La session de transition au troisième âge (PE n° 1084)

En arrière plan: Bernard Ugeux, William Crombie,Ursula Finder, Helga Franke, Jacqueline Picard, Marc De Vos, Riny van Broekhoven, Johan Miltenburg, Olivier Lecestre, En avant plan: Denise Lavoie, Maria Theresia Hubert, Rita Toutant, Silvia Palomo, Theresa Chimwemwe, Margaret Derek.

Cette année, la session de transition au troisième âge en anglais a eu lieu, une fois de plus, à Rome à la maison généralice des Missionnaires d’Afrique du 6 au 30 septembre. Les participants étaient au nombre de 13, dont 8 Soeurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique et 5 Missionnaires d’Afrique : Soeurs Margaret Derek, Rita Toutant, Jacqueline Picard, Silvia Palomo, Maria Theresia Hubert, Denise Lavoie, Ursula Finder, Theresa Chimwemwe ; Pères Riny van Broekhoven, Olivier Lecestre, Johan Miltenburg, William Crombie, Marc De Vos.

La session a été dirigée par le père Bernard Ugeux et la Soeur Helga Franke.
Ils ont abordé des thèmes très intéressants tels: la transition, les racines, ma vie missionnaire, mon travail, mes relations, l’intégration, Dieu dans ma vie, le monde aujourd’hui, la mission aujourd’hui, la vie communautaire, le dernier passage, la fidélité… Autant de thèmes pour aider à aborder une nouvelle étape dans la vie missionnaire. Ils semblaient tous joyeux et pleins de confiance pour l’avenir.

Freddy Kyombo, M.Afr.

Helga Franke, smnda
Bernard Ugeux, M.Afr.
Messe du début de session

Marche d’information : Contre la traite des femmes (PE n° 1084)

Avec un groupe de jeunes “La strada” (La route) de Arcene (Bergamo-Italie), nous organisons une marche d’information du mercredi 18 au dimanche 22 octobre, de la ville de Viterbo jusqu’à la place Saint Pierre à Rome en cinq étapes sur la Via Francigena.

 

CONTRE LA TRAITE DES FEMMES

Marche sur la Via Francigena de Viterbo à Roma: 18-22 octobre 2017

Viterbo-Vetralla: 18 km, mercredi 18 octobre.
Vetralla-Sutri: 24 km, jeudi 19 octobre.
Sutri-Campagnano: 27 km, vendredi 20 octobre.
Campagnano-La Storta: 24 km, samedi 21 octobre .
La Storta-Roma Saint Pierre: 19 km, dimanche 22 octobre.

“100.000 femmes esclaves sexuelles en Italie: toi, de quel côté es-tu ? ”
Parmi les 100.000, il y a presque 40.000 femmes originaires du Nigeria, du Ghana, de la Côte d’Ivoire, du Sénegal et du Maroc.
“La Strada”

Giuseppe Locati m.afr.
giusepelocati.mafr@yahoo.it
Treviglio (Bergamo)

La session – rencontre pour les nouveaux provinciaux (PE n° 1084)

Debout: Gérard Chabanon, Ignatius Anipu, André Schaminée, Martin Grenier, Didier Sawadogo, Anselme Tarpaga, Aloysius Ssekamatte, Emmanuel Ngona
Assis: John Aserbire, Stanley Lubungo, Francis Barnes

Du 11 au 13 septembre, cinq nouveaux provinciaux ont été invités par le Conseil Général pour les préparer à l’animation et au gouvernement des mégaprovinces dont ils sont responsables. Il s’agit du provincial du Ghana-Nigeria : John Aserbire ; celui de l’Europe : Gérard Chabanon ; celui de l’Afrique Centrale : Emmanuel Ngona ; celui de l’Afrique de l’Est : Aloysius Ssekamatte et celui du Maghreb : Anselme Tarpaga.

Le Conseil général a demandé l’intervention de certains autres confrères dans leurs domaines respectifs pour outiller les nouveaux provinciaux en vue d’une bonne gouvernance des confrères de leurs provinces respectives.

Nous leur souhaitons tous un joyeux service auprès de chaque confrère dont ils ont la charge que Dieu leur accorde les grâces de leur fonction.

Freddy Kyombo, M.Afr.

P. Helmut Huber 1942 – 2017 (PE n° 1084)

Après une longue maladie portée dans la foi profonde le P. Helmut Huber est décédé à l’Hôpital de Bad Aibling.

P. H. Huber est né à Amberg. Son père était maître principal d’une école, profession qui exigeait de la famille un changement de domicile plusieurs fois. A Hahnbach, Helmut pouvait vivre une enfance sans souci dans une famille profondément croyante au milieu de ses frères et sœurs et fréquenter aussi l’école primaire. En 1952, il retourne à Amberg pour poursuive ses études au lycée. Par sa gaieté naturelle, Helmut était un camarade aimable, Parmi les professeurs il était très estimé et, ainsi, dispensé de l’examen oral lors de l’examen du bac à cause de ses bonnes notes dans les examens écrits. Helmut avait pris contact avec les Pères Blancs qui avaient ouvert une maison à Amberg en 1959. Sur ces contacts personnels avec les Pères Helmut gardait le silence, aussi devant ses parents, jusqu’au moment où il était clair pour lui de vouloir devenir Missionnaire d’Afrique.

L’étude de la philosophie suit à Trêves de mai 1961 à août 1963, ensuite noviciat à Hörstel en 1963/64. Helmut avait acquis de bonnes connaissances en anglais du temps du lycée mais pas en français. C’est pourquoi il demande à ses supérieurs de pouvoir faire ses études théologiques au scolasticat de Totteridge. Cette demande est acceptée et, le 27 juin 1967, il y fait son serment perpétuel. Le 29 juin 1968, Helmut est ordonné prêtre à Regensburg.
Sa première nomination en août 1968 ne le conduit pas en Afrique. On lui demande de collaborer à «l’Action Missio» pour l’animation missionnaire dans les écoles secondaires en Allemagne. Pour se préparer Helmut va pour une année chez les Pères Blancs à Sutton-Coldfield en Angleterre. Par la suite, Helmut reçoit la permission de faire un voyage d’information en Afrique Orientale ; cela le conduit à la mission de Kamsamba dans le diocèse de Mbeya, là où le père Büth et le frère Ildefons travaillent. Naturellement il ne connaissait pas encore le Kiswahili. Pour la messe dominicale il notait quelques phrases en kiswahili avec la phonétique. Il les apprenait par cœur et les proclamait devant les chrétiens à l’église. Les chrétiens étaient impressionnés par ce «Mzungu» qui connaissait leur langue sans avoir été en Tanzanie auparavant. Après la messe, ils s’adressaient à lui en Kiswahili et devaient constater que l’Esprit saint l’avait abandonné. Il ne parlait que l’anglais.

