Roquetas de Mar – Mission dans les périphéries (PeBeFa n°32)

Roquetas de Mar - Mission dans les périphéries

Le phénomène de la migration n’est pas une réalité nouvelle. Même nos pays d’Europe ont été façonnés par la migration tout au long de l’histoire. Aujourd’hui, comme nous pouvons le constater autour de nous, ce phénomène a polarisé certains segments de la population. La mauvaise compréhension du problème de la migration, ainsi que la mauvaise explication des faits, rendent tout aussi insuffisantes les réponses données. Ni les politiques qui investissent des sommes incroyables dans le renforcement des frontières, ni les médias n’aident à voir avec sérénité et une vision positive l’arrivée de personnes nouvelles et différentes sur ces terres. La peur et la suspicion semblent avoir le dessus pour l’instant ; le défi de passer de l’hostilité à l’hospitalité demeure.

La Communauté de Roquetas de Mar est née pendant le mandat du Provincial P. Benito Undurraga (1992-1998). Lors de la rencontre de Noël des prêtres à Aguadulce en 1997, un Missionnaire d’Afrique a proposé à l’évêque une possible collaboration des Missionnaires d’Afrique avec le diocèse d’Almeria parmi les immigrants africains. L’évêque se montra très intéressé et suggéra aux Pères Blancs de faire une proposition. Plusieurs options furent envisagées : prendre en charge une paroisse ou se consacrer à l’intégration des Africains dans les différentes paroisses où ils se trouvent. Cette dernière formule fut choisie, et les missionnaires aidèrent les curés dans cette tâche. Fin 1999, le dialogue avec l’évêque d’Almería a repris et, au début de l’année 2000, un contrat a été signé pour trois ans, valable jusqu’en janvier 2003 et renouvelable tous les trois ans. Le 12 janvier 2000, les Pères Joaquín Alegrías (missionnaire au Malawi) et Gabriel Cuello (missionnaire au Mali) ont été installés provisoirement dans la paroisse du Parador (Roquetas de Mar) et, l’année suivante, ils ont déménagé à Roquetas de Mar, dans une maison du « quartier des 200 maisons », où se trouvent de nombreux migrants africains ; en même temps, on leur a confié la paroisse de Saint Jean-Baptiste, qui n’était pas encore construite.

La Communauté accueille les migrants (principalement des Subsahariens) qui viennent à Roquetas de Mar, pleins de rêves et d’illusions après avoir mis leur vie en danger au cours du long voyage sur la mer. C’est un projet d’accueil, d’attention à l’autre et d’aide à l’intégration de tant de frères et sœurs du désert et de la mer.

Ce projet comporte deux aspects : Le premier est directement pastoral, avec un catéchuménat de jeunes et d’adultes, et le second est de nature sociale. Dans ces deux domaines, nous collaborons avec un groupe de plus de vingt bénévoles : enseignants retraités ou en activité, médecins, avocats, religieux et prêtres.

Nous sommes une communauté internationale et interculturelle, Oscar, un Mexicain, qui a travaillé au Ghana ; Cesáreo Hoyuela, un Espagnol, missionnaire au Burkina Faso ; Alick Mwamba, un Zambien, missionnaire au Burkina Faso et au Mali, et un séminariste rwandais.  Nous vivons dans le « quartier des 200 maisons » qui, malgré sa mauvaise réputation dans le reste de la ville, est un lieu convivial, animé, coloré et multiculturel. Ici, vous avez un avant-goût de l’Afrique dans cette ville qui est réputée dans toute l’Espagne pour son tourisme.

Le quartier où nous vivons est aussi un lieu où les nouveaux arrivants d’Afrique sont souvent accueillis par des gens de leur propre pays : ils les accueillent, les nourrissent et les aident à faire leurs premiers pas dans ce nouveau pays, même pour trouver un petit travail dans l’agriculture. 

Accueillir et accompagner, promouvoir et intégrer comme le propose le Pape François, semble être la meilleure façon de décrire notre mission à Roquetas de Mar. Ces attitudes sont unies de manière concrète, d’une part, par la dimension sociale de notre présence (Centre Interculturel Afrique et tous ses services sociaux), et d’autre part, par une dimension spécifiquement religieuse (Catéchuménat pour les migrants africains dans plusieurs paroisses de notre région).

