Herman Konings 1937 – 2018 (PE n° 1093 – 2018/07)

Herman est né le 7 mars 1937 à Essen dans la province d’Anvers, près de la frontière des Pays-Bas. Ses parents étaient cultivateurs et au fil des ans ils auront dix enfants. Après les Humanités classiques au Petit Séminaire de Hoogstraten, il entra en septembre 1956 chez les Pères Blancs à Boechout. C’était l’année où son frère René partit au Burundi… Après le noviciat à Varsenare, Herman fit la théologie à Heverlee, où il prononça son serment le 28 juin 1962 et fut ordonné prêtre le 29 juin 1963. On décrit Herman comme un homme modeste, serviable, cordial et très social. Il n’est pas très bavard, mais s’intéresse aux autres. C’est un homme calme, d’humeur toujours égale. Il rayonne bienveillance et bonhomie. Il ne s’énerve pas, mais il ne faut pas le brusquer. Il est assez flegmatique, un peu sceptique. Il a du bon sens pratique. Il a des dons artistiques indéniables.

Nommé au Burundi, il part le 22 décembre 1963. Il étudie le Kirundi à Muhanga. Le père Braekers, régional, écrit : « C’est un homme joyeux qui amuse beaucoup les autres. Il fait de l’esprit avec des jeux de mots. Il est assez fort en kirundi. » Il devient responsable de la catéchèse et de la jeunesse à Muyaga. On constate assez rapidement que sa santé n’est pas brillante et qu’elle nécessite beaucoup de repos. En septembre 1965 Herman est envoyé à Giheta, ensuite à Bukirasazi. Après son premier congé en 1968, il devient vicaire et économe à Kibumbu. Le père Quintard, assistant-régional, note: « Comme économe de poste, il n’a jamais assez d’argent. Il en dispute avec l’économe général du diocèse… »

Fin 1972 la rébellion des Hutu est étouffée dans ce qu’on a appelé le génocide des Hutu burundais. En janvier 1973 Herman revient en Belgique, fort marqué par ces événements. Il devient professeur de religion dans un lycée à Borgerhout et demeure dans notre communauté de Berchem. Il accompagne en Grèce des groupes de jeunes. Il prend une année sabbatique, suit des cours de bible et de catéchèse, toujours en vue de l’enseignement. Après la session-retraite à Jérusalem  en 1980, il est prêt à repartir en Afrique.

Fin 1980 Herman arrive en Ituri et devient professeur de religion au collège de Bunia. Il a un horaire complet et il est apprécié. A la fin de l’année scolaire 1983 il décide pourtant de quitter. Il écrit au père Jan Lenssen, provincial de Belgique : « J’enseigne encore toujours avec le même enthousiasme, mais la mentalité ici est par trop différente de la mienne ». Pour une raison qu’on ignore – il n’avait jamais été expulsé – son permis d’entrée au Burundi est refusé. Le Rwanda peut-être ? Après une délibération sérieuse au conseil régional du Rwanda – parce que Herman avait le renom d’être trop ‘moderne’ – il regagne Kigali le 17 janvier 1984. Après un passage au Centre de Langue, le voilà vicaire à Kaduha dans le diocèse de Butare. Herman rêvait d’authentiques communautés de base. Aussi lui permet-on de rejoindre la paroisse de Rusumo, dans le diocèse de Kibungo, où le père Stany de Jamblinne travaille dans le sens d’Église-Monde. Herman se sent à l’aise dans cette pastorale. Il peint des tableaux et orne des églises. Il soutient des artistes locaux, qui font des panneaux décoratifs en relief, caractéristiques de la région.

En avril 1994 le génocide éclate également à Rusumo. Avec d’autres confrères Herman est évacué le 13 avril sur Bruxelles.

En septembre 1994 il suit pendant plusieurs mois une formation à Lyon, au CREC-AVEX (Center for Research and Communication). On pensait à lui pour le Centre audiovisuel au Burundi. Cette nomination n’aboutira pas. En septembre-décembre 1995 il suit à Jérusalem la session « Disciple du Christ et missionnaires aujourd’hui ». En mars 1996 il retourne à Jérusalem pour le Service archéologique et le musée, où entre autres il met en valeur la fameuse collection des lampes d’huile. Sa seule plainte : « Pendant quatre ans j’ai dû me débrouiller sans budget ».

En octobre 2000 il est nommé à Rome au service de la formation permanente et l’organisation du Mid-Life Renewal Programme. Il se charge de plusieurs tâches administratives à accomplir en ville ou à la Cité du Vatican et collabore avec le frère Karl Stärk à la photothèque. Il est opéré au cœur mais se remet fort bien.

En juillet 2006 il rentre définitivement en Belgique, où il rejoint Photos-Service à Namur. Il aide Gust Beeckmans dans la restauration de vieilles photos historiques. Il y restera dix ans, toujours aussi maigre, toujours égal à lui-même et blagueur. Il reste un peu spécial, observateur critique qui n’élève jamais la voix. Mais il commence à avoir de sérieux troubles respiratoires, qui nécessitent des séances kinésithérapiques appropriées.

En octobre 2016 il demande de pouvoir rejoindre Anvers. Le transfert de Photo-Service se prépare et il veut se rapprocher de son frère René sérieusement malade. Début 2018 ses problèmes respiratoires s’intensifient. Le 9 mars il regagne  Avondrust à Varsenare.

Il se montre fort reconnaissant des soins qui lui sont prodigués et jouit de l’air pur. Il se replonge avec joie dans ses albums d’œuvres d’art, tout en se préparant à l’inéluctable. Il se replonge dans le commentaire de Carlos Mesters sur le Serviteur Souffrant. Il note dans un calepin : « Oui, la souffrance inévitable de l’homme, projetée en une personne, le Christ, en moi ». Il connaît de terribles crises de suffocation. Vers la mi-avril il sent que la fin approche. Il note : « La résurrection ne suit pas la mort, elle a lieu au moment même de la mort. C’est le début d’un ‘vivre autrement’ que je puis anticiper ». Herman meurt le 20 avril à l’hôpital Saint-Jean à Bruges. Mark De Wulf, le responsable de Varsenare, est auprès de lui.

Le 26 avril il fut enterré à Varsenare, entouré de sa famille et de nombreux confrères. Qu’il repose en paix !

Jef Vleugels, M.Afr.

Marcel Peeters 1925 – 2017 (PE n° 1093 – 2018/07)

Marcel est né le 5 juillet 1925 à Vremde dans la province d’Anvers. Après l’école primaire à Boechout, où ses parents s’étaient établis entretemps, il fit les humanités classiques au Petit séminaire de Hoogstraten. Son père était employé au Port d’Anvers. En septembre 1943 Marcel entra chez les Pères Blancs à Boechout. Suivirent le noviciat à Varsenare et les études de théologie à Heverlee. Le 21 juillet 1949 Marcel y prononça son serment missionnaire et fut ordonné prêtre le 8 avril 1950 en l’église paroissiale de Heverlee. Ses professeurs soulignent sa dévotion solide et son caractère dévoué. Il aime l’ordre et la propreté. Ce n’est pas un grand intellectuel, mais il travaille dur. Il dispose de beaucoup de savoir-faire. Ce n’est pas un chef ; il doit au contraire être soutenu, car il manque de confiance en soi. Il est assez nerveux et parle facilement sans réfléchir… Il a la critique facile. Fait assez remarquable: au scolasticat il s’est très sérieusement mis à l’étude du swahili…

Il est nommé au Burundi. Pour accomplir son service militaire il doit suivre des cours à l’université de Louvain. En avril 1951 il est ‘réserve-adjudant-infirmier première classe de la Force Publique du Congo’… Le 17 avril 1951 il part pour Bujumbura avec la compagnie Sobelair et rejoint d’abord Gatara et quelques mois plus tard Musenyi dans le diocèse de Ngozi. Il se met courageusement à l’étude du kirundi, mais sa timidité ne joue pas en sa faveur. Sa vraie première nomination, en décembre 1951, est Buraniro, un poste en fondation, où il devient responsable des écoles. C’est une paroisse avec une nombreuse jeunesse scolarisée et des séances au confessionnal qui n’en finissent pas. Début 1960 Marcel part en congé et suit la grande retraite à Villa Cavaletti. En décembre 1960 il devient supérieur à Buraniro. Le père Thévenon, régional, note que Marcel tient le coup malgré les tensions politiques des années 61-62. On l’accuse pourtant faussement de faire de la politique et il est obligé de quitter Buraniro. Après quelques mois à Muramba et à Kisanze, il retourne à Gatara. Il n’aime pas ce poste. En janvier 1965 il est nommé économe à Gasenyi. Il se plaint de sa pauvreté et de la cherté de la vie. Son économat est, d’après ses dires, toujours dans le rouge, alors qu’il n’en est rien. « C’est un mendiant-né ; il sait décrocher tout par ses insistances », commente le  régional. Quand il constate quelque part de grandes dépenses, il ne peut s’empêcher de critiquer vertement. Pourtant sa manière de réagir ne contrarie guère les confrères. C’est un genre qu’il se donne et les confrères jouent le jeu. Au contraire, ils l’apprécient énormément comme économe. A travers tout le pays Marcel était d’ailleurs nommé gentiment ‘le riche prêtre’…

