Dé-confinement aux Minimes

Dé-confinement aux Minimes

Le dé-confinement progresse un peu partout. En France, les églises ont ré-ouvert leurs portes aux fidèles. Le journal catholique français La Croix était présent à l’une des premières célébrations… à l’église des Minimes de Toulouse, dont le curé n’est autre que notre confrère Norbert Mwishabongo. 

Une première pour la PEP

Une première pour la PEP

Les trésoriers se réjouissaient tous de faire le voyage à Treviglio pour le Conseil financier de la PEP mais voilà la pandémie du Coronavirus en a décidé autrement. Il a fallu trouver une autre solution et l’idée d’une visioconférence a été avancée. Nouveauté pour un certain nombre d’entre nous qui avons déjà eu du mal à nous mettre au numérique. Mais on a pris le taureau par les cornes et notre webmaster s’est lancé dans une campagne de publicité pour faire valoir les outils du parfait internaute et dérider les crispations des sceptiques. Chaque trésorier a été contacté par Philippe Docq, aidé de Marcin Zagula, pour s’assurer de la fiabilité du materiel et pour enseigner comment tirer les ficelles à l’aide de tutoriels.

Et voilà! Tout le monde était devant son écran le jeudi 16 avril à 10:00H. Tous? Ah non! Manquait la Grande Bretagne! Rien à voir avec le Brexit! C’était un problème de quincaillerie. Deux séances de 2h1/2 chacune ont fait l’affaire et le bilan annuel est épluché et approuvé. Les réactions sont bonnes. La qualité du WIFI en Europe y est peut-être un peu pour quelque chose. Les échanges ont eu lieu à la satisfaction de tous. Des progrès à faire? Certainement dans la manière de présenter les documents mais la technologie a encore des ressources inexploitées.

Voici une photo: copyright: Frank Boomers. Une bière Leffe  pour ceux qui identifient tous les participants.

La balle est lancée et c’est maintenant le Conseil provincial qui va se lancer dans la technique. La rumeur dit que le Conseil financier de la Société suivra illico.

Didier Lemaire

La solidarité, c’est maintenant ou jamais !

La solidarité, c'est maintenant ou jamais !

En avril et mai derniers, on a célébré le 25e anniversaire du martyre de Joaquim Vallmajó, Missionnaire d’Afrique au Rwanda de janvier 1966 à avril 1994.

Dans son pays natal, il y a eu beaucoup de témoignages, de conférences, de projections de documentaires et, surtout, une profonde admiration pour sa personne. Son martyre-assassinat a laissé en suspens un nombre infini de questions le concernant lui, mais aussi des milliers de personnes qui ont vécu cette terrifiante et inexplicable hécatombe, qui s’est produite entre octobre 1990 et décembre 1998. Une page d’histoire, qui devrait couvrir le double génocide d’un seul peuple avec deux visages différents, selon l’endroit d’où l’on regarde et l’époque à laquelle il a eu lieu.

Joaquim Vallmajó a vécu intensément ces événements jusqu’au 26 avril 1994, lorsque les militaires du FPR (Front patriotique rwandais) sont venus l’arrêter à Kageyo.

Ce qui nous intéresse ici, c’est sa décision de rester et de donner sa vie au service des personnes qu’il aimait passionnément. Joaquim a répondu positivement à la question que tout missionnaire se pose face à une situation de conflit extrêmement grave : est-ce que je pars ou est-ce que je reste ? Cette décision n’a pas été prise au préalable, et encore moins imposée. Cette question nécessite un discernement. La décision finale appartient avant tout à chaque individu, même si elle est influencée par de nombreuses motivations, dont certaines sont de nature communautaire et sociale.

Quant à Quim – tel était son surnom dans sa famille – il avait pris sa décision au cours des deux dernières années. En juin 1992, après avoir secouru quelques novices rwandais qui étaient coincés dans une zone d’insécurité, et après avoir observé la retraite de quelques confrères vers la capitale, il écrit avec tristesse : « Les missionnaires effrayés ont fui la zone, mais ceux d’entre nous qui ont compris que nous avons épousé un peuple, nous sommes toujours là !

La solidarité, maintenant ou jamais ! A partir de ce moment, il n’y eut pour lui qu’une seule ligne de conduite, qui l’amena à prendre à s’engager totalement dans des activités au service d’une multitude de réfugiés et de personnes déplacées, errant d’un endroit à l’autre, portant sur leur tête leurs biens les plus indispensables.

