Un pèlerinage à Dury, France, lieu de naissance de Siméon Lourdel (PE n° 1093 – 2018/07)

Un certain nombre d’exilés ougandais, congolais et rwandais à Londres se sont réunis pour former un groupe de disciples de Siméon Lourdel et d’Amans Delmas. Ils s’appellent eux-mêmes les pèlerins de Mapeera Lourdel et des martyrs d’Ouganda de Dury, Europe. Ils ont commencé à se rencontrer il y a un peu plus d’un an. Aujourd’hui, ils sont une quarantaine de personnes, se rencontrent régulièrement et prient ensemble. Leur but est de faire connaître l’histoire des martyrs de l’Ouganda, de promouvoir la béatification de Siméon Lourdel, de construire la fraternité entre eux, et d’offrir un soutien aux missionnaires retraités en Europe qui ont donné leur vie pour apporter l’évangile à leur peuple en Ouganda et dans d’autres pays africains.

Pour eux, Siméon et Amans sont restés avec les martyrs et les ont encouragés dans leur temps d’épreuve. Ils sont ensuite restés en mission et sont morts en Ouganda. Ils n’ont pas subi le même sort que les 43 martyrs, mais ils ont donné leur vie pour l’évangile et ils devraient partager la même gloire.

Eglise de Dury (France)

Cette année, ils ont organisé un deuxième pèlerinage à Dury, lieu de naissance de leur bien-aimé Siméon Lourdel. En raison des circonstances et de la difficulté d’obtenir des visas pour ceux qui dépendent encore de leur passeport ougandais, quatre des pèlerins prévus n’ont pas pu se joindre au groupe. Nous sommes partis en groupe de 8 dont 7 avec leurs valises à l’étroit dans le Ford Zephyr qui sert habituellement de taxi de nuit à Londres ; un nous a devancés par le service d’autocar de nuit à partir de Victoria. Nous étions M. Ricardo Mulinda avec ses trois enfants, Edward qui conduisait très habilement la voiture, Simon et moi. Ce fut un voyage beaucoup plus facile que celui des premiers missionnaires sur les chemins de l’Ouganda il y a environ 140 ans, mais c’était quand même une expérience à l’étroit avec 7 personnes et leurs bagages dans la même voiture !

Ricardo avait bien organisé le pèlerinage à l’avance, en contactant et en réservant des chambres pour nous à la Maison diocésaine Saint Vaast d’Arras, en arrangeant une rencontre avec Sœur Thérèse Broutin, Coordinatrice de la Commission missionnaire pour le diocèse, avec M. Marc Campbell, maire de Dury et l’abbé Jean-Claude Facon, curé de la paroisse. Quand nous y sommes arrivés, nous avons été accueillis par Sœur Thérèse et son amie avec une « bonne tasse de thé » comme seuls les Français savent le faire ! Après nous avoir laissés le temps de déposer nos bagages dans nos chambres et de nous reposer un peu, Sœur Thérèse nous a guidés à pied jusqu’à la magnifique cathédrale d’Arras. Elle avait très gentiment pris des dispositions pour que deux des guides bénévoles des lieux nous montrent les merveilles de la cathédrale et nous racontent son histoire.

Les pèlerins aux fonts baptismaux de l’Église de Dury

A notre retour à la Maison Saint Vaast, nous avons été heureux de trouver le P. Bernard Lefebvre qui nous y attendait. Il avait été informé de notre pèlerinage par Richard Nnyombi lui-même en Ouganda. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à quel point les temps sont différents. Quand Siméon Lourdel est arrivé en Ouganda, il lui a fallu des mois pour communiquer avec le cardinal Lavigerie à Alger. Aujourd’hui, notre pèlerinage de Londres à Arras est vécu par Richard Nnyombi assis dans un bureau à Kampala et communiquant avec une troisième personne vivant à Paris !

Le samedi matin, Sœur Thérèse a continué son ministère d’accueil missionnaire en nous guidant à travers les « Grands Places » d’Arras. Après le déjeuner, elle nous a accompagnés dans notre visite à l’évêque d’Arras, Mgr Jean-Paul Jaeger, qui a très gentiment accepté de nous recevoir.

L’évêque était très reconnaissant à Ricardo et à son groupe de pèlerins pour leur visite, pour avoir ouvert ses yeux sur la vie d’un des fils du diocèse d’Arras et sur la contribution qu’il avait apportée à la diffusion de l’évangile en Ouganda. Il était heureux d’entendre parler des efforts de l’Église en Ouganda pour béatifier ce fils d’Arras. Ricardo a pu présenter à l’évêque une lettre de l’archevêque de Kampala dans laquelle il explique comment l’Église en Ouganda trouve important que ce premier missionnaire du pays soit béatifié. Il a exprimé son propre désir de visiter Arras et plus particulièrement le lieu de naissance de Siméon Lourdel. L’évêque Jaeger serait plus qu’heureux de le recevoir. Il espère que ce sera le début d’une nouvelle amitié entre les deux Églises.

Cette visite terminée, nous avons eu le plaisir de rencontrer le maire de Dury qui était venu, avec sa femme et un ami, chercher notre groupe de pèlerins et nous conduire à Dury. Comme j’ai été étonné de rencontrer ce couple, Mr et Mme Campbell, amis enthousiastes de l’Ecosse qui parcourent les routes de campagne de Dury dans une voiture Jaguar !! Ils sont devenus maintenant les amis des Pèlerins de Dury, Londres. L’accueil qu’ils nous ont réservé était complètement fantastique.

Ils nous ont ramenés à Dury et directement au cimetière où de nombreux membres de la famille de Siméon Lourdel, y compris ses parents, sont enterrés. Notre groupe était heureux de prendre un peu de temps et de prier pour cette famille qui a donné leur fils à la mission. Sur la route allant au cimetière du village se trouve un panthéon de la Première Guerre mondiale. Là-bas plus de 300 soldats canadiens sont enterrés. Nous avons passé un peu de temps à visiter leurs tombes avant de nous rendre à la  ferme de la famille Lourdel.

Nous y avons trouvé un groupe de personnes qui attendaient de nous y accueillir, dont deux petites nièces de Siméon Lourdel qui étaient venues nous rencontrer de leur village situé à une trentaine de kilomètres. Il y avait aussi d’autres membres de la famille qui étaient venus ainsi que les propriétaires actuels de la maison et de la ferme. Ce fut une joie d’être accueilli de cette façon et de rencontrer ces bonnes gens qui étaient prêts à accueillir notre visite à la source de notre foi.