En 1972, Huber est nommé en Tanzanie à la cathédrale de Mbeya. Il y apprend le Kiswahili à fond et avec zèle. Il s’achète un journal tous les jours et le lit de la première page à la dernière.

En 1976, il est nommé dans les paroisses de Mkulwe et Kamsamba situées dans la vallée de la Rukwa. Dans ce climat chaud et humide, des attaques de malaria n`étaient pas une rareté. Avec un confrère canadien il dessert les deux paroisses avec 50 succursales. Les safaris étaient souvent faits en vélo, parce qu’il y avait peu de ponts sur les fleuves. Helmut que les gens appellent « Padri Samuel », s’intéresse aux us et coutumes des différentes tribus et commence à apprendre leurs langues. Il prend des photos des évènements de la vie de tous les jours, dessine les cartes des paroisses et succursales qu’il utilise lors d’exposés pendant ses congés en Allemagne.

Lors d’un examen médical en 1980 à Dar-es-Salam le médecin lui conseille de prendre le vol suivant pour l’Allemagne. A Amberg il subit d’urgence une opération du cancer. La tumeur avait déjà détruit un rein. L’opération suivante et la réhabilitation ont du succès. La grande confiance en Dieu de Helmut, son désir ardent de retourner en Tanzanie et son humour l’aident dans ce temps difficile. Il ne prend pas une longue période de récupération, mais demande une autre responsabilité aussitôt que le traitement au cobalt est terminé. En octobre 1981, il devient responsable de la communauté de Munich à une période difficile de reconstruction. Il voyait sa tâche principale dans l’ouverture de la maison pour l’animation missionnaire. Il était doué artistiquement – il s’est éternisé dans ses nombreux dessins et caricatures – et à cause de son habilité linguistique il eu beaucoup de succès lors des rencontres de jeunes.

L’accord des médecins pour une nomination en Afrique est donné en 1988 – cette fois-ci pour le Kenya. Ce fut pour Helmut un renforcement moral ; cela lui a donné la certitude d’avoir surmonté sa maladie du cancer. A Nairobi, il a pu compter sur de bons soins médicaux.

Sa nomination le conduit dans une paroisse de bidonville à l’est de Nairobi, là où le père Arnold Groll avait fondé un projet nommé «Undugu» («Fraternité») qui comprenait tous les quartiers de misère de la ville : des écoles servant de salles polyvalentes étaient lancées dans les quartiers concernés ; des hômes étaient ouverts où les enfants pouvaient manger et dormir ; un centre de formation était installé pour des travaux de menuiserie et de tôlerie et, le plus important, un atelier de mécanique a ouvert aux enfants de la rue un avenir, au lieu de courir toute la journée dans les rues à ramasser des déchets. Helmut se consacre de tout cœur au projet «Kwetu» («Chez nous à la maison»). Cette activité correspondait totalement à son caractère, à ses dispositions et à ses intérêts : donner aux jeunes gens la sécurité et une nouvelle espérance pour leur avenir.

En octobre 2000, Helmut quitte le Kenya : il est nommé à la nouvelle fondation sur l’île Pemba. Pendant trois mois, il travaille d’abord dans les camps de réfugiés à Benaco en Tanzanie où il y avait environ 100.000 réfugiés du Burundi et du Rwanda. En janvier 2001, une communauté de quatre Pères Blancs traverse de Dar-es-Salam á Zanzibar (50 km) et quelques jours plus tard à Pemba. Leur but était de créer de bonnes relations avec les musulmans par le travail de formation des jeunes et des adultes, des cours de langue – un terrain neutre qui ne touchait pas la religion. Des contacts personnels pouvaient être noués. Le travail pastoral n’était pas facile parce que la communauté des chrétiens était dispersée sur toute l’ile et ne représentait que 0,01% de la population.

Lors d’un examen médical en 2004, les médecins découvrent chez Huber plusieurs parties de la peau atteintes du cancer. Pour cela et pour des raisons familiales, Helmut rentre en Allemagne en 2005.

Dans les années suivantes Helmut est de nouveau un membre estimé de la communauté de Munich. En 2012, toujours ouvert à de nouvelles expériences, il répond à l’appel du provincial d’Irlande qui cherchait des confrères pour quelques mois pour sa communauté de Dublin. De même il répond à l’invitation de la communauté de Jérusalem en 2014 pour s’occuper pour trois mois des pèlerins de l’Eglise Sainte Anne. Il le fait avec un grand zèle et une grande joie.

Après une attaque d’apoplexie au début de l’année 2015, l’état de santé du P. H. Huber se détériore visiblement. En novembre 2016 il va à l’hôpital pour vérification et on y constate une pression de l’eau cérébrale élevée. On essaie de réduire cette pression au début de février 2017, mais à cause d’une complication c’est le début de la fin pour Helmut avec une pneumonie, un coma artificiel, une réhabilitation neurologique à Bad Feilnbach interrompue par des séjours à l’hôpital de Bad Aibling à cause d’autres troubles auxquels le corps affaibli d’Helmut n’avait plus rien à opposer. Ce fut réellement une rédemption quand il a pu s’éteindre à Bad Aibling dans la nuit du 18 au 19 mai pour aller vers la maison de Celui dont il avait annoncé le message bienheureux pendant toute sa vie.

Günther Zahn, M.Afr.

Rob  van  Iterson 1927 – 2017 (PE n° 1084)

Rob est né à La Haye le 5 février 1927. Il a d’abord étudié à ‘s-Heerenberg, puis à Thibar en Tunisie où il a fait le serment missionnaire le 29 juin 1953 ; il a été ordonné à Carthage le 18 avril 1954. Il avait un demi-frère qui était cistercien à Rochefort, en Belgique.

Il avait un bon jugement et savait s’affirmer. C’était une personne joyeuse qui travaillait fort et avait le sens de l’organisation ; il savait prendre des initiatives et était toujours prêt à rendre service. Il avait le sens artistique et aimait le travail de précision.

