Quelle « option préférentielle pour les pauvres » ? (PE n° 1093 – 2018/07)

Un engagement judicieux et à long terme.

Une option « qui est la marque d’un bon jugement » et qui a pour ambition de « s’inscrire dans la durée ». C’est cela le plan ! et maintenant proposons les détails que je soumets à l’appréciation des confrères, surtout des plus jeunes.

Donner du pain à un pauvre, ou lui proposer quelques pièces de monnaie quand il en demande, payer des frais de scolarité pour un jeune, c’est une réponse honorable à un besoin urgent des personnes que nous connaissons dans nos milieux d’apostolat. Nous l’avons tous fait d’une façon ou d’une autre. Le bénéficiaire en sera, certes, très reconnaissant, il fera des bénédictions au bon bienfaiteur et probablement décidera de passer le revoir de temps en temps quand il se retrouve dans le besoin ; parce que les besoins, il en aura toujours ; mais il y a la probabilité que le bienfaiteur peut partir un jour.

En prenant un peu de recul je pourrais envisager une autre façon d’aider, plus judicieuse, plus efficace, avec le rêve de résoudre au moins une partie du problème à très long terme.

Un engagement solidaire pour une meilleure solidarité

C’est là que je rêve d’une option, d’un engagement qui mobilise toute la Société comme un seul homme, avec la ferme résolution de soulager efficacement le poids de la pauvreté et de donner à ceux qui n’en peuvent plus, la capacité de se prendre en charge et de s’en sortir finalement par eux-mêmes (développement), gardant ainsi toute leur dignité.

Ce que je suggère n’est pas nouveau, car des confrères l’ont déjà vécu avant qu’un certain individualisme ne prenne le dessus. Ils avaient fait le choix de privilégier une réflexion communautaire audacieuse qui pouvait les sortir du « cercle vicieux » de la distribution automatique et purement mécanique : « j’ai reçu, je donne », avec le risque de créer, en passant, un « fan club » ou carrément des « dépendants ». Les Africains ne disent-ils pas que « la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit » ?

Si deux, trois, cinq confrères « qui ont reçu gratuitement », s’engagent dans une consultation communautaire pour juger comment mieux aider les populations qu’ils servent (chrétiens, musulmans, hindous, bouddhistes, pratiquant des religions ancestrales), s’ils mettent dans le coup la solidarité de la Société, pour commencer par exemple une petite école des métiers, qui formera des jeunes, ces enfants des pauvres autours d’eux, pas seulement leurs pauvres « préférés », pour leur donner des compétences afin qu’ils participent au développement de leur pays en gagnant du même coup leur vie… ces jeunes garderont leur dignité et se sentiront capables de participer au développement de leur pays, grâce au métier acquis. C’est libérateur car ils ne seront plus obligés de porter les stigmates d’une pauvreté non choisie.

Donner aux pauvres le pouvoir et la capacité de s’entraider

En effet je crois profondément à ce que nous avons toujours voulu dire en disant « empowerment », que nous traduisons maladroitement par « capacitation ». Faciliter à une personne ou un groupe de personnes, les possibilités de se déployer positivement et de s’améliorer en améliorant du même coup leur environnement immédiat. La formation est un moyen très efficace pour arriver à cette « capacitation ». Apprendre aux pauvres à mieux tirer parti de leur environnement grâce aux techniques agricoles adaptées (école d’agriculture) ; former les jeunes d’un village à construire des bâtiments solides et décents pour améliorer l’habitat et aussi gagner leur vie (maçonnerie) ; des menuisiers, des mécaniciens, des électriciens, des tailleurs, etc. Des gens qui vont travailler, développer leur contrée et donner une meilleure qualité de vie à leur famille. Ce qui pourra alors nous manquer c’est la queue de ces personnes assises devant nos bureaux pour quémander et parfois subir nos « engueulades », parce qu’ils n’ont vraiment pas le choix s’ils veulent arriver à nous soutirer quelques sous.

Des jeunes en apprentissage à Sharing Centre à Kampala

Pourquoi j’insiste sur les écoles de métiers ? Parce que dans beaucoup de pays où nous sommes en Afrique, des pays en développement, il manque cruellement des jeunes bien formés dans les différents métiers de base qui entrent directement en jeu dans le développement. Nous nous plaignons souvent que les entreprises chinoises importent même leur propre main d’œuvre chinoise. Parfois des entreprises ont du mal à trouver de la main d’œuvre qualifiée pour réaliser des infrastructures et travaux aussi simples qu’un bon crépissage ou une plomberie correcte. Les écoles de métiers sont rares alors que les universités qui produisent des « semis-intellectuels » pullulent, jetant sur le marché du travail des jeunes pas vraiment qualifiés. Si le rythme actuel continue, l’Afrique risque de s’enfoncer davantage dans le sous-développement. Ceci n’est pas une bonne nouvelle.

Pour une charité efficace et féconde

Si la providence a permis que certains dons des bienfaiteurs transitent par nos mains, et si nous sommes vraiment engagés dans l’annonce de la Bonne Nouvelle en Afrique, alors nous pouvons participer au « miracle de la charité » en choisissant d’aider les pauvres de la manière la plus efficace que nous pouvons imaginer ensemble, afin de les aider à devenir agents de leur propre bien-être et pourquoi pas de leur propre bonheur ? On ne pourra peut-être pas éradiquer la pauvreté ; elle existe depuis l’aube des temps. Par ailleurs, nous avons la preuve que la vie de certains peuples s’est nettement améliorée depuis quelques décennies, après avoir connu des périodes de pauvreté parfois extrême. N’avons-nous pas des confrères qui « distribuent » parce qu’eux-mêmes ont trop souffert de la pauvreté et, maintenant, ils ont fait le choix de « faire profiter les pauvres » de la largesse de leurs bienfaiteurs ? Nobles sentiments… C’est seulement le résultat qui ne l’est pas tout à fait, car il crée des dépendances sans que cela ne soit leur but ; et puis, c’est plus facile de se faire des amis avec l’argent des bienfaiteurs.

Pour nous, Missionnaires d’Afrique, « l’option préférentielle pour les pauvres » pourrait passer, comme l’économe général nous l’a proposé, par un bureau interne de développement qui nous aidera à poser des gestes communautaires qui aident vraiment les pauvres, grâce à un discernement judicieux des projets que nous souhaitons réaliser et par l’étude de l’impact de nos réalisations. Nous y gagnerons, certainement, à faire les choses ensemble pour un résultat qui respecte la dignité des personnes, avec un impact durable dans le milieu. C’est une chose que d’avoir de l’argent et c’en est une autre que de savoir bien l’utiliser…

Être audacieux, risquer de faire les choses différemment, même si cela va nous priver de notre « succès » ; montrer une bonne ambition pour les pauvres que nous voulons aider, cela est à notre portée. c’est une belle « option préférentielle pour les pauvres ». Il y a tant de confrères qui ont des bonnes idées et qui sont prêts à les partager ; il y en a aussi qui « reçoivent » beaucoup et qui aimeraient faire un bien qui relève et qui dure. Il nous suffira d’aller les uns vers les autres et d’échanger sans tabou, même s’il s’agit de parler d’argent.

