Henri Valette, R.I.P.

Henri Valette, 60 ans de Serment

Son témoignage

Comme une fiancée parée pour son époux

C’est le titre de l’histoire de ma vie, écrite en anglais, en 1999, exigée pour une session de six mois de formation “Foi et Justice” à Londres, où j’ai été envoyé par mes supérieurs de l’Ouganda avant ma nomination comme responsable des Missionnaires d’Afrique à la Commission Nationale Justice et Paix et Intégrité de la Création (JPIC).

Un mois avant cette session j’avais fait une session plus courte sur le Dialogue Interreligieux à Nairobi, Kenya, pour représenter la Société au Conseil Interreligieux de l’Ouganda (IRCU). Cela mettait fin à quarante ans de ministère au pied des montagnes du Rwenzori dont j’ai fait l’ascension plusieurs fois (une fois jusqu’au sommet principal, le Pic Margarita à 5,100 mètres). En d’autres vacances j’ai aussi fait l’ascension des sept volcans du sud de l’Ouganda et de l’est du Congo.

Quand, en janvier 1958, je suis arrivé au pays. Il n’y avait dans la région qu’un vicariat apostolique, celui de Mbarara, où il y a maintenant cinq Diocèses, tous entre les mains du clergé local, et notre présence se limite à notre communauté de Mbarara. Malgré notre petit nombre de personnel, la Société tient à maintenir ce poste car la moitié des vocations M.Afr. du pays viennent des Diocèses de Mbarara et de Kabale.

En formation permanente

Je garde un très mauvais souvenir de ma formation avant le Concile Vatican II, à Kerlois en Bretagne (Philosophie), à Maison Carrée en Algérie (Noviciat), à s’Heerenberg en Hollande (Théologie), à Monteviot en Écosse (Théologie) où j’ai été ordonné prêtre le 10 juin 1954, enfin à l’Université de Strasbourg (pour une licence d’histoire). Quand j’ai mentionné mes problèmes dans ma première “lettre de règle”, on m’a conseillé de faire une retraite d’élection pour décider si je ne devrais pas, un an après mon ordination, quitter les Pères Blancs. Je l’ai faite avec un Père Jésuite à Clamart, en 1955. La dynamique des Exercices de St. Ignace m’a permis de décider en toute certitude de rester dans la Société. En 1957, j’ai fait mon pèlerinage à Lourdes pour demander à la Vierge Marie de m’obtenir du Seigneur la sérénité, et tout de suite après, j’ai reçu ma nomination pour l’Ouganda, avec une session en Angleterre sur la « British way of life » (manière de vivre à l’anglaise) requise par l’autorité coloniale.

Le 6 janvier 1958, j’atterrissais à Entebbe (Jour de l’Épiphanie, première messe en Ouganda : un symbole !) et j’étais nommé pour la paroisse de Wekomire en pleine brousse dans ce qui est maintenant le diocèse de Fort Portal. Pendant 6 mois j’ai appris le Rutooro, la langue de ce royaume. Mais comme on disait la messe en latin je pouvais faire un peu de ministère.

Mes dix premières années, j’ai été muté presque chaque année, à cause de l’arrivée des Pères Américains de Sainte Croix et des divisions successives du diocèse. Cela était très éprouvant. L’annonce de la convocation du Concile, le 25 janvier 1959, que j’ai entendue à la radio, a provoqué en moi une émotion inoubliable.

Mon premier congé a coïncidé avec la canonisation des Martyrs de l’Ouganda, le 17 octobre 1964, et ce pèlerinage à Rome a été une expérience très riche. La présence des évêques du monde entier était quelque chose de très impressionnant. Mon évêque, que j’avais rencontré sur le parvis de St. Pierre, m’a fait participer à l’ouverture d’une session du Concile, un temps de prière et la procession solennelle du livre des Saintes Écritures. J’étais parmi les « periti » d’où m’ont chassé les gardes pontificaux !

