Troisième dimanche du temps ordinaire, Année A

Isaïe 8, 23-9, 3 / Psaume 26 (27) / 1 Corinthiens 1, 10-13.17 / Matthieu 4, 12-23

Frères et sœurs, en ce troisième dimanche du temps ordinaire, la Parole de Dieu nous place devant une exigence fondamentale de la vie chrétienne : la conversion au Christ, lumière du monde, et la communion ecclésiale qui en découle. La liturgie de ce jour est éclairée par la fête de la Conversion de saint Paul, figure exemplaire d’une foi transformée par la rencontre personnelle avec Jésus-Christ.

Le contexte historique et spirituel des textes est éclairant : le prophète Isaïe s’adresse à un peuple meurtri par la domination assyrienne. Les régions de Zabulon et de Nephtali, humiliées par l’histoire, deviennent le lieu d’une promesse divine : Dieu ne déserte jamais les zones blessées de l’humanité. Cette lumière annoncée préfigure la révélation plénière du Christ, « lumière des nations », comme le souligne la Constitution dogmatique du Concile Vatican II, Lumen gentium au n°1. Saint Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens, s’adresse à une Église divisée par des appartenances concurrentes. Il recentre la foi sur l’essentiel : le Christ crucifié. Comme le rappelle le Concile Vatican II (Ad gentes, n° 2), « l’Église tire son origine de la mission du Fils et de la mission de l’Esprit Saint », et non des stratégies humaines. Dans l’évangile selon saint Matthieu, Jésus inaugure sa mission en Galilée par un appel radical à la conversion : « Convertissez-vous ». Et Il appelle des disciples pour les associer à sa mission salvifique. Cette dynamique missionnaire demeure constitutive de l’Église, appelée à être « par nature missionnaire » (Ad gentes, n° 2).

Trois messages principaux se dégagent des lectures d’aujourd’hui : le premier message est celui de la lumière : Dieu intervient dans l’histoire pour libérer l’homme des ténèbres du péché et de la mort. C’est ce que soulignait le pape Benoît XVI quand il disait que « la foi chrétienne est d’abord une rencontre avec un évènement, avec une Personne … » (Deus caritas est, n° 1). Le second message est l’appel permanent à la conversion. Celle de saint Paul est le modèle qui nous est proposé aujourd’hui : elle est une transformation intérieure qui conduit à une mission universelle. C’est à cette conversion que le pape François invitait l’Église quand il disait que la conversion missionnaire engage toute l’Église à sortir d’elle-même pour annoncer l’évangile (Evangelii gaudium, n° 27). Le troisième message est l’exigence de l’unité. Crise, division et appel à la conversion sont les caractéristiques des textes d’aujourd’hui ; ils nous rappellent que les divisions blessent la crédibilité de l’annonce chrétienne. Je prépare une thèse sur les commentaires coraniques de commentateurs maliens ; la division des chrétiens y est très souvent évoquée comme signe de la fausseté de la foi chrétienne. On comprend alors l’urgence des paroles de saint Jean-Paul II qui nous rappelait que l’unité des chrétiens « n’est pas un accessoire, mais une condition pour que le monde croie » (Ut unum sint, n° 99).

Ces messages ont une portée actuelle pour notre temps et pour notre mission en Afrique. En effet, dans un contexte contemporain, marqué par la fragmentation sociale et idéologique à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église, celle-ci est appelée à être signe vivant de communion. C’est la nouvelle évangélisation qui actualise le mystère de l’incarnation et la rend tangible. L’observation du pape François mérite d’être soulignée ici : si les réseaux sociaux offrent de nouvelles possibilités d’évangélisation, celle-ci ne doit en aucun cas être réduite à une simple stratégie de communication (Evangelii gaudium, n° 34). Il s’agit pour l’Église d’être présente d’une présence qui transforme de l’intérieur le monde et toutes ses structures. Pour les missionnaires d’Afrique que nous sommes, l’enjeu est de témoigner d’un Christ vivant par une parole enracinée dans l’enseignement de l’Église et une vie cohérente. La mission ne peut être crédible sans une conversion personnelle permanente, comme le rappelle le Directoire pour la catéchèse (2020), au n° 5. Cette conversion personnelle permanente est la source vive d’une unité de l’Église dans la diversité des cultures et des sensibilités, un témoignage prophétique pour le monde. Comme l’affirme Lumen gentium n° 1, l’Église est appelée à être « signe et instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ».

En ce jour où nous célébrons la conversion de saint Paul, la Parole de Dieu nous invite à recentrer notre vie sur le Christ, à nous laisser convertir sans cesse et à construire la communion. Que les missionnaires, notamment dans l’espace numérique et dans les zones blessées de notre monde, soient des témoins fidèles de la lumière du Christ, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Notre Dame d’Afrique, priez pour nous et veillez sur notre mission contemporaine ! Amen.

Par: Adrien Sawadogo, M.Afr.

Session de formation sur la protection de mineurs à la Ruzizi, Bukavu-R.D. Congo

Le père Arsène Somda, délégué à la protection des mineurs pour le secteur de Bukavu, en collaboration avec les formateurs de notre maison de formation, philosophât Notre-Dame-d’Afrique de la Ruzizi, à Bukavu, a organisé une session de formation de trois jours, du 15 au 17 décembre 2025,

Centrée sur la prévention des abus et la protection des enfants et des personnes vulnérables, la session a abordé trois thèmes : la définition de termes propres au ministère de la Sauvegarde (enfants, mineurs, abus et autres) ; les différentes catégories de personnes qui nécessitent une attention particulière au sein de l’Église (enfants/mineurs, adultes vulnérables et personnes en situation de vulnérabilité) ; les différents types d’abus et leurs conséquences sur les victimes.

Les participants ont également eu le temps de partager leurs réflexions sur les questions posées durant la session. La séance s’est clôturée par les vêpres, au cours desquelles, en présence des formateurs, les étudiants ont signé le code de conduite pastorale sur la sauvegarde de la province d’Afrique centrale (PAC).

La sauvegarde est notre engagement !

