Irénée Jacob 1938 – 2016 (PE n° 1078)

Irénée naît à Saint-Tite dans la circonscription de Champlain, Province de Québec, le 14 avril 1938. C’est là qu’il fait ses études primaires. Il va ensuite au séminaire St-Joseph à Trois-Rivières pour ses études classiques et la philosophie. Le 17 août 1957, il entre au noviciat St-Martin de Laval. L’année suivante, il est à Carthage pour ses quatre ans de théologie. Dans cette communauté internationale, Irénée se révèle comme un confrère ouvert, bien estimé pour son dévouement, son caractère jovial et serviable et son esprit apostolique. De tempérament sensible et délicat, il est cependant impressionnable sous des apparences calmes. Ses supérieurs reconnaissent qu’il est un confrère généreux, un homme d’une grande loyauté qui mérite toute leur confiance. Le 27 juin 1961, Irénée fait son serment missionnaire à Carthage. Il est ordonné prêtre le 30 juin 1962 à Trois-Rivières.

En septembre 1962, le Père Jacob se retrouve à Rome. Il y est nommé pour faire des études en théologie dogmatique. Après son examen de licence, il va se reposer quelques jours en Suisse puis passe trois semaines en Angleterre, dans une paroisse pauvre de Londres, dans le but d’y apprendre l’anglais. À la fin de septembre 1964, il est à Bruxelles, à l’Institut Lumen Vitae, pour y suivre des cours de catéchèse. Comme il l’écrit dans une lettre au Provincial du Canada : « Pour les cours à Lumen Vitae, c’est un véritable repos psychologique, quand je les compare aux examens de théologie, l’an dernier, qui furent un véritable cauchemar et qui m’ont beaucoup épuisé ».

Après ces études de catéchèse, Irénée est nommé au Rwanda. De septembre à décembre 1965, il donne des cours à l’Institut catéchétique de Butare. Il est envoyé ensuite au Centre de langue de Kigali pour y apprendre le kinyarwanda et, en juillet 1966, il se retrouve vicaire à Cyahinda puis à Muyunzwe. Ce temps en paroisse fut une période assez difficile pour le Père Jacob. Il a beaucoup de qualités, il est sérieux et surnaturel, mais son côté un peu perfectionniste l’empêche de prendre des initiatives. Le 1 août 1971, Irénée est nommé au Canada où il prend d’abord un congé bien mérité. Il entreprend ensuite des études de psycho-pédagogie à Trois-Rivières et fait du ministère pastoral dans une paroisse de cette ville. Il est ensuite aumônier dans une école secondaire et se plaît à travailler en étroite collaboration avec les professeurs de catéchèse.

En 1976, le Père Jacob retourne au Rwanda, d’abord à Runaba, dans le diocèse de Ruhengeri. Un an plus tard, il est nommé au Centre de Formation Rurale de la jeunesse, à Butamwa, dans le diocèse de Kigali. Il s’agit d’un Centre de formation agricole pour jeunes gens provenant du milieu rural. Ils font des stages de deux mois dans ce Centre pour apprendre une méthode non traditionnelle d’agriculture et d’élevage. Irénée se sent très à l’aise dans cette nouvelle responsabilité et se donne à fond pour la réussite de ce Centre dont il est le directeur. Il trouve dans ces conditions de travail intense un épanouissement qui lui permet de surmonter pas mal de difficultés personnelles.

Bientôt les Frères des Écoles chrétiennes reprennent la direction du Centre de Butamwa et Irénée, après un congé qui lui permet de suivre les exercices spirituels dans la vie courante, est nommé, en 1981, à la communauté du Centre de Langue de Kigali pour la publication du dictionnaire kinyarwanda-français. Irénée se donne tout entier à cette œuvre monumentale, un dictionnaire en trois volumes, comprenant quelque 25 000 mots. Chacun de ces mots est illustré par des proverbes rwandais afin de le définir dans toutes ses nuances. Dans la préface, notre confrère rappelle que la composition d’un dictionnaire est une longue et pénible entreprise. Mais pour entreprendre ce travail, il n’est pas parti de zéro. Les œuvres des confrères Pères Blancs, utilisées pendant des années pour apprendre la langue, lui ont rendu d’énormes services. « Pendant six ans, nous dit Irénée, j’ai compilé des masses de documents mis à ma disposition par des confrères et des chercheurs du ministère de l’Éducation. Il en est résulté un dictionnaire en trois gros volumes d’environ 600 pages chacun. Un vrai travail de bénédictin, dit-on parfois pour me taquiner ». L’Institut National de Recherche Scientifique à Butare a grandement facilité la réalisation d’un tel projet. L’Ambassade du Canada à Kigali a également collaboré à la parution de cet ouvrage qui fait date. Ce travail lui aura valu quelques cheveux gris, certaines critiques, de grandes consolations et un pacemaker pour stimuler occasionnellement son cœur devenu trop paresseux. Pour ce dictionnaire qui lui avait demandé un travail précis, long et fastidieux, Irénée a eu la joie d’être décoré par le Président rwandais Habyalimana.