Les expériences de la mission en Afrique, qui nous ont transformés en ce que nous sommes aujourd’hui, sont autant d’aides dans notre ministère de compassion, qui est essentielle dans ces circonstances. 

Les migrants vivent dans un contexte social qui ne les valorise pas toujours ; ils vivent en groupe, mais loin de leur propre famille ; ils sont seuls et n’ont guère la possibilité de trouver un conjoint adéquat. Ils vivent avec la douleur de savoir que le « lait et le miel » qu’ils cherchaient sont à portée de leurs mains, sans encore leur appartenir. Ils sont tous des personnes fortes et résistantes.

Voilà comment nous restons fidèles à notre vocation missionnaire et au charisme de notre fondateur Lavigerie qui nous a invités à « aimer l’Afrique et les Africains ». Notre mission se poursuit dans cette ville côtière du sud de l’Espagne, qui se trouve juste en face de l’Afrique. C’est la même mission dont nous avons accepté l’appel dans notre jeunesse pour annoncer la Bonne Nouvelle aux Africains.

Juan Manuel Pérez Charlín

En mémoire d’EUGENIO BACAICOA (PeBeFa N°32)

En mémoire d'EUGENIO BACAICOA (PeBeFa N°32)

Eugenio aimait se souvenir et répéter avec un sourire malicieux les paroles classiques de toutes les grands-mères du monde et surtout les siennes : « Mon petit-fils est le plus beau du monde et le plus intelligent de sa classe à l’école ». Et la vérité est que tous ceux d’entre nous qui ont eu la chance de vivre avec lui en Afrique ou en Espagne peuvent dire qu’Eugène était un grand confrère et ami, optimiste et de bonne humeur, un pilier solide dans la vie communautaire, que nous pourrions définir avec amour comme “un fanfarrón humilde”. C’est pourquoi il est né à Puente la Reina !

Un prêtre burkinabé, qu’Eugène a amené au séminaire dans sa jeunesse, se souvient également de lui de cette façon : « Le père Bacaicoa était un grand missionnaire dans mon diocèse, un animateur de communautés chrétiennes, proche des gens, un pasteur de jeunes, un guitariste et chanteur, un apôtre courageux.

Eugène est né en 1941 à Puente la Reina, en Navarre. Si vous ne le saviez pas lorsque vous l’avez salué pour la première fois, vous l’auriez appris très vite, tellement il était fier de sa famille et de sa ville natale, une étape obligée sur le chemin de Saint-Jacques, avec ses églises et ses couvents anciens, et son beau pont romain qui ouvre la route de Compostelle.

Eugène avait suivi la formation classique des Pères Blancs de l’époque : Petit Séminaire et Philosophie au Séminaire de Pampelune, Noviciat à Gap, en France, et Théologie à Heverlee, en Belgique. Après son ordination sacerdotale en 1968, il s’est rendu en Haute-Volta, aujourd’hui appelée Burkina Faso, dans le diocèse de Diebugu. En 1972, Eugène est nommé conseiller provincial.

Peu après, il est nommé curé de la paroisse et fait partie de la dernière communauté de Pères Blancs de ce diocèse. Eugène disait que lorsqu’il rentrait en Afrique après les vacances, il s’enfuyait de la maison de son père au petit matin pour éviter de faire passer un mauvais quart d’heure à ses parents âgés !

En 1977, Eugène est nommé à la promotion de la mission en Espagne, plus précisément à Bilbao. Plus tard, la province d’Espagne lui demandera à nouveau son service en 1987 en tant que responsable de l’Africanum et du petit groupe d’étudiants du centre de formation.