Où trouver le personnel pour tous ces « beaux projets » ? Fausse question qui nous amènera à une fausse réponse. « Avec qui pourrons-nous le faire ? » Voici la question « synergique » que nous pourrons courageusement nous poser…

Un confrère à qui j’ai soumis ce texte m’a dit : « Commencer une école pour les pauvres ou un centre d’apprentissage demandera des ressources consistantes ; et si on n’a pas ces ressources ?» Alors ne commençons pas ! Mais cela ne nous empêche pas d’en chercher si nous connaissons des personnes ou des organismes qui peuvent nous aider à aider efficacement. L’idée de base ici est d’utiliser judicieusement, rationnellement toutes ces ressources qui passent pas nos mains individuelles et en faire un outil d’apostolat en tant que Société. À vos stylos, donnez vos idées, parlez de vos expériences !

Freddy Kyombo Senga, M.Afr.

« Pourquoi faire des vidéos à ton âge ? » (PE n° 1093 – 2018/07)

Cette question était en tête de la liste de quelques suggestions qu’un confrère m’a faites en me proposant d’écrire un article pour le Petit Echo à l’occasion du 150ème anniversaire de notre fondation. Pourquoi  à mon âge passer la majeure partie de mon temps avec mes yeux rivés sur mon ordinateur ? Pourquoi à mon âge jongler avec toutes ces photos, m’évertuant à les faire avaler par des logiciels tels que « Powerpoint » et « Movie Maker » ?

Selon la formule traditionnelle de nos notes nécrologiques, j’ai 76 ans, dont 40 ans passé en Tanzanie. A ton âge ? Cette question, n’est-ce pas un sous-entendu pour « ce n’est plus un âge pour » ou « on ne se lance pas dans des aventures pareilles quand on devient croulant ». Est-ce vraiment si extraordinaire de faire de l’animation missionnaire dans la dernière tranche de sa vie ? Missionnaire un jour, missionnaire toujours nous apprenait-on au noviciat ! Parfois j’ai l’impression que certains jeunes confrères me perçoivent comme un fossile du jurassique. Moi je me sens encore tout jeune, surtout quand je me trouve en plein milieu d’un tas de photos en train de fabriquer une vidéo qui nous fera revivre l’épopée de nos missionnaires jeunes ou vieux, du passé ou du présent.

Je crois que j’ai attrapé le virus de l’animation missionnaire et vocationnelle aux premiers jours de ma carrière de Missionnaire d’Afrique. J’aime la photographie et me promène souvent dans les rues de Bruxelles avec mon appareil en poche. Pour bien dormir, le soir avant de me coucher, je lis des bandes dessinées en les dégustant lentement. Je suis un abonné régulier de « YouTube ». Mes films favoris : Charlie Chaplin, Laurel et Hardy et bien entendu un bon western de temps en temps.

Lavigerie a bien compris l’enjeu des médias écrits et de la force de la photographie pour l’avenir de la mission. Dans le bric-à-brac des premières caravanes, il a insisté pour que les confrères emportent avec eux ces curieux appareils photographiques des temps anciens. C’étaient de drôles de boîtes noires en forme d’accordéon montées sur des trépieds et munis d’un parapluie noir (attention à la lumière du soleil). Si vous voulez de l’aide, des bienfaiteurs, envoyez-nous des clichés et racontez-nous ce que vous vivez. Intéressons les gens de nos pays à notre travail en Afrique. Le mot d’ordre de notre fondateur a bien été suivi. Deo Gratias.

Si nous voulons recruter, montrons notre apostolat au travers de belles photos. Des jeunes des temps proches de notre fondateur ont été « pêchés » grâce à l’hameçon de  ces formidables clichés (plaques de verre !) produits par ces archaïques caméras. Les photographies de nos confrères barbus perchés sur le dos d’un dromadaire ou d’un baudet récalcitrant ont fait le buzz de l’époque. Dans mon propre cas, c’est un film, dans le style de BIZIMANA de l’illustre père Roger De Vloo, qui m’a ouvert la porte des Pères Blancs.

Dans les années 80 j’ai passé 4 ans en Belgique à faire de la propagande missionnaire auprès des jeunes. En ce temps-là, c’était toujours l’époque des diapositives. On ne parlait pas encore de vidéos comme outil d’animation…Mais cela n’allait pas tarder. J’avais 40 ans, je me baladais un peu partout avec mon projecteur et mes montages dias…Il y avait aussi une exposition photos amplement puisées dans les réserves de notre revue Vivante Afrique. Pendant les vacances d’été 1988 une quinzaine de jeunes de  ma paroisse natale m’ont suivi en Tanzanie pour un séjour d’un mois dans nos missions. C’était l’opération PETITS OUTILS une aventure inoubliable.

Verviers 1986 : Exposition missionnaire pour les jeunes.

Bref je n’ai pas attendu l’âge de la retraite pour me lancer dans l’aventure des médias modernes.

C’est en revenant de Tanzanie en 2006 que j’ai, pour la première fois, manipulé un ordinateur. J’étais nommé à Namur pour m’occuper de notre maison de La Plante. Un confrère bienveillant m’a initié aux secrets de l’informatique ; un de mes frères m’a introduit dans les dédales de Powerpoint. Pour le reste je me suis débrouillé : c’est en forgeant que l’on devient forgeron. Comme La Plante était le siège de Photos- Service et que toutes les archives photographiques de Vivant Univers/ Vivante Afrique étaient à portée de main, je n’ai eu qu’à puiser dans le panier. Merci à Gust Beeckmans pour cet incroyable boulot de numérisation. Merci aussi à nos photographes renommés comme Vincent de Decker.

Au moyen du logiciel « Power Point », j’ai commencé par illustrer des psaumes et des paraboles pour nous aider à prier. J’ai mis sur pied différents montages pour nos fêtes annuelles des familles et diverses autres occasions. Pour le 125ème anniversaire de la campagne antiesclavagiste initiée par notre Fondateur, à la demande de Richard Nnyombi, j’ai produit une série de vidéos, certaines en Anglais et même en Swahili. Idem pour Justice et Paix. Quand on a commencé à parler du 150ème anniversaire de notre fondation, soudainement sont arrivées chez nous les premières versions digitalisées des anciens films du père De Vloo (Africa Films). L’idée m’est alors venue de mettre tout cela en musique et de produire des vidéos avec du cinéma. Cela a marché. Philippe Docq les a mises sur Youtube…Tout cela, à mon âge, pour l’animation missionnaire !

