La spiritualité ignatienne, un outil pour un engagement durable et significatif au service du Règne de Dieu

Pendant le noviciat au début de ma formation, je ne me rappelle pas que nous étions bombardés par la terminologie de la spiritualité ignatienne. Y ai-je entendu les mots « principe et fondement, le Règne, élection, consolation et désolation, etc. » ? Pas bien souvent. On nous parlait incessamment « du plan du Père, de la place centrale de Jésus Christ, de la disponibilité à Dieu, de l’importance de notre affectivité et de devenir nous-mêmes ». Pour moi, il est clair que nos formateurs ne nous ont pas enseigné la spiritualité ignatienne comme matière académique. Ils nous y ont initiés et nous y ont fait marcher nos premiers pas. Et nous avons compris que la spiritualité ignatienne ne constitue pas une spiritualité de dévotion, mais bien d’engagement avec tous nos dons dans la mise en œuvre de la mission. Et nous voici lancés pour la théologie (sans stage à cette époque) et ensuite nommés pour nos missions respectives.

Ai-je vraiment pensé à la spiritualité ignatienne au cours de mes premières années d’apostolat ? La réponse franche est « non ». Il s’agissait plutôt d’apprendre la langue et débuter l’apostolat missionnaire avec les conseils de la communauté qui m’accueillait. Toutefois je n’affirme pas que cette spiritualité était complètement hors de mon univers. Elle constituait plutôt mon univers sans en être conscient. En effet, les relectures de prière et de la journée ont été des instruments de croissance personnelle, et de rapprochement personnel vers Celui qui m’a appelé à son service. De plus, la question d’obéissance à Dieu et aux supérieurs ne s’est jamais transformée en une compétition de souque à la corde entre Dieu, les supérieurs et moi-même. Elle a pris racine en moi au contact de nombreuses circonstances et défis tant personnels, communautaires que missionnaires, avec cette phrase récurrente en moi : « Seigneur, je ne sais pas si cette situation est ta volonté, mais je sais qu’elle n’est pas la mienne ». Elle n’a pas l’intensité ni la profondeur de l’offrande de soi (Exercices spirituels no. 98). Mais elle m’a quand même fait avancer dans la bonne direction.

La prière et la connaissance de soi ont été au rendez-vous quotidien par leur entrelacement. La prière m’a permis de mieux me connaitre et de relever les défis missionnaires quotidiens. Me connaitre m’a aidé à prier d’abord et ensuite à mieux prier en m’ouvrant aux autres et au Seigneur, en me disant : « Jean, tu te connais. Si tu ne pries pas le matin, adieu la méditation ». Voilà ce qui m’a permis de persévérer et servir jusqu’à maintenant.

Les éléments de la spiritualité ignatienne sont devenus plus clairs pour moi lorsque j’ai été appelé à servir la mission dans les maisons de formation, pour initier et inspirer des jeunes hommes dans leur désir de s’engager au Seigneur et discerner leur vocation. Lectures, sessions et cours m’ont permis de distinguer et de nommer les différents principes que nous a laissés Saint-Ignace.

La spiritualité ignatienne demeure bien pertinente aujourd’hui. Elle invite la personne à vivre une expérience personnelle du Dieu vivant. Elle accomplit cette tâche par le truchement de repères sûrs : amour de Dieu, perception de ses limites et péchés, nécessité de conversion, fondement conduisant à la liberté profonde nommée indifférence dans le langage ignatien, qualités humaines et spirituelles requises pour un engagement durable et significatif pour le Règne de Dieu à la suite du Christ. Tous ces ingrédients forgent l’unité du projet de vie.

De plus, la spiritualité ignatienne propose des mesures concrètes pour mettre en pratique l’engagement que la personne désire vivre et auquel elle se voit appelée par Jésus-Christ. Elle suggère des exercices de prière qui sollicitent tous les aspects de la personne, des relectures pour discerner la présence du Seigneur dans la vie quotidienne, des principes de prise de décision et de fidélité.

Nous ne sommes pas face à un système de pensée spirituelle, ou idéologie spirituelle. Elle est une aventure d’amour entre la personne et son Créateur au fur et à mesure que le temps passe. Elle nous fait désirer la présence de Dieu en nous et dans le monde, génère le désir d’être saints et de devenir disciples du Christ. Elle nous rend disponibles pour un engagement fidèle dans la Vigne du Seigneur et dans le monde qui nous entoure.

La spiritualité ignatienne inspire par ses contenus. Saint Ignace met beaucoup l’accent sur l’incarnation du Fils de Dieu comme étant une clé d’intimité dans l’Esprit Saint avec le Père et le Christ au cours de notre vie. Les situations vécues par Jésus, ses difficultés quotidiennes et ses enseignements offrent un exemple concret de vie et de présence engagée auprès du peuple de Dieu. Je constate aujourd’hui que ma présence auprès de gens rencontrés, mon témoignage et ma prédication en ont été façonnées.

Je conclus avec Éphésiens 3(14-21) :

« C’est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père de qui toute famille tient son nom, au ciel et sur terre, daigne selon la richesse de sa gloire vous armer de puissance, par son Esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur, qu’il fasse habiter en vos cœurs le Christ par la foi ; enracinés et fondés dans l’amour, vous aurez ainsi la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur, … et de connaitre l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez comblés jusqu’à recevoir toute la plénitude de Dieu …».

Par: Jean Lamonde, M.Afr.