Nouvelles archives

Walter Vogels R.I.P.

Société des Missionnaires d’Afrique
Le Père André Simonart, Délégué Provincial du secteur de Belgique,
vous fait part du retour au Seigneur du Père

le mercredi 7 janvier 2026 à Antwerpen (Belgique)
à l’âge de 93 ans dont 69 ans de vie missionnaire
en Italie, au Canada et en Belgique.

Téléchargez ici le faire-part de décès du Père Walter Vogels

Né à :
Berchem
le 14/10/1932
Année SpirituelleSerment MissionnaireOrdination sacerdotale
Diocèse :
Mechelen-Brussel
21/09/195207/07/195621/04/1957
Nationalité :
Belge
Varsenare
(Belgique)
Heverlee
(Belgique)
Heverlee
(Belgique)

Bionotes

01/09/1957Etudes Théo. +BibleRomaItalia
01/09/1960Prof. ScolasticatEastviewCanada
01/09/1966ProfesseurEastview+Un. St PaulCanada
15/05/1968Doctorat en ThéologieOttawaCanada
01/09/1968Prof. plein tempsOttawa, Un. St PaulCanada
01/06/1988Conférences en Afrique
01/09/1988Prof. Univ. St PaulOttawa, ArgyleCanada
01/11/2006Session bibliqueOttawaCanada
01/09/2014Session biblique H.COtawaCanada
01/09/2016Sessions bibliquesAntwerpen, Keizerstr.Belgique
01/09/2023Sessions bibliquesAntwerpen, Pieter Van H.Belgique
07/01/2026DCD (93)Antwerpen, Pieter Van H.Belgique

La spiritualité ignatienne, un outil pour un engagement durable et significatif au service du Règne de Dieu

Pendant le noviciat au début de ma formation, je ne me rappelle pas que nous étions bombardés par la terminologie de la spiritualité ignatienne. Y ai-je entendu les mots « principe et fondement, le Règne, élection, consolation et désolation, etc. » ? Pas bien souvent. On nous parlait incessamment « du plan du Père, de la place centrale de Jésus Christ, de la disponibilité à Dieu, de l’importance de notre affectivité et de devenir nous-mêmes ». Pour moi, il est clair que nos formateurs ne nous ont pas enseigné la spiritualité ignatienne comme matière académique. Ils nous y ont initiés et nous y ont fait marcher nos premiers pas. Et nous avons compris que la spiritualité ignatienne ne constitue pas une spiritualité de dévotion, mais bien d’engagement avec tous nos dons dans la mise en œuvre de la mission. Et nous voici lancés pour la théologie (sans stage à cette époque) et ensuite nommés pour nos missions respectives.

Ai-je vraiment pensé à la spiritualité ignatienne au cours de mes premières années d’apostolat ? La réponse franche est « non ». Il s’agissait plutôt d’apprendre la langue et débuter l’apostolat missionnaire avec les conseils de la communauté qui m’accueillait. Toutefois je n’affirme pas que cette spiritualité était complètement hors de mon univers. Elle constituait plutôt mon univers sans en être conscient. En effet, les relectures de prière et de la journée ont été des instruments de croissance personnelle, et de rapprochement personnel vers Celui qui m’a appelé à son service. De plus, la question d’obéissance à Dieu et aux supérieurs ne s’est jamais transformée en une compétition de souque à la corde entre Dieu, les supérieurs et moi-même. Elle a pris racine en moi au contact de nombreuses circonstances et défis tant personnels, communautaires que missionnaires, avec cette phrase récurrente en moi : « Seigneur, je ne sais pas si cette situation est ta volonté, mais je sais qu’elle n’est pas la mienne ». Elle n’a pas l’intensité ni la profondeur de l’offrande de soi (Exercices spirituels no. 98). Mais elle m’a quand même fait avancer dans la bonne direction.

La prière et la connaissance de soi ont été au rendez-vous quotidien par leur entrelacement. La prière m’a permis de mieux me connaitre et de relever les défis missionnaires quotidiens. Me connaitre m’a aidé à prier d’abord et ensuite à mieux prier en m’ouvrant aux autres et au Seigneur, en me disant : « Jean, tu te connais. Si tu ne pries pas le matin, adieu la méditation ». Voilà ce qui m’a permis de persévérer et servir jusqu’à maintenant.

Les éléments de la spiritualité ignatienne sont devenus plus clairs pour moi lorsque j’ai été appelé à servir la mission dans les maisons de formation, pour initier et inspirer des jeunes hommes dans leur désir de s’engager au Seigneur et discerner leur vocation. Lectures, sessions et cours m’ont permis de distinguer et de nommer les différents principes que nous a laissés Saint-Ignace.

La spiritualité ignatienne demeure bien pertinente aujourd’hui. Elle invite la personne à vivre une expérience personnelle du Dieu vivant. Elle accomplit cette tâche par le truchement de repères sûrs : amour de Dieu, perception de ses limites et péchés, nécessité de conversion, fondement conduisant à la liberté profonde nommée indifférence dans le langage ignatien, qualités humaines et spirituelles requises pour un engagement durable et significatif pour le Règne de Dieu à la suite du Christ. Tous ces ingrédients forgent l’unité du projet de vie.

De plus, la spiritualité ignatienne propose des mesures concrètes pour mettre en pratique l’engagement que la personne désire vivre et auquel elle se voit appelée par Jésus-Christ. Elle suggère des exercices de prière qui sollicitent tous les aspects de la personne, des relectures pour discerner la présence du Seigneur dans la vie quotidienne, des principes de prise de décision et de fidélité.

Nous ne sommes pas face à un système de pensée spirituelle, ou idéologie spirituelle. Elle est une aventure d’amour entre la personne et son Créateur au fur et à mesure que le temps passe. Elle nous fait désirer la présence de Dieu en nous et dans le monde, génère le désir d’être saints et de devenir disciples du Christ. Elle nous rend disponibles pour un engagement fidèle dans la Vigne du Seigneur et dans le monde qui nous entoure.