Ensuite, nous avons été à l’école dans laquelle Siméon Lourdel a reçu son éducation primaire pendant 6 ans. Les bancs et le décor des salles de classe ont peut-être changé, mais le bâtiment est le même. Il y a des photos intéressantes sur les murs, prises à l’époque où Lourdel y était élève.

À la ferme Lourdel, pèlerins et membres de la famille devant la maison

L’Eucharistie dominicale fut célébrée dans l’église du village le samedi soir. Le curé de la paroisse, Jean-Claude Facon, venant directement de son troisième mariage ce jour-là, nous a accueillis à bras ouverts. Bernard Lefebvre a présidé la célébration, a parlé de Siméon Lourdel, de tout ce qui est sorti de son don de lui-même en Ouganda et dans d’autres pays d’Afrique de l’Est.

Beaucoup de gens sont venus à la messe du soir pour accueillir notre groupe de pèlerins. Après la célébration, nous sommes retournés dans la cour de l’école où le maire nous a servi des sandwiches et des boissons. Ce fut une soirée très agréable, avec la rencontre des membres de la famille et des amis du proposé à la béatification du futur «Bienheureux» Lourdel. Ceux-ci, à leur tour, sont heureux de ce que leur ancêtre dans la foi soit toujours présent dans la mémoire et honoré. Eux aussi sont encouragés dans leur foi par le témoignage de ce groupe d’exilés Ougandais venus de Londres pour chercher le lieu de naissance de leur parent, Siméon Lourdel.

Le pèlerinage se répétera sûrement.

Terry Madden, M.Afr.

L’accompagnement des jeunes confrères (PE n° 1093 – 2018/07)

Je viens de lire les articles du Petit-Écho de mai 2018 qui parle de « L’accompagnement des jeunes confrères ». C’est un thème qui me touche en profondeur car j’ai vécu mes 21 dernières années en Zambie en communauté avec des jeunes confrères (stagiaires aussi) ; parfois, il ne s’y trouvait que des jeunes (autrement dit, j’étais le seul «ancien» de la communauté). D’emblée, je peux dire que je m’y suis toujours senti à l’aise, peut-être parce que je me situais sur pied d’égalité avec eux. Pour moi, ils étaient des adultes comme moi et je m’attendais à ce qu’ils se comportent en adultes. Cela ne veut pas dire que je n’avais (ou n’ai) rien à leur dire. C’est justement cela qui me pousse à me mettre devant mon ordinateur et à écrire quelque chose sur ce thème de « l’accompagnement des jeunes confrères ». Je ne me pose pas en spécialiste de l’accompagnement des jeunes confrères ; c’est à ces jeunes confrères qu’en fait je m’adresse pour leur confier l’une ou l’autre chose qui m’inquiétait un tant soit peu lorsque j’étais avec eux.

Si, au moment de quitter la Zambie, en mai 2015, ils m’avaient demandé quels conseils ou quelles paroles je tenais à leur laisser, je leur aurais dit les deux choses suivantes :

  • Première chose : Lire … Lire … Lire.
  • Deuxième chose : Consulter … Demander … Poser des questions.

Vous ne lisez pas assez ! Je ne vous vois pas lire ! C’est la lecture qui vous maintiendra en alerte. Les moments les plus bienfaisants que j’ai vécus au long de ma vie missionnaire c’est la demi-heure ou l’heure que j’ai passé, chaque jour, en fin de journée, à la lecture. Lecture variée et pas nécessairement toujours sérieuse. Peut-être que c’est mon état de mal-entendant qui m’a forcé et me force encore, à la lecture. Mais justement, il faut savoir faire le silence et entendre, grâce à la lecture, ce que les bruits de nos journées nous empêchent d’entendre.

Consulter … Poser des questions … je crois que je peux compter sur les doigts d’une main les cas où une jeune est venu me consulter sur ceci ou sur cela. Et pourtant, ce ne sont pas les occasions de poser des questions qui manquaient. Est-ce une question de timidité ?- je ne crois pas ! Je ne crois pas que ce qu’on appelle « generation gap » soit une excuse valable. Poser des questions, demander est tout simplement une affaire de sagesse. Ce ne sont pas les proverbes pointant dans cette direction qui manquent. En Zambie, on dit « Au gué d’une rivière, fais appel à celui qui sait (sous-entendu, avant de traverser) ! » Ou encore « Celui qui pose des questions ne se laisse pas intoxiquer par des champignons ! »

Pour terminer, me vient à l’esprit une vieille expression française qui dit : « A bon entendeur, salut ! »

Jean-Pierre Sauge, M.Afr.

Idéal missionnaire : continuité ou rupture ? (PE n° 1093 – 2018/07)

Avec ce mois de juillet, nous entamons la seconde moitié de notre dernière année préparatoire du jubilé des 150 ans dont le thème nous invite à « regarder l’avenir avec espérance. » Dans les différentes provinces et sections les comités de coordination s’activent à nous faire vivre une année de renouvellement tant spirituelle, structurelle que missionnaire. Juillet est aussi le mois de la publication des nominations qui nous rappellent notre engagement initial, notre disponibilité et notre générosité au service de la mission.

C’est à la lumière de ces éléments que je voudrais introduire ce numéro du Petit Echo à partir d’une question qui a orienté la réflexion et le partage de nos confrères, il y a 50 ans à l’occasion de la célébration du centenaire de notre existence : « Comment jugez-vous l’évolution de la Société ? D’après vous, y a-t-il continuité ou rupture dans la façon de vivre l’idéal missionnaire ? Quels sont vos espoirs et vos craintes pour l’avenir ? » Cette question nous invite à réfléchir sur la manière dont l’intuition de notre fondateur s’incarne, s’inculture et s’actualise au fil des ans.

La question de 1968 est aujourd’hui encore actuelle. Nous pouvons la reprendre à notre compte. Combien de fois ai-je entendu des confrères dire : « Je ne reconnais pas la Société dans laquelle je me suis engagé » ?

