Dimanche de Pâques, Messe du jour

C’est le jour que le Seigneur a fait !

Actes 10, 34.37-43 / Psaume 117(118) / Colossiens 3, 1-4 / Jean 20, 1-9

À la veillée pascale, nous avons chanté la Proclamation pascale, également connue comme l’Exsultet. Dans ce bel hymne, nous avons proclamé avec joie que « c’est cette nuit-là que le Christ a brisé les chaînes de la mort et est ressuscité victorieux des enfers ».[1] C’est indéniablement la plus belle expression du mystère de Pâques que nous célébrons aujourd’hui. C’est pourquoi nous rejoignons le psalmiste en chantant avec joie : « C’est le jour que le Seigneur a fait ; réjouissons-nous et soyons dans l’allégresse. » (Ps 118, 24).

En effet, Pâques est notre jour de joie et d’allégresse en tant que chrétiens et croyants. Pâques est l’essence de notre foi, comme le souligne l’apôtre Paul : « Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine et vous êtes encore dans vos péchés. » (1 Co 15, 17).

La pertinence de la résurrection

Une chose est sûre : personne ne connaît le jour ni l’heure exacts où Jésus est ressuscité des morts. Pas même Pierre, « le roc sur lequel le Seigneur bâtirait son Église ». (Mt 16, 18). Nous chantons dans la Proclamation pascale : « Ô nuit vraiment bénie, seule digne de connaître l’heure et le moment où le Christ ressuscita des enfers ! »[2] Ainsi, la résurrection de Jésus reste l’un des événements les plus mystérieux de l’histoire humaine.

La résurrection de Jésus est d’autant plus pertinente que les femmes sont en première ligne. Elles sont les premières à se rendre au tombeau (Matthieu 28, 1) et (Jean 20, 1). Elles sont les premières privilégiées à voir, à savoir et à croire en la résurrection de Jésus. Marc note que « Après sa résurrection, tôt le premier jour de la semaine, il apparut d’abord à Marie de Magdala, de laquelle il avait chassé sept démons. » (Marc 16, 9).

De plus, Jean confirme la première apparition de Jésus à Marie de Magdala : « Jésus lui dit : “Marie !” Elle se retourna et lui dit en hébreu : “Rabbouni !” (ce qui signifie Maître). Jésus lui dit : “Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va trouver mes frères et dis-leur : “Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.” Marie de Magdala alla annoncer aux disciples : “J’ai vu le Seigneur” ; et elle leur dit ce qu’il lui avait dit. » (Jean 20, 16-18).

La situation des femmes dans la société juive

Dans la société juive à l’époque de Jésus, les femmes étaient méprisées, marginalisées et même maltraitées. Cela ressort clairement des récits de la multiplication des pains tels décrits dans les quatre Évangiles. Les femmes ne furent pas comptées parmi ceux qui furent nourris par Jésus. Matthieu 14:21 mentionne que « ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants ». De même, Matthieu 15:38 parle de « quatre mille hommes, sans compter les femmes et les enfants ». Marc note que « ceux qui avaient mangé étaient cinq mille hommes » (Marc 6:44) et Luc observe de même que : « Or, les hommes qui s’y trouvaient étaient au nombre d’environ cinq mille ». (Luc 9:14) Jean a également le même récit : « Les hommes s’assirent donc à table, au nombre d’environ cinq mille. » (Jean 6:10).

Cela montre clairement que les femmes n’avaient aucune place, aucune considération dans la société à l’époque de Jésus. Il est regrettable de constater que, même aujourd’hui, les femmes continuent d’être méprisées et marginalisées par les hommes. Jésus, apparaissant d’abord aux femmes après sa résurrection, défie la société misogyne de son époque. Jésus choisit les femmes, ces êtres fragiles, méprisés et maltraités par la société, pour leur révéler la grande nouvelle de sa résurrection.

En effet, l’apôtre Paul nous rappelle cette sagesse de Dieu dans son action, en observant que « Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages, et Dieu a choisi les faibles du monde pour confondre les forts, et Dieu a choisi les humbles et les méprisés du monde, ceux qui ne comptent pour rien, pour réduire à néant ceux qui sont quelque chose… » (1 Co 1, 27-29).

L’actualité de Pâques

Pâques est avant tout un jour où l’on commémore la victoire. Nous commémorons et célébrons la victoire de la vie sur la mort, la victoire de la lumière sur les ténèbres, la victoire de l’amour sur la haine, la victoire du bien sur le mal. Et cette victoire est remportée par Jésus de Nazareth, qui a accepté de volontairement souffrir et mourir pour la rédemption d’une humanité déchue. La Proclamation de Pâques l’exprime très bien : « Notre naissance n’aurait été qu’une perte si nous n’avions pas été rachetés. »[3]

Pâques est un jour où notre foi doit être renforcée dans la résurrection. Car le Seigneur Jésus, qui est ressuscité des morts comme prémices, nous a donné un exemple, à nous croyants. Désormais, Pâques doit signifier pour nous que la mort disparaîtra. La mort n’est pas la fin de notre vie en tant que chrétiens. En fait, la première préface pour les défunts l’affirme clairement : « En effet, pour tes fidèles, ô Seigneur, la vie est transformée, non pas terminée, et lorsque cette demeure terrestre retourne à la poussière, une demeure éternelle leur est préparée au ciel. »[4]

Conclusion

Célébrer Pâques aujourd’hui nous rappelle que le bien l’emportera toujours sur le mal, que la lumière triomphera toujours des ténèbres, que le haut l’emportera sur le bas, le haut de la résurrection sur le bas de la croix. L’expérience nous a montré que la vie a ses hauts et ses bas. Plus on vieillit, mieux on comprend que la vie est faite de lumière et de ténèbres, de soleil et d’ombre, de doux et d’amer, de bien et de mal, de maladie et de santé, de vertu et de vice, de progrès et de régression, d’échec et de relèvement, de vie et de mort, de Vendredi saint et de Pâques !

C’est pourquoi, pour nous, Missionnaires d’Afrique, Pâques doit être un moment pour redéfinir notre engagement en faveur de la justice et Paix et de l’intégrité de la création envers ceux qui se trouvent aux marges de notre société. Car le Seigneur ressuscité est toujours solidaire des petits, des pauvres, des oubliés et des marginalisés de notre société. Seigneur, fais de nous des instruments de ta Paix Pascale, ta justice pascale et de de ton amour pascal. Amen !

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[1] Le Missel romain. Traduction anglaise selon la troisième édition typique, (Nairobi : Paulines Publications Africa, 2011), 334.

[2] Le Missel romain, p. 334.

[3] Le Missel romain, p. 334.

[4] Le Missel romain, p. 556.

Par: Joseph Chirhahongerwa Chitwara, M.Afr.