En août 1954, Il a enseigné dans notre petit séminaire à Sterksel. Après 2 ans, il s’est rendu au Malawi à Likuni où il a étudié la langue et la culture nyanja. Après un séjour dans les paroisses de Chiphaso et Likuni, il est allé à Madisi en septembre 1957 ; c’était la plus jeune paroisse du vicariat. A cet endroit, les Sœurs Blanches ont fait leur première expérience de ne pas travailler dans les soins de santé ou les écoles, mais dans le travail pastoral et le développement. Elles visitaient les villages pour la formation des catéchumènes, pour le mouvement d’action catholique des sages-femmes, pour des sessions pour les femmes des enseignants et pour des cours de couture.

En avril 1959, Rob a été nommé curé de Namitete, une paroisse plus grande avec une école technique dirigée par un confrère, un hôpital géré par les Sœurs et une école primaire. Un membre de la communauté était un prêtre diocésain malawien. La population était assez hétérogène en raison des travailleurs saisonniers pour la culture du tabac et d’une douzaine d’églises diverses. Une autre difficulté importante était le fait qu’un grand nombre de personnes allaient travailler dans les mines en région éloignée. Dans la paroisse, il y avait 4.500 catholiques et 1.500 catéchumènes ; l’église paroissiale était à construire, et en plus il fallait un dortoir, une salle à manger et une cuisine pour les classes supérieures de l’école primaire et aussi construire des maisons pour les enseignants.

Rob écrit le 20 janvier 1962 : “La tâche la plus importante pendant la période de la lutte pour l’indépendance était la formation de leaders, non seulement parmi la soi-disant élite, mais aussi dans les villages pour toutes les communautés chrétiennes”. Il a été élu représentant diocésain au Conseil régional, et était membre de la Commission liturgique diocésaine pendant Vatican II.

En octobre 1964, il a été nommé curé de Likuni où il y avait un hôpital, une imprimerie (chargée de la rédaction du journal « L’Afrique ») et le garage diocésain. En 1966, eut lieu une forte tempête qui a détruit en quelques minutes les toits de 6 salles de classe et des 3 dortoirs de l’école secondaire. Heureusement, les étudiants étaient en vacances, mais beaucoup de matériel scolaire a été perdu.

En mai 1966, Rob devient économe diocésain. Sa première tâche a été de faire le grand ménage du matériel dans les entrepôts du diocèse, car le matériel ne se vendait pas bien (on pouvait se procurer le même matériel dans les magasins commerciaux). Il a aussi amélioré l’administration des projets de financement. Durant la journée il était occupé par toutes sortes de transactions et, le soir après le repas, il faisait la comptabilité parfois jusque tard dans la soirée.

Après avoir suivi quelques cours en 1970, il est devenu l’aumônier du noviciat des Sœurs diocésaines et a pris d’autres engagements avec la congrégation. Son Régional écrit en mars 1973 : « Les Sœurs apprécient sa spiritualité solide ; c’est un confrère doué. »

En février 1976, il travaille à la paroisse de Vubwe en Zambie, pays voisin. Il revient au Malawi en mai 1978 à la paroisse de Ludzi. En mai 1979, il est nommé secrétaire de l’évêque à Lilongwe et fait des remplacements dans quelques paroisses, entre autres à Mpherere en 1981. C’était une véritable paroisse rurale, éloignée et montagneuse. Le Régional écrit : « on peut compter sur lui ; c’est un excellent organisateur et un administrateur efficace. » Il réagit parfois fortement parce qu’il n’accepte pas le travail mal fait Rob retourne à Likuni en février 1987. L’hôpital avait maintenant deux médecins et un dentiste ; l’imprimerie était dirigée par un personnel totalement malawien comptant 70 personnes. Il y avait aussi un centre pour l’étude de la langue et de la culture. Le travail pastoral a à la fois un caractère urbain et rural. Chaque jour des confrères passaient à la paroisse à cause du garage et plusieurs y passaient la nuit. C’était agréable, mais parfois lourd, à cause du travail pastoral important.

Rob s’installe à Kanengo en janvier 1991 pour travailler à temps partiel en paroisse. Il faisait la comptabilité deux jours par semaine pour les Pères Blancs de la région. Chaque mois il avait des réunions avec l’administration de l’imprimerie et le comité financier diocésain. Il fait ce commentaire en 1993 : « cela exige beaucoup de travail à la maison, et beaucoup de patience ». En plus, il donne des conférences le week-end pour aider les Sœurs du Malawi à préparer leur Chapitre auquel il participe lui-même comme conseiller spirituel. A cause de cette charge de travail, en 1993, il déménage de Kanengo à Chezi, où il aide à la paroisse, spécialement pour la visite des succursales le week-end.

En novembre 1996, Rob revient aux Pays-Bas. Il écrit en janvier 1996 : « Je suis reconnaissant et heureux de ce que j’ai pu faire … en faisant confiance avec l’espérance que les gens vont trouver leur façon de faire » et plus loin : « avec la vision qu’ensemble les chrétiens vont construire une communauté autonome dans le respect mutuel et la confiance. »

Il rejoint notre communauté de Vaassen encore en bonne santé ; il y vit au jour le jour en s’adaptant à ce qu’il peut faire. Il met en place un atelier de menuiserie pour l’entretien du matériel. En mai 1998, il devient coordinateur d’une nouvelle communauté à Leidschendam, et, en 2005, déménage à Dongen. Il met ses talents au service de la communauté comme peintre, menuisier et bricoleur. Si quelqu’un a besoin d’un tableau ou d’une étagère, il le reçoit. Il construit une cage d’oiseaux sous la forme d’un temple grec ; elle est visitée chaque jour.

Le 14 janvier 2015, il déménage à Heythuysen. Rob aimait la lecture et la musique, et appréciait un cigare. Il a développé graduellement des problèmes de santé qui se sont devenus plus sérieux au début de 2017. II a dû être hospitalisé le 27 mai et décède le 31 du même mois.

Voici la caractéristique de Jésus que Rob a vécue tout au long de sa vie : « D’où cela lui vient-il ? Et quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ? N’est-ce pas le charpentier ? » (Mc 6,2-3)

Avec ses parents et amis, nous l’avons enterré dans notre cimetière à St. Charles le 7 juin 2017.

Marien van den Eijnden, M.Afr.