La spiritualité ignatienne inspire par ses contenus. Saint Ignace met beaucoup l’accent sur l’incarnation du Fils de Dieu comme étant une clé d’intimité dans l’Esprit Saint avec le Père et le Christ au cours de notre vie. Les situations vécues par Jésus, ses difficultés quotidiennes et ses enseignements offrent un exemple concret de vie et de présence engagée auprès du peuple de Dieu. Je constate aujourd’hui que ma présence auprès de gens rencontrés, mon témoignage et ma prédication en ont été façonnées.

Je conclus avec Éphésiens 3(14-21) :

« C’est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père de qui toute famille tient son nom, au ciel et sur terre, daigne selon la richesse de sa gloire vous armer de puissance, par son Esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur, qu’il fasse habiter en vos cœurs le Christ par la foi ; enracinés et fondés dans l’amour, vous aurez ainsi la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur, … et de connaitre l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez comblés jusqu’à recevoir toute la plénitude de Dieu …».

Par: Jean Lamonde, M.Afr.

Épiphanie du Seigneur

Isaïe 60, 1-6 / Psaume 71 (72) / Éphésiens 3, 2-3a.5-6 / Matthieu 2, 1-12

Nous célébrons aujourd’hui la Solennité de l’Épiphanie du Seigneur. Ce mot d’origine grecque veut dire « manifestation ». En effet, en se laissant découvrir par des mages, le Seigneur se manifeste au monde et à tout l’univers, représenté par les mages venus d’Orient.

La première lecture est tirée du « troisième Isaïe » (un auteur à qui l’on attribue les chapitres 56-66 du livre d’Isaïe). Cette partie a été écrite après le retour de l’exil, donc après 538 av JC. L’auteur, qui a exercé son ministère au milieu d’un peuple découragé, redonne l’espoir à celui-ci et l’encourage à continuer à espérer dans le Seigneur, parce que Dieu est fidèle à sa parole. Le symbole du soleil levant sur Jérusalem et qui illumine la colline de Sion sert d’illustration à la réalisation des promesses divines. En se projetant dans le futur, ce prophète voit Jérusalem devenir alors la lumière du monde.

Maintenant que les jours de l’exil sont passés, Jérusalem doit reprendre son double rôle : symbole de l’unité des croyants en YHWH et signe visible de la présence de Dieu au milieu de son peuple. La lumière qui se lève sur la ville symbolise cette gloire et cette présence de Dieu au milieu de son peuple. Dans cette vision futuriste du troisième Isaïe, le rassemblement qui va se réaliser dans Jérusalem ne concernera plus seulement les Israélites mais toutes les nations de la terre. Même des païens, ainsi que leurs rois, vont affluer vers Jérusalem et apporteront leurs présents. Pour nous, Chrétiens d’aujourd’hui, c’est l’Église qui est cette Jérusalem qui rassemble les différents peuples sans discrimination aucune. Elle est symbole de l’unité de tous les Chrétiens en Christ et elle est un signe de la présence de Dieu au milieu de son peuple.

Dans la deuxième lecture, Paul nous parle du mystère de l’introduction des païens dans l’Église. Les païens sont aussi appelés à accéder à la révélation du mystère de Dieu en Jésus-Christ. La lumière apportée par le Christ est destinée au monde entier, pas seulement aux Juifs. Désormais, les païens aussi peuvent avoir part à la vie éternelle. Dans son immense amour, Dieu nous avait déjà destiné le salut par le Christ avant même notre existence. L’Esprit-Saint nous aide à entrer dans ce mystère. Nous devons collaborer à cette grâce de l’Esprit-Saint. L’Épiphanie n’est pas un fait du passé, c’est une réalité que nous devons vivre tous les jours.

Dans l’évangile, Jésus se manifeste à des sages (des mages, selon l’évangile), venus de loin. Il se révèle comme la lumière du monde. Contrairement aux croyances de l’époque, avec la manifestation de Jésus à des étrangers, le salut n’est plus limité à une seule nation, mais il est ouvert à tous. C’est, encore, comme dans la première et la deuxième lectures, l’universalisme du salut qui est signifié dans l’évangile. Désormais toutes les cultures auront accès à la foi en Dieu et au salut qu’il apporte en Jésus-Christ. Tous les hommes sont invités à connaître leur sauveur et vivre en communion avec lui.

Les mages ont reconnu un signe de Dieu : une étoile parmi tant d’autres. Dieu nous fait toujours signe : à nous de savoir découvrir son signe au milieu de tous les signes qui nous entourent.

Chacun de nous est le visage de Dieu aujourd’hui, et chacun, par sa façon de vivre, est invité à manifester ce visage de Dieu aux autres. Manifestons quelque chose du visage de Dieu. Chacun devrait se demander : les personnes que je côtoie, peuvent-elles sentir en moi quelque chose de la présence de Dieu ?

L’Évangile qui nous est proposé aujourd’hui utilise un langage hautement symbolique.

Nous voyons la visite des mages à Bethléem. Le texte ne mentionne ni leur nombre ni leurs noms ou leurs nationalités. Il dit tout simplement « des mages venus d’Orient ». L’imaginaire dit qu’ils étaient 3 et leur donne des noms : Melchior, Gaspard et Balthazar.

Dans l’antiquité, existait une conception selon laquelle la naissance d’un personnage important était annoncée par l’apparition d’une étoile. La luminosité de l’astre était en rapport avec la grandeur du personnage.

Qui sont les mages ? Ce terme peut évoquer certaines catégories de personnes : des prêtres ; des magiciens ; des rois ; des astrologues, des sages…

Dans le cas des astrologues, ceux-ci interprètent les événements du monde à partir de la position des astres.