En 1993, Eugène retourne en Afrique, dans un autre pays, le Tchad, et pour une nouvelle mission : une école de catéchistes, à Bendone, dans le diocèse de Doba. A la fin de son contrat avec l’évêque pour ce travail, Eugène retourne au Burkina Faso. Il y est nommé en 1999 à un poste de grande responsabilité : Supérieur régional de Ouagadougou (1999-2005), dans un très grand territoire s’étendant jusqu’à Zinder au Niger. Il aura dû faire bien des voyages et de nombreux kilomètres pour visiter et animer les communautés de confrères, encore nombreux à l’époque. Le Père régional du Burkina Faso se souvient de lui en ces termes : « Nous pouvons dire que la vie missionnaire de notre confrère Eugène Bacaicoa a été très riche en responsabilités importantes au niveau de la formation, du ministère paroissial, et dans les tâches de gouvernance de la Société, aussi bien en Espagne qu’au Tchad et au Burkina Faso.

Pendant toutes ces années, Eugène a gardé un secret que seuls ses amis connaissaient : le dimanche après-midi, il s’isolait dans son bureau pour suivre le journal sportif de la Radio nationale d’Espagne. Avec lui, nous devions nous réjouir ou souffrir suivant les résultats de ses deux équipes si pleines de fougue : Osasuna et Barça.

En 2005, Eugenio est rentré définitivement en Espagne en raison de la fragilité de sa peau, qui l’obligeait de se tenir à l’écart du soleil africain. Depuis sa résidence à l’Africanum de Madrid, désormais sans étudiants, il donnait un coup de main aux différents services d’animation de la province espagnole, principalement en collaboration avec le SCAM (Servicio Conjunto de Animación Misionera) et l’animation de groupes de prière de jeunes ayant un esprit missionnaire et s’intéressant à l’Afrique.

Après la fermeture définitive de l’Africanum, Eugène a offert son service pastoral au diocèse de Madrid, étant nommé coordinateur de la Mission du Vicariat I de Madrid et étant nommé curé de El Berrueco et de deux autres villages voisins dans les montagnes madrilènes.  Il y vécu heureux pendant quelques années d’apostolat, de silence et de prière. Rêvant peut-être d’un des autres charismes des moines, il produisit une liqueur d’origine navarraise : le Pacharán. Il disait que c’était la meilleure des liqueurs et il la gardait pour ses visiteurs et ses amis.

Le dernier poste de sa vie de missionnaire fut Pampelune, en 2017. On dit que les éléphants reviennent mourir à l’endroit où ils sont nés. Au cours des derniers mois, l’état de santé d’Eugène s’est progressivement détérioré. C’est pourquoi il a été admis le 26 juin à la résidence Beloso Alto à Pampelune.

Les bons soins qu’il y a reçus n’ont pas suffi à lui permettre de reprendre une vie normale. Eugène s’est lentement effacé, et il s’est rendu discrètement à la maison du Père le 21 juillet 2020.  Nous l’avons accompagné de nos souvenirs et de notre prière fraternelle. Qu’il repose éternellement dans la paix du Seigneur.

Juan Jose Osés

Centenaire du Père Jean Longin

Centenaire du Père Jean Longin à Billère

Malgré tous les imprévus de santé et de la situation actuelle, nous voici donc arrivés à ce fameux « 20 Août » …..

Le P. Patrick Bataille a pu venir pour quelques jours et c’est lui qui préside la célébration eucharistique. Jean est assis à côté de Sœur Emmanuelle qui a 102 ans. C’est Jean qui lira l’évangile (Mt 18, 2-5), tandis que le P. Jean-Marie Vasseur fera l’homélie pour remercier le Seigneur de l’appel de notre confrère. Les chants sont animés par le Frère Gabriel Muratet toujours en grande tenue P.B. En fin de célébration, M. Poumeyrol, colonel en retraite viendra nous rappeler l’engagement de Jean
pendant la dernière guerre qui l’a mené de Corse à Mont Cassino, à Marseille et jusqu’en Alsace… il lui remettra le livre « Promotion Corse et Provence 1964-66 de l’école militaire de St Cyr ». Mme Cathy Roques, la directrice adjointe, viendra dire tous ses vœux à notre centenaire au nom de tout le personnel en nous invitant à passer à la salle à manger pour un grand repas festif terminé au champagne , le vrai !