Jan Knoops 1931 – 2017 (PE n° 1084)

Jan est né le 20 octobre 1931 à Opglabbeek dans la province du Limbourg belge. Il fit les humanités gréco-latines au Petit séminaire de Saint-Trond. En septembre 1951 il entre chez les Pères Blancs à Boechout. Son frère Piet travaillait déjà depuis 1947 comme Père Blanc au Congo. Suivent alors le noviciat à Varsenare et les études de théologie à Heverlee. Le 6 juillet 1957 il y prononce son serment missionnaire et à Pâques, le 6 avril 1958, il est ordonné prêtre par Mgr. Daubechies. Professeurs et responsables soulignent son tempérament fort timide ; il est peu communicatif. C’est un homme surnaturel, réfléchi, calme et toujours de bonne humeur. En communauté il est délicat et sensible. Jan rayonne une joie tranquille. Ce n’est pas un grand intellectuel, mais un travailleur tenace. Comme nomination, il demande et obtient le Congo, sur les traces de son frère.

Le 15 avril 1959, Jan s’envole pour Bukavu et rejoint Kabare. Son frère Piet, son aîné d’une dizaine d’années, travaille dans le même diocèse. Jan se sentait petit à côté de son frère, qu’il admirait beaucoup. Les nominations se suivent : en 1961 Katana, retour à Kabare et de nouveau à Katana (Fomulac), cette fois-ci pour des raisons de santé (fièvre et maux de tête inexplicables). Jan est surtout apprécié pour son travail de formation auprès des catéchistes. Après son premier congé en Belgique, Jan retourne à Kabare. En septembre 1967, à l’époque de la rébellion des mulélistes, il séjourne une année à Mweso dans le diocèse de Goma. De retour dans le diocèse de Bukavu, il devient vicaire à Bagira. En 1970, il participe à la grande retraite à Villa Cavaletti. A son retour, il est nommé à Ciherano, ensuite à Murhesa. Entretemps tous avaient constaté que Jan était incontestablement doué d’un savoir-faire pratique fort développé. Dès lors on lui confiait volontiers l’économat de la communauté. En beaucoup d’endroits, il réparait les bâtiments, aménageait un jardin potager. Dans les champs de la paroisse il essayait de nouvelles cultures. C’est ainsi qu’il introduisit la culture du soja et la propagea avec succès dans la population.

Après la session/retraite à Jérusalem en 1983, Jan fait partie de l’équipe des fondateurs de la paroisse de Mubumbano. Il y travaillera pendant une dizaine d’années et se révélera un constructeur et entrepreneur hors pair. Il y construit tout : la cure, les écoles, le dispensaire. De partout on vient admirer son chef-d’œuvre : l’église paroissiale de Mubumbano. Peu à peu il est devenu le grand constructeur du diocèse : maisons d’habitation, églises et succursales, des écoles entières…

Sa réputation dépasse aussi les frontières du diocèse. En 1998 et 1999, nous le trouvons dans le diocèse de Kalemie au service des paroisses Christ-Roi et Lubuye. De retour, on fait appel à lui pour la modernisation de Burhiba.

Jan savait que rien n’est aussi important pour le développement et la santé de la population que l’eau potable. Sa créativité et son habileté technique lui ont permis de faire des merveilles dans ce domaine : il réalisait des adductions d’eau dans de grands centres et amenait ainsi l’eau des sources près des habitations.

Voici un autre point qui mérite une attention spéciale. Jan s’est dévoué beaucoup pour les soeurs ‘Filles de la Résurrection’, congrégation que soeur Hadewijch des Sœurs du Saint Sépucre de Turnhout avait fondée en collaboration avec le père Werenfried van Straaten d’Eglise en Détresse. Piet Knoops, son frère, avait été depuis la fondation leur premier aumônier et fut considéré comme leur vrai ‘père spirituel’. Jan, lui, a construit plusieurs couvents pour cette jeune congrégation en pleine expansion et a continué à entretenir ou agrandir leurs maisons. Les dernières années de sa vie en Afrique, Jan les a aidées dans leurs récentes fondations dans le diocèse de Kindu, confié à notre confrère, Mgr. Willy Ngumbi. Jan avait mis au point un système de puits, avec treuil et tout, réalisé exclusivement avec des matériaux locaux. De la haute voltige technique !

Le 28 novembre 2015 Jan est terrassé par un infarctus ; il est à moitié paralysé. Le rapatriement s’impose. A l’avis des responsables de la PAC (Province d’Afrique Centrale) son départ sera définitif. Tout le monde savait que Jan avait toujours rêvé de mourir en Afrique et d’être enterré à côté de son frère. Il trouvait extrêmement pénible de ne plus pouvoir réaliser quelques puits promis aux soeurs… En février 2016, il s’installe dans notre communauté de Munsterbilzen. Il est bien entouré par sa famille et ses confrères, mais son état de santé se dégrade petit à petit. Le 21 mars 2017, dans la matinée, il s’éteint paisiblement. Un serviteur fidèle a achevé son service et rejoint la maison du Père. Qu’il repose en paix !

La liturgie de la résurrection eut lieu le samedi 25 mars dans son village d’Opglabbeek, en présence d’une foule nombreuse et de quelques dizaines de confrères concélébrants. Jan fut enterré à notre cimetière de Varsenare.

Jef Vleugels, M.Afr.

Jan Dekkers 1934 – 2017 (PE n° 1084)

Jan est né à Eindhoven le 10 novembre1934. Il a suivi notre formation à Sterksel, St Charles près de Boxtel, à Alexandria-Bay aux Etats-Unis et à Ottawa au Canada où il fit son serment missionnaire le 20 juin 1959, puis à Totteridge en Angleterre. Il fut ordonné à Tilburg le 2 février 1960.

Son jugement était bon et pratique ; il était d’une disposition agréable. Gros et solide travailleur, précis et digne de confiance, préférant rester en retrait, toujours prêt à rendre service. Quand des choses inattendues se produisaient, il pouvait devenir agité et un peu nerveux ; il pouvait alors donner l’impression de n’être pas sûr de lui-même.

En juin 1960, il se rend à Rome pour l’étude de la théologie dogmatique ; il y obtient une licence en juin 1962. Le 19 février 1963 il part pour la Tanzanie, à la paroisse de Kibara, qui à ce moment-là appartenait au diocèse de Mwanza ; c’est là qu’il y apprend la langue et la culture et fait son expérience pastorale. En septembre 1964, il s’installe au Grand séminaire de Kipalapala pour y enseigner la théologie dogmatique. Il y avait 130 étudiants avec un corps professoral de 9 PB de différentes nationalités et un prêtre diocésain tanzanien. En 1967, le gouvernement met l’agriculture au programme scolaire national ; plusieurs séminaristes se mettent à cultiver une parcelle de terre ou à élever des poulets. Cette année-là, 4 prêtres diocésains tanzaniens se joignent au corps des enseignants, dont le recteur, et quelques prêtres provenant de diverses congrégations. Moins de PB étaient donc nécessaires et Jan pouvait retourner au travail en paroisse.