Deux thèmes du programme de formation au leadership : Faith and Praxis, the International Leadership Development Programme, que le Conseil général a suivi avec huit autres congrégations en 2017 et 2018, m’ont inspiré dans mon approche de la question. Le but du programme était « de stimuler et d’habiliter les membres des Conseils généraux pour qu’ils puissent mieux travailler dans leur contexte, dans une approche de foi, avec leur équipe et leur congrégation, pendant le temps de leur mandat, au service du développement intégral des personnes et de la société ». Le premier thème est l’aspiration du fondateur et le second, de la Source à l’Océan.

L’exploration de l’aspiration de notre fondateur, représentée comme une source qui se développe en rivière et coule vers l’océan, m’a permis de mieux comprendre l’évolution de notre Société missionnaire. Il y a plus de 150 ans, alors évêque de Nancy, Lavigerie fait l’expérience d’une rencontre profonde avec Dieu qui allait transformer sa vie de manière radicale. Nous situons cette expérience à l’occasion de son pèlerinage au tombeau de St Martin de Tours en qui il trouvait l’image achevée du pasteur, du moine et du missionnaire. La nuit de ce pèlerinage, il eut un songe. Dans un pays inconnu et lointain, se sont présentés à lui des êtres humains de couleurs brune et noire. Presqu’au même moment, on lui annonçait la mort de Mgr Pavy, évêque d’Alger et la proposition de Mac-Mahon d’occuper le siège épiscopal d’Alger devenu vacant. Mgr Pavy lui avait dit un jour en lui remettant une image avec sa devise : « A vous de témoigner partout de la nécessité d’abandonner l’Islam pour la loi du Seigneur ». En mettant toutes ces expériences ensemble : la devise de Mgr Pavy, évêque d’Alger ‘je ne mourrai pas, je vivrai’ ; St Martin de Tours, l’image achevée du missionnaire ; des êtres humains de couleurs brune et noire dans un pays inconnu et lointain, Lavigerie a saisi l’appel de Dieu qui a transformé sa vie en une aspiration profonde. La session nous a aidés à matérialiser cette expérience fondatrice comme une rivière, un fleuve, qui porte le charisme.

L’image de la rivière nous indique une direction et porte en elle l’idée de croissance. Comme la rivière qui part de la source vers l’océan en prenant diverses formes selon la géographie des lieux, s’adaptant aux différents obstacles, notre Société et le charisme qu’elle porte ont parcouru différents moments depuis la source, qui est l’intuition de notre fondateur, en interaction constante avec le contexte. Ils poursuivent leur chemin dans la perspective de la finalité que le Seigneur a inspirée à notre fondateur. Qui dit finalité dit direction, but, chemin. Fixer le regard sur la finalité nous sort du monde de la signification et nous plonge dans celui du sens. Un de mes professeurs, il y a quelques années, avait fait la distinction entre ces deux mots qui m’avait beaucoup frappé. Je m’en inspire pour soutenir l’idée de finalité et de but. La signification a une intention limitative. Quand on parle de la signification d’un mot, elle se détermine à l’intérieur du jeu linguistique. Un mot a une signification quand il tend vers les autres mots pour s’autolimiter et se distinguer d’eux. Le sens, cependant, porte vers une transcendance, vers un horizon. Le sens fait faire un mouvement vers un but qui en est la finalité. Ce mouvement est d’abord spirituel. Le monde de la signification est celui de l’immanence qui nous enferme dans le quotidien et dans la gestion des urgences. Le risque que nous encourons en tant que Société missionnaire est celui de nous enfermer dans le monde de la signification qui ne nous projette pas vers une finalité, vers un horizon, mais nous fait tourner en rond autour de nos problèmes et soucis de personnel, de finances, d’intégrité et d’oublier ce pourquoi nous avons été fondés : la mission.

Notre aspiration aujourd’hui comme Société exprime son espérance dans le thème de cette année préparatoire du jubilé et se veut une interprétation créative de l’aspiration de notre fondateur. Elle nous oriente vers une finalité qui est source d’énergie pour la Société et pour chacun de ses membres. Le Conseil général, à l’occasion de la formation au leadership, a, dans un exercice, représenté l’évolution de notre Société missionnaire à travers deux images. Il y a d’abord celle d’une barque qui fait son chemin dans les eaux, souvent profondes, parfois superficielles, d’une rivière qui coule vers l’océan. Dans la barque les passagers se renouvellent. Il y a ceux qui descendent et ceux qui montent. Le 2 février 1869, les trois qui revêtirent pour la première fois l’habit blanc, Charmetant, Deguerry et Bouland étaient tous Français. Mais très tôt d’autres se joignirent à eux.  Un Allemand, en la personne du Fr Hieronymus (Karl Baumeister), reçut l’habit blanc des mains du cardinal lui-même le 16 mai 1870 déjà. Ensuite ce fut le tour de la Belgique avec le Père Camille Van der Straeten qui prit l’habit en 1879. Les Pays-Bas en 1880. La première entrée du continent américain fut un canadien en 1886, puis il eut les Africains et ensuite les Asiatiques (Indiens et Philippins). Aujourd’hui, nous contemplons la possibilité d’une animation missionnaire et vocationnelle au Vietnam. Pourquoi pas si c’est ce que le Seigneur attend de nous. Au niveau pastoral, il y a de nouvelles insertions à la PEP et aux AMS qui correspondent à notre charisme. Eh oui, la Société change de visage, mais elle reste dépendante de la source.

La deuxième image choisie par le Conseil général est celle de la carte d’Afrique remplie de visages humains exprimant différents sentiments et émotions. Ces visages de couleurs brune et noire sont ceux qui appelaient le cardinal à leur service. Elle nous rappelle que l’Afrique demeure notre point de départ à partir duquel nous faisons rayonner notre charisme. Lavigerie lui-même ne disait-il pas que l’Afrique est l’objet constant de nos pensées, de notre dévouement et de nos prières ? La carte est colorée aux couleurs des cinq continents qui symbolisent l’ouverture et la disponibilité aux signes des temps. Regarder l’avenir avec espérance, c’est rester connecté à la source dans une fidélité créative et croire en Celui qui appelle, envoie et donne les moyens d’accomplir la mission.

Didier Sawadogo
Assistant Général

Mot du rédacteur (PE nr. 1093 – 2018/07)

Dans ce numéro 7, une mosaïque de sujets traités, rend compte de notre mission, chacun à sa manière. Il n’y a pas qu’une seule façon de bien faire ; mais en tout, nous devons être prêts à « rendre compte de notre espérance » (1P 3,15).