Les années ont passé comme un coup de vent. A la fin de mon mandat à Namur, j’ai été nommé à Bruxelles, rue de Linthout. C’est de là que je ponds cet article. De temps en temps je vais à  Rome donner un coup de main à Dominique notre archiviste. Je travaille dans la photothèque entouré des plus beaux souvenirs visuels de notre société, un vrai paradis ! Notre JOB est, par la voie de la digitalisation, de faire sortir toutes ces merveilles de l’oubli et de les mettre à la disposition de tous et de toutes. Un beau programme pour le 150ème anniversaire.

Manu dans son bureau

Mon travail dans les archives et la fabrication de vidéos n’a rien de celui d’un rat de bibliothèque. Pour moi cela tourne régulièrement à la méditation et à la prière de louange. Ce qu’ont accompli nos anciens et nos anciennes, les pionniers des temps héroïques, m’inspire. Au contact de ces vieux films et de ces antiques photos, je pense souvent à eux, à leur pauvreté de moyens, à leur zèle apostolique, à leur amour des populations africaines, à leur dévouement auprès des plus malheureux…Le pape François n’arrête pas de nous rappeler, à temps et contretemps, notre devoir d’aller au plus profond  du monde, de sortir de chez nous, d’avoir le souci des plus pauvres. Rien de neuf sous le soleil ! Nos anciens, bien avant François, ont suivi ce chemin des périphéries.

Nos ancêtres Pères, Frères et Sœurs, n’avaient pas de smartphone pour saisir l’actualité en un clin d’œil, comme tout le monde le fait aujourd’hui. Coup de chance pour nous, derrière eux, dès les premiers jours de la mission, ils ont laissé des photos et des films : témoignages uniques de leur foi en Jésus Christ.

Ce que je souhaite, c’est qu’on ne laisse pas moisir ces merveilles d’évangile vécu sur les étagères de nos archives. Maintenant que la crème de ces films et photos est numérisée, je recommande à tous nos responsables de maisons de formation de s’en servir pour montrer aux jeunes ce que c’était d’être missionnaire aux siècles passés. Une petite vidéo de temps en temps, rien de tel pour illustrer un cours d’histoire de notre société missionnaire. Profitons aussi de l’occasion du 150ème anniversaire de notre Institut pour partager ces témoignages médiatiques avec nos amis africains. Je suis sûr, par exemple, qu’à Ouagadougou on serait enchanté de voir ou revoir ce magnifique film du père De Vloo, reportage inoubliable, sur le sacre de Mgr Yougbaré, premier évêque Burkinabé, en 1956.

Joyeux anniversaire !

Manu Quertemont, M.Afr.

Le père Alain Fontaine témoigne (PE n° 1093 – 2018/07)

Cet article a déjà été publié dans la revue «Voix d’Afrique»; nous vous le proposons car il nous semble très intéressant de voir le témoignage de nos confrères qui ont cheminé à la suite de Jésus.

Le père Alain Fontaine est actuellement, à Ouagadougou, secrétaire du Responsable Pères Blancs d’Afrique de l’Ouest francophone. Il célèbre cette année 50 ans de Serment missionnaire : 24/06/1967 – 25/06/2017

Il y a 50 ans

Il y a 50 ans, le 24 juin 1967, en la fête de Saint Jean-Baptiste, je prononçais, au noviciat de Gap en France, mon premier serment missionnaire. Deux autres suivront et le Jeudi saint 1972, je prononçais, dans l’église paroissiale de Chaville, ma paroisse natale, mon serment missionnaire définitif.

Tout avait commencé en 1964, quand j’entrais au postulat des Missionnaires d’Afrique à Mours au cours du mois d’octobre. Je venais de terminer mes études à l’école d’Optique Appliquée de Paris (EOA) et j’avais pris contact depuis un certain temps avec les Missionnaires d’Afrique sur Paris. L’Afrique m’attirait ! On m’encourageait à me préparer au sacerdoce mais je préférais commencer comme missionnaire Frère pour me donner le temps d’envisager cette préparation pour plus tard. N’ayant jamais fait de séminaire, je me disais que j’avais d’abord beaucoup à apprendre. Je voulais aussi faire une expérience en Afrique et savoir si je pourrais y vivre car ma santé n’a jamais été forte.

Alain Fontaine au noviciat de Gap le 11 septembre 1965

Le 11 septembre 1965, je faisais un nouveau bond en avant, en entrant au noviciat à Gap, dans les Hautes Alpes françaises. Dépaysement, étonnement… le lieu d’abord et l’ambiance quasi monastique du noviciat. J’y demeurais deux ans et ce fut une réelle expérience spirituelle.

En mission à San au Mali

Service militaire oblige, je décidais de partir au titre de la Coopération au Mali pour deux ans où je fus instituteur dans le diocèse de San. Le climat et la situation politique au moment du coup d’État de Moussa Traoré m’ont sérieusement éprouvé. On m’a alors proposé de poursuivre mes études à Strasbourg. Je suis revenu ensuite au Mali, toujours comme Frère, pour trois nouvelles années d’enseignement, au petit séminaire Saint-Paul du diocèse de San.

En France vers la prêtrise

C’est au cours de ce nouveau séjour au Mali qu’avec mon accompagnateur spirituel, je décidais de reprendre mes études en vue de devenir prêtre. Je me sentais prêt et c’était aussi à une période délicate de l’histoire de l’Église de France, après le Concile Vatican II où beaucoup de prêtres quittaient le sacerdoce. Les supérieurs de l’époque m’ont proposé de me préparer dans le cadre du CERM (Centre d’Études et de Recherches Missionnaires). Ce centre était l’un des premiers consortiums missionnaires mis en route à la suite du Concile. Il était ouvert aux Missions étrangères de Paris, Salésiens, Montfortains, Spiritains, Missions Africaines de Lyon et quelques autres encore. Je vais être le premier missionnaire d’Afrique à me préparer au sacerdoce dans le cadre de cet institut.

Nous suivions les cours à l’Institut Catholique de Paris, au séminaire des Missions étrangères de Paris, rue du Bac, et au Grand séminaire St-Sulpice d’Issy les Moulineaux. Après trois ans d’études intensives, je suis ordonné diacre en juin 1977 à Boulogne Billancourt par Monseigneur Jacques Delarue, le premier évêque de Nanterre, qui a proposé que je reçoive, à cette occasion, la double incardination pour bien signifier que c’est mon Église d’origine qui m’envoie en mission. Un an plus tard, dans l’église de mon baptême, de ma confirmation et de mon serment missionnaire, je suis ordonné prêtre. C’était le 28 mai 1978.

Retour au Mali

Je repars au Mali, toujours dans le diocèse de San où je vais travailler d’abord en paroisse à Mandiakuy. J’y apprends le boomu et m’initie aux activités pastorales. C’est à ce moment-là que je participe au lancement des Équipes Notre-Dame, un mouvement de spiritualité familiale, à Mandiakuy. Le mouvement va progressivement s’étendre dans plusieurs diocèses du Mali, à Ségou, Bamako et Kayes.

Après cette première expérience, on me demande de repartir au Petit Séminaire Saint-Paul pour en prendre la responsabilité et surtout pour permettre sa transmission au clergé local. Je vais y résider cinq ans.