L’étoile que ces mages ont vue signifiait la naissance d’un roi. Ils se laissent guider par la lumière de cette étoile. Ceci signifie que pour nous les croyants, nous devons nous laisser guider par la lumière de Dieu. Christ est notre Lumière. La Parole de Dieu est notre lumière, la lampe de nos pas : « Ta parole est la lampe de mes pas, une lumière sur ma route » PS 119,105. « Je suis la lumière du monde », dit Jésus en Jean 8,12.

Les mages vont vérifier l’authenticité de leur révélation auprès des autorités religieuses à Jérusalem : dès qu’ils sont chez le roi Hérode, celui-ci convoque les grands prêtres et les scribes pour que ceux-ci scrutent les Écritures Saintes… Effectivement, la vérification est faite et la révélation des mages est confirmée par une prophétie de Michée 5,1-5. Nous voyons ici l’importance de toujours revenir à la source de la révélation : la Parole de Dieu, mais aussi vérifier les révélations auprès des autorités religieuses pour être sûr de ne pas se tromper. Sinon on risque de tomber dans le charlatanisme…

Il est très important de discerner les révélations et prophéties pour voir si elles sont conformes à la Parole de Dieu ou à la vie du Christ. Actuellement il y a trop de fausses révélations et prophéties dont certaines sont peut-être diaboliques…

Hérode le Grand est bouleversé par la nouvelle de la naissance d’un roi. Il a peur d’un tout petit enfant, Jésus. Il est habité par la peur de perdre le pouvoir. La peur est mauvaise conseillère ! Victime de sa peur, le roi va ordonner l’exécution de tous les enfants de moins de deux ans. Quand on a peur de perdre le pouvoir, on est prêt à tout, on tue tous ceux qui représentent un danger pour notre pouvoir. On se croit tout-puissant, mais un jour on finira par perdre ce pouvoir. L’histoire est là pour nous le confirmer. Ceux qui se croient tout-puissants aujourd’hui, demain ne le seront plus ; la mort les emportera…

Quand ils arrivent à Bethléem, les mages se prosternent devant l’enfant. C’est un geste d’adoration. Des païens reconnaissent dans un enfant la présence de Dieu alors que les Juifs, jusqu’à présent, n’ont pas reconnu en Jésus le Messie envoyé par Dieu. Ils l’attendent encore !

Ces mages expriment le respect envers Dieu. Quelle est notre attitude devant Dieu ? Est-ce que nous exprimons le respect dans la maison de Dieu ? Comment est-ce que nous recevons l’eucharistie ? Comment est-ce que nous exprimons notre respect envers ce Dieu qui est présent dans chaque être humain, en particulier dans les pauvres ?

Ils offrent :

L’OR : symbole de richesse. C’est ce que l’on offre à un roi. Toute richesse vient de Dieu et c’est à lui que nous devons la rendre. Dieu est riche en miséricorde.

L’ENCENS : C’est ce que l’on offre à Dieu avec la prière des fidèles : « Un autre Ange vint alors se placer près de l’autel, muni d’une pelle en or. On lui donna beaucoup de parfums pour qu’il les offrît, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or placé devant le trône. Et, de la main de l’Ange, la fumée des parfums s’éleva devant Dieu, avec les prières des saints » Ap 8,3-4. (Voir aussi Ps 141,2 ; Exode 30,8 et Lv 2,1-2)

LA MYRRHE : geste prophétique annonçant la mort du Christ, la myrrhe est offerte pour embaumer le corps du Christ. Ici c’est la passion, la mort et la résurrection du Christ qui sont annoncées. Le mystère pascal est déjà présent dans le mystère de Noël. Le petit enfant que les mages découvrent porte déjà en lui le salut du monde.

Après leur geste, les mages sont avertis de ne pas retourner par le même chemin : ils doivent changer de route. Dès qu’on a rencontré Dieu, on doit prendre un autre chemin, celui de la conversion (métanoïa : changement de direction). Un changement radical doit s’observer…

La solennité que nous célébrons aujourd’hui nous invite à prendre conscience que chaque rencontre est une visitation, une épiphanie de Dieu. Chaque fois que nous rencontrons un être vivant, Dieu nous visite à travers cet être… Chaque personne doit devenir une épiphanie pour les autres.

Pour terminer, je propose la méditation de l’hymne des deuxièmes vêpres de cette solennité : « A l’Orient, l’étoile a paru ». Nous trouvons cette hymne dans le bréviaire ainsi que sur internet. Je suggère que l’on observe pour la méditer, la dernière phrase de chaque strophe : heureux le cœur qui désire Jésus ! heureux le cœur qui recherche Jésus ! heureux le cœur qui découvre Jésus ! heureux le cœur qui se donne à Jésus ! heureux le cœur qui annonce Jésus.

Par: Arsène Kapya, M.Afr.

Je ne suis pas un roi. Je suis l’étoile de Bethléem

Je n’ai pas de couronne, je ne porte ni or, ni encens, ni myrrhe. Je ne descends pas de caravanes et je ne repose pas dans des palais. Et pourtant, j’ai une mission que moi seul peux accomplir. Je ne marche pas sur la terre, car ma place est au ciel. Ma mission n’est pas d’arriver à la crèche, mais de la signaler. J’ai toujours su que nous ne sommes pas tous appelés à être des protagonistes ; certains d’entre nous existent pour guider, pas pour être applaudis.

J’ai vu les Rois mages avancer, douter, se fatiguer. Je ne pouvais ni leur parler, ni porter leur fardeau, ni décider à leur place. Ma mission était plus humble et plus exigeante : rester fidèle, nuit après nuit, sans dévier, même si personne ne me regardait. Il y a eu des moments où j’ai voulu me rapprocher, faire plus, être plus. Mais j’ai compris que si j’abandonnais ma place, ils se perdraient. Ma valeur ne résidait pas dans ma liberté de mouvement, mais dans ma constance.