En cheminant dans la célébration des 150 ans de notre fondation, la vie continue ! Des jeunes confrères sont envoyés en mission officiellement, nommés par le Conseil général dans leur premier poste de mission ; d’autres changent de lieux ou continuent là où ils sont pour rendre les meilleurs services à la Société.

Nous sommes toujours très touchés de lire les témoignages que des confrères prennent le temps d’exprimer sur la vie de tel ou tel confrère qui a marqué d’une façon particulière son passage dans ce monde. C’est une façon de louer Dieu, en révélant ce qu’il a réalisé à travers sa vie. Nous l’avons vu servir et nous avons eu le privilège de le côtoyer.

Bon cheminement !

Freddy Kyombo

Erwin Echtner (1940 – 2017) (PE n° 1092 – 2018/06)

Erwin est né le 22 mars 1940 comme Erwin Koschewski à Groß-Leschienen dans la Prusse Orientale, dans le diocèse d’Ermsland. Son père est mort à la guerre. En 1945 la mère est partie avec ses 4 enfants comme réfugiée et après un long parcours ils sont arrivés à Hechthausen dans le nord de l’Allemagne. En 1947, Erwin commence l’école primaire. Sa mère s’est remariée avec Franz Echtner qui adopta les quatre enfants qui ont pris le nom de famille de leur nouveau père. En 1952 la famille déménage à Krefeld au bord du Rhin. Erwin y termine l’école primaire en 1955.

Erwin commence une formation commerciale qu’il termine avec succès en 1958. Il se sent appelé par Dieu et s’oriente vers la mission. Selon le témoignage de son employeur, il est décrit comme un collaborateur consciencieux, agréable, ponctuel et respectueux en face de ses collaborateurs.

Le 1er juin 1959, il entre chez les Pères Blancs à Langenfeld pour commencer son postulat. En 1960 nous le trouvons au noviciat à Hörstel. Il y prononce son premier serment à l’âge de 22 ans. De février 1962 à octobre 1965 nous le trouvons au scolasticat à Marienthal au Luxembourg.

Erwin part en novembre 1965 pour Kipalapala dans la diocèse de Tabora en Tanzanie. Il est nommé responsable de la rédaction et de la gestion du journal catholique KIONGOZI. Le 24 février 1968 Erwin y prononce son engagement définitif.

Après des années en Tanzanie remplies d’un service rendu, Erwin s’oriente vers d’autres horizons. Son premier désir était de s’orienter vers le sacerdoce et, après une longue réflexion, il commence en janvier 1974 ses études en philosophie et théologie à Londres. Dès le premier semestre Erwin a dû constater que cette orientation n’est pas la bonne. Il prend alors la décision de ne pas continuer sur ce chemin.

En 1976, nous trouvons Erwin en Allemagne comme économe dans la communauté de Trèves. Avec sa formation commerciale il est à son aise et rend un grand service à la communauté. En 1977, il est nommé à Cologne dans la communauté de l’AFRIKANUM. Erwin y trouve sa vocation et pour 33 ans il s’engage dans l’accueil des enfants et des jeunes africains réfugiés. Avec ses expériences personnelles comme enfant réfugié il sait accompagner les enfants venant surtout d’Angola, du Congo, de l’Ethiopie et de la Somalie. Ces pays connaissaient révoltes, guerres ou révolutions. Celles-ci ont mis les enfants par centaines dans les avions pour l’Allemagne, leur chefs  espérant qu’ils recevaient une bonne formation et pourraient après rendre service aux pays libérés.

Soutenu par les services de la Caritas et d’autres services d’aide aux réfugiés, Erwin gagne la confiance du service public responsable de l’accueil des réfugiés de guerre. Ils accordent la tutelle d’environ 800 enfants au long des années. Il était chargé par les autorités et les tribunaux de chercher des places dans les internats, les inscrire, d’abord dans les cours de langues, puis dans les écoles. Il arrive aussi que Erwin doive loger quelques enfants pour un temps limité à l’AFRIKANUM même. Beaucoup de ces enfants ont gardé le contact avec lui après la formation professionnelle ou des études. Pour les enfants, Erwin était leur père et pour lui, ils étaient ses enfants. Erwin a donné un exemple de charité. Il a montré que dans un État avec un service social bien élaboré l’initiative personnelle est nécessaire et a sa place dans cette société. Le «26 septembre 2010 » Erwin a reçu le prix d’honneur de la ville « engagé à Cologne » et le 17 juillet 2013 le maire de la ville lui a transmis la « Croix d’Honneur de l’Ordre du mérite de la République fédérale d’Allemagne ».

Le 31 août 1990, Erwin subit une crise cardiaque ; il est obligé de diminuer ses activités envers « ses enfants » devenus des adultes. En avril 2011, atteint d’un cancer, il est nommé dans la communauté à Trèves où il meurt le 6 octobre 2017. La liturgie des funérailles a lieu dans la chapelle des Frères de la Charité, suivie de l’inhumation dans notre carré au cimetière de la ville de Trèves.

Hans Vöcking, M.Afr.

Christian Schneider (1934 – 2017) (PE n° 1092 – 2018/06)

Christian est né le 24 juillet 1934 à Neisse en Haute Silésie. Il est baptisé le 13 août à l’église St. Jacques. Il commence l’école primaire en 1941 pour trois ans puis continue les études au lycée. La guerre finit et la Silésie est intégrée à la Pologne. L’entrée au lycée était interdite aux enfants allemands. À cause de cela, au lieu d’aller à l’école Christian doit commencer, à 11 ans, à travailler à la construction de routes. En 1946, ses parents et leurs 5 enfants se réfugient à l’Ouest, ils s’installent d’abord à Niedernstöcken  une année après à Mandelsloh, toujours dans le Basse-Saxe, finalement, en 1950, la famille s’installe à Eislingen en Bade-Wurtenberg. Malgré ces différents déplacements et le fait d’avoir été inscrit dans 5 écoles différentes, Christian termine le lycée Hohenstaufen avec succès grâce à ses capacités de caractère.