À Toulouse

En 1988, la province de France  me nomme à l’animation missionnaire et je pars à Toulouse dans le Sud de la France. Je ne connaissais pas cette grande ville et je commence par m’y perdre. Un soir, je mets plusieurs heures pour retrouver la maison. Je vais travailler 5 ans au service des OPM et vraiment être proche d’une réalité pastorale du Sud de la France.

Radio rurale à San

Entre la fin de l’animation missionnaire et mon retour au Mali, on me demande, pendant une année entière de me préparer à l’ouverture d’une radio rurale dans le diocèse de San au Mali. Je me prépare alors à l’informatique et au travail de mise en route d’une radio. C’était un domaine tout à fait nouveau pour moi et je m’y suis mis avec passion. Pendant 6 ans, je vais travailler à la mise en route, à San au Mali, de la toute première radio privée catholique du Mali. Nous étions trois pour ce travail, l’abbé Alexis Dembélé, le directeur, un laïc formé à Lyon au CREC-AVEX et moi-même formé à Paris. Ce ne fut pas facile au début mais ensuite nous avons pris notre vitesse de croisière et la radio – Radio Parana – est toujours là et fêtera en 2019, ses 25 ans d’existence.

En 2000, on m’accorde une année sabbatique que je comptais organiser à ma guise mais on me demande alors de me préparer dans un centre ignatien à Paris, à l’accompagnement et à l’organisation de retraites spirituelles. De là, on m’envoie à Jérusalem accompagner une retraite pour des prêtres africains francophones.

Le serment missionnaire d’Alain Fontaine

Centre Foi et Rencontre à Bamako
C’est alors qu’on me demande de déménager sur l’archidiocèse de Bamako afin de participer avec Josef Stamer à la mise en route des Centres Foi et Rencontre et de l’IFIC. Je vais travailler 10 ans dans ce secteur en apportant ma compétence sur le plan informatique et pour la logistique des formations données au Centre. J’ai aussi participé à la préparation du lancement de l’IFIC. C’était un gros travail de communication où l’on cherchait à informer tous les évêques francophones d’Afrique. Durant toute cette période, j’ai assuré aussi le secrétariat provincial de la province du Mali et participé, du coup, à tout le cheminement qui va finir par créer la province de la PAO pour l’Afrique de l’Ouest francophone.
Burkina
En 2011, on me demande de remplacer le père Pierre Béné au secrétariat provincial à Ouagadougou. C’est là que je me trouve aujourd’hui et j’en suis à ma septième année de service de la Province.
Quoi dire au terme de ces 50 ans de mission, au Mali, en France et au Burkina Faso ? (40 ans au Mali et 7 ans au Burkina Faso) D’abord je veux exprimer une sincère action de grâce. Je m’estime très chanceux. Toutes les nominations que j’ai reçues – pour certaines, je ne m’y attendais pas du tout – m’ont beaucoup enrichi.
Vraiment la Société a pris soin de moi et malgré un parcours que certains appelleront “mosaïque”, on a su me conseiller avec beaucoup de doigté et me proposer ce que je pouvais faire. On a su me faire confiance et j’en suis très reconnaissant à tous mes supérieurs. J’aurai pu faire davantage encore mais on a su me prendre comme je suis avec les capacités qui étaient les miennes, sans rien forcer. Je n’ai pas à mon actif des constructions grandioses, des postes de premier plan, de grandes responsabilités… J’ai toujours préféré – et je crois que ça me convient mieux – des postes de second où je suis plus efficace. Je n’ai jamais demandé une nomination particulière. J’ai préféré, non pas un suivi docile et sans caractère, mais plutôt laisser l’Esprit m’appeler et me conduire où il croyait que je serais le plus à même de servir la Mission.
Mon parcours missionnaire, de frère d’abord, de prêtre ensuite, n’a pas représenté pour moi une quelconque promotion. C’est la mission qui a compté pour moi et l’appel à rendre tous les services que je pouvais rendre pour que la Bonne Nouvelle trouve son chemin chez les peuples d’Afrique où je serais envoyé. C’est pourquoi ce premier serment en 1967, il y a 50 ans, a vraiment correspondu au oui que je voulais dire au Seigneur pour sa mission en Afrique. Le reste c’est une vocation qui a trouvé son chemin en répondant aux appels que j’entendais et que je faisais vérifier par ceux qui m’accompagnaient. Au terme de ces 50 ans, je dis un sincère merci à tous ceux qui m’ont accompagné d’une manière ou d’une autre, à tous ceux avec lesquels j’ai partagé le travail missionnaire, à tous ceux qui m’ont supporté, malgré toutes mes imperfections, dans la vie communautaire, à tous ceux qui sont devenus mes frères dans cette belle famille des Missionnaires d’Afrique. Au Seigneur Jésus, toujours mon compagnon de route, à sa Mère qui a si bien veillé sur moi, je dis toute ma reconnaissance.

Alain Fontaine, M.Afr.

« Quelques-uns ont trouvé mes précautions trop sévères… » (PE n° 1093 – 2018/07)

  • Notre Société travaille intensément à rendre nos lieux de mission plus sûrs pour les plus vulnérables, en particulier les enfants. En relisant certains des textes de notre fondateur (1), nous pouvons découvrir que ce travail d’aujourd’hui s’enracine dans l’action et la volonté de notre fondateur. Dans le domaine de la prévention des abus sexuels, le Cardinal Lavigerie fut probablement (2) un précurseur. Dans une lettre du 30 octobre 1883 adressée au P. Bridoux, Vicaire général de la Société des Missionnaires d’Afrique, le Cardinal Lavigerie rappelle qu’en matière de prévention

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Me tourner vers l’avenir (PE n° 1093 – 2018/07)

En 2015, j’ai échangé l’activité scolaire qui me prenait du matin au soir avec une responsabilité beaucoup plus souple au Centre d’études  d’arabe dialectal. C’est alors que m’a été proposé de participer à la session-transition à Rome de septembre 2016 pour les M.Afr et SMNDA. Je l’ai accepté immédiatement sentant confusément qu’après  3/4 de siècle, il me restait beaucoup à apprendre !

Effectivement, cela a été une page qui se tourne. Me retrouver avec un groupe de SMNDA dont la plupart était connue depuis la formation première était une situation nouvelle : toutes de la même génération ! Alors que dans un collège, les jeunes se renouvellent année après année, on ne se sent pas vieillir. C’est la surprise  que j’ai exprimée à cette époque : « Mais, j’ai l’âge de ma mère ! »

Cela m’a provoquée à me tourner vers l’avenir : vivre quelque chose de nouveau après des années où on pense avoir acquis « de l’expérience » ! Maintenant « je dois me mettre devant mon ‘futur’ ! » et où est-il si ce n’est ce que St Paul désire : ‘atteindre le but’ (Ph 3, 14) !