En janvier 1968, il revient au diocèse de Mwanza, paroisse de Nansio. Il écrit : «C’est un grand changement de la vie tranquille et bien réglée ds séminaire à la vie pleine de diversité et d’événements inattendus en paroisse». En avril 1971, il va à Kibara, là où il avait commencé en 1963. Une grande paroisse : pour visiter les 17 églises de village il couvrait régulièrement 300 km par semaine en moto. Il y avait 22 écoles primaires où des hommes et des femmes de l’endroit enseignaient la religion.

En novembre 1973, un orage du soir arrache le toit de l’église paroissiale construite à peine 5 ans auparavant, l’emportant à 25 mètres plus loin. La sacristie étant plus basse fut épargnée et tout son contenu fut sauvé. Sur une bande de 18 km beaucoup de maisons perdirent leurs toits. Le matin suivant, de nombreux paroissiens vinrent aider à remettre en place les 9 chevrons. Un problème supplémentaire fut que, depuis une demie année déjà, il n’y avait pas de tôles ondulées, ni de ciment, disponibles.

En 1976, il part à Buhingo comme curé. C’est là qu’il commence à s’occuper plus spécialement de la vie des catéchistes en charge des églises de village. Le 3 février 1984 il déménage à Magu. A ce moment-là, il est élu par les confrères de son diocèse comme leur représentant au Conseil Provincial des PB pour toute la Tanzanie.

Le 26 novembre 1992 lui et deux confrères sont nommés pour mettre en place la nouvelle paroisse de Bukoli dans le diocèse de Geita. Avant de s’installer il fait la visite de toutes les paroisses du diocèse. Les paroissiens de Bukoli étaient heureux de les recevoir et Jan s’y plût. Il écrit le 6 août 1993 : «Nous avions une bonne maison de communauté ; pour moi, c’est la première fois en 30 ans que je vis et travaille avec des confrères plus jeunes que moi.»

On recherchait de l’or sur une grande étendue de la paroisse. Comme cela attirait beaucoup de gens d’autres régions, les paroissiens étaient de différents groupes ethniques. Une autre conséquence surprenante fut que les prêtres trouvaient régulièrement des pépites d’or à la quête ! Le 17 février 1995 il écrit sans d’autres détails : «Notre nouvelle paroisse fait des progrès ; la fraternité grandit.»

Le 10 novembre 1999, juste au moment de ses 65 ans, il reçoit une nouvelle fonction : directeur du Centre de Formation des Catéchistes à Bukumbi, dans le diocèse de Mwanza. Endroit historique des PB, Bukumbi est, en Tanzanie, la première paroisse, érigée en 1883, couvrant alors aussi tout le territoire du Burundi ! Dans sa petite église au toit couvert d’herbe, 3 évêques furent ordonnés. Jan y trouve un hôpital avec 190 lits et 3 médecins, une école d’infirmières et de sages-femmes, une école secondaire pour filles. Le Centre de Formation des Catéchistes débute en 1957. Le cours dure 11 mois ; en 1999 il commence avec 24 familles et 8 Sœurs de 6 diocèses différents. On y enseigne la Bible, l’histoire de l’Eglise, le Swahili, la liturgie, le travail pastoral et la sociologie, et pour les mamans, un enseignement religieux, la cuisine, l’hygiène, la couture, le tricotage et le soin des enfants. Quand c’était possible, chaque famille recevait une machine à coudre d’occasion qu’elle pouvait emmener à la maison. Chaque famille avait sa maison avec un jardin et un champ pour la culture du maïs et du riz. Comme enseignants, il y avait 7 hommes et femmes, l’une d’elles s’occupant du jardin d’enfants. Chaque année il y avait naissance d’enfants : 11 en 2011. Au presbytère, en plus de Jan, résidaient deux confrères pour la paroisse et un autre qui, avec l’aide des gens du pays, traduisait et synchronisait des vidéocassettes en Swahili. Celles-ci pouvaient être achetées dans les paroisses.

A propos de son travail, Jan écrit le 16 novembre 2008 : «Je pense que c’est un travail important : nous avons de plus en plus besoin de bons catéchistes car leur travail est encore le plus indispensable pour l’Eglise. Le fait qu’ils viennent avec femmes et enfants pour une formation familiale est un atout majeur. Voir le progrès qu’ils font est un plaisir.» Après son jubilé d’or, le 25 juin 2009, il écrit : «je vais de l’avant en étant un PB heureux.» En juillet 2010, du 23 au 25, ils avaient au Centre 120 catéchistes du diocèse de Mwanza pour étude et prière. Les loger et les nourrir demandait toute une organisation.

Le 3 septembre 2012 Jan remet sa fonction à un prêtre diocésain pour devenir assistant à la paroisse de Bukumbi. Il rentre pour de bon en Hollande le 7 juillet 2013. En faisant ses adieux il dit au provincial, Charles Obanya : «J’ai trouvé accomplissement et joie dans mes diverses nominations et travaux au cours des nombreuses années passées en Tanzanie. Je pars avec un sentiment de satisfaction». Le provincial le remercie alors pour tant d’heures de service dévoué et son sens de l’humour.

Il réside alors à Heythuysen où se manifestent les symptômes d’une maladie plus particulière aux personnes âgées. En 2014 il commence à avoir besoin de soins spéciaux. Il meurt paisiblement dans sa chambre le 29 juin 2017.

Voici la caractéristique de Jésus que Jan a illustrée dans sa vie : «Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.» (Lc 6, 36). En présence de parents et amis nous l’avons enseveli dans notre cimetière de St Charles le 5 juillet 2017.

Marien van den Eijnden, M.Afr.

Maurice Charpentier 1931 – 2017 (PE n° 1084)

Maurice est né le 14 juillet 1931 à Chicago, aux États-Unis. Il n’a pas encore un an quand ses parents reviennent s’installer à Sudbury en Ontario, Canada. C’est là qu’il grandit et étudie. Après ses études primaires à l’école St-Joseph, il entre au Collège Sacré-Cœur où il fait son cours classique. Le 6 août 1953, il commence son année spirituelle à St-Martin de Laval et fait ses études de théologie à Eastview où il prononce son serment missionnaire le 22 juin 1957 et est ordonné prêtre le 1er février 1958.