Après le bac Christian, commence la formation professionnelle commerciale dans une entreprise de pétrole qu’il termine avec bravoure après trois ans. Son père  décède dans un accident de route en 1955. Christian a dû prendre une responsabilité de la famille à l’âge de 21 an, en tant qu aîné des enfants. Une année plus tard, Christian commence de s’orienter vers une vie de missionnaire. La famille soutient son projet. En 1950 déjà, son père est rentré en contact avec les Pères Blancs à Haigerloch lorsqu’il cherchait à inscrire Christian dans une école secondaire. Christian a repris le contact avec les Pères Blancs à Haigerloch en juillet 1956 se renseignant sur les conditions pour entrer dans la Société. En octobre de la même année il arriva à Langenfeld pour commencer son postulat. En 1957 nous le trouvons au noviciat à Hörstel. Il prononce son premier serment temporel le 9 juin 1959, puis il va au scolasticat de Mours jusqu’en 1961.

En janvier 1961 il arrive à Murhesa/Buheno au Congo et en 1964 il commence la construction de l’Institut Social à Bukavu où il  enseigne également jusqu’en 1970. A la suite de l’indépendance des pays, vu que les fonctionnaires européens ont quitté les colonies sans avoir préparé des personnes pouvant prendre leurs places dans l’administration, la Société a ouvert trois Instituts Sociaux au Congo, en Haute Volta (Burkina Faso aujourd’hui) et en Tanzanie. En août 1965 il prononce son engagement définitif à Murhesa.

En 1971 il passe son premier congé en Allemagne ; À son retour il travaille dans plusieurs projets de construction à Walungu, Kabare, Burhale, Ciherano et Walikale. En 1973, il demande une exclaustration pour trois ans tout en restant en contact régulier avec les confrères. Il prend un engagement au Congo avec la « Société allemande pour la Coopération technique » (GTZ). Après cet engagement et malgré l’insistance de la GTZ de prolonger le contrat il rejoint la Société en juin 1976.

Il passe une année à l’Ecole de la Foi à Fribourg, suivie de la grande retraite à Jérusalem et un cours de langue de six mois à Dublin. Pendant ce temps, il s’est posé aussi la question de savoir si le chemin vers le sacerdoce n’est pas aussi un chemin pour lui. Après des consultations avec les responsables il n’a pas suivi ce chemin. Il reprend le chemin de l’Afrique. En juin 1978 Christian arrive à Tamale où il est chargé de l’économat du Grand Séminaire. Au début des années quatre-vingt les médecins constatent une maladie du cœur. Après des soins et un repos, il reprend ses activités, en octobre 1984, à Kasshikishi en Zambie comme responsable pour les constructions. Dans le mois de son arrivée il fait une chute de quatre mètres. Une fracture compliquée du genou nécessite un transport à Cologne pour les soins nécessaires. Son calvaire n’est pas fini : en avril 1989 il doit, de nouveau, être opéré au cœur.

En février 1993, il est de nouveau en Afrique, cette fois-ci à Isoka et Mbala en Zambie, de nouveau pour surveiller les constructions. En janvier 1995, à l’âge de 61 ans, il est nommé en Éthiopie pour surveiller un autre projet de construction. En août 1996, Christian retourne en Allemagne. Il est chargé de l’économat dans la maison de Frankfurt. En septembre 2000, il est nommé pour deux ans en Zambie. Le 12 juillet 2002 il est nommé à Haigerloch où il aide des confrères comme aide-soignant. En août 2009, Christian fête son jubilé d’or.

Dans son enfance Christian est devenu étranger dans son pays et il en a souffert. Ses déplacements nombreux font partie de sa vie et sont les signes qu’il était à la recherche d’une demeure qu’il a trouvé auprès du Père le 9 août 2017 à l’âge de 83 ans à Balingen en Bade-Wurtemberg.

Hans Vöcking, M.Afr.

Hans Sauter (1933 – 2018) (PE n°1092 – 2018/06)

Le jeudi, le 25 janvier 2018, le Seigneur a rappelé Hans Sauter à lui après 37 ans de travail missionnaire au Rwanda et presque 30 ans dans des tâches différentes en Allemagne.

Hans passe son enfance et le temps de l’école primaire à Oggelshausen dans le « Saulgau » à la ferme de ses parents. Il aime mettre la main à la pâte, ce qu’il fera par la suite en Afrique. De 1949 à 1954 il fréquente l’école secondaire des Pères Blancs à Grosskrotzenburg près de Hanau. Il fait ensuite la philosophie à Trèves puis l’année spirituelle à Varsenare en Belgique dans un entourage international. Quatre années d’étude de la théologie suivent à Heverlee près de Louvain, aussi en Belgique où il se montre consciencieux, fiable à 100% et en même temps très discret.

Après son ordination sacerdotale en 1960 à Geislingen le chemin s’ouvre pour un engagement au Rwanda en Afrique Centrale. Là il apprend d’abord la langue du pays, le kinyarwanda, pour travailler ensuite dans le sud du pays dans le diocèse de Butare où il reste jusqu’en 1988. En Afrique, il est chargé de la pastorale dans différentes paroisses, d’abord à Cyanika, pui à Nyanza et Nyamiyaga, quelques années à chaque endroit, jusqu’en 1973. En 1975 son évêque, Mgr Gahamanyi lui confie la charge d’économe diocésain, une grande et difficile tâche qu’il accomplit quatre ans et demi. En 1980 il passe deux mois et demi à Jérusalem pour se rafraîchir spirituellement avec d’autres missionnaires et y puiser de nouvelles forces. Il est vrai qu’il avait dû prendre du temps en 1972, pour guérir d’une hépatite à Riedlingen. Plus tard il a dû se soumettre à un traitement médical à plusieurs reprises. Mais cela ne l’empêchait pas d’être présent pour les hommes et le service de l’évangile au Rwanda.

Quand Hans doit rentrer définitivement en Allemagne en 1988, il est d’abord nommé supérieur de la maison à Haigerloch, responsable de la communauté des confrères et disponible pour des tâches pastorales dans les paroisses environnantes. Il va ensuite à Cologne en 1993, pour y collaborer à la comptabilité ; là aussi il connaît à plusieurs reprises des problèmes de santé. En 2001, il retourne à Haigerloch pour continuer ses services à la communauté et dans la pastorale et cela jusqu’à l’entrée en repos en 2008. Hans donnait tout peu à peu au Seigneur, comme celui-ci l’exigeait fut toujours un confrère fiable et modeste avec lequel chacun pouvait s’entendre.

Hans Vöcking, M.Afr.