Notre but n’est pas ici de raconter les vicissitudes et les souffrances des nombreuses personnes que Quim a accompagnées et pour lesquelles il a travaillé si dur pendant des semaines et des mois. Nous essayons seulement de deviner et de recomposer l’offrande de la vie du martyr. Le martyre est, avant tout, un grand don de Dieu. On ne le désire pas ou ne le cherche pas soi-même, mais on l’accepte et on l’accueille le moment venu. Nous cherchons la raison de son choix entre vie et mort ; la raison de risquer le tout pour le tout face à l’immense tragédie sociopolitique et militaire qui allait manifestement le rattraper. Quim était un expert dans ce domaine et dans la façon dont il qualifiait les « catastrophes politiques, d’un côté comme de l’autre ». Pour sa part, il avait eu de bonnes et de moins bonnes relations avec les deux parties. Dans la réalisation de ses projets, il n’avait qu’un seul objectif : améliorer les conditions de vie de tous, en particulier des plus pauvres.

De ses nombreuses lettres à sa famille et à ses amis, nous avons extrait quelques paragraphes qui indiquent son désir d’aller jusqu’au bout. Elles sont écrites au stylo, rapidement et sans hésitation, sur de fines feuilles de papier pour la poste aérienne. Nous les avons maintenant classées comme si elles étaient son testament. Elles sont gravées comme sur un parchemin pour durer des siècles…

En octobre 1992, Quim se trouve dans une situation limite ; il est très fatigué physiquement, vient juste d’essuyer des critiques concernant sa gestion de l’urgence humanitaire et ne trouve pas de confrère pour prendre sa relève.
Fâché et profondément blessé, à la fin d’une dure journée au volant de son camion, un enfant, traversant la route, lui a crié : « Komera, Padiri », c’est-à-dire « Courage, Père ». Quim confesse qu’ « il est tombé de son cheval comme Saint Paul en disant ‘c’était toi, Seigneur, une fois de plus’ ».

En décembre 1993, profitant d’un voyage en Europe pour contacter diverses organisations et demander de l’aide, il s’est arrêté dans son pays pour passer Noël chez lui et saluer sa famille et ses amis.

Lorsqu’il a dit au revoir à l’évêque de Gérone, il lui a fait comprendre qu’ « il était très probable qu’ils ne se reverraient plus ». Il a également laissé à certains amis de nombreuses diapositives sur « l’exode » et les camps, leur disant qu’elles leur serviraient plus qu’à lui-même.

Les événements de 1994 ont commencé à se précipiter en février. Quim, avec une vision prophétique, s’est exclamé : « Nous nous dirigeons vers une guerre civile comme au Burundi ! Un mois plus tard, il reflète sa douleur et son indignation envers les régimes, et renouvelle son engagement envers les plus déshérités. Il écrit une longue lettre compromettante. Entre autres choses très dures, il écrit : « Le pouvoir devient fou et le pouvoir absolu devient absolument fou. J’ai peur des fous au pouvoir… »

Le 6 avril, la nuit de l’attaque de l’avion présidentiel, il est pris à Kageyo, au couvent de quelques amis religieux. Il y est resté confiné jusqu’à la fin. Il en a profité pour faire une retraite spirituelle et visiter les environs. Sœur Marie Pascale de Byumba, à 7 km de là, a laissé quelques phrases dans son journal, expression de sa dernière volonté. Il lui avait dit : « Je reste même si je dois mourir. Nous savons que la vie de missionnaire implique cela. Notre fondateur, Charles Lavigerie, a envoyé ses premiers missionnaires et leur a dit : ‘Allez, allez, vous avez déjà un visa pour le martyre’. » Par deux fois, la veille de son arrestation et la veille de son martyre, des soldats de l’ONU étaient venus pour l’évacuer, mais il refusait de quitter son peuple. Il avait vraiment hâte de retourner dans sa paroisse pour voir comment était la situation. Il avait guardé dans sa poche les clés de l’église et des magasins.

Quand, en début d’après-midi du 26 avril, les soldats du FPR sont venus annoncer que leurs chefs voulaient le voir et lui parler, il a dû ressentir une force intérieure extraordinaire. D’abord, il a rassuré les religieuses en leur disant : « Je reviens tout de suite », puis, en montant dans le camion, il s’est fait un magnifique signe de croix sur lui-même. Et… personne d’autre ne l’a plus jamais vu ou n’a su quoi que ce soit de vrai et de précis sur ce qui lui est arrivé. Quelques mois plus tard, un confrère séminariste a indiqué la véritable raison du martyre de Quim : « J’ai toujours été convaincu que pour Quim, l’évangile qui ne passe pas par le Calvaire et la croix ne conduit pas à la résurrection ». C’est pourquoi, aujourd’hui encore, sa vision missionnaire claire continue de nous captiver : « La solidarité, maintenant ou jamais ! »

Josep Frigola, M.Afr.