Pendant tout le temps de sa formation, on remarque que Maurice a une volonté très forte : volontariste et entreprenant, il agit avec une logique implacable, sans aucun compromis. Dès qu’il a choisi une ligne de conduite, il ne l’abandonne pas facilement. Travailleur infatigable, acharné et tenace, il se donne de toutes ses forces au devoir à accomplir. Il se signale par la fermeté et la droiture de son caractère. Il est très attaché à sa vocation missionnaire et fait preuve d’une piété personnelle et profonde. Il se montre aussi très réservé, n’ayant aucun attrait pour les grands rassemblements ni les longues conversations. Au premier contact, Maurice peut apparaître timide et fermé, mais celui qui le connaît bien sait qu’il communique facilement dans de petits groupes où il se sent plus à l’aise.

En septembre 1958, le P. Charpentier va à Londres, en Angleterre, pour y faire, pendant deux ans, des études en sciences de l’Éducation. En 1960, il part pour la Tanzanie et apprend d’abord le swahili au Centre de Langues de Karema. Pendant quelques mois il est ensuite vicaire à Kigoma avant d’être nommé professeur à l’École Normale de Kajunguti, dans le diocèse de Bukoba. En 1967, Maurice se retrouve professeur de sciences au petit séminaire de Katoke, dans le diocèse de Rulenge. Cinq ans plus tard, il devient Recteur de ce séminaire, fonction qu’il garde pendant huit ans. Tous les cinq ans, le Père Charpentier revient à Sudbury, en Ontario, pour quelques mois de repos.

Au cours de ses congés, Maurice n’occupe pas son temps à voyager ni à visiter. Il passe parfois plusieurs semaines à faire du ministère pastoral dans une paroisse de Sudbury. Il se fait alors remarquer par son zèle auprès des malades qu’il visite fréquemment dans les hôpitaux et dans les résidences pour personnes âgées de la région. Tous ces malades et les membres de leurs familles gardent du Père Charpentier le souvenir d’un prêtre proche des petites gens et manifestant beaucoup de compassion pour les plus souffrants et les plus abandonnés.

En 1983, Maurice est nommé à Kabanga, diocèse de Kigoma, pour enseigner l’éthique professionnelle à l’école des Infirmières et être aumônier d’une communauté de religieuses africaines en formation. Lorsque l’école de Kigoma ferme ses portes, le temps de l’enseignement, où il a passé 25 ans, est terminé pour lui. À l’âge de 53 ans, il doit maintenant apprendre le métier, comme il le dit lui-même, de « missionnaire de brousse ». Vicaire à Mabamba, une paroisse rurale de Kigoma, Maurice se retrouve avec deux confrères Missionnaires d’Afrique. Le curé de la paroisse doit l’aider à organiser son apostolat en lui fournissant une camionnette, une valise-chapelle, un sac de couchage, etc. Son autre confrère l’initie à l’apostolat auprès des Baha. Grâce à leur aide, Maurice se sent très heureux dans ce travail. Tout est nouveau pour lui : enseigner le catéchisme, préparer les catéchumènes au baptême, accompagner les fiancés jusqu’au sacrement de mariage, assurer les services du dimanche dans les succursales, tout en participant aux joies et aux peines des paroissiens. Ce qu’il préfère, dit-il, c’est : « rendre visite aux gens chez eux, dans leurs maisons, les écouter, les réconforter dans leur foi et leur parler du Seigneur Jésus. Quel changement avec mes précédentes recherches de physique et de chimie en laboratoire ! »

En 1992, le Père Charpentier est rapatrié d’urgence au Canada à cause d’une tuberculose pulmonaire. C’est à Sherbrooke qu’il se fait soigner et à Moncton au Nouveau-Brunswick qu’il fait sa convalescence pendant quelques mois. Un an plus tard, il retourne à la paroisse de Mabamba comme vicaire et il y réside jusqu’en 2002. Il doit de nouveau revenir au Canada pour se faire soigner, tout en résidant à notre maison de la rue St-Hubert, à Montréal. Deux ans plus tard, Maurice est nommé à Toronto pour y faire, avec deux confrères, du ministère et de l’animation missionnaire à la paroisse Sacré-Cœur.

En 2008, le P. Charpentier connaît des problèmes de santé de plus en plus sérieux et est nommé dans notre communauté de Sherbrooke. Il souffre d’un cancer de la prostate avec métastases osseuses. Maurice est pleinement conscient de son état de santé et mentionne à plusieurs reprises qu’il veut laisser faire la nature. Ses forces diminuent graduellement et bientôt il doit recevoir des soins de confort. Après plusieurs séjours à l’hôpital, il prend résidence au CHSLD d’Asbestos où il décède le 9 mars 2017. Les funérailles, en présence des cendres, ont lieu dans la chapelle des Missionnaires d’Afrique de Sherbrooke le 15 mars suivant.

Homme d’une grande simplicité, toujours habillé simplement, Maurice s’est toujours montré accueillant avec toutes les personnes qui s’approchaient de lui. Dans les diverses paroisses où il a été vicaire en Tanzanie, il aimait prendre le temps de rencontrer les gens du marché du village, trouvant toujours un bon mot pour les encourager. À Toronto, il aimait aller rencontrer les itinérants et les sans-abri dans un parc sur le territoire de sa paroisse et n’hésitait pas à partager avec eux la soupe distribuée par un organisme de charité. Toujours vicaire dans les paroisses de Kigoma, il a accompli un excellent travail dans son ministère pastoral. Il était apprécié à la fois par ses paroissiens et par ses confrères. Maurice n’était pas intéressé à devenir curé de paroisse. C’est pourquoi il est toujours demeuré vicaire. C’était un homme de relations, mais non un leader.

Le Père Maurice Charpentier a été un homme de foi profonde dans le Christ qu’il a rencontré et servi dans les petites gens et les pauvres. Il avait aussi une grande dévotion à la Vierge Marie. Ici, à Sherbrooke, quand il était encore suffisamment en santé et qu’il pouvait sortir dehors, il aimait aller prier et chanter un chant marial devant la statue de la Vierge près du petit lac sur notre terrain. Missionnaire zélé et fidèle, le Père Charpentier reçoit maintenant le bonheur et le repos éternels dans le Royaume des cieux.