Lorsque les Rois mages levèrent les yeux pour la première fois, ils ne cherchaient pas seulement un enfant : ils cherchaient un sens. Chacun portait dans son cœur des souvenirs différents.

Je voyais Melchior porter le poids de la tristesse des adieux. Il avait quitté sa maison et les siens, et plus d’une nuit, il avait douté. Alors, je brillais un peu plus, non pas pour effacer sa peine, mais pour lui rappeler qu’aimer, c’est aussi savoir partir quand le bien appelle.

J’ai accompagné Gaspard dans sa joie curieuse. Chaque nouveau village était une surprise ; chaque geste aimable, une petite fête. Quand il riait, ma lumière semblait danser, car la joie partagée allège le voyage et fortifie le pas.

J’ai soutenu Balthazar dans les moments difficiles du chemin : la fatigue, la méfiance de ceux qui ne comprenaient pas sa quête, les questions sans réponse. Dans ces moments-là, ma lumière ne criait pas ; elle restait simplement là. Parfois, c’est tout ce qu’il faut pour continuer.

Il y eut des jours venteux et des nuits silencieuses. Il y eut des rires autour du feu et des larmes cachées sous le manteau. Je n’ai pas choisi pour eux, mais j’ai montré la voie : lorsque l’orgueil obscurcissait le chemin, je restais immobile ; lorsque l’espoir faiblissait, je reprenais ma marche.

Et à la fin, lorsqu’ils sont arrivés à la crèche, ils ont compris que le chemin ne les avait pas changés seulement parce qu’ils étaient arrivés, mais aussi à cause de la façon dont ils avaient marché : avec foi dans la tristesse, gratitude dans la joie et confiance même sans tout comprendre.

Je n’ai pas reçu de cadeaux et je n’ai pas adoré l’Enfant à genoux. Cependant, lorsque je me suis arrêté au-dessus de Bethléem, en voyant la lumière la plus petite mais aussi la plus brillante du monde, j’ai su que ma mission était accomplie. Non pas pour être arrivé, mais pour avoir guidé.

Aujourd’hui, je continue à briller. Pas toujours comme une étoile dans le ciel, mais comme une bonne idée, une personne qui accompagne, une décision juste ; car chaque vie est un voyage, et même entre la tristesse et le bonheur, il y a toujours une lumière prête à guider. Lorsque vous découvrez votre mission et que vous l’accomplissez fidèlement, même de loin, vous participez également au miracle de l’Épiphanie : Dieu se laisse trouver et transforme ceux qui acceptent de suivre sa lumière.

Par: Salvador Muñoz-Ledo R., M.Afr.

La spiritualité ignacienne vécue au quotidien

Compréhension de la « spiritualité ignacienne »

Tout d’abord, retenez avec moi que la spiritualité ignacienne est une spiritualité du discernement, du choix. Nous méditons la Parole de Dieu pour des choix décisifs et importants dans nos vies. Cette spiritualité est ancrée dans la Parole de Dieu et nous rejoint dans nos propres vies pour nous permettre de dialoguer avec Dieu comme un ami parle à un ami. Dieu nous a créés, pardonnés, acceptés et aimés sans condition. Il nous appelle à nous unir à Lui. Il est actif dans le monde et dans nos vies. Sa création est bonne et reflète sa présence. Ainsi nous devons le vénérer par la charité et le service, mais aussi par la contemplation.

La spiritualité ignacienne nous engage dans le monde en nous incitant à témoigner de notre foi et notre joie de croire auprès de nos frères et de nos sœurs. Elle forge en nous l’amour personnel pour Jésus et le dévouement à l’Église, à travers l’engagement pour le bien-être de nos semblables – en particulier dans les périphéries existentielles.

Nous sommes appelés à prier et discerner continuellement sans oublier que Dieu traite directement avec chacun de façon individuelle dans le respect de sa liberté. Dieu est distinct de sa création qui est un moyen pour l’amour et le service même de Dieu et des autres. Aussi, nous sommes appelés à nous mettre à l’abri des attachements désordonnés aux choses créées, pour nous focaliser sur l’amour de Dieu, tout en distinguant l’action divine des distractions qui minent la liberté et l’amour.

La spiritualité ignacienne c’est aussi une spiritualité eucharistique  et trinitaire : le Père nous envoie avec le Fils dans le monde sous la mouvance de l’Esprit Saint.

Point de vue sur la spiritualité ignacienne dans le monde d’aujourd’hui…

La spiritualité ignacienne est vécue par beaucoup de femmes et d’hommes dans le monde aujourd’hui. Elle aide beaucoup de personnes à s’unir à Dieu au quotidien de la vie. C’est un moyen important d’expérience spirituelle chrétienne. Elle reste pertinente dans la vie religieuse à tel point que beaucoup d’Instituts de vie consacrée et des associations pieuses s’en réclament.

et dans ma mission et ma vie du charisme de notre Société apostolique

Notre charisme s’identifie par trois principes fondamentaux : la mission, le dialogue et la communion. Il se caractérise notamment par une spiritualité de mission avec une passion particulière pour le monde africain, dans le continent africain mais aussi dans les autres continents, par le témoignage prophétique à travers les engagements de Justice, Paix et Intégrité de la Création. Aussi, notre charisme se caractérise par une spiritualité de communion à travers le vivre en communauté prophétique et le dialogue de vie, et parfois théologique, avec les musulmans et les chrétiens d’autres Églises.

Pour bien vivre ma mission en tant que Missionnaire d’Afrique, de façon fidèle à notre charisme, je mets à profit dans ma vie quotidienne des éléments de la spiritualité ignacienne, tels que le discernement et la recherche de l’action divine dans toutes mes expériences.