À mon retour en Ouganda j’ai, à nouveau, été nommé curé de Wekomire. Désormais je suis devenu Curé de paroisse pendant plus de 30 ans. En 1967, après le tremblement de terre de 1966 qui avait démoli en partie la cathédrale de Fort Portal, j’ai été nommé dans cette paroisse appelée Virika (un mot qui veut dire « neige », car les neiges du Rwenzori y étaient visibles par temps clair et l’église est dédiée à Notre Dame des Neiges). Pendant toutes ces années, pour mettre en œuvre les décisions du Concile, la Région Ouganda (qui est maintenant un Secteur de la Province de l’Est Africain !) a organisé toute une série de sessions de formation. Et j’y ai participé : Enneagram, Islam, Communications, Animation de communautés, Analyse sociale…

D’autres événements ont marqué cette période avec un impact certain sur ma pensée et ma vie : en 1962, après la déclaration d’indépendance du pays, la rébellion des Bakonzos de la montagne (le royaume des Neiges : Rwenzururu) avec des déplacements de populations de Batooro et de Bakonzo; en 1971 le coup d’état de Idi Amin Dada avec les violences et les massacres qui ont suivi et l’expulsion des Indiens, avec les conséquences économiques ; en 1979-1981, la guerre avec la Tanzanie et l’expulsion de Idi Amin Dada, avec beaucoup d’autres atrocités ; en 1981 le retour d’Obote au pouvoir ; en 1986 la prise de pouvoir par Museveni, avec un régime militaire couvert par des réformes constitutionnelles .

Au plan ecclésial il y a eu aussi des événements qui m’ont marqué : en 1969 la visite du Pape Paul VI avec l’ordination de 12 évêques ; en 1970 le jubilé de 75 ans de l’arrivée des premiers missionnaires dans la région (en 1895) ; ma participation à trois chapitres de la Société en 1974. 1980 et 1986 comme traducteur ; en 1979, le centenaire de l’arrivée des premiers missionnaires en Ouganda ; en 1979-1980 mon année sabbatique à Lyon à l’Institut des Sciences de la Famille avec l’écriture d’un mémoire de maîtrise « La communauté chrétienne et les couples dans l’Ouest de l’Ouganda ».

De Nairobi je suis venu en congé en France en passant par l’Ouest Africain (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Niger) pour rencontrer, à Azzel, en plein désert, ma sœur Yvonne, Petite Sœur du Père de Foucault, . De là, un voyage inoubliable de trois jours en 4×4, d’Agadès à Tamanrasset avec trois Musulmans et pèlerinage à l’Assecrem dans le Hoggar.

À la fin de ce congé, en 1985, j’ai participé à la session Biblique et à la grande retraite à Jérusalem avec la visite des lieux saints et la rencontre des Chrétiens orientaux, des Juifs et des Musulmans. Quel enrichissement !

À mon retour à Kasese (en passant par le Rwanda), c’était le combat de Museveni qui avait établi une base dans le Rwenzori et partait à la conquête du pouvoir, des semaines très dures, avec les tirs d’armes légères et de mortiers, coupés que nous étions de notre centre diocésain de Fort Portal et de la capitale Kampala. Seul un avion de la Croix Rouge nous apportait de temps en temps des informations et des vivres.

Pendant toutes ces années 80, ma spiritualité s’est enrichie. Elle s’exprime encore par ma devise « comme une fiancée parée pour son époux » (Apocalypse 21, 1-2), et le « nom nouveau : Teleiosis » (accomplissement) (Isaïe 62.,2, Lc 1, 45), avec les références correspondantes dans la Bible. (Depuis ma formation au Petit Séminaire j’utilise aussi le grec pour la lecture de la Bible).

Après mon ministère en paroisse, j’ai participé à beaucoup de sessions de JPIC-RD pour ma formation (v.g. à Lilongwe au Malawi en 2001 pour tout l’Est Africain) et à toutes les sessions que nous avons organisées dans les diocèses. Plus les sessions organisées par la Société à Rome : en 1995, transition vers le troisième âge ; en 2006, pour les plus de 70 ans. En tout cela, s’est confirmé le chemin de ma vie et son sens, et je remercie le Seigneur des grâces dont Il m’a comblé.