Les nominations se suivent. En juillet 1965 Marcel est supérieur à Muhanga ; en juin 1968 il retourne à Gatara, mais déjà en septembre il rejoint Ijene, où il devient supérieur en juin 1970. Il reste un pasteur engagé et attentif. Il n’a jamais été un grand animateur de communauté, mais il est toujours prêt à rendre service. Un confrère témoigne : « À Ijene, il était un homme de paix, aimé et respecté. Les autorités de la commune ont eu peur qu’il soit nommé ailleurs. Pourquoi ? Parce qu’il était un élément de paix et d’unité dans la commune et sur tout le secteur ». A son grand regret, on le renvoie en janvier 1978 à Buraniro. Cette paroisse compte alors 42 000 chrétiens. Dans le cadre du catéchuménat les pères organisent également des cours d’alphabétisation et de calcul, en vue d’améliorer la culture générale. Mgr.Kaburungu veut lancer partout des ‘conseils de colline’ et préparer ainsi le synode diocésain. Fin 1979 Marcel participe à la session-retraite à Jérusalem. A son retour il est nommé vicaire à Gatara. Partout Marcel a pu compter sur le soutien des siens, en particulier sur l’organisation de Boechout “Briques pour Dieu”, pour construire églises et écoles, réaliser ponts et adductions d’eau  et acheter du matériel scolaire. En 1985, quand le torchon brûle entre Bagaza et l’Eglise catholique, Marcel fait partie des confrères qui reçoivent de la part du gouvernement “la permission de rester chez eux”. A l’occasion de son départ le Flash Burundi parle de “l’homme sage, le fin connaisseur, l’observateur averti de tant de choses du pays, l’homme charmant en communauté qui ne pouvait jamais se passer des taquineries de ses confrères, le PB qui pendant 35 ans a patiemment construit l’Eglise du Burundi en accompagnant des milliers de jeunes sur le chemin de la foi”. En Belgique il rejoint les confrères de la paroisse du Sacré-Coeur à Anvers, d’où il pourra visiter régulièrement sa vieille maman, qui s’éteindra en 1987 à l’âge de 92 ans.

Mais voilà qu’en septembre 1988 Waly Neven, régional, écrit au provincial de la Belgique : “Quant à Marcel Peeters, là vraiment, les confrères sont pratiquement unanimes pour dire qu’il ferait encore très bien par ici et que nous serions tous très contents de le recevoir parmi nous”. Marcel a pourtant encore besoin de temps pour digérer les événements du Burundi et ne répond pas tout de suite à l’invitation. Mais en décembre 1990 – il a alors 65 ans – il repart et devient vicaire à Ijene. A part un intérim à Giharo dans le diocèse de Ruyigi, il y reste jusqu’en 1997. Sa dernière nomination au Burundi l’envoie auprès des Dominicaines contemplatives de Rweza,  au “Monastère Notre Dame de la Paix”, où il assure les services avec feu Alex Verpoort et Théo Neven. En 2003 la Région décide de mettre fin à ce projet et Marcel et ses deux confrères rentrent définitivement en Belgique. Marcel s’installe dans notre communauté d’Anvers. Il reste égal à lui-même, rouspéteur éternel mais heureux. Jusqu’à la fin de sa vie il continuera à soutenir financièrement les moniales de Rweza…

Début 2016, sa santé décline sensiblement et il rejoint la Maison de Repos et de Soins “Notre-Dame d’Anvers”, quelques rues plus loin. Il y décède d’un arrêt du cœur le vendredi 12 mai 2017. La liturgie de la résurrection eut lieu en l’église paroissiale Charles Borromée à Anvers, le samedi 20 mai, suivi de l’inhumation en notre cimetière de Varsenare.

Jef Vleugels, M.Afr.

150ème Anniversaire : Père Maurice Bellière (PE n° 1093 – 2018/07)

Sa pierre tombale, délaissée et négligée, couverte de mousse, un peu engloutie et sous un angle, a été découverte en 1975 en Normandie française. Une fois nettoyée, une double entrée a été découverte : « Madame Barthélemy, née Louvel, 1841-1907 » avec en dessous le nom de notre confrère : « Maurice Bellière, prêtre, missionnaire d’Afrique ». Dans notre nécrologie, nous trouvons en effet le nom du père Maurice Bellière, ancien missionnaire au Nyasaland (aujourd’hui Malawi). Il mourut le 14 juillet 1907 à Caen. Qui était-il ? Oublié ? Puis redécouvert ? Voici l’histoire d’une vie à la fois tragique et émouvante.

Sa jeunesse  

Maurice Bellière est né le 10 juin 1874 en Normandie, une région du nord-ouest de la France. Une semaine après sa naissance, sa mère est morte. Le père a confié le bébé à sa belle-sœur, Mme Barthélemy, et à partir de ce moment-là, il a disparu de sa vie. Le couple Barthélemy, n’ayant pas d’enfants, l’a élevé comme leur propre enfant. Ce n’est que lorsque Maurice a onze ans qu’il découvre qui sont ses vrais parents. Cette découverte a beaucoup affecté ce jeune homme encore fragile et a laissé des traces sur son âme pour le reste de sa vie. Après une vie missionnaire dure et courte, il est décédé à Caen, à 32 ans, sans contact avec les Pères Blancs ; il est mort dans une maison pour malades mentaux, et a été enterré dans le même caveau familial que sa bien-aimée « seconde mère » à Langrune-sur-Mer.

Contact avec Thérèse au couvent des Carmélites de Lisieux

Après son enfance, il n’a trouvé que peu de soutien pendant le temps passé au séminaire. Durant sa jeunesse, il a dû surmonter de nombreuses épreuves et, comme il le dit lui-même, « a traversé de nombreuses tempêtes ». Il croyait qu’il devrait vivre le reste de sa vie avec la pensée d’avoir gaspillé ses meilleures années. Appelé au service militaire et conscient de sa propre fragilité, il craignait le pire pour sa vocation sacerdotale. Incliné sous le poids de son passé de péché et doutant de sa capacité à tenir le coup, il écrivit une lettre à la Prieure du Carmel à Lisieux la suppliant, comme il disait, de « confier à la prière de l’une de vos sœurs le salut de mon âme et d’obtenir pour moi la grâce de rester fidèle à la vocation que j’ai reçue de Dieu ». La jeune Thérèse, qui avait rejoint le Carmel à l’âge de 15 ans, a été choisie par sa mère supérieure pour cette entreprise tout en faisant la lessive hebdomadaire du couvent, en fait la plus humble des tâches quotidiennes. Maurice, qui était en deuxième année de théologie au séminaire diocésain, a ainsi reçu une bouée de sauvetage jetée sur lui par cette religieuse carmélite. C’est ainsi qu’une amitié spirituelle a commencé entre un homme modérément doué et une jeune sœur contemplative exceptionnellement douée. Cette simple jeune sœur sera bientôt connue dans le monde entier sous le nom de « Petite Thérèse de Lisieux » (1873-1897).

Père Maurice Bellière et Soeur Thérèse de l’Enfant Jésus

 

Maurice et Thérèse ne se sont jamais rencontrés, mais leur destin les a profondément unis. Leur correspondance, qui a commencé deux ans avant la mort de Thérèse, s’élève à 21 lettres et a fait un ajout important à son autobiographie spirituelle, célèbre dans le monde entier, « L’histoire d’une âme», qui a été publiée en 1898, après sa mort. Maurice voulait devenir missionnaire et fut accepté par la Société des Missionnaires d’Afrique, les Pères Blancs. Sa vocation a généré un désir missionnaire chez Thérèse aussi.

A cause de cet enthousiasme missionnaire et sans doute aussi à cause de cet échange de lettres avec un missionnaire – et l’un d’entre nous – l’Eglise l’a déclarée sa sainte Patronne des Missions. Nous, les Pères Blancs, nous pouvons en être fiers à juste titre.

Maurice était un homme qui, à bien des égards, ressemble à chacun d’entre nous, avec ses angoisses facilement reconnaissables et ses capacités humaines limitées. En même temps, nous découvrons dans ses dix lettres que Thérèse est une sainte à la portée de tous, mais aussi qu’elle est une personne vraiment mystique, capable d’amitié spirituelle. Leur amitié s’est formée autour de leur idéal commun, un désir commun pour l’amour, la simplicité et la cordialité du Christ. L’amitié entre un Docteur de l’Eglise en spiritualité et ce jeune aspirant au sacerdoce montre une affection mutuelle qui n’a pas peur des mots de tendresse. Ils s’appellent « petit frère » et « petite sœur » . « Rien de profane ne perturbe le secret de notre intimité », diraient-ils eux-mêmes. Il devient pour elle le frère qu’elle n’a jamais eu, et elle est devenue pour lui la sœur qui lui manquait. L’histoire qui émerge ici mérite, à notre avis, d’être connue de tous les « petits frères » de Thérèse aujourd’hui, qu’ils soient déjà Missionnaires d’Afrique ou aspirants missionnaires. Ils ont sûrement besoin de ces mots d’encouragement.

Thérèse était déjà gravement malade ; la tuberculose dont elle souffrait était déjà à un stade avancé et aucun remède n’était encore disponible. Malgré cela, elle écrivit de magnifiques lettres à son « petit frère»  incertain pour l’encourager dans sa vocation. Le dernier mot qu’elle lui a envoyé était un gribouillis laborieux au dos d’un certificat de communion : « Souvenir final d’une âme qui est proche ». Dès sa toute première lettre, elle rappelle la loi qui dominera sa vie future, c’est-à-dire les tentations et les épreuves qui accompagnent nécessairement chaque apôtre. Il devra apprendre à les accepter. A cet égard, les lettres de Maurice expriment parfois des mots justes et des sentiments nobles, mais Thérèse tentera de l’emmener plus loin. Il devra tout lâcher, en suivant l’exemple de Jésus :  « Tu vas devoir souffrir beaucoup », écrit-elle. Ses paroles portent un accent prophétique.