L’exercice de la relecture quotidienne me permet de distinguer le déroulement de la grâce divine des distractions, pour m’unir davantage à Dieu en étant conscient de mon état d’âme à tout moment. Cet exercice me permet de contempler la grâce divine dans mes frères et sœurs avec qui je vis et que je rencontre chaque jour. Etant une spiritualité eucharistique  et trinitaire, la spiritualité ignacienne fortifie mon amour de Dieu et mon engagement sacrificiel à la suite du Christ.

Des  exemples  où  la  spiritualité  ignacienne  a  joué  un  rôle  clé

A titre d’exemple, puis-je vous partager ma foi en l’action divine dans les hommes et femmes, indépendamment de leurs orientations religieuses. En ma qualité de missionnaire en paroisse, j’ai collaboré avec des musulmans, et même des païens, pour réaliser les projets sociaux de l’Eglise de Kasongo dans les domaines de la santé et de l’éducation. J’ai même accepté d’être hébergé par une famille musulmane plus d’une fois lors de mes tournés pastorale paroissiales.

Etant appelé à accompagner les aspirants à la vie missionnaire ces temps-ci, j’applique les règles de discernement de Saint Ignace dans la formation des jeunes, surtout aux moments décisifs d’orientation de vie pour les jeunes.

Le bicentenaire de Lavigerie et possibilité de parler d’une « spiritualité lavigérienne » 

Le cardinal Lavigerie a indéniablement eu une inspiration de l’Esprit Saint pour initier la mission portée par des milliers d’hommes et de femmes dans le monde africain, spécialement dans la Société des Missionnaires d’Afrique et la congrégation des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique. Au regard de cela, l’on pourrait parler de « spiritualité lavigérienne » car nos deux Instituts, bien que vivant la spiritualité ignacienne, ont des caractéristiques propres dans l’application des exercices ignaciens selon les orientations du vivre missionnaire données par Lavigerie, notre fondateur.

Nous vivons les directives spécifiques de Lavigerie telles que « être fous du Christ » et « se faire tout à tous ». Ainsi se justifient nos présences dans les périphéries existentielles. Lavigerie a toujours insisté que nous ayons l’esprit de corps, ce qui justifie la composition diversifiée de nos communautés (interculturalité), mais aussi la primauté de la vie communautaire dans notre vivre missionnaire.

Lavigerie a voulu que la Sainte Vierge Marie occupe une place importante dans notre vie missionnaire. Ainsi, nous sommes connus pour la dévotion à Marie, Notre-Dame d’Afrique : les hommes ont le rosaire comme insigne et les femmes ont Notre-Dame d’Afrique dans le nom même de leur congrégation !

Toutefois, pour parler d’une spiritualité typiquement lavigérienne, je pense qu’il y a encore un chemin à faire pour regrouper de façon formelle les directives spirituelles de Lavigerie, chose que la célébration du bicentenaire de la naissance de Lavigerie a amorcé avec les méditations des expériences de la vie même de Lavigerie comme homme de foi et fondateur de nos deux Instituts missionnaires

Intégration de la prière dans mes activités quotidiennes

Ma vie quotidienne est bien rythmée par la prière personnelle et communautaire. Mon ministère actuel de présence dans la maison de formation me permet de suivre un horaire régulier de vie de prière. Je rends grâce à Dieu pour cette opportunité d’un cadre structuré où chaque chose a un temps programmé. J’ai la joie de vivre les différents moments de vie spirituelle avec les aspirants et mes confrères de l’équipe formatrice, mais aussi mes confrères de communauté.

Par: Bertin Bouda, M.Afr.

Dimanche de la Sainte Famille de Jésus, Marie & Joseph

La Sainte Famille, modèle pour toutes les familles!

Ben Sira le Sage 3, 2-6.12-14 / Psaume 127 (128) / Colossiens 3, 12-21 / Matthieu 2, 13-15.19-23

Frères et sœurs dans le Christ, en cette fête de la Sainte Famille, la Parole de Dieu tourne notre regard vers le trésor le plus sacré que Dieu ait placé entre les mains des hommes : la famille. L’Évangile nous présente Marie et Joseph protégeant l’enfant Jésus alors qu’ils fuient en Égypte, nous montrant que même les familles les plus saintes sont confrontées à la peur, au danger et à l’instabilité. Ils vivaient dans l’incertitude de l’exil, mais leur foi, leur courage et leur obéissance les soutenaient. La Sainte Famille nous rappelle que la sainteté dans la vie familiale ne se mesure pas à la perfection ou à l’absence de difficultés, mais à l’unité, au sacrifice, à la fidélité à Dieu et à un profond sens des responsabilités les uns envers les autres. Ben Sirach nous rappelle le lien sacré qui unit les parents et les enfants : « Ceux qui craignent le Seigneur honorent leurs parents » (Si 3, 2). Les parents sont appelés à guider, protéger et former leurs enfants, et les enfants sont appelés à honorer, respecter et prendre soin de leurs parents, en particulier dans les moments de faiblesse et de vieillesse (Si 3, 6.12-14).

Saint Paul poursuit cette invitation en nous appelant à nous revêtir de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience et surtout d’amour, vertus qui ne sont pas facultatives dans un foyer, mais essentielles à la paix et à l’harmonie (Col 3, 12-14). Il enseigne en outre aux parents de ne pas provoquer leurs enfants, mais de les élever dans la discipline et l’instruction du Seigneur (Col 3, 21), nous rappelant que l’autorité dans la famille doit être exercée avec soin, guidance et tendresse, et non avec domination ou dureté.

Aujourd’hui plus que jamais, les familles sont confrontées à de réels défis. L’érosion des valeurs fondamentales, la rupture de la communication, l’envie, le ressentiment et le rythme effréné de la vie volent un temps précieux à ceux qui comptent le plus. Souvent, les familles ne se réunissent que pour des funérailles ou des urgences, rarement pour des moments de joie authentique. Nous sommes appelés à nous demander : célébrons-nous vraiment la présence de nos proches, les soutenons-nous dans leurs efforts et honorons-nous leurs efforts, qu’ils soient petits ou grands ?