Par: Arsène Somda, M.Afr. (Provincial Coordinator of the PAC for Safeguarding)

Le Supérieur Général reçoit le nouvel Ambassadeur du Ghana près le Saint-Siège

Dans l’après-midi du vendredi 16 janvier 2026, le Supérieur Général, le P. Stanley Lubungo, M.Afr., a accueilli à la Maison généralice de la Société des Missionnaires d’Afrique à Rome, S.E. Ben Batabe Assorow, Ambassadeur de la République du Ghana près le Saint-Siège.

L’Ambassadeur Assorow est originaire de Navrongo, le tout premier lieu où les Missionnaires d’Afrique sont arrivés au Ghana en 1906. L’église de Navrongo est aujourd’hui connue comme la basilique mineure des Sept Douleurs. Les Missionnaires d’Afrique sont toujours présents dans le diocèse de Navrongo-Bolgatanga, où ils desservent trois endroits : St. Joseph Parish à Soe (Bolgatanga), Our Lady of Hope Parish à Bunkpurugu, et St. Simon Peter Rectorate à Nakpanduri. Ils servent également dans les archidiocèses d’Accra et de Tamale, ainsi que dans les diocèses de Konongo-Mampong et de Wa.

S.E. Assorow a été reçu en audience par le pape Léon XIV le 13 novembre 2025, lors de la présentation de ses lettres de créance. Les confrères de la Maison généralice ont noté qu’à son arrivée à Rome pour sa nouvelle mission, l’Ambassadeur était venu prier en privé dans l’une des chapelles de la Maison généralice des Missionnaires d’Afrique.

Il convient également de souligner que Benedict Batabe Assorow est l’ancien Directeur de la Communication du Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM). En 2022, le SCEAM était présidé par le feu Cardinal Richard Bawoobr, M.Afr., ancien Supérieur Général des Missionnaires d’Afrique et prédécesseur de l’actuel Supérieur Général, le P. Stanley Lubungo.

Cette rencontre officielle entre l’Ambassadeur de la République du Ghana près le Saint-Siège et le Supérieur Général des Missionnaires d’Afrique témoigne de l’héritage et de l’engagement toujours actuel de la Société apostolique fondée par le Cardinal Charles Lavigerie pour l’évangélisation de l’Afrique et du monde africain.

Par: Serge Zihalirwa Boroto, M.Afr.

Deuxième dimanche du Temps Ordinaire, Année A

Notre vocation de chrétiens

Isaïe 49, 3.5-6 / Psaume 39(40) / 1 Corinthiens 1, 1-3 / Jean 1, 29-34

Dans la Parole de Dieu de ce dimanche, nous rencontrons la figure du « Serviteur de Yahvé » ou « Serviteur du Seigneur » (Is 49, 3 ; Is 42, 1 ; Is 42, 19). Qui est ce serviteur ? Est-ce un personnage récurrent en Is 40-55, tantôt décrit comme Israël, tantôt comme un individu prophétique unique distinct d’Israël ? Dans notre cas, la première lecture l’identifie (serviteur de Yahvé) à Israël. En ce sens, le serviteur représente l’ensemble du peuple de Dieu. Au temps de l’exil à Babylone, Israël avait échoué en tant que nation ; ses rêves de gloire et de victoire s’étaient effondrés. Pourtant, même dans cette situation de défaite et de désespoir, Dieu choisit Israël pour être une lumière de salut pour toutes les nations. Cela peut paraître incroyable, mais c’est précisément à travers ce serviteur blessé que le Seigneur promet de manifester sa gloire (cf. Is 52, 13).

Deux éléments importants se dégagent de la vocation de ce serviteur. Premièrement, l’appel vient de Dieu. Deuxièmement, celui qui est appelé est envoyé en mission pour le bien des autres. Cet appel ne se limite pas à Israël seul ; c’est un appel qui nous est adressé à tous.

L’appel vient de Dieu

Dans la deuxième lecture, saint Paul se présente comme « appelé à être apôtre » (cf. 1 Co 1, 1 ; Rm 1, 1 ; 1 Tm 1, 1 ; Col 1, 1 ; Ep 1, 1). Son autorité ne vient pas d’une qualification humaine mais d’une vocation reçue de Dieu. Un apôtre est un envoyé (cf. Jn 13, 16 ; Lc 6, 13) pour proclamer l’Évangile, surtout à ceux qui ne l’ont pas encore entendu. Paul rappelle aux Corinthiens que son message ne repose pas sur la sagesse humaine mais sur l’autorité de Dieu qui l’a envoyé.
Paul appelle aussi les Corinthiens « peuple saint ». Dans ce contexte, la sainteté signifiait être « mis à part » ou « consacré » pour Dieu. Ils étaient saints non parce qu’ils étaient parfaits, mais parce qu’ils avaient choisi un mode de vie distinct des pratiques païennes. De la même manière, notre sainteté aujourd’hui s’enracine dans notre appartenance à Dieu et dans la vie que nous choisissons de vivre selon sa volonté.

Celui qui est appelé est envoyé pour les autres

Nous avons vu comment les premiers chrétiens défendaient courageusement leur foi en Jésus Christ. Aujourd’hui, nous devons nous demander : que défendons-nous, et qui proclamons-nous ? Notre mission n’est pas simplement d’imiter Jésus extérieurement ou de rester au niveau de l’imitation, mais de l’accueillir dans nos cœurs puis de conduire les autres à Lui. Ayant reçu l’Esprit Saint, nous sommes envoyés pour rendre témoignage afin que d’autres puissent rencontrer Jésus Christ, qui nous sauve par son amour qui donne la vie.

Mes chers frères et sœurs, chacun de nous a une vocation. Et cette vocation poursuit la mission de Jésus lui-même, que Jean Baptiste proclame comme l’Agneau de Dieu, c’est-à-dire celui qui s’offre en sacrifice pour que tous aient la vie (cf. Jn 1, 29 ; Is 53, 7). À travers la catéchèse et la formation de la foi, nos yeux se sont ouverts pour reconnaître la véritable identité de Jésus. Nous devons donc nous souvenir que notre vie a une mission qui nous dépasse. Comme Isaïe nous le rappelle, le serviteur est appelé non seulement à restaurer Israël mais aussi à être « une lumière pour les nations » (Is 49, 6 ; Is 42, 6) et l’accomplissement sera en Jésus (Lc 2, 32).