Hubert Bonke (1943-2016) (PE n°1092 – 2018/06)

Hubert est né le 29 octobre 1943 à Langseifersdorf en Silésie. Il n’a pas connu son père menuisier,  porté disparu de guerre. Après la guerre, la Silésie devient partie intégrante de la Pologne ; les Allemands y sont des étrangers et sa mère décide de se réfugier en Allemagne Fédérale. Les premières années, la famille vit à Heiden en Basse-Saxe où Hubert suit les  quatres premières années de l’école primaire. Sa famille déménage ensuite à Spreglingen près de Frankfurt.

En 1954, il entre au petit séminaire P.B. à Rietberg, puis en 1959 au petit séminaire P.B. de Grosskrotzenburg où il passe son bac avec succès en 1964. De 1964 à 1966 Il va à Trèves pour les études de philosophie. Les responsables  témoignent de sa grande disponibilité docile et son aptitude à un travail sérieux. En 1967, il entre au noviciat à Hörstel. Le maître de novices le voit comme un candidat ouvert mais avec un peu nervosité qu’on découvre dans sa manière de parler et d’agir. Sa grande disponibilité l’aidera dans sa vie future comme missionnaire. Après son noviciat, il est nommé au scolasticat d’Heverlee en 1968. Il constate le fait qu’il est passé par les écoles des P.B., et n’a jamais eu l’occasion de s’épanouir et de prendre sa vie en main. Il demande de pourvoir faire une année en dehors des cadres P.B. La demande est acceptée et Hubert fait une année de théologie à l’université de Tübingen.

Son séjour à Tübingen est satisfaisant à tout point de vue. Il y acquiert une maturité et surtout il y prend goût pour les études. En 1969 il demande de rejoindre les P.B. Il est nommé au Foyer de la rue de Reims à Strasbourg étant donné que la fermeture d’Heverlee était prévue pour 1970. A l’université il s’inscrit immédiatement en 2ème année du 2ème cycle qui correspond à la 3ème année de théologie du séminaire classique. L’université de Strasbourg a été ouvert pendant l’époque allemande (1871-1914) et a gardé son organisation après l’intégration à la République française.

Le 7 décembre 1970 il prononce son serment et est ordonné prêtre le 10 juillet 1971 à la cathédrale de Mainz. Le 8 septembre 1971, il part pour Kalemie au Congo comme vicaire à la paroisse de Kala. En 1999, il est nommé en Allemagne à München où il fait partie de l’équipe de la paroisse francophone de la ville. Sa tâche  était d’accompagner les chrétiens africains qui vivaient dans la ville et dans les environs. Pendant plusieurs années Hubert est aussi membre du conseil provincial de la province d’Afrique Centrale qui englobe les pays Burundi, Congo et Rwanda.

De mars 2006 à juin 2006 Hubert suit le cours de Bible et la retraite à Jérusalem. En novembre 2006 il est arrivé a Laybo, puis en 2007 à Kindu pour continuer son travail pastoral au Congo. Les années de l’engagement missionnaire au Congo et à München ont laissé des traces. Pour cela il passe cinq mois en Allemagne en 2015 pour être suivi par les médecins qui lui conseillent un repos prolongé. Mais Hubert est retourné à Kindu. Les confrères constatent son état de faiblesse, qu’il n’avait plus la force ni de suivre le travail régulier ni de mettre les confrères au courant des choses. Le 27 mai 2016 il s’éteint un jour avant son départ pour l’Allemagne où il devait se faire soigner. Pendant son enterrement à Kindu les chrétiens ont témoigné que Hubert était un prêtre, facile à aborder et toujours disponible pour écouter les petits et les grands soucis des gens.

Hans Vöcking, M.Afr.

Bruno Loiselle (1929 – 2018) (PE n°1092 – 2018/06)

Bruno est né le 30 novembre 1929 à Salaberry-de-Valleyfield, province de Québec. Il fait son école primaire à Valleyfield et ses études classiques au séminaire de la même ville. À l’âge de 12 ans, il devient scout. Toutes ses années de scoutisme qu’il apprécie beaucoup, le préparent, selon ses propres paroles, à une vie de service. Bruno pense déjà à une vie missionnaire en Afrique. En 1947, avec quelques amis, il participe à un Congrès marial à Ottawa. Ce séjour dans la capitale nationale lui donne l’occasion de visiter le scolasticat des Pères Blancs où il rencontre des étudiants Missionnaires d’Afrique portant la gandoura et le burnous.

Au printemps 1950, vient le temps pour Bruno de faire le choix d’une carrière ou d’une vocation missionnaire. Il est intéressé par des études à l’École polytechnique, mais la vocation missionnaire chez les Pères Blancs l’attire fortement. Hésitant entre ces deux choix de vie, il consulte son accompagnateur spirituel qui lui conseille de devenir Missionnaire d’Afrique, lui disant qu’il sera plus heureux dans cette vocation. C’est ainsi que Bruno demande son admission au noviciat St-Martin de Laval. Le 12 août 1950, il reçoit l’habit des Pères Blancs des mains de Monseigneur Durieux, alors Supérieur général des Missionnaires d’Afrique. Bruno va ensuite au scolasticat d’Eastview pour ses études de théologie. C’est là qu’il fait son serment le 18 juin 1954 et qu’il est ordonné prêtre le 29 janvier 1955.

Ce temps de formation chez les Missionnaires d’Afrique sont pour Bruno un temps de prière et d’études qui lui permettent d’atteindre une plus grande maturité, un temps de réflexion qui lui fait approfondir sa vocation missionnaire et augmente son désir de prendre la route de la mission en Afrique. Ses quatre années de théologie au scolasticat d’Ottawa sont aussi pour lui une occasion d’adaptation à un groupe d’étudiants de mentalités et de nationalités différentes. Comme Bruno l’écrit un jour : « J’ai apprécié mes années de formation dans une communauté internationale. Elles m’ont préparé à bien m’adapter plus tard à l’Afrique ».

Dans la vie communautaire, Bruno se montre un peu réservé et d’un tempérament nerveux. Cependant, il fait toujours preuve de dévouement et de générosité. Doté d’une volonté énergique, il accepte toutes les tâches qu’on lui demande et les exécute de son mieux. Il aime bien discuter avec ses confrères, tout en les taquinant et les faisant rire, ce qui met de la joie dans la communauté et lui gagne l’estime de tous. Très attaché à sa vocation missionnaire, il se distingue par sa piété, sa charité et ses qualités pour l’apostolat. Une remarque qui revient souvent sous la plume de ses supérieurs résume bien la personnalité du père Loiselle : « Bruno promet d’être un de ces missionnaires très précieux, dont les tâches sont toujours faites à temps et toujours bien accomplies, et cela par amour pour le Seigneur Jésus qu’il veut bien servir ».