J’ai donc été heureuse de ce temps de relecture, de prière, de réflexion, de partage, tout spécialement en petit groupe où entre M.Afr. et SMNDA, richesse de la mixité, nous avons perçu les merveilles de Dieu et Sa présence discrète mais active dans nos cœurs selon les différentes missions et circonstances de la vie. Tout cela dans un climat de paix, repos et loisir avec l’aide de nos accompagnateurs chevronnés.

Melika in the Raspail garden of Tunis

J’ai pris la grâce quand elle est passée ! Que pourrais-je souhaiter maintenant ?

Voici que le Seigneur m’a offert cette année (2017) de vivre au voisinage de mes sœurs aînées et de mieux les connaître. Et je m’émerveille : elles sont admirables ! leur sourire, leur patience, leur fidélité à la prière, leur amour de l’Afrique, leur zèle missionnaire … et leur joie… dans un cadre qui me paraît austère en face d’une vie d’action et de relation.

Melika with Massika (training of an instructor at the Centre for Arabic Dialectal Studies).

Avec mon activité actuelle au Centre,  adaptée à mes forces, je me sens encore ‘en transition’, mais je reconnais aussi la nécessité de garder le cap.

Petit exercice mental : j’essaie de me projeter dans un « à venir ». Quelle conversion à faire ? Quelle aide rechercher ?

Comment est ce nouveau milieu de maison de retraite, sa réalité ? Quelles qualités demande ce nouveau ‘noviciat’ ?

A notre époque, ce n’est plus le cadre d’une communauté classique, la vie quotidienne se partage avec des laïcs : à première vue, c’est bon de rester en contact avec le monde, découverte de ‘périphéries’ proches. Oui, découvrir un nouveau champ d’apostolat, peut me motiver. C’est lui qui vient à moi !  Cela demande quand même une formation préliminaire ! Serons-nous plusieurs dans ce cadre pour partager aussi nos difficultés et hésitations ? Toutes les maisons de retraite (EHPAD) ne sont pas les mêmes. Une adaptation est nécessaire. Que demande le Seigneur à travers cette réalité ? Par la foi, nous savons qu’Il est là ! Mais une aide spirituelle n’est  pas négligeable pour assumer le quotidien et ses contrariétés, entretenir la disponibilité, la générosité et la bonne humeur ! Cela va se greffer sur les découvertes des étapes précédentes.

Dans cette situation où les initiatives et les forces sont limitées (?), il faut découvrir le positif.  Certes, beaucoup de choses sont organisées pour l’agrément de la vie. Mais on peut se trouver dans une situation où on se sent humilié, oublié, négligé ; c’est aussi le temps des diminutions. J’apprécierai l’aide à me rappeler les dons et grâces de Dieu, à y voir un appel à un dépassement, à y voir la suite du Christ, à stimuler le désir de la rencontre. (Une voisine a remplacé dans le ‘je vous salue, Marie’ le mot de ‘mort’ par ‘rencontre’« priez pour nous, maintenant et à l’heure de la rencontre », orientation vers le Haut  et non en bas !) Petits moyens qui peuvent m’aider à vivre.

J’espère trouver tout ce qui va dans le sens de l’ouverture, m’empêcher de m’endormir, garder l’intérêt vivant pour ce qui peut nourrir : réflexion biblique, bonnes lectures, être au courant de l’évolution du monde et si les facultés le permettent, profiter de l’avancée et des apports de la technique (Internet…)

Quelles que soient mes élucubrations, depuis Abraham, on sait que Dieu pourvoit ! Donc, à la base, c’est la confiance ! Comme le dit l’article 22 de nos Constitutions :

En Christ, recommencer chaque jour, durer dans les situations difficiles, accepter souffrances, départs, diminutions, tout devient source de Vie.

Et n’oublions pas les joies et le bonheur de tant de dizaines d’années. Que Dieu soit béni !

Sr. Marie (Melika), msola

Un pèlerinage à Dury, France, lieu de naissance de Siméon Lourdel (PE n° 1093 – 2018/07)

Un certain nombre d’exilés ougandais, congolais et rwandais à Londres se sont réunis pour former un groupe de disciples de Siméon Lourdel et d’Amans Delmas. Ils s’appellent eux-mêmes les pèlerins de Mapeera Lourdel et des martyrs d’Ouganda de Dury, Europe. Ils ont commencé à se rencontrer il y a un peu plus d’un an. Aujourd’hui, ils sont une quarantaine de personnes, se rencontrent régulièrement et prient ensemble. Leur but est de faire connaître l’histoire des martyrs de l’Ouganda, de promouvoir la béatification de Siméon Lourdel, de construire la fraternité entre eux, et d’offrir un soutien aux missionnaires retraités en Europe qui ont donné leur vie pour apporter l’évangile à leur peuple en Ouganda et dans d’autres pays africains.

Pour eux, Siméon et Amans sont restés avec les martyrs et les ont encouragés dans leur temps d’épreuve. Ils sont ensuite restés en mission et sont morts en Ouganda. Ils n’ont pas subi le même sort que les 43 martyrs, mais ils ont donné leur vie pour l’évangile et ils devraient partager la même gloire.

Eglise de Dury (France)

Cette année, ils ont organisé un deuxième pèlerinage à Dury, lieu de naissance de leur bien-aimé Siméon Lourdel. En raison des circonstances et de la difficulté d’obtenir des visas pour ceux qui dépendent encore de leur passeport ougandais, quatre des pèlerins prévus n’ont pas pu se joindre au groupe. Nous sommes partis en groupe de 8 dont 7 avec leurs valises à l’étroit dans le Ford Zephyr qui sert habituellement de taxi de nuit à Londres ; un nous a devancés par le service d’autocar de nuit à partir de Victoria. Nous étions M. Ricardo Mulinda avec ses trois enfants, Edward qui conduisait très habilement la voiture, Simon et moi. Ce fut un voyage beaucoup plus facile que celui des premiers missionnaires sur les chemins de l’Ouganda il y a environ 140 ans, mais c’était quand même une expérience à l’étroit avec 7 personnes et leurs bagages dans la même voiture !

Ricardo avait bien organisé le pèlerinage à l’avance, en contactant et en réservant des chambres pour nous à la Maison diocésaine Saint Vaast d’Arras, en arrangeant une rencontre avec Sœur Thérèse Broutin, Coordinatrice de la Commission missionnaire pour le diocèse, avec M. Marc Campbell, maire de Dury et l’abbé Jean-Claude Facon, curé de la paroisse. Quand nous y sommes arrivés, nous avons été accueillis par Sœur Thérèse et son amie avec une « bonne tasse de thé » comme seuls les Français savent le faire ! Après nous avoir laissés le temps de déposer nos bagages dans nos chambres et de nous reposer un peu, Sœur Thérèse nous a guidés à pied jusqu’à la magnifique cathédrale d’Arras. Elle avait très gentiment pris des dispositions pour que deux des guides bénévoles des lieux nous montrent les merveilles de la cathédrale et nous racontent son histoire.