Que retenir de la Parole de Dieu de ce jour ?

Premièrement, Dieu ne nous appelle pas seulement pour une sainteté personnelle ou un succès privé. Toute vocation chrétienne : que ce soit le mariage, le sacerdoce, la vie religieuse ou le travail professionnel ; est destinée à servir les autres et à apporter la lumière de Dieu dans le monde. Une foi qui se replie sur elle-même manque son véritable but.

Deuxièmement, notre vraie identité se trouve dans l’appel de Dieu. Isaïe parle d’être formé dans le sein maternel, et Paul se décrit comme « appelé à être apôtre du Christ Jésus » (1 Co 1, 1). Notre identité la plus profonde ne vient pas de nos réussites, de nos titres ou de nos échecs, mais de Dieu qui nous appelle. Quand nous savons qui nous sommes en Dieu, nous vivons avec humilité, espérance et confiance.

Troisièmement, Jésus est l’Agneau qui enlève le péché du monde. Jean Baptiste Le désigne clairement, et non lui-même. Notre salut ne s’obtient pas par l’effort humain seul, mais par Jésus qui s’offre pour le pardon des péchés. Chaque célébration eucharistique et chaque confession à laquelle nous participons, nous invitent à rencontrer cet Agneau qui guérit, libère et nous réconcilie avec Dieu. Notre responsabilité est alors de faire grandir les autres comme le Christ nous a fait grandir, et non de les discréditer ou de prier pour leur échec.

Enfin, nous sommes appelés à être des témoins, et non des remplaçants, du Christ. Jean Baptiste déclare avec humilité : Je ne le connaissais pas, mais je suis venu baptiser pour qu’il soit manifesté (cf. Jn 1, 31 ; Jn 1, 33). Il s’efface pour que le Christ soit révélé. Comme Jean, notre rôle n’est pas d’attirer l’attention sur nous-mêmes, mais de conduire les autres au Christ par nos paroles, notre intégrité, notre amour et notre service.

Nous désirons tous la sainteté, c’est donc notre vocation commune. Notre présence à la prière, spécialement dans la célébration eucharistique, et nos œuvres de miséricorde, nous placent parmi ceux qui cherchent la face du Dieu vivant. Dans l’Eucharistie, nous célébrons notre foi en Jésus Christ, que nous rencontrons dans la Parole, dans la fraction du Pain et dans la communauté des croyants à laquelle nous sommes envoyés pour servir.

Célébrons donc chaque jour la présence de notre Seigneur Jésus Christ, puis allons enrichir la vie des autres de la lumière que nous avons reçue, par un sourire, des actes d’amour, de charité, de joie, de paix et d’harmonie.

Par: John C. Mubanga, M.Afr.

Quand l’unité dans la diversité devient mission

Depuis que j’ai commencé mon cheminement vocationnel chez les Missionnaires d’Afrique, j’ai toujours été touché par la place qu’occupe la vie communautaire et relationnelle dans tous nos lieux d’insertion. Elle a toujours été pour moi une source d’inspiration. Mon expérience personnelle dans les différentes communautés où je suis passé m’a permis de constater que vivre en communauté fait partie de l’identité même des Missionnaires d’Afrique. Réunis autour d’un objectif commun qu’est d’annoncer l’évangile nous formons une famille unie par la fraternité malgré nos diversités culturelles et nos origine différentes. Il s’agit d’un héritage spirituel et missionnaire que notre fondateur nous a transmis. Cet article se veut un partage de mon vécu quotidien de cet héritage missionnaire. Après avoir relevé les valeurs fondatrices de la vie communautaire telles que voulues par notre fondateur, je décris comment ces valeurs sont vécues dans ma communauté, sans oublier les défis que pose la vie communautaire. En conclusion, je propose quelques initiatives pour renforcer les liens fraternels dans nos communautés.

Les valeurs fondatrices de la vie communautaire selon notre fondateur

« Ma dernière recommandation, mes chers Fils, la plus importante : Restez unis, unis de cœur, unis de pensées. Formez véritablement une seule famille, ayez fortement, dans le sens chrétien et apostolique de ce mot, l’esprit de corps. » Cardinal Lavigerie. « Nous célébrons et partageons la vie manifestée dans le Verbe incarné lorsque nous formons une famille ayant entre nous des relations profondément humaines et évangéliques, aidant chacun à se sentir estimé et confirmé, supportant le fardeau et les faiblesses les uns des autres, sachant apprécier la riche diversité de nos personnalités, de nos cultures et de nos âges. » (Chapitre général de 1998)

Ces deux citations me permettent de dégager quelques valeurs fondatrices de la vie communautaire :

  • Vivre sous le même toit et faire de nos communautés des lieux où il fait bon vivre en frères. Il s’agit d’une communauté de vie.
  • Diversité culturelle : venant de plusieurs pays et cultures, chacun apporte quelque chose d’unique et d’irremplaçable. C’est une communauté internationale et interculturelle.
  • La vie de prière : nous essayons de rythmer nos journées par des temps de prière communautaire. C’est une communauté de prière.
  • Projet de vie communautaire : avoir un projet communautaire et pastoral qui tienne compte des capacités de chacun. C’est une communauté de travail.
  • Partage et discernement : organiser des moments fixes pour échanger sur la vie communautaire et former ainsi une communauté de partage et de discernement.
  • Ouverture et accueil : favoriser une attitude d’ouverture à l’autre et d’accueil chaleureux. C’est une communauté d’hospitalité

Comment ces valeurs sont-elles vécues dans ma communauté ?

Je suis actuellement à la paroisse Saint-Jean XXIII de Ouagadougou, au Burkina Faso. Dans notre communauté, la règle des trois (toujours, rarement deux, jamais un) est bien respectée, car nous sommes quatre confrères de nationalités et de cultures différentes.