Le 24 août 1955, le père Loiselle, accompagné de ses parents, se rend à Québec pour son départ, par bateau, pour l’Afrique. Huit jours plus tard, il arrive à Dorking, en Angleterre, pour y approfondir sa connaissance de l’anglais et s’initier aux coutumes britanniques. Le 10 décembre, ile atterrit à Entebbe en Ouganda pour atteindre ensuite sa destination finale, Mbarara. C’est dans ce diocèse que Bruno passera toute l’étape africaine de sa vie missionnaire. Il se met aussitôt à l’étude de la langue locale, le Rutoro. Après six mois, il se sent suffisamment à l’aise dans cette langue pour parcourir en motocyclette les succursales de brousse, visiter les écoles et administrer les sacrements. Il est alors nommé vicaire dans sa première paroisse, Butiti. Au cours des années suivantes, Bruno est respectivement vicaire ou curé dans diverses paroisses du diocèse de Mbarara. Dans une lettre au provincial du Canada, il fait part de son bonheur de se trouver en Afrique : « C’est en Ouganda que j’ai été nommé pour faire la mission, dans un climat merveilleux, dans un pays montagneux près du lac Victoria. Comme tous mes confrères Pères Blancs, j’ai commencé par du ministère en paroisse où je me suis mis à l’étude de la langue locale. Je me suis aussi occupé de nos écoles primaires. J’avais même créé ma petite menuiserie pour faire des bancs d’école. J’achetais des arbres dans la forêt que je faisais couper pour avoir des planches à bon marché ».

Le Père Loiselle est toujours disponible pour les diverses tâches que lui demande son évêque. C’est ainsi qu’il accepte de superviser les écoles primaires du diocèse et de fonder une nouvelle paroisse, la paroisse de Rubindi, qu’il nomme ‘paroisse Saint Joseph, en honneur à son père nommé Joseph’.

Connaissant la générosité de Bruno, son évêque lui demande ensuite d’assurer l’économat du diocèse et de veiller à la comptabilité des écoles secondaires. Bruno trouve ce genre de travail plutôt aride mais il l’accomplit avec tout le dévouement dont il est capable. En 1961, il est nommé, à sa grande surprise, professeur au petit séminaire de Kitabi où il enseigne les mathématiques et les sciences. Il doit, en plus de son travail d’enseignement et de formation, trouver l’argent nécessaire pour rénover les bâtiments du séminaire, acheter des livres de classe et agrandir la bibliothèque. Dans une lettre à sa famille, Bruno écrit : « J’ai mis tout mon cœur dans ce ministère d’enseignement et j’ai beaucoup aimé les confrères et les élèves du séminaire. J’ai été très heureux d’accompagner et former de futurs prêtres pour l’Ouganda. Malheureusement, le 8 novembre 1962, j’ai dû revenir hâtivement au Canada pour une question de santé ».

Après quelques mois de repos au Canada, il est autorisé à retourner en Ouganda. Il rejoint le séminaire de Kitabi, mais maintenant comme recteur. C’est une nomination qui, au début, lui donne le vertige car il ne pense pas avoir l’expérience suffisante pour occuper ce poste important. Très tôt, se retrouvant avec une bonne équipe de collaborateurs, il se lance avec courage et confiance dans cette responsabilité. Cependant, ne voulant pas exercer cette fonction de recteur trop longtemps, Bruno s’organise pour faire nommer trois prêtres africains comme professeurs afin d’avoir bientôt un successeur à la direction du séminaire. De plus, ce qui est remarquable, dans le but de développer un esprit positif parmi les séminaristes, Bruno compose aussi un petit livre intitulé « La vie quotidienne au séminaire de Kitabi » dans lequel il présente diverses formules pour améliorer la qualité des cours et des relations entre professeurs et étudiants au petit séminaire.

De 1968 à 1973, l’évêque de Mbarara fait encore appel à la générosité et aux compétences de Bruno et lui demande de fonder et diriger une école secondaire pour garçons à Bushenyi. St. Kagwa Bushenyi High School devient ainsi un pensionnat pour 250 étudiants. Durant ces cinq années, il est le seul Père Blanc au sein d’une équipe de coopérants laïcs. Ensemble, ils réussissent à mettre sur pied un programme d’enseignement qui donne d’excellents résultats académiques parmi les étudiants. Bon nombre d’entre eux feront plus tard des études supérieures dans des collèges ou à l’université.

En 1980, Bruno accepte d’ériger une autre école secondaire privée à Mbarara, l’École de vocations St-Joseph (St.Joseph Vocational School). Mais à cause de problèmes de santé, il doit abandonner la direction de cette école. Il accepte cependant de s’occuper de son agrandissement et de diverses constructions. Ses confrères Pères Blancs qui ont la responsabilité de cette école font un excellent travail. Quand on célèbre le jubilé d’argent de l’école en 2005, on fait remarquer à Bruno que plusieurs élèves sont devenus prêtres diocésains et quelques-uns Missionnaires d’Afrique.

En 1987, le père Loiselle est nommé curé de la paroisse de Kagamba et il y restera jusqu’en 1998, année où la paroisse passe aux mains du clergé diocésain. Bruno juge alors qu’il y a suffisamment de prêtres diocésains et, en accord avec son Supérieur régional, décide qu’il est temps pour lui de rentrer définitivement au Canada, après 42 ans vécus en Ouganda.

Au Canada, il fait du ministère pastoral : d’abord à Toronto (Notre-Dame de l’Assomption) pendant une année, puis dans le diocèse de Valleyfield, pendant deux ans. Des problèmes de santé l’obligent à donner sa démission et revenir à Montréal. Il est alors chargé de l’économat local dans notre communauté de St-Hubert à Montréal jusqu’en 2005. Il continue ensuite de rendre divers services à cette communauté. En 2013, alors qu’il est âgé de 84 ans, Bruno est nommé à la communauté de Sherbrooke. Il se sent faiblir et a besoin d’un milieu plus sécuritaire où il peut accéder plus facilement à des soins de santé appropriés. C’est ici que sa santé devient graduellement plus fragile ; en juillet 2017, il doit être emmené au Centre d’Hébergement d’Youville. C’est là qu’il décède le 24 avril 2018. La célébration des funérailles, en présence de la dépouille, a lieu le 5 mai, dans la chapelle des Missionnaires d’Afrique de Sherbrooke. Ses cendres sont ensuite déposées dans le lot des Pères Blancs au cimetière Saint-Antoine.