Thérèse s’était très tôt rendu compte que les prêtres étaient « des hommes à la fois fragiles et faibles ». Cela semblait particulièrement vrai dans le cas de Maurice, son frère prêtre qui, selon ses propres mots « a dû regretter beaucoup de trébuchements inouïs et beaucoup de folie ». Mais, comme elle l’écrit : « Aucune fragilité humaine ne peut être un obstacle à la prédication de l’Évangile tant que la flamme de l’amour brûlera au cœur de l’Église ». Plus tard, Maurice relira ces lettres à plusieurs reprises et fera même une collection de ses passages de choix lors de ses études à Carthage. Plus tard encore, au Malawi, alors qu’il était déjà malade et plutôt découragé, il a certainement trouvé dans son message le remède contre le désespoir.

Sa formation à la vie missionnaire

Le 30 septembre 1897, Maurice s’embarque à Marseille pour traverser la Méditerranée jusqu’au noviciat des Pères Blancs en Afrique du Nord. Le soir même, l’agonie de Thérèse a commencé après une longue lutte contre la maladie. Elle aussi faisait maintenant sa propre traversée vers une autre vie. Maurice et Thérèse « sont partis ensemble ». C’est à ce moment-là qu’elle a donné le coup d’envoi d’une expansion missionnaire mondiale, dont les effets sont encore visibles aujourd’hui dans toute l’Afrique et dans le monde entier. Peut-être Maurice n’en a-t-il pas perçu la signification prophétique, mais leur amitié est restée pour lui « une grande force et une source de confiance… ; du ciel, elle veille sur moi ; ceci, je le sens clairement » écrit-il. Lorsque, à Carthage, en novembre 1898, il parvient à être l’un des premiers au monde à mettre la main sur l’autobiographie de Thérèse de « l’histoire d’une âme », il est ravi. Il avait à peine terminé la lecture de la première partie quand il s’exclama : « Dieu est ici »  Il devait méditer dessus pendant longtemps et, ainsi, à partir de ses écrits, il la comprendra mieux, elle et « sa petite Voie ».

Bien avant l’arrivée de Maurice en Afrique, les Pères Blancs avaient tenté avec courage d’atteindre l’Afrique de l’Ouest à travers le Sahara, où ils avaient, dès 1872, établi leur première antenne à Laghouat. En Afrique du Nord, les guides touaregs ont massacré six Pères Blancs. En Afrique centrale, en 1886, les premières communautés chrétiennes sont sorties du sang versé par les martyrs ougandais, après que les caravanes des Pères Blancs ont atteint cette région par la mer Rouge et Zanzibar. La Société est encore très jeune et compte peu de membres, mais onze de ses membres ont déjà été assassinés et cinquante-six sont morts prématurément à cause de la maladie, de la fièvre et des dépravations de toutes sortes. Au total, ils représentaient 29% de ses jeunes missionnaires, seulement 19 ans après la naissance de la Société.  Les engagements missionnaires du cardinal Lavigerie ne pouvaient se faire que sous le signe de la croix.

Au noviciat , à Maison-Carrée

C’est dans ce contexte que Maurice a commencé sa formation : un an au noviciat de Maison-Carrée en 1887 et trois ans de théologie à Carthage (1898-1901). L’atmosphère était celle de la générosité et de la sainteté. Lavigerie avait toujours insisté sur ses hommes : « Pour un apôtre, il n’y a pas de voie médiane entre la sainteté totale et la perversion absolue ».

Thérèse de Lisieux lui instillerait le même avertissement dans sa lettre de juin 1897, disant qu’avec toutes ses angoisses et contradictions, il ne pouvait pas être un demi saint : «Tu es un saint pleinement et complètement ou tu n’es pas un saint du tout !» Elle connaissait son désir de sainteté et même de martyre et ne pensait pas que ce désir était présomptueux.

Le noviciat de Maison-Carrée était à dix kilomètres du port d’Alger. C’est ici que Maurice a vécu jusqu’en août 1898. Il est presque instantanément tombé amoureux de l’Afrique et était à l’aise avec ses cinquante co-novices venant de plusieurs pays. Mgr Livinhac, le Supérieur général, qu’il y a rencontré, était la bonté même et faisait preuve d’une humanité profonde. Il avait été membre des premières caravanes héroïques vers les Grands Lacs et il avait fondé la première mission en Ouganda en 1879. Il est devenu le premier évêque Père blanc en 1884 et le premier Vicaire général de la Société en 1889. Maurice a travaillé à ses côtés en tant que premier secrétaire privé en raison de sa connaissance de l’anglais. Plus tard, lors de ses heures sombres de 1905-1906, il a trouvé en Livinhac un père compréhensif.

Son maître des novices était le père Paul Voillard, 37 ans, tout à fait différent de Livinhac ; il avait des yeux aiguisés et perçants avec un tempérament ardent. Malgré cela, il ferait une profonde impression sur les gens. Inspiré par la spiritualité de saint Ignace, il conduisait sérieusement son petit troupeau avec des mots d’encouragement et un enthousiasme contagieux. A cette époque, Voillard a également été contacté par le bienheureux Charles de Foucauld pour être son conseiller spirituel. C’est ainsi que Maurice a pu se tenir aux côtés de cet « Ermite du Sahara » pendant une semaine entière. Quelque temps plus tard, en 1916, de Foucauld fut assassiné par des Bédouins à Tamanrasset. Le père Voillard est devenu le deuxième Supérieur général de la Société. En Afrique du Nord, près de Livinhac et de Voillard, Maurice était en de bonnes mains.

Départ pour le Nyasaland

Maurice reçut sa nomination pour le Nyasaland et devint l’un des fondateurs de la nouvelle mission. Une photo de Maurice, prise à cette époque, montre un jeune homme souriant qui semble regarder l’avenir avec confiance. Le 29 juillet 1902, il embarque à Marseille pour partir avec dix autres missionnaires pour un long voyage de 67 jours. Le voyage les a vu traverser Port Saïd, le canal de Suez, la mer Rouge, puis Eden au Yémen sur la péninsule arabique, autour de la pointe la plus orientale de l’Afrique, pour finalement naviguer dans l’océan Indien. Ils atteignirent Chiwamba au Nyasaland le 4 octobre 1902, où la nouvelle station missionnaire devait être fondée et où il passa les neuf premiers mois de sa vie missionnaire dans des conditions de grande insécurité.

Le Père Maurice et ses compagnons au départ pour le Nyassaland

La vie apostolique semblait beaucoup plus difficile qu’il ne l’avait prévue, mais cela ne pouvait qu’exciter ses rêves romantiques de sacrifices et de conquêtes spirituelles. Il a commencé à travailler à Chiwamba avec les pères Guyard, Perrot, Honoré et le frère hollandais Sebastian. Maurice avait toujours eu besoin d’amitié et d’affection et n’était pas fait pour vivre seul. Déjà en Afrique du Nord, ses supérieurs l’avaient décrit comme «ouvert et plein de vie», doté d’une «compréhension cordiale». La «règle des trois», si chère aux Pères Blancs, lui convenait bien et, de toute évidence, il avait bien atterri. Malgré des accès de fièvre fréquents et durables et une mauvaise alimentation, les missionnaires ont commencé assez rapidement leurs activités pastorales, comme la célébration de l’Eucharistie et la catéchèse. Maurice ne pouvait pas consacrer suffisamment de temps à l’apprentissage de la langue en raison de problèmes de santé récurrents. Dans le passé, Thérèse, dans son Carmel, avait entendu parler des difficultés rencontrées et elle écrivait : « Là-bas, au loin, il y a un apôtre qui s’efforce et – pour éclairer sa fatigue – j’offre la mienne à Dieu », et plus loin elle dit : « J’ai fait un accord avec Dieu, afin qu’il donne un peu de temps libre à ces pauvres missionnaires malades pour qu’ils trouvent un peu de temps pour prendre soin d’eux-mêmes ».

En 1902, l’administration coloniale britannique a été transférée à Lilongwe et, par conséquent, le poste de mission de Chiwamba a également été fermé, car on pensait que c’était une bonne chose si la mission était suffisamment proche de l’administration coloniale. Ainsi, le nouveau poste de Likuni a été fondé en novembre 1904, à environ huit kilomètres de Lilongwe. Maurice, en raison de sa connaissance de l’anglais, a été nommé supérieur de ce nouveau poste.  

La même année, Mgr Dupont revient de France et commence bientôt à visiter les différents postes de son Vicariat, en compagnie de Maurice, son secrétaire. Le surnom de « Motomoto « que les Africains avaient donné à l’évêque Dupont était adéquat : « moto » signifie « feu » et doubler le mot signifiait un superlatif : « feu flamboyant », pour ainsi dire. ‘Accendatur’ – qu’il brûle – était en fait la devise de l’évêque Dupont. Plus tard, Maurice devrait souffrir un peu de ce caractère ardent. Il voyageait avec son évêque vers des régions comme la terre de Bemba, le lac Bangweolo et la vallée de Luangwa que le père Guillemé décrivait comme « un pays sans grand attrait ». Il rapporte que lui et ses collègues ont été épuisés par la chaleur intense et déshydratés par la soif… Les nuages de moustiques ne leur ont donné aucun répit… Ils ont été réveillés par le ricanement des hyènes et le rugissement des lions. Dans ces circonstances difficiles, les efforts quotidiens coûteraient cher à ces missionnaires.