Michel Carbonneau, M.Afr.

Joseph-Roger de Benoist 1923 – 2017 (PE n° 1084)

Roger de Benoist est né le 2 août 1923 à Meudon (banlieue de Paris) dans une famille de tradition militaire. Benjamin de trois garçons, il fait ses études secondaires au Collège Stanislas de Paris. C’est dès sa confirmation, à l’âge de 11 ans, qu’il commence à penser à une vocation, qu’il prendra le temps de murir grâce à ses engagements au sein du scoutisme. A la déclaration de la guerre, il émigre d’abord vers Rennes, puis à Chateauroux. Toujours en recherche vocationnelle, il va passer un an à l’abbaye bénédictine d’En-Calcat. C’est là qu’il sent l’appel vers les Missionnaires d’Afrique qu’il rejoint à Thibar en septembre 1941 pour finir la philosophie entamée au monastère. L’année suivante, il arrive à Maison-Carrée pour son noviciat. Mais dès qu’il atteint l’âge de 20 ans il est mobilisé dans le régiment des Spahis marocains, avec lesquels il va faire la campagne d’Italie, avec la célèbre bataille de Monte Cassino et la libération de Rome, puis la remontée vers l’est de la France. Démobilisé le 24 août 1945, avec la Croix de Guerre, il rejoint aussitôt Maison Carrée pour terminer son noviciat, et poursuivre sa formation théologique à Thibar, où il prononce son serment missionnaire, puis à Carthage où il reçoit l’ordination sacerdotale le 1er février 1950.

Ses formateurs ayant noté ses qualités tant humaines, que spirituelles et intellectuelles, voire artistiques, les supérieurs décident d’utiliser ses nombreux talents dans le monde des médias. Il faut en effet rappeler que, depuis 1947, la Société était responsable d’un hebdomadaire: Afrique Nouvelle, édité à Dakar, qui avait une grande influence sur toute l’Afrique francophone. Il était temps de former des professionnels de la presse écrite et le jeune Roger fut envoyé se former à l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, puis au Centre des Hautes Etudes sur l’Afrique, à Paris. Le 15 mai 1952, il débarque à Dakar et se met immédiatement au travail. Roger n’est pas un rédacteur de cabinet ; c’est un homme de terrain qui aime fréquenter les gens, et disséquer les soubresauts qui agitent l’Afrique des années cinquante. Il sillonne l’Afrique et rencontre les hommes de pouvoir ou d’influence, qu’ils soient au gouvernement ou dans l’opposition, quelles que soient leurs opinions. Roger, qui n’a pas peur d’une parole qui dérange, n’est pas en odeur de sainteté auprès de Mgr Lefebvre, alors Vicaire apostolique de Dakar et Délégué apostolique pour l’Afrique francophone, qui l’accuse d’être communiste. De son côté, le Gouverneur général du Sénégal, intente un procès au journal qu’il estime trop critique vis-à-vis de la politique coloniale de la France. Mgr Lefebvre ayant exigé le départ du directeur, le P. Paternot en 1952, puis de son successeur le P. Rummelhardt en 1954, notre Roger est amené à prendre la direction du journal. Il va y rester jusqu’en 1959, couvrant alors toute la période des indépendances, multipliant les contacts et les articles. Afrique Nouvelle devient une tribune privilégiée pour tous les acteurs de la marche vers l’indépendance, époque passionnante mais non sans danger pour un journaliste.

Il est alors nommé au Mali, d’abord en paroisse, à Kolongotomo, puis à Bamako où il anime l’activité culturelle de l’archidiocèse ainsi que le mouvement de la Jeunesse Agricole Chrétienne. Ce qui ne l’empêche pas de poursuivre ses engagements dans les médias.

En 1963 il est nommé à Paris, correspondant de la revue Vivante Afrique publiée à Namur. En même temps il prépare le lancement d’une revue d’information missionnaire commune aux Instituts Missionnaires de France, publiée en 1967, sous le titre de Peuples du Monde. C’est une époque où Roger parcourt le monde entier, toujours à la recherche de nouveaux contacts, en vue de nouveaux articles et de nouvelles photos. Brillant, très entreprenant, jamais à court d’idées, son provincial trouve parfois qu’il est un peu difficile à contrôler !

En 1968, il part pour Cotonou (Bénin) où le cardinal Gantin lui confie la pastorale familiale, les équipes enseignantes et les guides. Evidemment il va élargir son champ d’apostolat et ses contacts. Mais en 1972, son engagement dans l’éducation sexuelle de la jeunesse est mal perçue par certains, et il doit quitter le pays. Il traverse la frontière et prend résidence à Bobo-Dioulasso au Burkina. A la demande du cardinal Zoungrana, il entreprend la rédaction d’une biographie du P. Goarnisson, notre confrère-médecin. Le livre paraîtra sous le titre Docteur Lumière.

En 1973, il est de retour à Paris en vue de commencer une nouvelle carrière, celle d’historien. Il s’inscrit aux Hautes Etudes où il valide un diplôme sur la marche vers les indépendances en A.O.F., cela sans abandonner ses reportages à travers l’Afrique pour le compte de diverses revues comme Jeune Afrique, Peuples du Monde, Croissance des Jeunes Nations… Il passe aussi plusieurs mois à Rome pour travailler dans nos archives. En 1977, de nouveau à Dakar, il continue sur sa lancée et prépare sa thèse de doctorat sur L’Afrique Occidentale Française de 1944 à 1960. En 1985, il soutient sa thèse de doctorat d’Etat sur Les relations entre l’administration coloniale et les missions au Mali et au Burkina. Ces travaux seront publiés et deviendront des sources précieuses pour les africanistes. Travailleur acharné et méticuleux, il devient Directeur de recherche en histoire africaine à l’IFAN (Institut Fondamental de l’Afrique Noire Cheikh Anta Diop). Devenu une autorité en son domaine, il parcourt le monde, de colloque en congrès scientifiques. Il est membre de plusieurs Sociétés savantes comme le CREDIC et l’Académie des Sciences d’outre-mer. En 1994, il prend sa retraite d’enseignant et se consacre entièrement à la recherche et à l’écriture, publiant de nombreux articles et livres, depuis une biographie de Senghor, jusqu’à une histoire de l’Eglise au Sénégal et une histoire de l’Ile de Gorée. En 1988 il est promu Chevalier de la Légion d’Honneur (décoration française). En 1993 il est promu Officier de l’Ordre National du Lion (décoration sénégalaise) et en 1997 il recevra la médaille d’Officier de la Légion d’Honneur.