Les pèlerins aux fonts baptismaux de l’Église de Dury

A notre retour à la Maison Saint Vaast, nous avons été heureux de trouver le P. Bernard Lefebvre qui nous y attendait. Il avait été informé de notre pèlerinage par Richard Nnyombi lui-même en Ouganda. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à quel point les temps sont différents. Quand Siméon Lourdel est arrivé en Ouganda, il lui a fallu des mois pour communiquer avec le cardinal Lavigerie à Alger. Aujourd’hui, notre pèlerinage de Londres à Arras est vécu par Richard Nnyombi assis dans un bureau à Kampala et communiquant avec une troisième personne vivant à Paris !

Le samedi matin, Sœur Thérèse a continué son ministère d’accueil missionnaire en nous guidant à travers les « Grands Places » d’Arras. Après le déjeuner, elle nous a accompagnés dans notre visite à l’évêque d’Arras, Mgr Jean-Paul Jaeger, qui a très gentiment accepté de nous recevoir.

L’évêque était très reconnaissant à Ricardo et à son groupe de pèlerins pour leur visite, pour avoir ouvert ses yeux sur la vie d’un des fils du diocèse d’Arras et sur la contribution qu’il avait apportée à la diffusion de l’évangile en Ouganda. Il était heureux d’entendre parler des efforts de l’Église en Ouganda pour béatifier ce fils d’Arras. Ricardo a pu présenter à l’évêque une lettre de l’archevêque de Kampala dans laquelle il explique comment l’Église en Ouganda trouve important que ce premier missionnaire du pays soit béatifié. Il a exprimé son propre désir de visiter Arras et plus particulièrement le lieu de naissance de Siméon Lourdel. L’évêque Jaeger serait plus qu’heureux de le recevoir. Il espère que ce sera le début d’une nouvelle amitié entre les deux Églises.

Cette visite terminée, nous avons eu le plaisir de rencontrer le maire de Dury qui était venu, avec sa femme et un ami, chercher notre groupe de pèlerins et nous conduire à Dury. Comme j’ai été étonné de rencontrer ce couple, Mr et Mme Campbell, amis enthousiastes de l’Ecosse qui parcourent les routes de campagne de Dury dans une voiture Jaguar !! Ils sont devenus maintenant les amis des Pèlerins de Dury, Londres. L’accueil qu’ils nous ont réservé était complètement fantastique.

Ils nous ont ramenés à Dury et directement au cimetière où de nombreux membres de la famille de Siméon Lourdel, y compris ses parents, sont enterrés. Notre groupe était heureux de prendre un peu de temps et de prier pour cette famille qui a donné leur fils à la mission. Sur la route allant au cimetière du village se trouve un panthéon de la Première Guerre mondiale. Là-bas plus de 300 soldats canadiens sont enterrés. Nous avons passé un peu de temps à visiter leurs tombes avant de nous rendre à la  ferme de la famille Lourdel.

Nous y avons trouvé un groupe de personnes qui attendaient de nous y accueillir, dont deux petites nièces de Siméon Lourdel qui étaient venues nous rencontrer de leur village situé à une trentaine de kilomètres. Il y avait aussi d’autres membres de la famille qui étaient venus ainsi que les propriétaires actuels de la maison et de la ferme. Ce fut une joie d’être accueilli de cette façon et de rencontrer ces bonnes gens qui étaient prêts à accueillir notre visite à la source de notre foi.

Ensuite, nous avons été à l’école dans laquelle Siméon Lourdel a reçu son éducation primaire pendant 6 ans. Les bancs et le décor des salles de classe ont peut-être changé, mais le bâtiment est le même. Il y a des photos intéressantes sur les murs, prises à l’époque où Lourdel y était élève.

À la ferme Lourdel, pèlerins et membres de la famille devant la maison

L’Eucharistie dominicale fut célébrée dans l’église du village le samedi soir. Le curé de la paroisse, Jean-Claude Facon, venant directement de son troisième mariage ce jour-là, nous a accueillis à bras ouverts. Bernard Lefebvre a présidé la célébration, a parlé de Siméon Lourdel, de tout ce qui est sorti de son don de lui-même en Ouganda et dans d’autres pays d’Afrique de l’Est.

Beaucoup de gens sont venus à la messe du soir pour accueillir notre groupe de pèlerins. Après la célébration, nous sommes retournés dans la cour de l’école où le maire nous a servi des sandwiches et des boissons. Ce fut une soirée très agréable, avec la rencontre des membres de la famille et des amis du proposé à la béatification du futur «Bienheureux» Lourdel. Ceux-ci, à leur tour, sont heureux de ce que leur ancêtre dans la foi soit toujours présent dans la mémoire et honoré. Eux aussi sont encouragés dans leur foi par le témoignage de ce groupe d’exilés Ougandais venus de Londres pour chercher le lieu de naissance de leur parent, Siméon Lourdel.

Le pèlerinage se répétera sûrement.

Terry Madden, M.Afr.

L’accompagnement des jeunes confrères (PE n° 1093 – 2018/07)

Je viens de lire les articles du Petit-Écho de mai 2018 qui parle de « L’accompagnement des jeunes confrères ». C’est un thème qui me touche en profondeur car j’ai vécu mes 21 dernières années en Zambie en communauté avec des jeunes confrères (stagiaires aussi) ; parfois, il ne s’y trouvait que des jeunes (autrement dit, j’étais le seul «ancien» de la communauté). D’emblée, je peux dire que je m’y suis toujours senti à l’aise, peut-être parce que je me situais sur pied d’égalité avec eux. Pour moi, ils étaient des adultes comme moi et je m’attendais à ce qu’ils se comportent en adultes. Cela ne veut pas dire que je n’avais (ou n’ai) rien à leur dire. C’est justement cela qui me pousse à me mettre devant mon ordinateur et à écrire quelque chose sur ce thème de « l’accompagnement des jeunes confrères ». Je ne me pose pas en spécialiste de l’accompagnement des jeunes confrères ; c’est à ces jeunes confrères qu’en fait je m’adresse pour leur confier l’une ou l’autre chose qui m’inquiétait un tant soit peu lorsque j’étais avec eux.

Si, au moment de quitter la Zambie, en mai 2015, ils m’avaient demandé quels conseils ou quelles paroles je tenais à leur laisser, je leur aurais dit les deux choses suivantes :

  • Première chose : Lire … Lire … Lire.
  • Deuxième chose : Consulter … Demander … Poser des questions.

Vous ne lisez pas assez ! Je ne vous vois pas lire ! C’est la lecture qui vous maintiendra en alerte. Les moments les plus bienfaisants que j’ai vécus au long de ma vie missionnaire c’est la demi-heure ou l’heure que j’ai passé, chaque jour, en fin de journée, à la lecture. Lecture variée et pas nécessairement toujours sérieuse. Peut-être que c’est mon état de mal-entendant qui m’a forcé et me force encore, à la lecture. Mais justement, il faut savoir faire le silence et entendre, grâce à la lecture, ce que les bruits de nos journées nous empêchent d’entendre.