Menacé par des fièvres mortelles

En 1903, Maurice écrivit une lettre à un prêtre-ami en France. Il lui dit qu’il souffrait de la fièvre des eaux noires, une forme réduite mais très dangereuse de paludisme ; l’urine devient sombre et la mort suit rapidement. Maurice le savait et s’attendait à mourir. Cependant, il a survécu, parce qu’il a été diagnostiqué à temps et parce que les médicaments, qui étaient disponibles à l’époque, lui ont été donnés. Bientôt il fut de nouveau actif, bien que dans les journaux intimes on ne trouve pas beaucoup d’informations sur ses activités pastorales quotidiennes. De plus, Maurice lui-même n’écrit pas grand-chose à ce sujet. Les opinions de Nyasa à son sujet étaient fragmentaires. Nous savons qu’il s’est heurté à un confrère qui, lui-même, avait de graves problèmes de santé et souffrait de dépression. Au contraire, le frère hollandais Sebastian, qui tenait le journal de Likuni, était toujours plein d’éloges pour Maurice. Maurice lui-même était partagé entre, d’une part, l’humilité que Thérèse lui avait inculquée et, d’autre part, sa fierté de parler anglais et ses ambitions mondaines, remontant à sa carrière militaire. Il ne s’entendait pas bien avec ses confrères. Mgr Dupont lui-même n’était pas un homme facile à cause de ses accès de goutte et était un supérieur exigeant et sévère. Il pouvait être très dur avec Maurice et exiger beaucoup de ses hommes. Cela, ainsi que ses affrontements avec ses confrères, ont conduit Maurice au bord du découragement total.

Départ anticipé du Nyasaland

Après huit ans, en octobre 1905, Maurice décide de quitter l’Afrique, en homme brisé. Il s’est rendu à Maison-Carrée pour « déposer les armes » aux pieds de son vieux supérieur et bon ami, Mgr Livinhac. Il avait avec lui toutes les lettres de Thérèse, ainsi que la première version de « L’histoire d’une âme » avec une photo d’elle dans un cadre ovale. Au revers, il avait écrit une prière qu’il avait reçue de Thérèse : « Je te demande, ô Jésus, un cœur qui t’aime, un cœur qui ne peut être vaincu, préparé à reprendre le combat après chaque tempête, un cœur qui est libre et ne se laisse pas séduire, un cœur qui est droit et qui ne suit pas les chemins tortueux ». Il était sur le point d’entrer dans une impasse. Thérèse – et aussi le Cardinal Lavigerie – l’avait prédit, il était sur le point d’escalader son Calvaire.  

Déjà en 1903, il avait attrapé la fièvre des eaux noires et la maladie du sommeil et souffrait de problèmes rénaux qui, peut-être, affectaient son cerveau et le laissaient parfois confus. A cause de tout cela, ses confrères pensaient qu’il n’était plus entièrement responsable de ses actes. De plus, parce qu’il avait quitté son champ d’apostolat sans l’autorisation de ses supérieurs, il a été appelé à venir rendre compte au Conseil général, après son arrivée en Europe. Ses réponses n’ont pas été satisfaisantes, mais il n’a pas été sévèrement puni. Au contraire, il a reçu l’ordre de retourner à sa mission. Cependant, comme il continuait à souffrir d’accès de fièvre, son médecin pensait qu’un retour en mission constituerait un grave danger pour sa santé.

Il fut envoyé à Autreppe, en Belgique, dans une maison de repos pour missionnaires malades, mais peu de temps après, le médecin décida qu’il valait mieux pour lui d’aller respirer l’air frais de Langrune, dans son pays natal de Normandie. Il n’est pas facile de savoir qui, à partir de ce moment, était responsable de lui après les Pères Blancs. Une chose est certaine, sa mère adoptive bien-aimée est morte cinq mois plus tard. Après sa mort, il est devenu encore plus confus et à partir de ce moment, il s’est rapidement détérioré physiquement et mentalement. Il perdait l’esprit de plus en plus ; il errait sans but et un jour, son prêtre-ami, le père Adam, l’a placé dans un Institut pour malades mentaux à Caen. C’est là qu’il mourut le 14 juillet 1907, cinq semaines après son 33e anniversaire.

Autrefois, ces institutions étaient cruellement appelées « maisons de fous ». Pour Thérèse, ce mot serait aussi un coup de couteau au cœur. En effet, c’est dans une institution de ce genre que son propre père a été admis et est mort après trois ans et demi. Combien elle aurait souffert de connaître les derniers jours de son petit frère bien-aimé Maurice.

Un homme comme nous

Il y a une lacune dans les détails sur ses derniers jours. Il est certain qu’il a dû beaucoup souffrir, même si nous ne connaissons pas la nature précise de sa maladie. Dans le journal de Likuni, il est écrit qu’il souffrait de la maladie du sommeil, causée par des piqûres de mouches tsé-tsé. Il est également suggéré que, peut-être, il avait une tumeur au cerveau. En tout cas, le Maurice malade n’était pas le Maurice que les Pères Blancs avaient connu en Afrique du Nord : « Un jeune homme ouvert et plein de vie », qui avait une « relation chaleureuse avec les autres ». Le déroulement de la vie de Maurice nous rappelle les paroles que Thérèse a écrites en 1897 : « Quand j’entrerai dans la vie, la souffrance de mon petit frère sera transformée en paix et en joie ».

La pierre tombale jadis enfoncée en angle et couverte de mousse, à Langrune-sur-Mer, a cédé la place à un beau monument funéraire sur lequel on peut lire à l’entrée : « Maurice Bellière, frère spirituel et protégé de Sainte Thérèse ». C’est une épitaphe émouvante ! L’échange de lettres entre lui et Thérèse l’a sorti de l’oubli et l’a rendu digne d’un titre de grandeur coûteuse.

La petite Thérèse nous a révélé que Dieu ne demande pas plus que ce que nous pouvons donner. Se confier à Dieu qui n’est « rien d’autre qu’Amour et Tendresse », c’est ce qu’elle demande à Maurice. Sa vie a pu sembler se terminer par un échec apparent ; son idéal était grand et ses rêves illimités. Tout bien considéré, sa fin n’a certainement pas été un échec.

Piet van der Pas, M.Afr.

Livres et articles publiés par des confrères (PE n° 1093 – 2018/07)

Diego Sarrió Cucarella, Maurice Borrmans, savant, prêtre-missionnaire et homme, in En dialogue (Service national pour les relations avec les musulmans), Paris, n°6, janvier-février 2018, pp. 12-15.

Jan Renis, Croyez à la Bonne Nouvelle ! Guide pour la lectio divina pendant les semaines 26 à 34 du temps ordinaire, s.l., 2017, 162 pages.

Michael L. Fitzgerald, « Mirrors of Mercy », témoignage donné au cours du séminaire au PISAI sur la miséricorde. Studi arabo-islamici del PISAI, n°22: RAHMA. Muslim and Christian Studies in MERCY. Rome, 2018, pp. 27-31.  

Hans Vöcking , “Französischer Islam oder Islam in Frankreich?” in Herder Korespondanz, 2018/6, pp.35-38.

Gaétan Bawingson Tiendrebeogo, Created in the Likeness and Image of God. The Theological Anthropology of Sergey Bulgakov in the Great Trilogy. Partial fulfillment of the requirements for the licentiate in Theology. Pontificio Istituto Orientale, Rome, 2018, 86 pages.

Simon Touwindsida Ouedraogo, The Patrimony of an Institute according to can. 578. Application to the Society of the Missionaries of Africa.Dissertation for the Licentiate in Canon Law, Pontificia Università Gregoriana, Rome, 2018, 86 pages.  

Stéphane Joulain, From Shame to Guilt: a Journey through Cognitive Distortions, in Centre for Child Protection, PUG (ed.), Safeguarding. Reflecting on Child Abuse, Theology and Care, Leuven-Paris-Bristol, Peeters, 2018, pp. 127-149.

Philippe Thiriez, Étienne Desmarescaux (1927-2017), Études et circulaires, de nombreuses photos et cartes. publication privée, Bouvines, 2018, s.p.

Jaak Broekx, Les Pères Blancs dans les camps de réfugiés rwandais en Tanzanie, 1994-1996, s.l., 2017, 50p. (travail réalisé « en me basant sur les lettres que j’avais écrites à ma famille en 1995-1996 depuis notre séjour à Benaco »).

M.Afr. Zambia, The Earth our Home. Conservation for Integrity of Creation, DVD produced by Catholic-Tr Media Services, Lusaka, 2017.

Armand Duval, C’était une longue fidélité à l’Algérie. Bienheureux Pères blancs, Ch. Deckers, A. Dieulangard, Jean Chevillard, Ch. Chessel, m.afr., Tzi Ouzou, 25/12/1994, Paris, Médiapaul, 2018, 215 pages.

Dominique Arnauld, archiviste

Quelle « option préférentielle pour les pauvres » ? (PE n° 1093 – 2018/07)

Un engagement judicieux et à long terme.

Une option « qui est la marque d’un bon jugement » et qui a pour ambition de « s’inscrire dans la durée ». C’est cela le plan ! et maintenant proposons les détails que je soumets à l’appréciation des confrères, surtout des plus jeunes.

Donner du pain à un pauvre, ou lui proposer quelques pièces de monnaie quand il en demande, payer des frais de scolarité pour un jeune, c’est une réponse honorable à un besoin urgent des personnes que nous connaissons dans nos milieux d’apostolat. Nous l’avons tous fait d’une façon ou d’une autre. Le bénéficiaire en sera, certes, très reconnaissant, il fera des bénédictions au bon bienfaiteur et probablement décidera de passer le revoir de temps en temps quand il se retrouve dans le besoin ; parce que les besoins, il en aura toujours ; mais il y a la probabilité que le bienfaiteur peut partir un jour.