Ben Sirach exhorte les enfants à prendre soin de leurs parents âgés, en reconnaissant les sacrifices qui leur ont donné la vie et leur ont permis de subsister (Si 3, 12). Parfois, le simple fait d’être ensemble en paix, sans haine, sans rivalité, sans rancune cachée ni querelles familiales, est une raison suffisante pour se réjouir. Ne soyons pas seulement des personnes qui souhaitent la paix aux morts tout en oubliant d’apporter la paix aux vivants. La paix véritable doit commencer dès maintenant dans nos foyers, à l’image de la paix et de la confiance de Marie et Joseph, et découler en fin de compte du cœur du Christ.

La Sainte Famille nous enseigne que les parents ont une mission sacrée : faire de leurs enfants une priorité, les guider avec amour et être véritablement présents. Le travail, l’ambition et les obligations sociales ne doivent jamais remplacer ou étouffer la responsabilité familiale. Familiaris Consortio nous rappelle que « la famille est la cellule première et vitale de la société et de l’Église » (FC, 17), soulignant le rôle des parents en tant que premiers éducateurs de la foi et de la vertu. Les enfants, eux aussi, doivent honorer leurs parents, les écouter et se laisser former. Un enfant qui refuse d’être guidé affaiblit les fondements du foyer, tout comme un parent qui néglige sa présence et son affection blesse le cœur de la famille. Chaque foyer chrétien est appelé à être une église domestique, un lieu où la foi, le pardon, le dialogue et la tendresse sont vécus chaque jour. Dans une Église domestique, l’eucharistie célébrée ensemble et les prières offertes en famille deviennent une école d’amour et de vertu, formant des cœurs capables de recevoir le Christ et de partager son amour avec le monde (Catéchisme de l’Église catholique, 1656-1658).

Nous notons également que la famille est une école de résilience. Dans l’Évangile de Matthieu, Joseph a obéi à l’ordre de l’ange et a emmené Marie et Jésus en Égypte pour protéger l’enfant (Mt 2, 13-15). Plus tard, il est revenu lorsque Dieu l’a permis, s’installant à Nazareth (Mt 2, 19-23). Ces déplacements n’ont pas été faciles : ils ont impliqué des sacrifices, des incertitudes et des risques. Pourtant, sa constance, son discernement et son amour protecteur démontrent que la sainteté dans la vie familiale se vit à chaque instant, souvent de manière invisible et méconnue. De même, nos familles sont souvent appelées à faire des sacrifices, à travailler de longues heures, à adapter leurs horaires, à prendre soin de parents âgés, à réconforter des enfants effrayés ou dans le doute ; c’est dans ces actes que la sainteté s’inscrit dans la vie quotidienne.

Les instructions de saint Paul en Colossiens 3 continuent de résonner dans nos foyers : revêtez-vous de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience, et surtout d’amour. Supportez-vous les uns les autres, pardonnez-vous mutuellement comme le Seigneur vous a pardonné, et que la paix du Christ règne dans vos cœurs (Col 3, 12-15). Ces vertus ne sont pas des idéaux théoriques, mais des dispositions pratiques à vivre au quotidien : une parole douce à un enfant fatigué, de la patience lorsque des désaccords surgissent, le pardon après des conflits, et la joie dans les petits gestes de générosité. L’amour devient le ciment qui unit la famille, tout comme il a uni Marie, Joseph et Jésus, même dans le danger ou l’exil.

La dimension humaine de la famille ne peut être négligée. Les familles connaissent la fatigue, la frustration et les malentendus. Il y a des moments de jalousie, de mauvaise communication ou d’attentes non satisfaites. Pourtant, l’Écriture nous rappelle à plusieurs reprises que les familles sont sacrées parce qu’elles sont le contexte principal où l’amour humain rencontre l’amour divin (Éphésiens 5, 25-33). Les parents sont invités à aimer de manière désintéressée, en imitant l’amour du Christ pour l’Église, tandis que les enfants sont appelés à faire confiance, à honorer et à répondre à cette guidance. Le pape Jean-Paul II, dans ses réflexions sur la famille, a souligné que « la famille est le lieu où les enfants sont initiés à la vie, à l’amour et à la foi » (Familiaris Consortio, 36). Cette confiance sacrée exige de la patience, du courage, de l’humilité et de la persévérance ; c’est dans ces luttes que les familles grandissent en sainteté et en intimité avec Dieu.

Alors que nous célébrons le dimanche de la Sainte Famille, demandons au Seigneur de nous aider à reconstruire et à renforcer nos relations familiales avec sincérité. Puissions-nous apprendre à aimer plus profondément, à pardonner plus généreusement, à célébrer plus joyeusement et à nous soutenir les uns les autres sans envie ni ressentiment. Que nos foyers deviennent des lieux où règne la paix, où chaque membre est apprécié et chéri, et où la foi, la prière et la miséricorde sont toujours présentes. Que Marie, Joseph et l’Enfant Jésus intercèdent pour toutes nos familles, afin que nos foyers ressemblent à celui de Nazareth : simples, unis, fidèles et remplis de la présence de Dieu. Et que nos familles, nourries d’amour et de vertu, deviennent des phares d’espoir, enseignant au monde que la sainteté est possible dans les relations humaines ordinaires.

Joyeux dimanche de la Sainte Famille !

Par: Toby Ndiukwu, M.Afr.

