité la profondeur et la richesse des échanges. A chaque exemple cité, il en résulte que si nous voulons avancer sur le chemin de la paix, il est indispensable de se respecter les uns et les autres, qu’on soit musulman, chrétien ou libre-penseur. En pensant à la béatification future des 19 martyrs des années 1990 – 2000, nous constatons que la vie de chaque martyr a été justement un témoignage de vie simple, vraie et engagée dans « le va et vient » de tous les jours. En se mettant au diapason « de l’ordinaire », on réalise « l’extraordinaire » ! C’est-à-dire : s’aimer les uns les autres !

Ayant été toute ma vie en contact avec des handicapés, des migrants, des réfugiés, « des gens pas comme tout le monde », j’ai pu sentir combien il est dur de se faire accepter dans la différence et de se sentir différent.

C’est pour cela qu’une journée sur le thème « Vivre ensemble » est importante. Que la construction « de ponts » entre personnes de différentes opinions et de différentes religions est importante, je dirais une obligation pour chacune et chacun. Cette journée du 16 mai, nous a rappelé tout cela.

« Le ftour »

L’iftar (en arabe : إفطار, également ftour ou ftor dans les dialectes maghrébins) est le repas qui est pris chaque soir par les musulmans au coucher du soleil pendant le jeûne du mois de ramadan. Le terme iftar est à rapprocher de fitr (dans Aïd el-Fitr, la fête qui marque la fin du mois de ramadan), avec le sens de « rupture du jeûne ». En dehors de ce contexte, le terme désigne le petit déjeuner. L’iftar peut être un repas pris en famille, ou un banquet se déroulant dans une mosquée ou un autre lieu public. (Wikipedia)

C’est dans le sens de ce que je dis plus haut que nous avons pu vivre aux « Sources » (un quartier d’Alger), une semaine plus tard, le 25 mai, un repas convivial de ramadan où furent présents pas moins de 75 personnes, pour la plupart des musulmans, mais avec la présence de quelques chrétiens et dans la maison d’un chrétien.

Le début du repas de ramadan commence invariablement avec le souhait « Ghafrou Baadakoum » (pardonnez les uns aux autres). Le repas fut suivi d’une belle soirée des chants poétiques qui nous ont tous touchés au cœur. Nous nous sommes quittés vraiment dans une profonde ambiance de paix et de bien-être. Mais d’autres signes semblables ont pu être observés durant ce mois sacré. Malgré tous les refoulements aux frontières, pénibles et parfois brutaux, des migrants subsahariens, des moments positifs ont été vécus à plusieurs endroits. Chaque soir, lorsque je me rendais à la gare routière d’Alger, des migrants furent accueillis « les bras ouverts » à la table du « ftour » avant de les accompagner au bus pour un retour volontaire dans leur pays d’origine. C’était vraiment touchant. D’ailleurs, ces instants de convivialité envers ceux et celles qui n’avaient rien à manger se sont répétés pour de nombreuses personnes de la ville et du pays. . Nous avons constaté ce partage à la Gare ferroviaire d’El Harrach. Puis dans la rue de Didouche Mourad à Alger. Là une table de plus de cent mètres fût dressée pour que tous ceux qui voulaient s’ y asseoir puissent prendre le repas, y compris les femmes.

Oui, nous pouvons dire que cette année, le temps du ramadan fut aussi un temps de grâce favorisant la rencontre les uns avec les autres, mettant en pratique le beau thème du 16 mai : « Vivre Ensemble ».

Alger le 15 juin 2018
1ier jour l’Aïd Seghir
Jan Heuft, M.Afr.

La nécessité d’un constant recyclage (Petit Echo n° 1088 – 2018/02)

On me demande d’écrire pour le Petit Écho. J’y ai déjà publié six articles concernant l’IBLA (Institut des belles lettres arabes) de Tunis, en 1972 sur la bibliothèque, en 1977 pour les 40 ans de la revue, en 1987 pour les 50 ans, en 2008 sur l’ensemble de l’œuvre, et de nouveau en 2008 sur les 70 ans de la revue, sans compter un article en 1991 sur mon voyage au Sahel. Continuer la lecture de « La nécessité d’un constant recyclage (Petit Echo n° 1088 – 2018/02) »

Interview de Gilles Barrette sur les martyrs d’Algérie

Voici une interview de Gilles Barrette, Provincial des Amériques, par Jean-Philippe Trottier sur « Radio Villa Maria » après la déclaration du Pape François autorisant la Proclamation comme Bienheureux des 19 martyrs religieux d’Algérie.