Nos différences culturelles constituent pour nous une source d’enrichissement humain et spirituel. Qu’elles soient générationnelles ou liées à la personnalité, elles sont un avantage pour notre vie apostolique. Le fait que nous parlions plusieurs langues, que nous ayons eu des expériences missionnaires dans des lieux et à des époques différentes enrichit les fidèles, qui se sentent écoutés et valorisés. Nous cherchons aussi à mieux connaître la culture, le pays et les expériences missionnaires de chacun à travers des échanges formels et informels. Ainsi, notre vie communautaire reflète la richesse de nos diverses origines. Les dons que nous avons reçus ne sont pas une source d’orgueil pour critiquer les autres, mais plutôt une source de joie et de réussite commune.

Pour que notre mission porte du fruit, nous élaborons un projet communautaire et pastoral qui tient compte des compétences et des capacités de chacun. Nous avons nos rencontres hebdomadaires où nous partageons notre vécu personnel et communautaire, où nous programmons et évaluons nos activités. Ces moments sont aussi l’occasion de partager nos joies et nos peines, et de discerner ensemble pour le bien de la communauté.

Nous faisons en sorte que notre communauté soit un lieu où il fait bon vivre, où chacun se sent écouté et accueilli. C’est une tâche permanente, une responsabilité collective. Notre communauté est également un lieu de fête : nous célébrons ensemble les fêtes liturgiques, les anniversaires et d’autres événements marquants. Nous sommes ouverts à l’accueil des visiteurs, et nous rendons régulièrement visite à nos fidèles dans leurs familles.

La place de la prière dans la vie communautaire et relationnelle

Outre les prières communautaires, la prière personnelle et les récollections mensuelles nous aident à renforcer notre unité. Nous nous souvenons aussi de Jésus et de son grand désir d’unité, car le fondement de notre fraternité est notre attachement à lui : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Les défis de la vie communautaire : Individualisme et nouvelles technologies

Étant des êtres humains, nous ne sommes pas épargnés par le phénomène de l’individualisme qui ronge notre société. L’épanouissement personnel tend souvent à primer sur l’épanouissement communautaire. Pour y remédier, notre communauté bannit tout projet personnel qui échappe au discernement communautaire. Nous développons l’esprit de corps à travers trois types de partages lors de nos rencontres hebdomadaires : nous partageons ce qu’on possède (les biens matériels, un livre de lecture, …) ;  nous partageons ce qu’on fait (travail, occupation, apostolat) et par-dessus tout, nous partageons ce qu’on est : joies, peines, souhaits, désir…

Mal utilisées, les nouvelles technologies peuvent favoriser le repli sur soi et nuire à la vie communautaire. Nous sommes conscients qu’avec un téléphone, on peut être proche de ceux qui sont loin, mais loin de ceux qui sont proches. Nous apprenons donc à les utiliser avec modération. Une plateforme communautaire est mise en place pour partager des nouvelles, surtout quand l’un de nous est en mission à l’extérieur.

Que faire pour renforcer les liens fraternels dans nos communautés ?

  • Éviter les préjugés : cela passe par un effort pour mieux se connaître soi-même, son caractère, ses limites, ses qualités, et même les comportements qui peuvent irriter les autres. Ce travail personnel aide à mieux comprendre, apprécier et aimer l’autre.
  • Vivre un équilibre entre les quatre dimensions de la vie missionnaire : prière, travail (apostolat), vie relationnelle et détente. Cela permet de former une communauté soudée, où les besoins collectifs priment sur les désirs personnels.

Si le monde entier aspire à l’unité, nous, les Missionnaires d’Afrique, que Dieu a choisis et consacrés par le serment, devons être les premiers à la réaliser ! C’est notre mission de montrer que l’unité est possible, que l’on peut vivre ensemble, heureux, entre tribus, cultures, nationalités, âges et personnalités différents.

Car la racine de tous les maux en communauté, c’est le manque d’unité.

Par: Innocent Habimana, M.Afr.

Clôture des célébrations du bicentenaire de la naissance du cardinal Charles Lavigerie à Kasongo, en RD Congo

A la date du 26 novembre 2025, le secteur du Maniema (diocèses de Kindu et Kasongo) dans la province de l’Afrique centrale s’est réuni dans la joie, l’action de grâce et la mémoire vivante pour clôturer solennellement le bicentenaire de la naissance de son fondateur, le cardinal Charles Lavigerie (1825-2025) à Kasongo. Ce moment de foi, d’histoire et de gratitude marque non seulement la fin d’une année jubilaire, mais surtout l’enracinement profond de son héritage dans notre terre, dans nos communautés et dans notre engagement missionnaire. Cet evenement inoubliable a rassemblé plusieurs personnes : laics, abbés, religieuses et religieux et les Missionnaires d’Afrique oeuvrant dans ce secteur.

Né le 31 octobre 1825 en France, Charles Lavigerie fut un pasteur visionnaire, un évêque audacieux et un apôtre des peuples d’Afrique. Fondateur de la Société des Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs) en 1868, et des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique en 1869, il comprit très tôt que l’évangile ne pouvait s’enraciner durablement sans respect de la culture, promotion de la dignité humaine et la lutte contre l’esclavage. Homme de foi et de courage, il planta les premières graines de l’Église catholique en Afrique centrale et de l’Est, avec un zèle apostolique qui continue d’inspirer.

Grâce à l’œuvre des missionnaires qu’il a envoyés, la lumière du Christ est parvenue jusqu’aux terres du Maniema. Les premières missions, les écoles, les hôpitaux, les séminaires, les centres de catéchèse ont vu le jour, façonnant une société plus humaine et plus évangélique. Kasongo en est un fruit vivant. Aujourd’hui, prêtres, religieux, catéchistes, laïcs engagés, nous sommes les héritiers et les témoins de cette œuvre.

Clôturer ce bicentenaire, c’est ouvrir une nouvelle page de fidélité de notre mission en Afrique. Le cardinal Lavigerie disait : « Vous êtes des Africains, devenez des apôtres pour l’Afrique. » Cet appel résonne encore dans nos paroisses, nos familles, nos écoles, nos œuvres sociales : sommes-nous missionnaires selon son esprit ? Sommes-nous défenseurs de la justice, porteurs de la paix, bâtisseurs d’une Église locale adulte et responsable ?