Tiré de la revue M.Afr. d’Espagne « Africana » n° 199 de Décembre 2019

Des espoirs déçus…

Il y a vingt ans…

Des espoirs déçus

C’est arrivé le 2 août 1999. Deux adolescents africains sont découverts à Bruxelles, morts dans le train d’atterrissage d’un Airbus A330-300, le fleuron de la compagnie aérienne belge Sabena, aujourd’hui inexistante, qui couvrait la liaison Bamako-Conakry-Bruxelles. Ils étaient morts de froid. Ils s’appelaient Yaguine Koita et Fodé Tounkara. Ils avaient respectivement 14 et 15 ans. L’un d’entre eux tenait sur sa poitrine une lettre adressée aux dirigeants européens. Probablement que sans l’existence de cette lettre, ce tragique accident serait passé inaperçu dans les médias. Deux personnes de plus, sur la liste interminable des immigrés inconnus qui meurent chaque jour en essayant de rejoindre l’Europe, ce n’est pas une nouvelle pertinente.

Ce qui a attiré l’attention de l’opinion publique, c’est cette lettre aux dirigeants européens, expliquant les raisons de leur aventure compliquée, les implorant de prendre en considération la situation difficile des étudiants en Afrique et demandant de l’aide en leur nom. Il vaut la peine de le lire, malgré son style, un style que l’on recherche avant tout pour choisir les bons mots pour s’adresser aux dirigeants européens, mais toujours avec une courtoisie incontestable. Voici comment cela se passe :

Conakry, le 29-7-99

Excellences, Messieurs les membres et responsables d’Europe,
Nous avons l’honorable plaisir et la grande confiance pour vous écrire cette lettre pour vous parler de l’objectif de notre voyage et la souffrance de nous, les enfants et jeunes d’Afrique.

Mais tout d’abord, nous vous présentons les salutations les plus délicieuses, adorables et respectées dans la vie. À cet effet, soyez notre appui et notre aide, soyez envers nous en Afrique, vous à qui faut-il demander au secours ?

Nous vous en supplions pour l’amour de votre beau continent, le sentiment de vous envers votre peuple, votre famille et surtout d’affinité et l’amour de vos enfants que vous aimez comme la vie. En plus, pour l’amour et l’amitié de notre créateur, Dieu, le Tout-Puissant, qui vous a donné toutes les bonnes expériences, richesses et pouvoirs de bien construire et bien organiser notre continent à devenir le plus beau et admirable ami les autres.

Messieurs les membres et responsables d’Europe, c’est à votre solidarité et votre gentillesse que nous vous appelons au secours en Afrique. Aidez-nous, nous souffrons énormément en Afrique, aidez-nous, nous avons des problèmes et quelques manques de droits de l’enfant.

Au niveau des problèmes, nous avons : la guerre, la maladie, la nourriture, etc. Quant aux droits de l’enfant, c’est en Afrique, surtout en Guinée, nous avons des écoles, mais un grand manque d’éducation et d’enseignement ; sauf dans les écoles privées, qu’on peut avoir une bonne éducation et un bon enseignement, mais il faut une forte somme d’argent, et nous nos parents sont pauvres. La (?) c’est de nous nourrir, ensuite nous avons des écoles de sports telles que football, basket (?), etc.

Donc dans ce cas, nous les Africains, surtout les enfants et jeunes Africains, nous vous demandons de faire une grande organisation efficace pour l’Afrique, pour qu’il soit progressé.

Donc, si vous voyez que nous nous sacrifions et exposons notre vie, c’est parce qu’on souffre trop en Afrique et qu’on a besoin de vous pour lutter contre la pauvreté et mettre fin à la guerre en Afrique.

Néanmoins, nous voulons étudier, et nous vous demandons de nous aider à étudier pour être comme vous en Afrique.

Enfin, nous vous en supplions de nous excuser très très fort d’oser vous écrire cette lettre en tant que vous les grandes personnages à qui nous devons beaucoup de respect. Et n’oubliez pas que c’est à vous que nous devons plaigner (?) la faiblesse de notre force en Afrique.

Au-delà du style de la lettre de ces deux adolescents, il y a son contenu lucide et émouvant, même s’il a obtenu peu de résultats. Personne ne s’attendait à ce que cet événement tragique modifie la politique migratoire de l’Union européenne. Le monde politique et économique que nous avons construit est compliqué et complexe ; il n’admet malheureusement pas de solutions basées sur les sentiments. Le monde n’est simple que pour les gens simples de cœur. Mais je crois que votre geste en valait la peine. Et les cris d’angoisse de tant de personnes marginalisées qui ont besoin de notre solidarité et de notre engagement en faveur d’une plus grande justice en valent certainement la peine aujourd’hui.

Agustín Arteche Gorostegui, M.Afr.

Extrait du Magazine des M.Afr. d’Espagne Afrikana N°199 de décembre 2019

(Traduction : Mafrome)