Consulter … Poser des questions … je crois que je peux compter sur les doigts d’une main les cas où une jeune est venu me consulter sur ceci ou sur cela. Et pourtant, ce ne sont pas les occasions de poser des questions qui manquaient. Est-ce une question de timidité ?- je ne crois pas ! Je ne crois pas que ce qu’on appelle « generation gap » soit une excuse valable. Poser des questions, demander est tout simplement une affaire de sagesse. Ce ne sont pas les proverbes pointant dans cette direction qui manquent. En Zambie, on dit « Au gué d’une rivière, fais appel à celui qui sait (sous-entendu, avant de traverser) ! » Ou encore « Celui qui pose des questions ne se laisse pas intoxiquer par des champignons ! »

Pour terminer, me vient à l’esprit une vieille expression française qui dit : « A bon entendeur, salut ! »

Jean-Pierre Sauge, M.Afr.

Idéal missionnaire : continuité ou rupture ? (PE n° 1093 – 2018/07)

Avec ce mois de juillet, nous entamons la seconde moitié de notre dernière année préparatoire du jubilé des 150 ans dont le thème nous invite à « regarder l’avenir avec espérance. » Dans les différentes provinces et sections les comités de coordination s’activent à nous faire vivre une année de renouvellement tant spirituelle, structurelle que missionnaire. Juillet est aussi le mois de la publication des nominations qui nous rappellent notre engagement initial, notre disponibilité et notre générosité au service de la mission.

C’est à la lumière de ces éléments que je voudrais introduire ce numéro du Petit Echo à partir d’une question qui a orienté la réflexion et le partage de nos confrères, il y a 50 ans à l’occasion de la célébration du centenaire de notre existence : « Comment jugez-vous l’évolution de la Société ? D’après vous, y a-t-il continuité ou rupture dans la façon de vivre l’idéal missionnaire ? Quels sont vos espoirs et vos craintes pour l’avenir ? » Cette question nous invite à réfléchir sur la manière dont l’intuition de notre fondateur s’incarne, s’inculture et s’actualise au fil des ans.

La question de 1968 est aujourd’hui encore actuelle. Nous pouvons la reprendre à notre compte. Combien de fois ai-je entendu des confrères dire : « Je ne reconnais pas la Société dans laquelle je me suis engagé » ?

Deux thèmes du programme de formation au leadership : Faith and Praxis, the International Leadership Development Programme, que le Conseil général a suivi avec huit autres congrégations en 2017 et 2018, m’ont inspiré dans mon approche de la question. Le but du programme était « de stimuler et d’habiliter les membres des Conseils généraux pour qu’ils puissent mieux travailler dans leur contexte, dans une approche de foi, avec leur équipe et leur congrégation, pendant le temps de leur mandat, au service du développement intégral des personnes et de la société ». Le premier thème est l’aspiration du fondateur et le second, de la Source à l’Océan.

L’exploration de l’aspiration de notre fondateur, représentée comme une source qui se développe en rivière et coule vers l’océan, m’a permis de mieux comprendre l’évolution de notre Société missionnaire. Il y a plus de 150 ans, alors évêque de Nancy, Lavigerie fait l’expérience d’une rencontre profonde avec Dieu qui allait transformer sa vie de manière radicale. Nous situons cette expérience à l’occasion de son pèlerinage au tombeau de St Martin de Tours en qui il trouvait l’image achevée du pasteur, du moine et du missionnaire. La nuit de ce pèlerinage, il eut un songe. Dans un pays inconnu et lointain, se sont présentés à lui des êtres humains de couleurs brune et noire. Presqu’au même moment, on lui annonçait la mort de Mgr Pavy, évêque d’Alger et la proposition de Mac-Mahon d’occuper le siège épiscopal d’Alger devenu vacant. Mgr Pavy lui avait dit un jour en lui remettant une image avec sa devise : « A vous de témoigner partout de la nécessité d’abandonner l’Islam pour la loi du Seigneur ». En mettant toutes ces expériences ensemble : la devise de Mgr Pavy, évêque d’Alger ‘je ne mourrai pas, je vivrai’ ; St Martin de Tours, l’image achevée du missionnaire ; des êtres humains de couleurs brune et noire dans un pays inconnu et lointain, Lavigerie a saisi l’appel de Dieu qui a transformé sa vie en une aspiration profonde. La session nous a aidés à matérialiser cette expérience fondatrice comme une rivière, un fleuve, qui porte le charisme.

L’image de la rivière nous indique une direction et porte en elle l’idée de croissance. Comme la rivière qui part de la source vers l’océan en prenant diverses formes selon la géographie des lieux, s’adaptant aux différents obstacles, notre Société et le charisme qu’elle porte ont parcouru différents moments depuis la source, qui est l’intuition de notre fondateur, en interaction constante avec le contexte. Ils poursuivent leur chemin dans la perspective de la finalité que le Seigneur a inspirée à notre fondateur. Qui dit finalité dit direction, but, chemin. Fixer le regard sur la finalité nous sort du monde de la signification et nous plonge dans celui du sens. Un de mes professeurs, il y a quelques années, avait fait la distinction entre ces deux mots qui m’avait beaucoup frappé. Je m’en inspire pour soutenir l’idée de finalité et de but. La signification a une intention limitative. Quand on parle de la signification d’un mot, elle se détermine à l’intérieur du jeu linguistique. Un mot a une signification quand il tend vers les autres mots pour s’autolimiter et se distinguer d’eux. Le sens, cependant, porte vers une transcendance, vers un horizon. Le sens fait faire un mouvement vers un but qui en est la finalité. Ce mouvement est d’abord spirituel. Le monde de la signification est celui de l’immanence qui nous enferme dans le quotidien et dans la gestion des urgences. Le risque que nous encourons en tant que Société missionnaire est celui de nous enfermer dans le monde de la signification qui ne nous projette pas vers une finalité, vers un horizon, mais nous fait tourner en rond autour de nos problèmes et soucis de personnel, de finances, d’intégrité et d’oublier ce pourquoi nous avons été fondés : la mission.

Notre aspiration aujourd’hui comme Société exprime son espérance dans le thème de cette année préparatoire du jubilé et se veut une interprétation créative de l’aspiration de notre fondateur. Elle nous oriente vers une finalité qui est source d’énergie pour la Société et pour chacun de ses membres. Le Conseil général, à l’occasion de la formation au leadership, a, dans un exercice, représenté l’évolution de notre Société missionnaire à travers deux images. Il y a d’abord celle d’une barque qui fait son chemin dans les eaux, souvent profondes, parfois superficielles, d’une rivière qui coule vers l’océan. Dans la barque les passagers se renouvellent. Il y a ceux qui descendent et ceux qui montent. Le 2 février 1869, les trois qui revêtirent pour la première fois l’habit blanc, Charmetant, Deguerry et Bouland étaient tous Français. Mais très tôt d’autres se joignirent à eux.  Un Allemand, en la personne du Fr Hieronymus (Karl Baumeister), reçut l’habit blanc des mains du cardinal lui-même le 16 mai 1870 déjà. Ensuite ce fut le tour de la Belgique avec le Père Camille Van der Straeten qui prit l’habit en 1879. Les Pays-Bas en 1880. La première entrée du continent américain fut un canadien en 1886, puis il eut les Africains et ensuite les Asiatiques (Indiens et Philippins). Aujourd’hui, nous contemplons la possibilité d’une animation missionnaire et vocationnelle au Vietnam. Pourquoi pas si c’est ce que le Seigneur attend de nous. Au niveau pastoral, il y a de nouvelles insertions à la PEP et aux AMS qui correspondent à notre charisme. Eh oui, la Société change de visage, mais elle reste dépendante de la source.