Que ce bicentenaire ne soit pas seulement un souvenir, mais une semence pour l’avenir. Que le flambeau de la mission continue à brûler dans les cœurs de nos jeunes, dans nos vocations, dans notre service des pauvres et dans notre attachement indéfectible à Jésus-Christ.

Par: Patrick Dwomoah Adu, M.Afr.

Le Baptême de notre Seigneur Jésus-Christ, Année A

C’est Jésus baptisé qu’il faut suivre, pas ce monde discordant

Isaïe 42, 1-4.6-7 / Psaume 28 (29) / Actes des Apôtres 10, 34-38 / Matthieu 3, 13-17

Frères et sœurs en Christ, aujourd’hui nous célébrons le baptême du Seigneur, un moment clé dans l’histoire du salut. Imaginez la scène au Jourdain : Jésus descend dans les eaux troubles, et soudain, les cieux s’ouvrent. Dieu le Père déclare avec une voix tonnante : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je mets toute ma complaisance ! » (Mt 3, 17).

Cette parole n’est pas seulement pour Jésus ; elle résonne pour chacun de nous. Mais dans notre monde si bruyant, rempli de voix qui nous appellent, nous séduisent et nous égarent, et parfois même la voix de notre propre cœur nous trompe, comment discerner et suivre vraiment Jésus baptisé ?

Pensez à nos vies quotidiennes partout dans le monde. Nous sommes entourés de tant d’influences qui nous promettent le bonheur mais nous éloignent de la vérité. Il y a les politiciens avec leurs discours creux, comme ceux qui, avant les élections, distribuent des promesses en échange de nos voix, nous faisant oublier que la vraie justice vient de Dieu, pas des alliances fragiles. Il y a nos amis qui nous tirent vers le bas, comme ce jeune homme qui, pour suivre la bande, a abandonné ses études et s’est enfoncé dans l’alcool ou la drogue, rêvant d’une vie facile qui n’a apporté que maladie et regret.

Les réseaux sociaux nous intoxiquent : combien de nos jeunes passent des heures sur TikTok ou Instagram, comparant leur vie à des villas illusoires et des vies de stars, finissant par désespérer au lieu de cultiver les dons que Dieu leur a confiés ? La musique moderne nous distrait de l’essentiel, avec ses rythmes qui célèbrent l’argent, le plaisir et la violence, plutôt que la louange du Ps 29 qui fait trembler les cèdres. Et n’oublions pas notre propre ego, ce menteur intérieur qui nous murmure : « Tu mérites plus ; prends ce que tu veux sans te soucier des autres. » Ces voix promettent monts et merveilles, mais elles nous éloignent de Jésus, nous laissant vides et discordants comme un orchestre désaccordé.

C’est ici que surgit le vrai défi du discernement, frères et sœurs, un discernement qui doit devenir notre boussole quotidienne.

D’abord, les influences extérieures nous interrogent durement : qui parle vraiment en elles ? Est-ce la voix de Dieu qui appelle à la justice et à l’amour, ou le monde qui crie au ‘chacun pour soi’ ? Je me souviens d’une sœur de paroisse tentée par un emploi bien payé dans la nuit, où l’argent coulait à flots mais l’âme se noyait dans le péché ; elle a discerné, prié, et choisi plutôt d’enseigner le catéchisme aux enfants, trouvant la vraie richesse.

Ensuite, nos choix quotidiens nous lancent un défi : reflètent-ils l’amour humble de Jésus, ou nos ambitions égoïstes ? Quand un mari maltraite sa femme après une dispute, est-ce Jésus qu’il suit ou qu’il écoute ? Nos peurs et désirs profonds nous interpellent aussi : sont-ils alignés sur l’évangile, ou dictés par la peur de manquer qui nous pousse à la corruption ?

Enfin, le bruit incessant du monde (klaxons, bars, musique, discours politique et même ragots) nous pousse-t-il vers Dieu ou vers le vide spirituel ? Frères et sœurs, osons nous poser ces questions aujourd’hui : quel bruit domine votre cœur ?

Le baptême de Jésus nous offre précisément la force pour répondre à cet appel, en ravivant la flamme de notre propre baptême. Il nous rappelle d’abord que Dieu nous aime infiniment, comme il aime Jésus : « Tu es mon enfant bien-aimé, en toi je mets ma complaisance ! » Imaginez un père après des années de labeur, regardant son fils avec fierté ; multipliez cela par l’amour éternel de Dieu pour vous ! Cette vérité a transformé la vie d’un catéchumène que j’ai baptisé au Malawi : orphelin, abandonné, il a entendu cette parole et s’est redressé, devenant artisan de paix dans sa communauté, ne comptant même plus les fautes de ses ennemis.

Le baptême de Jésus nous encourage ensuite à rester fidèles au nôtre : sommes-nous vraiment disciples de Jésus-Christ, ou du monde discordant ? Il nous dit encore : comme je suis oint par l’Esprit pour servir les pauvres et les opprimés, toi aussi, sois oint pour aimer et servir sans compter ! Jésus s’est même identifié à nous, pécheurs, en descendant dans les eaux du Jourdain ; face à cet amour fou, comment répondons-nous ? Enfin, l’Esprit-Saint qui descend comme une colombe sur Jésus descend aussi sur nous au baptême : sommes-nous ouverts à sa conduite douce mais ferme, ou la repoussons-nous par notre tiédeur ?

Et voilà que notre propre baptême se révèle comme un appel brûlant à la mission, un envoi quotidien dans notre monde. Nous sommes tous enfants de Dieu, appelés à refléter Jésus dans nos familles, nos communautés et nos lieux de travail, que ce soit en ville ou à la campagne. J’ai rencontré une autre veuve : après la mort de son mari, elle était tentée avec les papas de son quartier car elle était si belle et attirante ; elle me dit elle-même qu’elle coucha avec 10 des 12 qui la voulaient et fut tentée même d’avorter des jumeaux. Son baptême l’a poussée à pardonner au responsable de l’accident qui prit la vie de son mari, et de changer complètement sa vie ; aujourd’hui elle prie pour lui, transformant la haine en lumière ; elle a changé de manière radicale.