En prenant un peu de recul je pourrais envisager une autre façon d’aider, plus judicieuse, plus efficace, avec le rêve de résoudre au moins une partie du problème à très long terme.

Un engagement solidaire pour une meilleure solidarité

C’est là que je rêve d’une option, d’un engagement qui mobilise toute la Société comme un seul homme, avec la ferme résolution de soulager efficacement le poids de la pauvreté et de donner à ceux qui n’en peuvent plus, la capacité de se prendre en charge et de s’en sortir finalement par eux-mêmes (développement), gardant ainsi toute leur dignité.

Ce que je suggère n’est pas nouveau, car des confrères l’ont déjà vécu avant qu’un certain individualisme ne prenne le dessus. Ils avaient fait le choix de privilégier une réflexion communautaire audacieuse qui pouvait les sortir du « cercle vicieux » de la distribution automatique et purement mécanique : « j’ai reçu, je donne », avec le risque de créer, en passant, un « fan club » ou carrément des « dépendants ». Les Africains ne disent-ils pas que « la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit » ?

Si deux, trois, cinq confrères « qui ont reçu gratuitement », s’engagent dans une consultation communautaire pour juger comment mieux aider les populations qu’ils servent (chrétiens, musulmans, hindous, bouddhistes, pratiquant des religions ancestrales), s’ils mettent dans le coup la solidarité de la Société, pour commencer par exemple une petite école des métiers, qui formera des jeunes, ces enfants des pauvres autours d’eux, pas seulement leurs pauvres « préférés », pour leur donner des compétences afin qu’ils participent au développement de leur pays en gagnant du même coup leur vie… ces jeunes garderont leur dignité et se sentiront capables de participer au développement de leur pays, grâce au métier acquis. C’est libérateur car ils ne seront plus obligés de porter les stigmates d’une pauvreté non choisie.

Donner aux pauvres le pouvoir et la capacité de s’entraider

En effet je crois profondément à ce que nous avons toujours voulu dire en disant « empowerment », que nous traduisons maladroitement par « capacitation ». Faciliter à une personne ou un groupe de personnes, les possibilités de se déployer positivement et de s’améliorer en améliorant du même coup leur environnement immédiat. La formation est un moyen très efficace pour arriver à cette « capacitation ». Apprendre aux pauvres à mieux tirer parti de leur environnement grâce aux techniques agricoles adaptées (école d’agriculture) ; former les jeunes d’un village à construire des bâtiments solides et décents pour améliorer l’habitat et aussi gagner leur vie (maçonnerie) ; des menuisiers, des mécaniciens, des électriciens, des tailleurs, etc. Des gens qui vont travailler, développer leur contrée et donner une meilleure qualité de vie à leur famille. Ce qui pourra alors nous manquer c’est la queue de ces personnes assises devant nos bureaux pour quémander et parfois subir nos « engueulades », parce qu’ils n’ont vraiment pas le choix s’ils veulent arriver à nous soutirer quelques sous.

Des jeunes en apprentissage à Sharing Centre à Kampala

Pourquoi j’insiste sur les écoles de métiers ? Parce que dans beaucoup de pays où nous sommes en Afrique, des pays en développement, il manque cruellement des jeunes bien formés dans les différents métiers de base qui entrent directement en jeu dans le développement. Nous nous plaignons souvent que les entreprises chinoises importent même leur propre main d’œuvre chinoise. Parfois des entreprises ont du mal à trouver de la main d’œuvre qualifiée pour réaliser des infrastructures et travaux aussi simples qu’un bon crépissage ou une plomberie correcte. Les écoles de métiers sont rares alors que les universités qui produisent des « semis-intellectuels » pullulent, jetant sur le marché du travail des jeunes pas vraiment qualifiés. Si le rythme actuel continue, l’Afrique risque de s’enfoncer davantage dans le sous-développement. Ceci n’est pas une bonne nouvelle.

Pour une charité efficace et féconde

Si la providence a permis que certains dons des bienfaiteurs transitent par nos mains, et si nous sommes vraiment engagés dans l’annonce de la Bonne Nouvelle en Afrique, alors nous pouvons participer au « miracle de la charité » en choisissant d’aider les pauvres de la manière la plus efficace que nous pouvons imaginer ensemble, afin de les aider à devenir agents de leur propre bien-être et pourquoi pas de leur propre bonheur ? On ne pourra peut-être pas éradiquer la pauvreté ; elle existe depuis l’aube des temps. Par ailleurs, nous avons la preuve que la vie de certains peuples s’est nettement améliorée depuis quelques décennies, après avoir connu des périodes de pauvreté parfois extrême. N’avons-nous pas des confrères qui « distribuent » parce qu’eux-mêmes ont trop souffert de la pauvreté et, maintenant, ils ont fait le choix de « faire profiter les pauvres » de la largesse de leurs bienfaiteurs ? Nobles sentiments… C’est seulement le résultat qui ne l’est pas tout à fait, car il crée des dépendances sans que cela ne soit leur but ; et puis, c’est plus facile de se faire des amis avec l’argent des bienfaiteurs.

Pour nous, Missionnaires d’Afrique, « l’option préférentielle pour les pauvres » pourrait passer, comme l’économe général nous l’a proposé, par un bureau interne de développement qui nous aidera à poser des gestes communautaires qui aident vraiment les pauvres, grâce à un discernement judicieux des projets que nous souhaitons réaliser et par l’étude de l’impact de nos réalisations. Nous y gagnerons, certainement, à faire les choses ensemble pour un résultat qui respecte la dignité des personnes, avec un impact durable dans le milieu. C’est une chose que d’avoir de l’argent et c’en est une autre que de savoir bien l’utiliser…

Être audacieux, risquer de faire les choses différemment, même si cela va nous priver de notre « succès » ; montrer une bonne ambition pour les pauvres que nous voulons aider, cela est à notre portée. c’est une belle « option préférentielle pour les pauvres ». Il y a tant de confrères qui ont des bonnes idées et qui sont prêts à les partager ; il y en a aussi qui « reçoivent » beaucoup et qui aimeraient faire un bien qui relève et qui dure. Il nous suffira d’aller les uns vers les autres et d’échanger sans tabou, même s’il s’agit de parler d’argent.

Où trouver le personnel pour tous ces « beaux projets » ? Fausse question qui nous amènera à une fausse réponse. « Avec qui pourrons-nous le faire ? » Voici la question « synergique » que nous pourrons courageusement nous poser…

Un confrère à qui j’ai soumis ce texte m’a dit : « Commencer une école pour les pauvres ou un centre d’apprentissage demandera des ressources consistantes ; et si on n’a pas ces ressources ?» Alors ne commençons pas ! Mais cela ne nous empêche pas d’en chercher si nous connaissons des personnes ou des organismes qui peuvent nous aider à aider efficacement. L’idée de base ici est d’utiliser judicieusement, rationnellement toutes ces ressources qui passent pas nos mains individuelles et en faire un outil d’apostolat en tant que Société. À vos stylos, donnez vos idées, parlez de vos expériences !

Freddy Kyombo Senga, M.Afr.

« Pourquoi faire des vidéos à ton âge ? » (PE n° 1093 – 2018/07)

Cette question était en tête de la liste de quelques suggestions qu’un confrère m’a faites en me proposant d’écrire un article pour le Petit Echo à l’occasion du 150ème anniversaire de notre fondation. Pourquoi  à mon âge passer la majeure partie de mon temps avec mes yeux rivés sur mon ordinateur ? Pourquoi à mon âge jongler avec toutes ces photos, m’évertuant à les faire avaler par des logiciels tels que « Powerpoint » et « Movie Maker » ?

Selon la formule traditionnelle de nos notes nécrologiques, j’ai 76 ans, dont 40 ans passé en Tanzanie. A ton âge ? Cette question, n’est-ce pas un sous-entendu pour « ce n’est plus un âge pour » ou « on ne se lance pas dans des aventures pareilles quand on devient croulant ». Est-ce vraiment si extraordinaire de faire de l’animation missionnaire dans la dernière tranche de sa vie ? Missionnaire un jour, missionnaire toujours nous apprenait-on au noviciat ! Parfois j’ai l’impression que certains jeunes confrères me perçoivent comme un fossile du jurassique. Moi je me sens encore tout jeune, surtout quand je me trouve en plein milieu d’un tas de photos en train de fabriquer une vidéo qui nous fera revivre l’épopée de nos missionnaires jeunes ou vieux, du passé ou du présent.

Je crois que j’ai attrapé le virus de l’animation missionnaire et vocationnelle aux premiers jours de ma carrière de Missionnaire d’Afrique. J’aime la photographie et me promène souvent dans les rues de Bruxelles avec mon appareil en poche. Pour bien dormir, le soir avant de me coucher, je lis des bandes dessinées en les dégustant lentement. Je suis un abonné régulier de « YouTube ». Mes films favoris : Charlie Chaplin, Laurel et Hardy et bien entendu un bon western de temps en temps.

Lavigerie a bien compris l’enjeu des médias écrits et de la force de la photographie pour l’avenir de la mission. Dans le bric-à-brac des premières caravanes, il a insisté pour que les confrères emportent avec eux ces curieux appareils photographiques des temps anciens. C’étaient de drôles de boîtes noires en forme d’accordéon montées sur des trépieds et munis d’un parapluie noir (attention à la lumière du soleil). Si vous voulez de l’aide, des bienfaiteurs, envoyez-nous des clichés et racontez-nous ce que vous vivez. Intéressons les gens de nos pays à notre travail en Afrique. Le mot d’ordre de notre fondateur a bien été suivi. Deo Gratias.