Messe du jour de la Nativité du Seigneur Jésus Christ

Isaïe 52:7-10/ Psaume 97 (98)/ Hébreux 1:1-6/ Jean 1:1-18

« Qu’ils sont beaux sur les montagnes, les pieds de celui qui apporte la bonne nouvelle, qui annonce la paix… », entendons-nous dans la première lecture d’aujourd’hui. Il est difficile de ne pas s’attarder sur ces mots à un moment comme le nôtre, où le loup gris, ancien emblème de Mars, dieu de la guerre, semble hanter tous les bulletins d’information à travers le monde. Et pourtant, paradoxalement, la paix est redevenue un désir nouveau et urgent. Le désir de paix commence à marquer le rythme d’une nouvelle ère qui peine à naître.

Il n’y a pas si longtemps, lorsque je visitais des paroisses en Pologne pour animer l’esprit missionnaire de l’Église locale, je parlais de l’Afrique comme d’un continent qui se relevait. Mais ces derniers temps, nous entendons de plus en plus parler des flammes de la guerre, non seulement au-delà de la frontière orientale de la Pologne, mais aussi en Afrique. Même dans des pays longtemps considérés comme stables, où la paix et l’esprit d’ubuntu figurent parmi les valeurs les plus élevées, les gens commencent à exprimer leur colère et leur profonde frustration, transformant leur agitation en résistance ouverte et en manifestations de rue. Et pourtant, la Bonne Nouvelle de la paix proclamée dans la liturgie de la Parole d’aujourd’hui ne me semble plus dissonante ou naïve. Pourquoi ?

En cette période de l’Avent, j’ai été particulièrement ému par le pèlerinage du pape Léon XIV en Turquie, et plus encore au Liban, un pays que je connais peu, mais qui m’est revenu à l’esprit lorsque j’ai prêché les retraites de l’Avent aux étudiants de l’université de médecine de Lublin. Les étudiants m’ont surpris en plaçant une icône de saint Charbel dans la chapelle. Ils avaient été inspirés par le pèlerinage du pape sur sa tombe au Liban. Bien que j’avais préparé un thème différent, leur geste et nos conversations m’ont fait partager leur fascination. Ils suivaient le pèlerinage papal avec beaucoup plus d’attention que beaucoup de prêtres que je connais.

Nassim Nicholas Taleb

Je me suis rendu compte que je savais très peu de choses sur saint Charbel, seulement ce que le pape avait dit à son sujet au Liban. Mais en discutant avec les étudiants, une autre personnalité libanaise m’est revenue à l’esprit : Nassim Nicholas Taleb, dont j’avais lu le livre Le Cygne noir il y a des années. Il écrivait que c’était l’histoire de son propre pays qui avait inspiré sa célèbre métaphore du Cygne noir, ces événements inhabituels qui ne devraient pas se produire, mais qui se produisent pourtant, remodelant notre réalité et parfois réorientant le cours de l’histoire. Et une fois qu’ils se produisent, ils nous obligent à réinterpréter même les éléments de la vie qui semblaient autrefois évidents et incontestables.

Des moments comme ceux-ci nous obligent à réexaminer nos hypothèses les plus profondes, nos habitudes mentales et la lentille même à travers laquelle nous interprétons la profondeur spirituelle de notre expérience. Mais peut-être ne s’agit-il pas seulement d’expérience. Car, comme nous le rappelle Taleb, la dinde qui est nourrie chaque jour à la même heure, qui grossit et reçoit toujours plus de nourriture, peut conclure, de manière raisonnable et sur la base de son expérience, que l’humanité est le meilleur ami qu’une dinde puisse avoir. Et elle le croit, écrit Taleb, jusqu’au mercredi après-midi précédant Thanksgiving (peut-être que la dinde avait la nationalité américaine). Puis l’impossible se produit. J’ai cité aux étudiants cette phrase frappante : « La main qui te nourrit peut être celle qui te tord le cou. »

Taleb s’est inspiré de l’histoire de son pays, une terre qui a connu treize siècles de paix, malgré la domination politique de la Syrie, malgré sa mosaïque de cultures, malgré la coexistence de nombreux rites chrétiens et de branches rivales de l’islam. Beaucoup croyaient que cette longue paix était le fruit d’une caractéristique distinctive de leur culture. Et pourtant, tout cela a pris fin en un seul après-midi.

En prêchant ces retraites de l’Avent, j’ai compris plus clairement pourquoi le pape avait choisi le Liban pour son premier voyage. Le christianisme ne nous protège pas avec des illusions. Le Dieu-Homme est venu proclamer la paix ; il a vaincu le péché, mais il n’a pas éliminé les pécheurs, qui doivent de temps en temps faire face aux conséquences de leurs choix.

Une irruption divine qui remodèle le monde

Et il y a plus encore. Nous pouvons considérer la venue de Jésus comme un événement qui porte toutes les marques d’un cygne noir, une irruption divine qui remodèle le monde et nous oblige à reimaginer la réalité elle-même. Le peuple d’Israël attendait un Messie assez fort pour soumettre les puissants et établir un nouvel ordre. Au lieu de cela, il est né dans une famille pauvre, en marge d’un empire. Il est né d’une femme qui « n’avait pas connu d’homme », ce qui, selon la logique de l’expérience humaine, n’aurait pas dû arriver. Et pourtant, cela s’est produit. Et ceux qui ont cru, des gens simples dont la vie humble leur avait appris à garder leur cœur ouvert même à l’impossible, ont reçu une leçon : l’amour est plus grand que le pouvoir des puissants, l’amour est Dieu.

L’Évangile d’aujourd’hui, tiré de saint Jean, est précisément une tentative de réfléchir et d’articuler le sens de ce grand mystère. En théologie, nous appelons cela la théologie d’en haut, une invitation à lever les yeux, à interpréter les réalités terrestres à la lumière de l’initiative divine. Mais une telle théologie n’est jamais destinée à être simplement répétée. Elle est destinée à nous inciter, nous, les gens du XXIe siècle, façonnés par des expériences très différentes de celles des contemporains de Jésus, à redécouvrir et à réarticuler le sens de l’entrée de Dieu non seulement dans l’histoire humaine, mais aussi dans notre histoire personnelle.