Chaque jour, notre baptême nous lance cet ordre divin : « Va, aime, pardonne, sers comme Jésus ! » Le faisons-nous vraiment, ou restons-nous assis dans nos églises comme de simples spectateurs ? Notre baptême est un envoi missionnaire pour partager l’amour de Dieu dans un monde assoiffé, où la faim n’est pas seulement physique mais spirituelle. Vivons-le comme un feu ardent qui brûle en nous, prêt à éclairer les ténèbres du désespoir, à réchauffer les cœurs endurcis par l’égoïsme, et à transformer nos sociétés fracturées. Sommes-nous prêts à laisser Jésus nous façonner, comme l’argile dans les mains du potier, pour qu’il agisse puissamment à travers nous ?

Frères et sœurs, Jésus baptisé doit être notre référence unique, la voix qui surpasse toutes les autres sans exception. Que le Seigneur nous aide à discerner sa voix douce au milieu du vacarme, à vivre pleinement notre baptême, et à marcher derrière lui vers la vie éternelle ! Amen

Par: Marcellin Mubalama, M.Afr.

Revitaliser notre identité : une reconsidération de la place de Notre-Dame d’Afrique dans la vie de notre Société des Missionnaires d’Afrique

Notre rosaire est-il un objet d’ornement, de beauté, ou est-ce un instrument de prière ? Depuis le jour que Je l’ai reçu, combien de fois l’ai-je utilisé pour prier ?

Où est mon rosaire ? Où est ma gandoura ? Je n’ai plus de gandoura, je vais m’en faire faire une autre. Et le rosaire ? C’est pour quand ? 

Dès les origines de notre Société des Missionnaires d’Afrique, notre fondateur, le cardinal Charles Lavigerie, a consacré ladite société à Marie Notre-Dame d’Afrique. Et pour manifester et pérenniser cette consécration, le rosaire que nous portons, sinon que doit porter chaque missionnaire d’Afrique, a vu le jour. Comme l’on dit que derrière chaque grand homme se cache une femme, derrière tout homme qui réussit dans sa vie, il y a une femme qui le soutient. De même peut-on dire, avec conviction, que le cardinal Lavigerie, avait bel et bien découvert que derrière toute congrégation ou société apostolique qui vit la mission de l’Eglise, il doit y avoir la Vierge Marie qui soutient ses membres et les guide dans la mission au service de son Fils. En dédiant la Société des Missionnaires d’Afrique à la Vierge Marie, Notre-Dame d’Afrique, notre fondateur ne s’était nullement trompé.

C’est aller a l’encontre de la volonté du cardinal Lavigerie, que de penser vivre et faire fructifier la mission sans la présence de Marie, Notre-Dame d’Afrique, ou en négligeant et en ne donnant pas à Marie, Notre-Dame d’Afrique la place qui lui revient dans la vie missionnaire.

Voilà pourquoi, en ce temps où nous parlons de la revitalisation de notre identité de missionnaire d’Afrique, il serait inimaginable de parler de notre identité sans toutefois parler de la place de Marie, Notre-Dame d’Afrique, sans se poser la question : Qui est Marie, Notre- Dame d’Afrique, pour moi personnellement, comme missionnaire d’Afrique ? et Qui est–elle pour notre Société dans son ensemble ?

 Sans aucun doute, la Vierge Marie est et restera le chemin par excellence pour atteindre Jésus. Car, je le crois, nulle autre personne ne connaît ou ne connaîtra Jésus-Christ plus que la Vierge Marie. Aussi, nulle autre personne n’aura une expérience intime avec Jésus-Christ qui dépasse celle que Marie a eue avec son Fils Jésus, le Christ. C’est pour cette raison que, pour bien suivre et servir le Christ, tout disciple et missionnaire digne de ce nom devrait passer par l’école de la Vierge Marie, Notre-Dame d’Afrique. Et ceci, notre fondateur l’avait bien remarqué dès la fondation de notre Société. Qu’en est-il donc aujourd’hui ? Où en sommes-nous ? Dans nos vies, où est la Vierge Marie ? A-t-elle encore une place dans ma vie missionnaire personnelle et communautaire ?

Mon expérience personnelle

Mon expérience personnelle m’a emmené à la conviction selon laquelle la Vierge Marie, Notre-Dame d’Afrique, écoute, intercède et précipite ma prière (fait que mes demandes à son fils se réalisent vite). Et je me sens vraiment soutenu par elle dans ma vie missionnaire. Serait-ce parce qu’un jour, avant même de commencer à penser aux Missionnaires d’Afrique, je lui avais demandé, en me prosternant devant sa statue  ‘Sainte Vierge Marie obtient-moi la grâce d’être un jour totalement au service de ton Fils Jésus Christ’. Et voilà qu’en arrivant au noviciat, parmi les insignes missionnaires d’Afrique que l’on nous avait donnés, je trouve qu’il y a le rosaire. Dès ce jour-là, le rosaire qui renvoie à la Vierge Marie, a trouvé une importante place dans ma vie de Missionnaire d’Afrique, de telle manière que, si une fois j’oublie de le porter pour la messe, je sens qu’il y a quelque chose qui manque.

La place de Notre-Dame d’Afrique dans ma vie personnelle comme dans celle de notre Société en général, ne doit pas et ne devrait pas être optionnelle, c’est-à-dire que ceux qui se sentent avoir la dévotion mariale, donnent une place important à la Vierge Marie dans leur vie, et que ceux qui n’ont pas cette dévotion, laissent la Vierge Marie tranquille, là où elle est ! Mais ceci, ce serait se tromper lamentablement, et aller à l’encontre de la volonté de notre fondateur. La place de Notre-Dame d’Afrique dans notre Société est plus qu’une question de dévotion, personnelle ou communautaire : Marie assure et rassure la présence du Christ là où son absence se fait sentir. Alors dans la mission, quand le sentiment d’être abandonné par Jésus nous gagne le cœur, tournons-nous vers Marie, Notre-Dame d’Afrique. 