Si nous voulons recruter, montrons notre apostolat au travers de belles photos. Des jeunes des temps proches de notre fondateur ont été « pêchés » grâce à l’hameçon de  ces formidables clichés (plaques de verre !) produits par ces archaïques caméras. Les photographies de nos confrères barbus perchés sur le dos d’un dromadaire ou d’un baudet récalcitrant ont fait le buzz de l’époque. Dans mon propre cas, c’est un film, dans le style de BIZIMANA de l’illustre père Roger De Vloo, qui m’a ouvert la porte des Pères Blancs.

Dans les années 80 j’ai passé 4 ans en Belgique à faire de la propagande missionnaire auprès des jeunes. En ce temps-là, c’était toujours l’époque des diapositives. On ne parlait pas encore de vidéos comme outil d’animation…Mais cela n’allait pas tarder. J’avais 40 ans, je me baladais un peu partout avec mon projecteur et mes montages dias…Il y avait aussi une exposition photos amplement puisées dans les réserves de notre revue Vivante Afrique. Pendant les vacances d’été 1988 une quinzaine de jeunes de  ma paroisse natale m’ont suivi en Tanzanie pour un séjour d’un mois dans nos missions. C’était l’opération PETITS OUTILS une aventure inoubliable.

Verviers 1986 : Exposition missionnaire pour les jeunes.

Bref je n’ai pas attendu l’âge de la retraite pour me lancer dans l’aventure des médias modernes.

C’est en revenant de Tanzanie en 2006 que j’ai, pour la première fois, manipulé un ordinateur. J’étais nommé à Namur pour m’occuper de notre maison de La Plante. Un confrère bienveillant m’a initié aux secrets de l’informatique ; un de mes frères m’a introduit dans les dédales de Powerpoint. Pour le reste je me suis débrouillé : c’est en forgeant que l’on devient forgeron. Comme La Plante était le siège de Photos- Service et que toutes les archives photographiques de Vivant Univers/ Vivante Afrique étaient à portée de main, je n’ai eu qu’à puiser dans le panier. Merci à Gust Beeckmans pour cet incroyable boulot de numérisation. Merci aussi à nos photographes renommés comme Vincent de Decker.

Au moyen du logiciel « Power Point », j’ai commencé par illustrer des psaumes et des paraboles pour nous aider à prier. J’ai mis sur pied différents montages pour nos fêtes annuelles des familles et diverses autres occasions. Pour le 125ème anniversaire de la campagne antiesclavagiste initiée par notre Fondateur, à la demande de Richard Nnyombi, j’ai produit une série de vidéos, certaines en Anglais et même en Swahili. Idem pour Justice et Paix. Quand on a commencé à parler du 150ème anniversaire de notre fondation, soudainement sont arrivées chez nous les premières versions digitalisées des anciens films du père De Vloo (Africa Films). L’idée m’est alors venue de mettre tout cela en musique et de produire des vidéos avec du cinéma. Cela a marché. Philippe Docq les a mises sur Youtube…Tout cela, à mon âge, pour l’animation missionnaire !

Les années ont passé comme un coup de vent. A la fin de mon mandat à Namur, j’ai été nommé à Bruxelles, rue de Linthout. C’est de là que je ponds cet article. De temps en temps je vais à  Rome donner un coup de main à Dominique notre archiviste. Je travaille dans la photothèque entouré des plus beaux souvenirs visuels de notre société, un vrai paradis ! Notre JOB est, par la voie de la digitalisation, de faire sortir toutes ces merveilles de l’oubli et de les mettre à la disposition de tous et de toutes. Un beau programme pour le 150ème anniversaire.

Manu dans son bureau

Mon travail dans les archives et la fabrication de vidéos n’a rien de celui d’un rat de bibliothèque. Pour moi cela tourne régulièrement à la méditation et à la prière de louange. Ce qu’ont accompli nos anciens et nos anciennes, les pionniers des temps héroïques, m’inspire. Au contact de ces vieux films et de ces antiques photos, je pense souvent à eux, à leur pauvreté de moyens, à leur zèle apostolique, à leur amour des populations africaines, à leur dévouement auprès des plus malheureux…Le pape François n’arrête pas de nous rappeler, à temps et contretemps, notre devoir d’aller au plus profond  du monde, de sortir de chez nous, d’avoir le souci des plus pauvres. Rien de neuf sous le soleil ! Nos anciens, bien avant François, ont suivi ce chemin des périphéries.

Nos ancêtres Pères, Frères et Sœurs, n’avaient pas de smartphone pour saisir l’actualité en un clin d’œil, comme tout le monde le fait aujourd’hui. Coup de chance pour nous, derrière eux, dès les premiers jours de la mission, ils ont laissé des photos et des films : témoignages uniques de leur foi en Jésus Christ.

Ce que je souhaite, c’est qu’on ne laisse pas moisir ces merveilles d’évangile vécu sur les étagères de nos archives. Maintenant que la crème de ces films et photos est numérisée, je recommande à tous nos responsables de maisons de formation de s’en servir pour montrer aux jeunes ce que c’était d’être missionnaire aux siècles passés. Une petite vidéo de temps en temps, rien de tel pour illustrer un cours d’histoire de notre société missionnaire. Profitons aussi de l’occasion du 150ème anniversaire de notre Institut pour partager ces témoignages médiatiques avec nos amis africains. Je suis sûr, par exemple, qu’à Ouagadougou on serait enchanté de voir ou revoir ce magnifique film du père De Vloo, reportage inoubliable, sur le sacre de Mgr Yougbaré, premier évêque Burkinabé, en 1956.

Joyeux anniversaire !

Manu Quertemont, M.Afr.

Le père Alain Fontaine témoigne (PE n° 1093 – 2018/07)

Cet article a déjà été publié dans la revue «Voix d’Afrique»; nous vous le proposons car il nous semble très intéressant de voir le témoignage de nos confrères qui ont cheminé à la suite de Jésus.

Le père Alain Fontaine est actuellement, à Ouagadougou, secrétaire du Responsable Pères Blancs d’Afrique de l’Ouest francophone. Il célèbre cette année 50 ans de Serment missionnaire : 24/06/1967 – 25/06/2017

Il y a 50 ans

Il y a 50 ans, le 24 juin 1967, en la fête de Saint Jean-Baptiste, je prononçais, au noviciat de Gap en France, mon premier serment missionnaire. Deux autres suivront et le Jeudi saint 1972, je prononçais, dans l’église paroissiale de Chaville, ma paroisse natale, mon serment missionnaire définitif.

Tout avait commencé en 1964, quand j’entrais au postulat des Missionnaires d’Afrique à Mours au cours du mois d’octobre. Je venais de terminer mes études à l’école d’Optique Appliquée de Paris (EOA) et j’avais pris contact depuis un certain temps avec les Missionnaires d’Afrique sur Paris. L’Afrique m’attirait ! On m’encourageait à me préparer au sacerdoce mais je préférais commencer comme missionnaire Frère pour me donner le temps d’envisager cette préparation pour plus tard. N’ayant jamais fait de séminaire, je me disais que j’avais d’abord beaucoup à apprendre. Je voulais aussi faire une expérience en Afrique et savoir si je pourrais y vivre car ma santé n’a jamais été forte.

Alain Fontaine au noviciat de Gap le 11 septembre 1965

Le 11 septembre 1965, je faisais un nouveau bond en avant, en entrant au noviciat à Gap, dans les Hautes Alpes françaises. Dépaysement, étonnement… le lieu d’abord et l’ambiance quasi monastique du noviciat. J’y demeurais deux ans et ce fut une réelle expérience spirituelle.

En mission à San au Mali

Service militaire oblige, je décidais de partir au titre de la Coopération au Mali pour deux ans où je fus instituteur dans le diocèse de San. Le climat et la situation politique au moment du coup d’État de Moussa Traoré m’ont sérieusement éprouvé. On m’a alors proposé de poursuivre mes études à Strasbourg. Je suis revenu ensuite au Mali, toujours comme Frère, pour trois nouvelles années d’enseignement, au petit séminaire Saint-Paul du diocèse de San.

En France vers la prêtrise

C’est au cours de ce nouveau séjour au Mali qu’avec mon accompagnateur spirituel, je décidais de reprendre mes études en vue de devenir prêtre. Je me sentais prêt et c’était aussi à une période délicate de l’histoire de l’Église de France, après le Concile Vatican II où beaucoup de prêtres quittaient le sacerdoce. Les supérieurs de l’époque m’ont proposé de me préparer dans le cadre du CERM (Centre d’Études et de Recherches Missionnaires). Ce centre était l’un des premiers consortiums missionnaires mis en route à la suite du Concile. Il était ouvert aux Missions étrangères de Paris, Salésiens, Montfortains, Spiritains, Missions Africaines de Lyon et quelques autres encore. Je vais être le premier missionnaire d’Afrique à me préparer au sacerdoce dans le cadre de cet institut.

Nous suivions les cours à l’Institut Catholique de Paris, au séminaire des Missions étrangères de Paris, rue du Bac, et au Grand séminaire St-Sulpice d’Issy les Moulineaux. Après trois ans d’études intensives, je suis ordonné diacre en juin 1977 à Boulogne Billancourt par Monseigneur Jacques Delarue, le premier évêque de Nanterre, qui a proposé que je reçoive, à cette occasion, la double incardination pour bien signifier que c’est mon Église d’origine qui m’envoie en mission. Un an plus tard, dans l’église de mon baptême, de ma confirmation et de mon serment missionnaire, je suis ordonné prêtre. C’était le 28 mai 1978.