Vous aimeriez peut-être relire la réaction des évêques d’Algérie après la déclaration du Pape.

Des martyrs d’Algérie déclarés “bienheureux”

Des martyrs d’Algérie déclarés “bienheureux” :

«Mgr. Claverie et ses 18 compagnons»

La semaine dernière, le pape François a signé le décret de béatification de l’évêque d’Oran, Mgr. Claverie, assassiné en Algérie, dans les années 1990 – 2000, années noires du terrorisme algérien, ainsi que 18 religieux, sœurs, pères et frères.

Nous parlons des sept moines trappistes de Tibhirine, mais aussi des quatre pères blancs, moins connus, de Tizi-Ouzou en Algérie. Ces confrères avaient été emmenés du premier étage de leur maison le 27 décembre 1994 pour être abattus dans la cour du presbytère. Continuer la lecture de « Des martyrs d’Algérie déclarés “bienheureux” »

Notre Dame d’Afrique SOS

Construite en 1872, la basilique est un lieu visité par près de 100 000 personnes chaque année, venues d’Algérie, de France, de Chine et du monde entier. Son entretien régulier lui permet d’être conservée en bon état. Le Père Bernard Lefebvre recteur de la Basilique de 2003 à 2012 a entrepris d’énormes travaux grâce à l’aide des bienfaiteurs et mécènes des deux côtés de la Méditerranée. Les dons privés et publics de la France et de l’Algérie ont été également très nombreux.

L’entreprise française A. GIRARD, spécialisée dans la restauration du patrimoine, a obtenu le marché pour ce travail de grande envergure.

En août 2014, la ville d’Alger a été frappée par un séisme de magnitude 4,1 sur l’échelle de Richter, ce qui a endommagé la façade principale et la statue de la Vierge.

Nous lançons de nouveau un appel aux dons qui nous permettra de poursuivre cette réparation urgente et de continuer nos œuvres de fraternité et de paix dans cette Algérie qui nous est si chère. Nous les Pères Blancs chargés du rayonnement de la basilique et de son animation spirituelle et culturelle, vous remercions d’ores et déjà très chaleureusement.

Pour ceux qui désirent nous aider :
libellez votre chèque à l’ordre de : SMA Pères Blancs
et envoyez-le à : Economat Pères Blancs, 5 rue Roger Verlomme, 75003 Paris
avec la mention : « Notre Dame d’Afrique à Alger »

Virements bancaires :
« SMA PERES BLANCS »
BIC : SOGEFRPP
IBAN FR 76 3000 3030 0000 0500 93 165 40
Si vous souhaitez un reçu fiscal, veuillez nous le demander.
Merci d’avance pour votre générosité.

Nouveau recteur de Notre Dame d’Afrique

Né en Irlande en 1964, le Père Michael O’Sullivan a suivi des études secondaires dans un internat des pères trappistes dans le comté de Tipperary, il entre chez les Pères blancs en 1983. Attiré par l’appel d’être missionnaire en milieu arabo-musulman, il fait un stage pendant deux ans à Ghardaïa, avant de poursuivre ses études théologiques à Toulouse. Ordonné prêtre en 1991, il passe une année à Adrar avant d’être envoyé à Rome pour des études.

Ensuite on lui demande de partir pour le Soudan où il passe sept années à Khartoum. Connaissant bien le rite melchite, il passe une année sabbatique en 2001 au monastère orthodoxe de Balamand au Liban, où il suit des cours de liturgie orientale en langue arabe. Il fait également plusieurs séjours comme prêtre vicaire aux Emirats arabes unis, au Qatar au Yémen.

En 2003 de retour à Rome, il soutient une thèse en islamologie. Il est alors envoyé à Jérusalem. Pendant son séjour de dix ans dans la Ville Sainte, il est nommé directeur de la Maison d’Abraham et représentant du Secours Catholique en Terre Sainte. Suivent quatre ans à Doubaï, au Vicariat de l’Arabie du Sud, comme économe diocésain dans ce vaste diocèse. Ses intérêts pour la musique l’ont conduit à chanter avec des chorales à Jérusalem et à Doubaï. Il est heureux de servir l’Eglise d’Algérie comme recteur d’un de ses lieux les plus beaux et les plus symboliques, la Basilique Notre-Dame d’Afrique.

Tiré de  « Notre-Dame d’Afrique – Lettre aux amis – Février 2018 »