Il y a beaucoup à apprendre en ce qui concerne Jésus-Christ, surtout en ce qui concerne comment le suivre et comment le servir, que l’on ne peut réaliser qu’en passant par la Vierge Marie. Marie nous fait savoir ce que son fils attend de celui qui va à sa suite.

Qui se rappelle ce petit livret ? Quand était-ce la dernière fois que je l’ai utilisé ? Ce livret a-t-il été fait seulement pour une certaine époque de la vie de notre Société ? Je ne pense pas.

Rappelons-nous donc l’importance de ce petit livret de prières mariales pour les Missionnaires d’Afrique. Où est-il passé ce livret ? Certainement, on peut encore en trouver dans certaines bibliothèques de nos maisons de formations ! Mais dans certaines communautés, c’est déjà déclassé. Car, il n’est  plus à la mode, dit-on.

La place de Marie, Notre-Dame d’Afrique, est devenue, dans notre temps, une affaire personnelle. Raison pour laquelle, les fêtes qui en découlent sont souvent oubliées, méconnues ou rarement commémorées ou seulement mentionnées dans nos communautés. 

Mon souci constant me conduit à dire que les fêtes qui concernent la Vierge Marie, Notre-Dame d’Afrique, et celles qui concernent notre Fondateur, le cardinal Lavigerie, n’ont d’importance que dans nos maisons de formation. Quelle en est la raison ? N’attendez pas de moi la réponse. C’est un questionnement qui surgit en moi souvent.

Je n’ai pas siégé parmi ceux qui voient tout en noir, même quand il y a la lumière. J’aimerais cependant signaler que, dans certaines de nos communautés M. Afr., comme ici au Niger, la prière de l’angélus est chaque fois dite après la prière du milieu du jour ; le chant Sancta Maria, pour lequel la Société manifeste une grande fidélité, couronne toujours nos rencontres et/ou célébrations en tant que missionnaires d’Afrique.

 Prière du rosaire, dans notre paroisse Saint-Vincent de Paul, à Konni (Niger)

Au niveau de nos paroisses, le mois du rosaire est toujours bien animé par les chrétiens, avec ou sans la présence du clergé. Il y a des prêtres, pour ne pas dire certains de nos confrères, qui considèrent – et ils en sont convaincus – que ce temps de prière avec la Vierge Marie est une affaire des fidèles laïcs seulement. Alors on entend des expressions comme quoi :’c’est une affaire de dévotion’ ou encore ‘Je ne suis pas aumônier du mouvement marial’.

De ceci, encore un fois, une question surgit avec force : « quand le cardinal Lavigerie a mis notre Société sous le patronage de Notre-Dame d’Afrique, était-ce une question de dévotion de sa part ? Ou était-il lui-même aumônier d’un mouvement marial ? N’avait-il pas vu quelque chose de plus grand, de plus profond et de vital dans l’acte de consécration de toute la Société à la Vierge Marie, Notre-Dame Afrique ? Encore une fois, ne cherchez pas les réponses à ces questions dans cet article. Les réponses à ces questions se trouvent plutôt en vous.

Selon que l’on a côtoyé, que l’on se laisse accompagner et instruire par Marie, on découvre petit à petit qu’elle est vraiment avec nous dans la mission. Elle vit la mission avec nous. C’est la raison pour laquelle, par exemple, dans notre milieu de mission, milieu fortement musulman, en plus d’être Notre-Dame d’Afrique, la Vierge Marie est considérée comme Notre-Dame du dialogue.

Oui, nous croyons que Notre-Dame d’Afrique nous accompagne bel et bien dans toutes nos rencontres avec nos frères et sœurs d’autres religions. Est-ce ici une question de dévotion seulement ? Je ne pense pas. Car Marie étant modèle de patience et de fidélité, nous enseigne justement que la patience et la fidélité ne doivent pas manquer dans la vie d’un missionnaire, surtout chez ceux et celles qui s’engagent dans le dialogue interreligieux : la patience et la fidélité doivent être leurs chevaux de bataille. Ces deux vertus, Marie en est l’exemple par excellence, elle qui était avec Jésus partout, en tout temps et en toute circonstance. 

Loin d’être laissé aux initiatives et dévotions personnelles, la place de Marie, Notre- Dame d’Afrique, devrait être reconsidérée dans plusieurs de nos communautés et lieux de mission, et pourquoi pas au niveau de toute la Société selon que notre fondateur, le cardinal Lavigerie l’a bien voulu dès les origines de notre Société des Missionnaires d’Afrique.

Comme Jésus l’a dit à Marie et à Jean, debouts devant la croix : « Femme, voici ton fils ». Puis il dit au disciple : « Voici ta mère » (Jn 19, 25-27). Ainsi notre fondateur le dit aujourd’hui, je le crois, à Marie : « Voici tes fils missionnaires d’Afrique » et aux fils missionnaires d’Afrique « voici votre Mère ».

Par: Pierre Cebuluzi, M.Afr.

Walter Vogels R.I.P.

Société des Missionnaires d’Afrique
Le Père André Simonart, Délégué Provincial du secteur de Belgique,
vous fait part du retour au Seigneur du Père

le mercredi 7 janvier 2026 à Antwerpen (Belgique)
à l’âge de 93 ans dont 69 ans de vie missionnaire
en Italie, au Canada et en Belgique.