Retour au Mali

Je repars au Mali, toujours dans le diocèse de San où je vais travailler d’abord en paroisse à Mandiakuy. J’y apprends le boomu et m’initie aux activités pastorales. C’est à ce moment-là que je participe au lancement des Équipes Notre-Dame, un mouvement de spiritualité familiale, à Mandiakuy. Le mouvement va progressivement s’étendre dans plusieurs diocèses du Mali, à Ségou, Bamako et Kayes.

Après cette première expérience, on me demande de repartir au Petit Séminaire Saint-Paul pour en prendre la responsabilité et surtout pour permettre sa transmission au clergé local. Je vais y résider cinq ans.

À Toulouse

En 1988, la province de France  me nomme à l’animation missionnaire et je pars à Toulouse dans le Sud de la France. Je ne connaissais pas cette grande ville et je commence par m’y perdre. Un soir, je mets plusieurs heures pour retrouver la maison. Je vais travailler 5 ans au service des OPM et vraiment être proche d’une réalité pastorale du Sud de la France.

Radio rurale à San

Entre la fin de l’animation missionnaire et mon retour au Mali, on me demande, pendant une année entière de me préparer à l’ouverture d’une radio rurale dans le diocèse de San au Mali. Je me prépare alors à l’informatique et au travail de mise en route d’une radio. C’était un domaine tout à fait nouveau pour moi et je m’y suis mis avec passion. Pendant 6 ans, je vais travailler à la mise en route, à San au Mali, de la toute première radio privée catholique du Mali. Nous étions trois pour ce travail, l’abbé Alexis Dembélé, le directeur, un laïc formé à Lyon au CREC-AVEX et moi-même formé à Paris. Ce ne fut pas facile au début mais ensuite nous avons pris notre vitesse de croisière et la radio – Radio Parana – est toujours là et fêtera en 2019, ses 25 ans d’existence.

En 2000, on m’accorde une année sabbatique que je comptais organiser à ma guise mais on me demande alors de me préparer dans un centre ignatien à Paris, à l’accompagnement et à l’organisation de retraites spirituelles. De là, on m’envoie à Jérusalem accompagner une retraite pour des prêtres africains francophones.

Le serment missionnaire d’Alain Fontaine

Centre Foi et Rencontre à Bamako
C’est alors qu’on me demande de déménager sur l’archidiocèse de Bamako afin de participer avec Josef Stamer à la mise en route des Centres Foi et Rencontre et de l’IFIC. Je vais travailler 10 ans dans ce secteur en apportant ma compétence sur le plan informatique et pour la logistique des formations données au Centre. J’ai aussi participé à la préparation du lancement de l’IFIC. C’était un gros travail de communication où l’on cherchait à informer tous les évêques francophones d’Afrique. Durant toute cette période, j’ai assuré aussi le secrétariat provincial de la province du Mali et participé, du coup, à tout le cheminement qui va finir par créer la province de la PAO pour l’Afrique de l’Ouest francophone.
Burkina
En 2011, on me demande de remplacer le père Pierre Béné au secrétariat provincial à Ouagadougou. C’est là que je me trouve aujourd’hui et j’en suis à ma septième année de service de la Province.
Quoi dire au terme de ces 50 ans de mission, au Mali, en France et au Burkina Faso ? (40 ans au Mali et 7 ans au Burkina Faso) D’abord je veux exprimer une sincère action de grâce. Je m’estime très chanceux. Toutes les nominations que j’ai reçues – pour certaines, je ne m’y attendais pas du tout – m’ont beaucoup enrichi.
Vraiment la Société a pris soin de moi et malgré un parcours que certains appelleront “mosaïque”, on a su me conseiller avec beaucoup de doigté et me proposer ce que je pouvais faire. On a su me faire confiance et j’en suis très reconnaissant à tous mes supérieurs. J’aurai pu faire davantage encore mais on a su me prendre comme je suis avec les capacités qui étaient les miennes, sans rien forcer. Je n’ai pas à mon actif des constructions grandioses, des postes de premier plan, de grandes responsabilités… J’ai toujours préféré – et je crois que ça me convient mieux – des postes de second où je suis plus efficace. Je n’ai jamais demandé une nomination particulière. J’ai préféré, non pas un suivi docile et sans caractère, mais plutôt laisser l’Esprit m’appeler et me conduire où il croyait que je serais le plus à même de servir la Mission.
Mon parcours missionnaire, de frère d’abord, de prêtre ensuite, n’a pas représenté pour moi une quelconque promotion. C’est la mission qui a compté pour moi et l’appel à rendre tous les services que je pouvais rendre pour que la Bonne Nouvelle trouve son chemin chez les peuples d’Afrique où je serais envoyé. C’est pourquoi ce premier serment en 1967, il y a 50 ans, a vraiment correspondu au oui que je voulais dire au Seigneur pour sa mission en Afrique. Le reste c’est une vocation qui a trouvé son chemin en répondant aux appels que j’entendais et que je faisais vérifier par ceux qui m’accompagnaient. Au terme de ces 50 ans, je dis un sincère merci à tous ceux qui m’ont accompagné d’une manière ou d’une autre, à tous ceux avec lesquels j’ai partagé le travail missionnaire, à tous ceux qui m’ont supporté, malgré toutes mes imperfections, dans la vie communautaire, à tous ceux qui sont devenus mes frères dans cette belle famille des Missionnaires d’Afrique. Au Seigneur Jésus, toujours mon compagnon de route, à sa Mère qui a si bien veillé sur moi, je dis toute ma reconnaissance.

Alain Fontaine, M.Afr.

« Quelques-uns ont trouvé mes précautions trop sévères… » (PE n° 1093 – 2018/07)

  • Notre Société travaille intensément à rendre nos lieux de mission plus sûrs pour les plus vulnérables, en particulier les enfants. En relisant certains des textes de notre fondateur (1), nous pouvons découvrir que ce travail d’aujourd’hui s’enracine dans l’action et la volonté de notre fondateur. Dans le domaine de la prévention des abus sexuels, le Cardinal Lavigerie fut probablement (2) un précurseur. Dans une lettre du 30 octobre 1883 adressée au P. Bridoux, Vicaire général de la Société des Missionnaires d’Afrique, le Cardinal Lavigerie rappelle qu’en matière de prévention

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Me tourner vers l’avenir (PE n° 1093 – 2018/07)

En 2015, j’ai échangé l’activité scolaire qui me prenait du matin au soir avec une responsabilité beaucoup plus souple au Centre d’études  d’arabe dialectal. C’est alors que m’a été proposé de participer à la session-transition à Rome de septembre 2016 pour les M.Afr et SMNDA. Je l’ai accepté immédiatement sentant confusément qu’après  3/4 de siècle, il me restait beaucoup à apprendre !

Effectivement, cela a été une page qui se tourne. Me retrouver avec un groupe de SMNDA dont la plupart était connue depuis la formation première était une situation nouvelle : toutes de la même génération ! Alors que dans un collège, les jeunes se renouvellent année après année, on ne se sent pas vieillir. C’est la surprise  que j’ai exprimée à cette époque : « Mais, j’ai l’âge de ma mère ! »

Cela m’a provoquée à me tourner vers l’avenir : vivre quelque chose de nouveau après des années où on pense avoir acquis « de l’expérience » ! Maintenant « je dois me mettre devant mon ‘futur’ ! » et où est-il si ce n’est ce que St Paul désire : ‘atteindre le but’ (Ph 3, 14) !

J’ai donc été heureuse de ce temps de relecture, de prière, de réflexion, de partage, tout spécialement en petit groupe où entre M.Afr. et SMNDA, richesse de la mixité, nous avons perçu les merveilles de Dieu et Sa présence discrète mais active dans nos cœurs selon les différentes missions et circonstances de la vie. Tout cela dans un climat de paix, repos et loisir avec l’aide de nos accompagnateurs chevronnés.

Melika in the Raspail garden of Tunis

J’ai pris la grâce quand elle est passée ! Que pourrais-je souhaiter maintenant ?

Voici que le Seigneur m’a offert cette année (2017) de vivre au voisinage de mes sœurs aînées et de mieux les connaître. Et je m’émerveille : elles sont admirables ! leur sourire, leur patience, leur fidélité à la prière, leur amour de l’Afrique, leur zèle missionnaire … et leur joie… dans un cadre qui me paraît austère en face d’une vie d’action et de relation.

Melika with Massika (training of an instructor at the Centre for Arabic Dialectal Studies).

Avec mon activité actuelle au Centre,  adaptée à mes forces, je me sens encore ‘en transition’, mais je reconnais aussi la nécessité de garder le cap.

Petit exercice mental : j’essaie de me projeter dans un « à venir ». Quelle conversion à faire ? Quelle aide rechercher ?

Comment est ce nouveau milieu de maison de retraite, sa réalité ? Quelles qualités demande ce nouveau ‘noviciat’ ?

A notre époque, ce n’est plus le cadre d’une communauté classique, la vie quotidienne se partage avec des laïcs : à première vue, c’est bon de rester en contact avec le monde, découverte de ‘périphéries’ proches. Oui, découvrir un nouveau champ d’apostolat, peut me motiver. C’est lui qui vient à moi !  Cela demande quand même une formation préliminaire ! Serons-nous plusieurs dans ce cadre pour partager aussi nos difficultés et hésitations ? Toutes les maisons de retraite (EHPAD) ne sont pas les mêmes. Une adaptation est nécessaire. Que demande le Seigneur à travers cette réalité ? Par la foi, nous savons qu’Il est là ! Mais une aide spirituelle n’est  pas négligeable pour assumer le quotidien et ses contrariétés, entretenir la disponibilité, la générosité et la bonne humeur ! Cela va se greffer sur les découvertes des étapes précédentes.