Mais Roger n’est pas étourdi par les honneurs et il ne se limite pas à l’érudition. Bien qu’isolé par rapport à la Société, il ne s’est jamais marginalisé et a toujours tenu à rester Père blanc à part entière. Quand les Pères blancs ont quitté Dakar, il a d’abord habité tout seul, puis il a pris résidence au presbytère de la cathédrale où il a consacré beaucoup de temps à des engagements pastoraux et missionnaires divers. L‘Abbé Augustin Ndiaye, alors curé de la Cathédrale, qui a assuré l’homélie lors de ses obsèques, a rendu un vibrant témoignage à ce fromager qui est tombé et dont la chute parcourt toute la savane, insistant non seulement sur sa qualité d’historien de l’Eglise locale, mais aussi sur son service de vicaire dominical, sa fidélité aux célébrations liturgiques, et sur sa présence aux gens : ‘il arrivait avant tout le monde à l’église et, s’étant habillé, il allait saluer les gens qui entraient…’ De son côté, Mgr. Benjamin Ndiaye, Archevêque de Dakar a envoyé un message où il exprime sa reconnaissance pour la façon dont Roger de Benoist s’est consacré de multiples façons au service de l’Eglise locale : Pour nous, Eglise du Sénégal, Famille diocésaine de Dakar en particulier, le souvenir du Père de Benoist ne peut-être que motif d’action de grâce et de louange à Dieu, qui a su faire de lui un instrument au service de l’évangélisation par la science et les médias.

En 2006, à l’âge de 83 ans, il rentre en France et rejoint la communauté de Bry sur Marne. Il y passe des années studieuses, recueillies et fraternelles, tout en restant très discret sur lui-même. Il continue à participer à des colloques, par exemple à l’UNESCO. Il reçoit de nombreuses visites de parents et amis, dont beaucoup de Sénégalais. C’est à l’hôpital St Camille qu’il décède le 14 février 2017. Les obsèques ont lieu à l’église paroissiale de Bry sur Marne en présence d’une nombreuse assemblée de ses parents, amis et connaissances.

F. Richard

Contribution de Marien van den Eijnden au «Musée virtuel» (PE n° 1084)

Objets significatifs de notre vie missionnaire

Dans le Petit Echo n° 1081, l’on vous proposait d’envoyer des récits concernant les objets insolites que vous auriez rencontrés, voir utilisés, pendant votre vie missionnaire. Voici la contribution d’un premier confrère, Marien van den Eijnden. 

Partageras-tu, toi-aussi tes souvenirs … et tes photos ?

Caisse chapelle épiscopale pour la messe

Quand je suis arrivé au diocèse de Kigoma, en Tanzanie, en novembre 1966, j’ai informé les confrères que je n’avais pas de caisse chapelle. L’évêque émérite Jan van Sambeek (+ 25.12.1966) m’a donné celle de l’évêque Birraux (1884-1947) qui avait quitté le diocèse pour devenir notre Supérieur général. J’ai été frappé par sa simplicité. C’était une valise en bois rectangulaire, contenant une aube à dentelle, une chasuble tridentine usagée (en Hollande on appelle cela un « étui en violon ») que j’ai remplacé par une chasuble fabriquée en matériel local «khanga» et un calice en argent d’une douzaine de centimètres de hauteur ; il n’y avait aucune dalmatique épiscopale, ni des souliers de couleur liturgique ! Je l’attachais sur ma moto Honda-150 avec des vieilles chambres à air qu’on pouvait trouver au marché. Mais après quelques années sur nos routes et chemins cahoteux, la valise s’est désintégrée. L’évêque de l’époque, Mgr Holmes-Siedle (+1995), a bien voulu me donner son panier rectangulaire en osier, ce qui était tout à fait symbolique pour l’Eucharistie ! Cela m’a servi de façon célèbre jusqu’à mon départ de la Tanzanie en 2006, à l’exception de la poignée d’osier que j’ai remplacée par une vieille ceinture en cuir. J’ai remis le calice en argent à la communauté de Dar-es-Salaam, en spécifiant qu’il avait appartenu à Mgr Birraux.

Pinces à combinaison avec des griffes pour hacher la viande

Des confrères âgés résidaient habituellement au presbytère de Ndala dans l’archidiocèse de Tabora, en Tanzanie, puisqu’il était voisin de l’hôpital diocésain. Avant la venue des prothèses dentaires (en Swahili «meno ya duka» = les dents d’un magasin), ces confrères avaient du mal à manger de la viande. En plus du couteau et de la fourchette, ils avaient fabriqué un dispositif intelligent pour hacher la viande : une espèce de pince combinée avec des griffes travaillant comme des doigts croisés ! Durant l’une de mes visites à la communauté, j’ai vu quelqu’un l’utiliser.

Dans les années 2000, lorsque je vivais à la paroisse de Kaliua dans ce même diocèse, j’ai dû faire extraire mes molaires. Je me suis souvenu de ce dispositif spécial de Ndala. Je suis allé demander aux confrères résidents s’ils pouvaient m’en trouver un. Ils n’utilisaient plus ce genre de hachoir mais j’étais bienvenu dans leur grenier où les pièces de musée les plus extraordinaires étaient conservées ! Malheureusement, aucune pince avec des broches !

« Arbre de Noël en métal »

Quand j’ai visité pour la première fois, dans les années 60, la communauté des M. Afr. à Dar-es-Salaam, en Tanzanie, «Atiman House», j’ai vu dans la cour une sorte de sapin de Noël en métal. Je me demandais à quoi cela pouvait servir. Il mesurait environ 1 m 50 de haut et comportait une cinquantaine de branches ascendantes.

Les confrères m’ont expliqué qu’on l’utilisait pour égoutter les bouteilles de vin après avoir les avoir nettoyées et rincées, mais on l’utilisait maintenant rarement. Cette communauté était la procure et on importait le vin de messe et le vin de table du Nord du pays. En plus des bouteilles individuelles, on utilisait aussi des bouteilles d’environ 20 litres entourées d’un panier en osier « damjan » (dame-jeanne). On a utilisé par la suite des récipients de 100 litres dans les différents diocèses.

Marien van den Eijnden, M.Afr.
Heythuysen (Nederland)