Téléchargez ici le faire-part de décès du Père Walter Vogels

Né à :
Berchem
le 14/10/1932
Année SpirituelleSerment MissionnaireOrdination sacerdotale
Diocèse :
Mechelen-Brussel
21/09/195207/07/195621/04/1957
Nationalité :
Belge
Varsenare
(Belgique)
Heverlee
(Belgique)
Heverlee
(Belgique)

Bionotes

01/09/1957Etudes Théo. +BibleRomaItalia
01/09/1960Prof. ScolasticatEastviewCanada
01/09/1966ProfesseurEastview+Un. St PaulCanada
15/05/1968Doctorat en ThéologieOttawaCanada
01/09/1968Prof. plein tempsOttawa, Un. St PaulCanada
01/06/1988Conférences en Afrique
01/09/1988Prof. Univ. St PaulOttawa, ArgyleCanada
01/11/2006Session bibliqueOttawaCanada
01/09/2014Session biblique H.COtawaCanada
01/09/2016Sessions bibliquesAntwerpen, Keizerstr.Belgique
01/09/2023Sessions bibliquesAntwerpen, Pieter Van H.Belgique
07/01/2026DCD (93)Antwerpen, Pieter Van H.Belgique

La spiritualité ignatienne, un outil pour un engagement durable et significatif au service du Règne de Dieu

Pendant le noviciat au début de ma formation, je ne me rappelle pas que nous étions bombardés par la terminologie de la spiritualité ignatienne. Y ai-je entendu les mots « principe et fondement, le Règne, élection, consolation et désolation, etc. » ? Pas bien souvent. On nous parlait incessamment « du plan du Père, de la place centrale de Jésus Christ, de la disponibilité à Dieu, de l’importance de notre affectivité et de devenir nous-mêmes ». Pour moi, il est clair que nos formateurs ne nous ont pas enseigné la spiritualité ignatienne comme matière académique. Ils nous y ont initiés et nous y ont fait marcher nos premiers pas. Et nous avons compris que la spiritualité ignatienne ne constitue pas une spiritualité de dévotion, mais bien d’engagement avec tous nos dons dans la mise en œuvre de la mission. Et nous voici lancés pour la théologie (sans stage à cette époque) et ensuite nommés pour nos missions respectives.

Ai-je vraiment pensé à la spiritualité ignatienne au cours de mes premières années d’apostolat ? La réponse franche est « non ». Il s’agissait plutôt d’apprendre la langue et débuter l’apostolat missionnaire avec les conseils de la communauté qui m’accueillait. Toutefois je n’affirme pas que cette spiritualité était complètement hors de mon univers. Elle constituait plutôt mon univers sans en être conscient. En effet, les relectures de prière et de la journée ont été des instruments de croissance personnelle, et de rapprochement personnel vers Celui qui m’a appelé à son service. De plus, la question d’obéissance à Dieu et aux supérieurs ne s’est jamais transformée en une compétition de souque à la corde entre Dieu, les supérieurs et moi-même. Elle a pris racine en moi au contact de nombreuses circonstances et défis tant personnels, communautaires que missionnaires, avec cette phrase récurrente en moi : « Seigneur, je ne sais pas si cette situation est ta volonté, mais je sais qu’elle n’est pas la mienne ». Elle n’a pas l’intensité ni la profondeur de l’offrande de soi (Exercices spirituels no. 98). Mais elle m’a quand même fait avancer dans la bonne direction.

La prière et la connaissance de soi ont été au rendez-vous quotidien par leur entrelacement. La prière m’a permis de mieux me connaitre et de relever les défis missionnaires quotidiens. Me connaitre m’a aidé à prier d’abord et ensuite à mieux prier en m’ouvrant aux autres et au Seigneur, en me disant : « Jean, tu te connais. Si tu ne pries pas le matin, adieu la méditation ». Voilà ce qui m’a permis de persévérer et servir jusqu’à maintenant.

Les éléments de la spiritualité ignatienne sont devenus plus clairs pour moi lorsque j’ai été appelé à servir la mission dans les maisons de formation, pour initier et inspirer des jeunes hommes dans leur désir de s’engager au Seigneur et discerner leur vocation. Lectures, sessions et cours m’ont permis de distinguer et de nommer les différents principes que nous a laissés Saint-Ignace.

La spiritualité ignatienne demeure bien pertinente aujourd’hui. Elle invite la personne à vivre une expérience personnelle du Dieu vivant. Elle accomplit cette tâche par le truchement de repères sûrs : amour de Dieu, perception de ses limites et péchés, nécessité de conversion, fondement conduisant à la liberté profonde nommée indifférence dans le langage ignatien, qualités humaines et spirituelles requises pour un engagement durable et significatif pour le Règne de Dieu à la suite du Christ. Tous ces ingrédients forgent l’unité du projet de vie.

De plus, la spiritualité ignatienne propose des mesures concrètes pour mettre en pratique l’engagement que la personne désire vivre et auquel elle se voit appelée par Jésus-Christ. Elle suggère des exercices de prière qui sollicitent tous les aspects de la personne, des relectures pour discerner la présence du Seigneur dans la vie quotidienne, des principes de prise de décision et de fidélité.

Nous ne sommes pas face à un système de pensée spirituelle, ou idéologie spirituelle. Elle est une aventure d’amour entre la personne et son Créateur au fur et à mesure que le temps passe. Elle nous fait désirer la présence de Dieu en nous et dans le monde, génère le désir d’être saints et de devenir disciples du Christ. Elle nous rend disponibles pour un engagement fidèle dans la Vigne du Seigneur et dans le monde qui nous entoure.

La spiritualité ignatienne inspire par ses contenus. Saint Ignace met beaucoup l’accent sur l’incarnation du Fils de Dieu comme étant une clé d’intimité dans l’Esprit Saint avec le Père et le Christ au cours de notre vie. Les situations vécues par Jésus, ses difficultés quotidiennes et ses enseignements offrent un exemple concret de vie et de présence engagée auprès du peuple de Dieu. Je constate aujourd’hui que ma présence auprès de gens rencontrés, mon témoignage et ma prédication en ont été façonnées.

Je conclus avec Éphésiens 3(14-21) :

« C’est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père de qui toute famille tient son nom, au ciel et sur terre, daigne selon la richesse de sa gloire vous armer de puissance, par son Esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur, qu’il fasse habiter en vos cœurs le Christ par la foi ; enracinés et fondés dans l’amour, vous aurez ainsi la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur, … et de connaitre l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez comblés jusqu’à recevoir toute la plénitude de Dieu …».

Par: Jean Lamonde, M.Afr.

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