La vie missionnaire du P. Bruno Loiselle en Ouganda, en plus de quelques années passée dans l’économat et la comptabilité du diocèse, se déroule surtout dans l’enseignement, la formation des étudiants, et dans le ministère paroissial. Dans toutes les situations où il se trouve, Bruno a toujours le souci d’assurer un bel avenir aux jeunes. Il fait preuve d’initiative pour développer leurs talents. C’est ainsi qu’il leur enseigne divers métiers dans les domaines de la cordonnerie, la menuiserie, la couture et la construction.

En terminant, il est important de souligner ceci : le père Loiselle, que ce soit en Ouganda ou au Canada, a toujours donné le meilleur de lui-même dans une grande variété de ministères. Dans toutes ces activités, qu’il n’a pas toujours choisies, mais qu’il a toujours acceptées généreusement, Bruno a exprimé son engagement missionnaire et son sacerdoce à la suite du Christ Jésus. C’est lui, le Seigneur, qu’il a aimé et qu’il a voulu faire connaître à ceux et celles qu’il rencontrait.

Bruno a vraiment mis en pratique le conseil du Seigneur à ses disciples : « Restez en tenue de service et gardez vos lampes allumées ». Il a toujours été un missionnaire disponible, accueillant, prêt à rendre service et accepter les tâches qui lui étaient demandées. Comme le Seigneur Jésus à qui il a donné sa vie, il est venu pour servir. Il est l’exemple du serviteur selon le cœur de Dieu. Le Seigneur l’accueille maintenant à sa table dans son Royaume.

Michel Carbonneau, M.Afr.

André de Thézy (1925 – 2015) (PE n°1092 – 2018/06)

« Piot bruiteu, grand tavailleu », « faisant peu de bruit, mais grand travailleur », cette locution picarde est une bonne première approche de notre confrère André. Peu communicatif, mais ardent à la tâche, il a vu le jour un 23 avril 1925 à Ercheu, en terre picarde, dans une grande famille profondément chrétienne. Cette terre de Picardie, il aimait s’y retrouver durant ses congés, et y retrouver les siens qui l’entouraient d’une grande affection.

C’est en 1947 qu’il commença son noviciat à Maison-Carrée. Il poursuivit ses études en Tunisie, et fut ordonné prêtre le 12 avril 1952 dans la cathédrale de Carthage

Il fut alors nommé au Mali, au diocèse de Sikasso, où, dans les jeunes paroisses de Kimparana, puis Koutiala ou Karangasso, il donnera le meilleur de lui-même pendant une trentaine d’années, jusqu’en 1982. C’était le pays Minyanka, tellement attachant pour lui qu’il était devenu sa terre d’adoption. Il parcourait les villages, accueillant et attirant la population par son sourire rayonnant.

Sa bonne connaissance de la langue facilitait les contacts. Voici ce qu’écrivait son responsable de mission : « Le père de Thézy m’est un auxiliaire irremplaçable. Beaucoup plus fort en langue que moi, C’est lui qui règle les questions délicates, quand je sens mon incapacité à saisir les nuances de la conversation. Il est toujours prêt à répondre au premier appel de ma part. Dès qu’on parle de ce qui regarde les coutumes, il s’anime et fait des remarques précieuses et judicieuses. Il ne cesse de travailler à acquérir de nouvelles connaissances à ce sujet. Les Minyanka apprécient beaucoup les contacts qu’ils ont avec lui, car lui, si réservé qu’il puisse être parfois avec ses confrères, s’ouvre très facilement dans ses contacts avec la population qui nous entoure ».

Il se rendit ensuite en pays bambara, ce qui l’obligea à s’initier à une nouvelle langue africaine. Il le fit avec sa grande disponibilité habituelle, pendant deux ans seulement, car sa mauvaise vue l’obligea à revenir en France en 1984. Il se rendra alors à Vitry-sur-Seine, en paroisse où il demeura trois ans.

Sa nouvelle terre de mission fut alors Mours, à partir du 10 octobre 1988, pendant 27 ans. Il y sera toujours à la tâche, souriant, tant que ses forces vont le lui permettre.

On se souvient de lui comme d’un confrère aimé de tous : ses confrères, certes, mais aussi les employés de la maison, les membres de sa famille, les visiteurs de passage. Il parlait à chacun comme s’il les avait toujours connus. Il était aidé par sa mémoire phénoménale et s’intéressait à chacun avec son cœur. Il les portait « dans la mémoire de Dieu », avec une grande délicatesse. Personne ne lui était étranger.

Le travail manuel et les services de toutes sortes, même les plus humbles, comme pousser les poubelles ou ranger les encombrants ne le rebutait pas, bien au contraire. Et même lorsque ses forces ont commencé à diminuer, il resta encore et toujours disponible. Dans le parc, son principal lieu de travail, on aimait le voir, assis sur sa chaise, surveillant le feu des branches mortes, fumant sa vieille pipe, ou récitant son chapelet qui le mettait en communion avec tout le monde,

Jusqu’au bout il a « tenu », sans jamais se plaindre, alors qu’il sentait ses forces le lâcher. Deux jours avant de nous quitter, il s’obstinait encore à arracher les mauvaises herbes qui poussaient entre les pavés. Il voyait de moins en moins pourtant. Mais il voyait « avec le cœur ».

Lors de ses obsèques la chapelle contint avec difficulté les nombreuses personnes, famille et amis, qui vinrent l’entourer au cours d’une belle cérémonie, où de nombreux confrères de la région parisienne concélébrèrent. Puis ce fut le départ pour Ercheu où le caveau familial l’accueillit. Il repose désormais en sa Picardie natale.

Merci, André, d’avoir demandé à rester jusqu’à ton dernier souffle au sein de la communauté de Mours. Tu nous laisses un témoignage précieux que la communauté gardera longtemps et dont elle essaiera de vivre. Tu nous fais nous souvenir de l’évangile : « Celui qui parmi vous apparaît comme le plus petit, c’est celui-là qui est le plus grand ».

Michel Groiselle, M.Afr.