La deuxième image choisie par le Conseil général est celle de la carte d’Afrique remplie de visages humains exprimant différents sentiments et émotions. Ces visages de couleurs brune et noire sont ceux qui appelaient le cardinal à leur service. Elle nous rappelle que l’Afrique demeure notre point de départ à partir duquel nous faisons rayonner notre charisme. Lavigerie lui-même ne disait-il pas que l’Afrique est l’objet constant de nos pensées, de notre dévouement et de nos prières ? La carte est colorée aux couleurs des cinq continents qui symbolisent l’ouverture et la disponibilité aux signes des temps. Regarder l’avenir avec espérance, c’est rester connecté à la source dans une fidélité créative et croire en Celui qui appelle, envoie et donne les moyens d’accomplir la mission.

Didier Sawadogo
Assistant Général

Mot du rédacteur (PE nr. 1093 – 2018/07)

Dans ce numéro 7, une mosaïque de sujets traités, rend compte de notre mission, chacun à sa manière. Il n’y a pas qu’une seule façon de bien faire ; mais en tout, nous devons être prêts à « rendre compte de notre espérance » (1P 3,15).

En cheminant dans la célébration des 150 ans de notre fondation, la vie continue ! Des jeunes confrères sont envoyés en mission officiellement, nommés par le Conseil général dans leur premier poste de mission ; d’autres changent de lieux ou continuent là où ils sont pour rendre les meilleurs services à la Société.

Nous sommes toujours très touchés de lire les témoignages que des confrères prennent le temps d’exprimer sur la vie de tel ou tel confrère qui a marqué d’une façon particulière son passage dans ce monde. C’est une façon de louer Dieu, en révélant ce qu’il a réalisé à travers sa vie. Nous l’avons vu servir et nous avons eu le privilège de le côtoyer.

Bon cheminement !

Freddy Kyombo

Erwin Echtner (1940 – 2017) (PE n° 1092 – 2018/06)

Erwin est né le 22 mars 1940 comme Erwin Koschewski à Groß-Leschienen dans la Prusse Orientale, dans le diocèse d’Ermsland. Son père est mort à la guerre. En 1945 la mère est partie avec ses 4 enfants comme réfugiée et après un long parcours ils sont arrivés à Hechthausen dans le nord de l’Allemagne. En 1947, Erwin commence l’école primaire. Sa mère s’est remariée avec Franz Echtner qui adopta les quatre enfants qui ont pris le nom de famille de leur nouveau père. En 1952 la famille déménage à Krefeld au bord du Rhin. Erwin y termine l’école primaire en 1955.

Erwin commence une formation commerciale qu’il termine avec succès en 1958. Il se sent appelé par Dieu et s’oriente vers la mission. Selon le témoignage de son employeur, il est décrit comme un collaborateur consciencieux, agréable, ponctuel et respectueux en face de ses collaborateurs.

Le 1er juin 1959, il entre chez les Pères Blancs à Langenfeld pour commencer son postulat. En 1960 nous le trouvons au noviciat à Hörstel. Il y prononce son premier serment à l’âge de 22 ans. De février 1962 à octobre 1965 nous le trouvons au scolasticat à Marienthal au Luxembourg.

Erwin part en novembre 1965 pour Kipalapala dans la diocèse de Tabora en Tanzanie. Il est nommé responsable de la rédaction et de la gestion du journal catholique KIONGOZI. Le 24 février 1968 Erwin y prononce son engagement définitif.

Après des années en Tanzanie remplies d’un service rendu, Erwin s’oriente vers d’autres horizons. Son premier désir était de s’orienter vers le sacerdoce et, après une longue réflexion, il commence en janvier 1974 ses études en philosophie et théologie à Londres. Dès le premier semestre Erwin a dû constater que cette orientation n’est pas la bonne. Il prend alors la décision de ne pas continuer sur ce chemin.

En 1976, nous trouvons Erwin en Allemagne comme économe dans la communauté de Trèves. Avec sa formation commerciale il est à son aise et rend un grand service à la communauté. En 1977, il est nommé à Cologne dans la communauté de l’AFRIKANUM. Erwin y trouve sa vocation et pour 33 ans il s’engage dans l’accueil des enfants et des jeunes africains réfugiés. Avec ses expériences personnelles comme enfant réfugié il sait accompagner les enfants venant surtout d’Angola, du Congo, de l’Ethiopie et de la Somalie. Ces pays connaissaient révoltes, guerres ou révolutions. Celles-ci ont mis les enfants par centaines dans les avions pour l’Allemagne, leur chefs  espérant qu’ils recevaient une bonne formation et pourraient après rendre service aux pays libérés.

Soutenu par les services de la Caritas et d’autres services d’aide aux réfugiés, Erwin gagne la confiance du service public responsable de l’accueil des réfugiés de guerre. Ils accordent la tutelle d’environ 800 enfants au long des années. Il était chargé par les autorités et les tribunaux de chercher des places dans les internats, les inscrire, d’abord dans les cours de langues, puis dans les écoles. Il arrive aussi que Erwin doive loger quelques enfants pour un temps limité à l’AFRIKANUM même. Beaucoup de ces enfants ont gardé le contact avec lui après la formation professionnelle ou des études. Pour les enfants, Erwin était leur père et pour lui, ils étaient ses enfants. Erwin a donné un exemple de charité. Il a montré que dans un État avec un service social bien élaboré l’initiative personnelle est nécessaire et a sa place dans cette société. Le «26 septembre 2010 » Erwin a reçu le prix d’honneur de la ville « engagé à Cologne » et le 17 juillet 2013 le maire de la ville lui a transmis la « Croix d’Honneur de l’Ordre du mérite de la République fédérale d’Allemagne ».

Le 31 août 1990, Erwin subit une crise cardiaque ; il est obligé de diminuer ses activités envers « ses enfants » devenus des adultes. En avril 2011, atteint d’un cancer, il est nommé dans la communauté à Trèves où il meurt le 6 octobre 2017. La liturgie des funérailles a lieu dans la chapelle des Frères de la Charité, suivie de l’inhumation dans notre carré au cimetière de la ville de Trèves.

Hans Vöcking, M.Afr.