Après un congé de quelques mois au Canada, Irénée retourne, en 1989, au Rwanda, pays aux mille collines. Professeur au Centre de Langue, il prépare un cours d’apprentissage de la langue rwandaise pour les missionnaires et pour les étrangers travaillant dans ce pays. Il publiera, quelques années plus tard, un Manuel d’apprentissage de la langue rwandaise (Twige Ikinyarwanda), en collaboration avec un pasteur presbytérien hollandais. Un confrère qui a bien connu lrénée au Rwanda écrit ceci : « Toute sa vie, la langue rwandaise tiendra une grande place dans la vie missionnaire d’Irénée. Comme il était perfectionniste, il trouvait qu’il ne connaissait pas assez bien la langue rwandaise pour s’exprimer devant les gens. Alors il s’abstenait de prêcher et s’isolait un peu. Il passait son temps à étudier la langue. Il allait même s’asseoir de longues heures avec les enfants dans les écoles primaires et les catéchumènes pour se faire l’oreille à la langue locale. À cette époque, il n’y avait pas de banc. Il s’asseyait avec les enfants sur des troncs d’arbre. Et à force de volonté et de travail, Irénée en est arrivé à très bien connaître le kinyarwanda ».

En 1994, le Père Jacob part précipitamment du Rwanda à la suite des terribles événements qui ont suivi l’assassinat du Président. Il est alors coupé radicalement de son insertion missionnaire et de son travail d’enseignement de la langue. Sous l’effet d’un certain choc nerveux, il a bien évidemment besoin de se reposer et de se faire accompagner médicalement. Son médecin lui conseille de ne pas repartir au Rwanda avant avril 1995. Entretemps, il accepte d’être le responsable intérimaire de notre communauté d’étudiants de Première Étape à Ottawa.

En avril 1995, nous retrouvons Irénée à la Maison régionale de Kigali. Là, tout en continuant à donner quelques cours de langue, on lui suggère de peaufiner ses homélies données depuis de nombreuses années et de les éditer au profit de l’Église locale car elles contiennent une grande richesse spirituelle. Il accepte aussi de faire du ministère pastoral à la paroisse Sainte Famille.

En 2001, le Père Jacob est épuisé physiquement et psychologiquement. Sa santé est fortement ébranlée. Il doit alors rentrer au Canada pour être soigné et se reposer longuement. En juillet 2006, il retourne au Rwanda, cette fois-ci à Butare, pour y faire du ministère paroissial.

Le 22 avril 2010, au Bureau de l’Ambassade canadienne à Kigali, la Gouverneure générale du Canada fut l’invitée d’une réception donnée en son honneur. À cette occasion, elle a présenté des médaillons pour rendre hommage aux personnes ayant contribué de façon significative aux relations canado-rwandaises, dont notre confrère le Père Irénée Jacob. Voici les paroles qui accompagnaient la remise du médaillon : « Les liens étroits qu’entretiennent le Canada et le Rwanda dépendent en grande partie de la contribution d’individus passionnés comme vous, Père Irénée Jacob…Votre amour pour cette langue de votre pays d’accueil vous a mené de son apprentissage à son enseignement, tant à des expatriés qu’à des citoyens rwandais, en passant par la rédaction d’un dictionnaire rwandais-français et d’un manuel d’apprentissage de cette langue…Vous êtes sans contredit un digne ambassadeur des valeurs canadiennes d’inclusion et de recherche de l’excellence… ».

En septembre 2016, Irénée est transporté dans une clinique de Kigali. Il est très malade. Il n’a plus de forces, ne peut plus s’alimenter et est souvent très confus. Les médecins ont diagnostiqué un cancer grave. Alors que ses confrères cherchaient à le rapatrier au Canada pour qu’il puisse recevoir de meilleurs soins, le Père Jacob meurt dans l’ambulance qui devait le transporter jusqu’à Kampala. C’est le 13 octobre, à la paroisse Sainte-Famille de Kigali, que les confrères Pères Blancs ont célébré la Pâque du P. Jacob. L’Eucharistie a été présidée par deux évêques : l’archevêque de Kigali et l’évêque de Butare où Irénée vivait ces dernières années. Tous les confrères du Rwanda étaient présents ainsi qu’un grand nombre de chrétiens qui tenaient à exprimer leur amitié envers les Pères Blancs et les soutenir dans leur deuil. Après la messe, Mgr Phililppe Rukamba, évêque de Butare, ensemble avec les confrères, ont accompagné Irénée jusqu’à sa dernière demeure au cimetière de Ndera, à une vingtaine de kilomètres de Kigali.

Rendons grâce à Dieu qui a permis à Irénée de partir en paix en restant dans le pays qu’il avait choisi, qu’il avait aimé et dans lequel il avait tant désiré mourir. Irénée repose maintenant au milieu du peuple rwandais qu’il a servi et dont il prenait plaisir à parler la langue.

Michel Carbonneau, M.Afr.
Petit Echo n° 1078

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