Jean remercie tous et toutes qui lui ont fait une si belle fête et me  demande de vous dire de l’excuser de ne pas pouvoir vous remercier en particulier. Voici le texte qu’il nous a lu :

« Le passé ? Dieu le pardonne ! 
L’avenir ? Dieu le donne !
Vis le jour d’aujourd’hui,
En communion avec lui.
Demain est à Dieu : remets – le à Lui.
Le moment présent est une frêle passerelle. »

(texte trouvé sur Sœur Odette Prévost, petite sœur du Sacré-Cœur de Charles De Foucauld 10.11.95)

Georges Paquet P.B.
(au noviciat de Gap 1965-66, avec le Père Jean)

PP. Jean Longin, Georges Paquet, Jean-François Galtier

Père Raphaël Deillon: «Les musulmans, il faut d’abord les aimer!»

Père Raphaël Deillon: «Les musulmans, il faut d'abord les aimer!»

Cet article a été publié le 28 juin 2020 par cath.ch. Veuillez visiter la page originale ici.

Photo: cath.ch

«Les musulmans, il faut d’abord les aimer!», confie à cath.ch le Père Raphaël Deillon. Le Père blanc, qui a célébré le 27 juin 2020 le jubilé des 50 ans de son engagement missionnaire, a vécu 25 ans en Algérie. Spécialiste de l’islam, il défend depuis toujours une culture de la rencontre et du dialogue.

Samedi 27 juin 2020, l’Africanum, siège des missionnaires d’Afrique en Suisse, au 57 de la Route de la Vignettaz à Fribourg, a été en fête pour le jubilé des 50 ans du «serment missionnaire» ou de l’ordination sacerdotale de trois Pères Blancs suisses: les Pères Raphaël Deillon et Claude Maillard, ainsi que le Frère Karl Kaelin.

Bien que né à Saint-Julien-en-Genevois, en Haute-Savoie, Raphaël Deillon est originaire de Siviriez, le village de sainte Marguerite Bays. Ce qui lui a valu d’être nommé, en 2009, postulateur de la cause de «Goton de la Pierraz», afin de défendre le dossier de canonisation que l’évêché de Lausanne, Genève et Fribourg devait soumettre à la Congrégation pour les causes des saints. «Ils m’avaient aussi choisi parce que j’étais à ce moment-là à Rome en tant qu’assistant au Conseil général de la Société des missionnaires d’Afrique».

J’ai pris goût à leur culture

Mais le curriculum vitae de Raphaël Deillon qui, dans son enfance, a connu la vie paysanne – son père fut vacher sur le domaine du comte de Viry, près de Genève – allait prendre une tournure singulière suite à la rencontre de familles d’ouvriers nord-africains vivant près du séminaire d’Annecy, où il était entré. «Ils vivaient dans des baraquements, un endroit pauvre, où personne n’osait aller. Nous, on allait les visiter, boire avec eux le thé à la menthe qui sentait si bon. J’ai pris goût à leur culture…»

Une annonce dans le journal La Croix

Au séminaire, tous partaient au service militaire, sauf lui, qui était Suisse. «J’avais lu une annonce dans le journal La Croix: ‘Cherche Maître d’internat pour Centre de formation professionnelle à Ouargla au Sahara’. C’est ainsi que je suis parti en 1965, à l’âge de 22 ans, pour un an à Ouargla, dans la Sahara, à 800 km au sud d’Alger. J’étais maître d’internat dans une école professionnelle, où les élèves venaient pour la plupart des oasis environnantes. J’ai tellement aimé le lieu et les gens qu’un jour, je m’en rappellerai toujours, j’étais sous un citronnier, je me suis dit: ‘je reviendrai, il y a quelque chose de bon à vivre entre chrétiens et musulmans’». De retour au séminaire d’Annecy, Raphaël est contacté par le Père Jean-Pierre Sauge, chargé de l’animation missionnaire pour les Pères Blancs. Il fera son noviciat à Gap, dans les Hautes-Alpes.