Au service des religieuses

Une activité que j’ai eue pendant toutes ces années et qui m’a apporté et m’apporte toujours un enrichissement personnel profond, c’est le service de religieuses avec un contact profond avec le monde féminin. Je pense y avoir été préparé par ma famille de 7 sœurs, 4 belles-sœurs et 3 cousines. Il me reste de fortes amitiés féminines.

En 1968, à Fort Portal, j’ai été le conseiller ecclésiastique au premier Chapitre des Banyatereza (les Filles de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus) qui élurent leur première Supérieure Générale Ougandaise. Leur maison mère est à côté de la Cathédrale et de notre presbytère. Elles travaillèrent à mettre à jour leurs constitutions. Pendant mes 12 ans à Virika j’ai eu beaucoup d’accompagnement spirituel à assurer, je leur ai prêché ou dirigé plusieurs retraites, et travaillé avec elles pour leur mise à jour sur les documents du Concile. Elles travaillent aussi dans la paroisse et en tournées. En 1972, après le départ forcé de plusieurs Pères de Sainte Croix, elles ont pris en charge la paroisse de Bukwale, rattachée à Virika jusqu’à la chute d’Amin.

À Yerya, je participais régulièrement à la formation des Novices Banyatereza et de celles qui se préparaient aux vœux perpétuels (le Senaculo) par des cours hebdomadaires de spiritualité et d’Histoire de l’Église. À Hima, au début, nous n’avions pas de religieuses. Puis les Sœurs Blanches sont venues commencer une Paroisse à Ibanda, une succursale de Hima dans une vallée de la montagne (d’où partent les alpinistes du Rwenzori). Elles l’ont transmise ensuite à une congrégation venue du Congo. Elles avaient avec elles des aspirantes qui travaillaient aussi dans les écoles du coin.

Pendant ces années à Hima, en 1990, on m’a demandé d’être le conseiller ecclésiastique du chapitre des Petites Sœurs du Cœur Immaculé de Marie de Gulu (nord de l’Ouganda), chapitre tenu au Grand Séminaire de Katigondo près de Masaka, à l’occasion du cinquantenaire de leur fondation. (C’est là qu’elles avaient été fondées par Mgr Negri, un missionnaire combonien interné avec tous les missionnaires italiens et allemands pendant la guerre 39-45). La Congrégation avait de gros problèmes dus aux exactions de la LRA et à la mort violente de beaucoup de membres des familles des religieuses. Une expérience très forte là aussi !

Fleur des montagnes du Rwenzori

Pendant mes années à Kampala j’ai aussi donné des cours aux aspirantes des FMSA (Sœurs Franciscaines Missionnaires pour l’Afrique) et j’étais confesseur extraordinaire des Sœurs Carmélites de Kiyinda Mityana.Maintenant à Mbarara, semi-retraité, c’est ce que je continue de faire depuis 2006 et je donne encore des cours de Bible et de théologie (Catéchisme de L’Église Catholique) à des aspirantes et à des novices de deux Congrégations : la Congrégation diocésaine des Sœurs du Bon Conseil.

Conclusion

À 84 ans je suis étonné de la réceptivité de toutes ces jeunes femmes et cela donne sens à ma vie. Et je remercie le Seigneur pour ma bonne santé : je n’ai jamais été vraiment malade depuis plus de 70 ans ! En 1987, à la session de l’enneagram (où j’ai découvert que je suis un N° 7), on nous avait demandé d’imaginer ce que nous aimerions voir écrit sur notre pierre tombale. Cela a été confirmé dans l’histoire de ma vie en 1999, et c’est encore vrai aujourd’hui :

Il avait mis son espérance dans la nouvelle Jérusalem et avait travaillé à la construire. Maintenant il attend l’accomplissement du plan de Dieu : la récapitulation de toutes choses dans le Christ.

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