Dans cette situation où les initiatives et les forces sont limitées (?), il faut découvrir le positif.  Certes, beaucoup de choses sont organisées pour l’agrément de la vie. Mais on peut se trouver dans une situation où on se sent humilié, oublié, négligé ; c’est aussi le temps des diminutions. J’apprécierai l’aide à me rappeler les dons et grâces de Dieu, à y voir un appel à un dépassement, à y voir la suite du Christ, à stimuler le désir de la rencontre. (Une voisine a remplacé dans le ‘je vous salue, Marie’ le mot de ‘mort’ par ‘rencontre’« priez pour nous, maintenant et à l’heure de la rencontre », orientation vers le Haut  et non en bas !) Petits moyens qui peuvent m’aider à vivre.

J’espère trouver tout ce qui va dans le sens de l’ouverture, m’empêcher de m’endormir, garder l’intérêt vivant pour ce qui peut nourrir : réflexion biblique, bonnes lectures, être au courant de l’évolution du monde et si les facultés le permettent, profiter de l’avancée et des apports de la technique (Internet…)

Quelles que soient mes élucubrations, depuis Abraham, on sait que Dieu pourvoit ! Donc, à la base, c’est la confiance ! Comme le dit l’article 22 de nos Constitutions :

En Christ, recommencer chaque jour, durer dans les situations difficiles, accepter souffrances, départs, diminutions, tout devient source de Vie.

Et n’oublions pas les joies et le bonheur de tant de dizaines d’années. Que Dieu soit béni !

Sr. Marie (Melika), msola

Un pèlerinage à Dury, France, lieu de naissance de Siméon Lourdel (PE n° 1093 – 2018/07)

Un certain nombre d’exilés ougandais, congolais et rwandais à Londres se sont réunis pour former un groupe de disciples de Siméon Lourdel et d’Amans Delmas. Ils s’appellent eux-mêmes les pèlerins de Mapeera Lourdel et des martyrs d’Ouganda de Dury, Europe. Ils ont commencé à se rencontrer il y a un peu plus d’un an. Aujourd’hui, ils sont une quarantaine de personnes, se rencontrent régulièrement et prient ensemble. Leur but est de faire connaître l’histoire des martyrs de l’Ouganda, de promouvoir la béatification de Siméon Lourdel, de construire la fraternité entre eux, et d’offrir un soutien aux missionnaires retraités en Europe qui ont donné leur vie pour apporter l’évangile à leur peuple en Ouganda et dans d’autres pays africains.

Pour eux, Siméon et Amans sont restés avec les martyrs et les ont encouragés dans leur temps d’épreuve. Ils sont ensuite restés en mission et sont morts en Ouganda. Ils n’ont pas subi le même sort que les 43 martyrs, mais ils ont donné leur vie pour l’évangile et ils devraient partager la même gloire.

Eglise de Dury (France)

Cette année, ils ont organisé un deuxième pèlerinage à Dury, lieu de naissance de leur bien-aimé Siméon Lourdel. En raison des circonstances et de la difficulté d’obtenir des visas pour ceux qui dépendent encore de leur passeport ougandais, quatre des pèlerins prévus n’ont pas pu se joindre au groupe. Nous sommes partis en groupe de 8 dont 7 avec leurs valises à l’étroit dans le Ford Zephyr qui sert habituellement de taxi de nuit à Londres ; un nous a devancés par le service d’autocar de nuit à partir de Victoria. Nous étions M. Ricardo Mulinda avec ses trois enfants, Edward qui conduisait très habilement la voiture, Simon et moi. Ce fut un voyage beaucoup plus facile que celui des premiers missionnaires sur les chemins de l’Ouganda il y a environ 140 ans, mais c’était quand même une expérience à l’étroit avec 7 personnes et leurs bagages dans la même voiture !

Ricardo avait bien organisé le pèlerinage à l’avance, en contactant et en réservant des chambres pour nous à la Maison diocésaine Saint Vaast d’Arras, en arrangeant une rencontre avec Sœur Thérèse Broutin, Coordinatrice de la Commission missionnaire pour le diocèse, avec M. Marc Campbell, maire de Dury et l’abbé Jean-Claude Facon, curé de la paroisse. Quand nous y sommes arrivés, nous avons été accueillis par Sœur Thérèse et son amie avec une « bonne tasse de thé » comme seuls les Français savent le faire ! Après nous avoir laissés le temps de déposer nos bagages dans nos chambres et de nous reposer un peu, Sœur Thérèse nous a guidés à pied jusqu’à la magnifique cathédrale d’Arras. Elle avait très gentiment pris des dispositions pour que deux des guides bénévoles des lieux nous montrent les merveilles de la cathédrale et nous racontent son histoire.

Les pèlerins aux fonts baptismaux de l’Église de Dury

A notre retour à la Maison Saint Vaast, nous avons été heureux de trouver le P. Bernard Lefebvre qui nous y attendait. Il avait été informé de notre pèlerinage par Richard Nnyombi lui-même en Ouganda. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à quel point les temps sont différents. Quand Siméon Lourdel est arrivé en Ouganda, il lui a fallu des mois pour communiquer avec le cardinal Lavigerie à Alger. Aujourd’hui, notre pèlerinage de Londres à Arras est vécu par Richard Nnyombi assis dans un bureau à Kampala et communiquant avec une troisième personne vivant à Paris !

Le samedi matin, Sœur Thérèse a continué son ministère d’accueil missionnaire en nous guidant à travers les « Grands Places » d’Arras. Après le déjeuner, elle nous a accompagnés dans notre visite à l’évêque d’Arras, Mgr Jean-Paul Jaeger, qui a très gentiment accepté de nous recevoir.

L’évêque était très reconnaissant à Ricardo et à son groupe de pèlerins pour leur visite, pour avoir ouvert ses yeux sur la vie d’un des fils du diocèse d’Arras et sur la contribution qu’il avait apportée à la diffusion de l’évangile en Ouganda. Il était heureux d’entendre parler des efforts de l’Église en Ouganda pour béatifier ce fils d’Arras. Ricardo a pu présenter à l’évêque une lettre de l’archevêque de Kampala dans laquelle il explique comment l’Église en Ouganda trouve important que ce premier missionnaire du pays soit béatifié. Il a exprimé son propre désir de visiter Arras et plus particulièrement le lieu de naissance de Siméon Lourdel. L’évêque Jaeger serait plus qu’heureux de le recevoir. Il espère que ce sera le début d’une nouvelle amitié entre les deux Églises.

Cette visite terminée, nous avons eu le plaisir de rencontrer le maire de Dury qui était venu, avec sa femme et un ami, chercher notre groupe de pèlerins et nous conduire à Dury. Comme j’ai été étonné de rencontrer ce couple, Mr et Mme Campbell, amis enthousiastes de l’Ecosse qui parcourent les routes de campagne de Dury dans une voiture Jaguar !! Ils sont devenus maintenant les amis des Pèlerins de Dury, Londres. L’accueil qu’ils nous ont réservé était complètement fantastique.

Ils nous ont ramenés à Dury et directement au cimetière où de nombreux membres de la famille de Siméon Lourdel, y compris ses parents, sont enterrés. Notre groupe était heureux de prendre un peu de temps et de prier pour cette famille qui a donné leur fils à la mission. Sur la route allant au cimetière du village se trouve un panthéon de la Première Guerre mondiale. Là-bas plus de 300 soldats canadiens sont enterrés. Nous avons passé un peu de temps à visiter leurs tombes avant de nous rendre à la  ferme de la famille Lourdel.

Nous y avons trouvé un groupe de personnes qui attendaient de nous y accueillir, dont deux petites nièces de Siméon Lourdel qui étaient venues nous rencontrer de leur village situé à une trentaine de kilomètres. Il y avait aussi d’autres membres de la famille qui étaient venus ainsi que les propriétaires actuels de la maison et de la ferme. Ce fut une joie d’être accueilli de cette façon et de rencontrer ces bonnes gens qui étaient prêts à accueillir notre visite à la source de notre foi.

Ensuite, nous avons été à l’école dans laquelle Siméon Lourdel a reçu son éducation primaire pendant 6 ans. Les bancs et le décor des salles de classe ont peut-être changé, mais le bâtiment est le même. Il y a des photos intéressantes sur les murs, prises à l’époque où Lourdel y était élève.

À la ferme Lourdel, pèlerins et membres de la famille devant la maison

L’Eucharistie dominicale fut célébrée dans l’église du village le samedi soir. Le curé de la paroisse, Jean-Claude Facon, venant directement de son troisième mariage ce jour-là, nous a accueillis à bras ouverts. Bernard Lefebvre a présidé la célébration, a parlé de Siméon Lourdel, de tout ce qui est sorti de son don de lui-même en Ouganda et dans d’autres pays d’Afrique de l’Est.

Beaucoup de gens sont venus à la messe du soir pour accueillir notre groupe de pèlerins. Après la célébration, nous sommes retournés dans la cour de l’école où le maire nous a servi des sandwiches et des boissons. Ce fut une soirée très agréable, avec la rencontre des membres de la famille et des amis du proposé à la béatification du futur «Bienheureux» Lourdel. Ceux-ci, à leur tour, sont heureux de ce que leur ancêtre dans la foi soit toujours présent dans la mémoire et honoré. Eux aussi sont encouragés dans leur foi par le témoignage de ce groupe d’exilés Ougandais venus de Londres pour chercher le lieu de naissance de leur parent, Siméon Lourdel.

Le pèlerinage se répétera sûrement.

Terry Madden, M.Afr.