Le sort en est jeté: il s’engagera avec les Missionnaires d’Afrique, avec l’intention de retourner en Algérie après son ordination sacerdotale à Viry en 1970. Il apprendra l’arabe dialectal à El Bayadh, un village à 400 km au sud d’Oran, en se rendant dans les familles algériennes, puis dès 1971, durant deux ans, l’arabe littéraire à l’Institut Pontifical d’Etudes Arabes et d’Islamologie (PISAI) à Rome. Ensuite, également après deux ans d’étude, il obtient une licence d’anglais à Strasbourg, avant de retourner pour trois ans à El Bayadh, où il enseigne l’anglais. En 1980, il part pour Sanaa, au Yémen du Nord, également pour enseigner la langue de Shakespeare dans un institut américain à des fonctionnaires qui voulaient étudier à l’étranger. De retour à Lyon, il y fera deux ans d’animation missionnaire avant d’être nommé professeur d’anglais en 1983 à Ghardaïa, à 600 km au sud d’Alger.

A Ghardaïa, durant les années noires

Le Père Deillon allait vivre, dans les années 1990, la «décennie noire» de la guerre civile opposant le gouvernement algérien et son Armée Nationale Populaire (ANP), et divers groupes islamistes armés de tendance salafiste djihadiste, notamment l’Armée Islamique du Salut (AIS) et le Groupe Islamique Armé (GIA). Cet épisode sanglant a fait plus de 150’000 morts, essentiellement des musulmans algériens.

Il sera fortement secoué par l’assassinat, le 27 décembre 1994, de quatre confrères, massacrés par des hommes armés dans la cour de leur maison de Tizi Ouzou. Mais réconforté par la présence de nombreux amis musulmans lors de leur sépulture.

De drôle de mages en armes s’invitent à la Fête de l’Epiphanie

Quelques jours après, le dimanche 8 janvier 1995, Fête de l’Epiphanie, «de drôle de mages en armes nous ont rendu visite dans notre maison de Ghardaïa…» Quatre inconnus armés de mitraillettes tentaient de défoncer la porte, tandis que le religieux et son confrère, accompagnés de deux amis béninois venus à la messe, ont pu s’enfuir par les toits, sur un itinéraire de repli préparé en cas d’attaques. A cette époque, plusieurs religieux et religieuses avaient déjà été assassinés, et les pressions étaient fortes pour que tous les étrangers quittent le pays.

Durant cette période, la toute petite Eglise catholique en Algérie comptera 19 martyrs, assassinés entre 1994 et 1996, et parmi eux Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran et les sept moines de Tibhirine. Ils ont été reconnus martyrs par le pape François le 26 janvier 2018, ce qui conduit à leur béatification le 8 décembre de la même année en Algérie.

Raphaël Deillon, qui n’a pas voulu quitter le pays pendant la sanglante guerre civile, reprend volontiers une sentence d’une religieuse qu’il connaissait, Sœur Odette Prévost: «la première chose, dans le dialogue avec les musulmans, il faut les aimer». Elle disait aussi qu’»entre la prudence et l’Evangile, je choisis l’Evangile!» La religieuse française des Petites Sœurs du Sacré-Cœur de Charles de Foucauld, âgée de 63 ans, a été assassinée le 10 novembre 1995 à Alger.

«Malgré ces ‘années noires’, je puis dire qu’ayant passé un quart de siècle au Sahara, j’ai réalisé mon rêve: celui de la rencontre islamo-chrétienne. J’ai vécu des années formidables d’amitié avec les professeurs, les élèves et les familles des élèves où j’ai enseigné: Ouargla, El Bayadh, Ghardaïa. J’avais raison, à 22 ans, quand j’étais sous le citronnier: c’est possible de dialoguer entre chrétiens et musulmans, à condition de respecter l’autre qui nous est différent, de ne pas se lancer à la figure des passages de Bible et des passages du Coran, de ne pas s’affronter sur des articles de foi différents chez l’un et chez l’autre, de ne pas généraliser à partir de cas extrêmes, de savoir apprécier chez l’autre ce que l’on trouve de bon. «Et surtout de l’aimer!» (cath.ch/be)