Si nous ne le faisons pas, nous risquons de devenir comme la dinde qui parle de paix le mercredi après-midi avant une fête, quelle que soit la fête, selon la position que nous occupons le jour où tout est détruit.

Par: Tomasz Podrazik, M.Afr.

Messe de la nuit de la Nativité du Seigneur Jésus Christ

Isaïe 9, 1-6 / Psaume 95 (96) / Tite 2,11-14 / Luc 2, 1-14

Tous les jours ne sont pas Noël, mais tous les jours sont parfaits pour rendre grâce au Seigneur pour sa présence parmi nous. Pourquoi ?

Dans la première lecture, tirée du livre d’Isaïe (Is 9, 1-6) est décrite une promesse de libération et d’espoir pour un peuple qui vit dans les ténèbres. Dans le passé, il y a eu beaucoup de fautes commises par un peuple infidèle : guerres et oppression, infidélité et recherche de « dieux » qui n’ont ni yeux ni cœur. Laissant derrière elle le côté sombre de l’histoire, la prophétie d’Isaïe promet un avenir plein d’espoir. Bien qu’il ne précise pas le moment où cela doit arriver, le Nouveau Testament l’identifie à la naissance de Jésus de Nazareth.

Cette même prophétie fait également référence à une des vérités les plus grandes et les plus mystérieuses de la Bible : l’incarnation, « Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. » Dieu fera partie de la race humaine. Ce petit nouveau-né est appelé « Dieu puissant, Père éternel ». Le texte montre à la fois l’humanité et la divinité de Jésus, venu sauver le monde, réconcilier l’humanité avec le Père céleste et établir un royaume éternel de justice et de paix.

Dans la deuxième lecture, tirée de la lettre de saint Paul à Tite (Tt 2, 11-14), nous lisons avec gratitude que la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de toute l’humanité et pas seulement pour le peuple d’Israël. Dans ce texte, Paul parle brièvement de la manifestation de la grâce de Dieu ; mais en réalité, il en aborde tous les aspects : la manifestation de la grâce couvre toute la vie et le ministère de Jésus-Christ, depuis sa naissance, en passant par la croix, jusqu’à la résurrection ; depuis Bethléem jusqu’au mont des Oliviers ; depuis les cieux ouverts lorsque les bergers ont entendu les voix des anges chanter, jusqu’aux cieux ouverts lorsque les disciples ont regardé et l’ont vu disparaître dans les nuages du ciel.

Dans l’évangile de saint Luc proclamé aujourd’hui (Lc 2, 1-14), la venue du Dieu tout-puissant entre en contraste avec la naissance d’un bébé vulnérable. L’enfant né à Bethléem dans la chair humaine est le même qui vient comme Verbe divin et qui donne la vie en abondance. C’est le plus grand miracle que Dieu ait accompli : un enfant faible, dépendant, pauvre, simple, dans le besoin et proche de nous, porte en lui toute la grandeur de Dieu le Père.

Si nous écoutons attentivement ce passage de l’évangile, nous constatons que tout ne tourne pas autour de Jésus. On nous dit qu’il a été emmailloté et couché dans une mangeoire. On nous dit où il est né et qui sont ses parents. On nous dit aussi que les bergers sont venus l’adorer et qu’un chœur d’anges dans le ciel louait Dieu. Jésus reste silencieux, immobile, tandis que tout le monde bouge et parle autour de lui. Il est au centre, tout vient de lui et va vers lui. Un tout petit nouveau-né silencieux, mais capable de donner un sens à tout ce qui se passe autour de lui, attirant tout le monde vers lui, vers sa simplicité, son humilité et sa pauvreté.

Ce n’est pas Noël parce qu’aujourd’hui tout brille. C’est Noël parce que Jésus veut et peut être au centre de notre vie. Nous ne pouvons plus ignorer un Dieu qui recherche ardemment notre amitié, notre réponse d’amour. En Christ, Dieu le Père veut être reconnu aujourd’hui dans les faibles, les nécessiteux et les marginalisés. Grâce à sa naissance, les humains peuvent être davantage frères et sœurs et peuvent aussi participer à sa divinité, car Dieu lui-même participe à notre nature humaine. Chacun sait bien ce que cela signifie dans sa réalité d’ici et maintenant. Ouvrons-lui notre cœur et confions-lui toutes nos joies et nos peines, nos espoirs et nos craintes, nos désirs et nos frustrations. Tout… car Il a tout pris sur lui pour nous guérir, nous réconcilier et nous faire porter du fruit en abondance. 

Je crois sincèrement que chacun d’entre nous porte en lui une graine de divinité qui le rend digne d’être enfant de Dieu et capable d’aimer selon son plan divin. C’est pourquoi, comme le proclame le psaume d’aujourd’hui, Ps 95 (96) : Chantez au Seigneur un chant nouveau, chantez au Seigneur. Terre entière, chantez au Seigneur et bénissez son nom !

Par: Salvador Muñoz-Ledo, M.Afr.

Quatrième dimanche de l’Avent Année A

Isaïe 7, 10-16 / Psaume 23 (24) / Romains 1, 1-7 / Matthieu 1, 18-24

Le Seigneur peut parfois nous surprendre et bouleverser nos habitudes, nos prévisions, notre confort et même notre façon de comprendre notre relation avec lui.

Voici le roi Acaz, un peu secoué par le Seigneur qui lui dit : « demande pour toi un signe de la part de ton Dieu. » Selon la spiritualité que l’on m’a enseignée, je répondrais comme Acaz : « Non, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve ».

Mais voici… Quand Dieu demande quelque chose, il faut répondre positivement, même si sa demande est parfois incompréhensible ou contraire à ce que nous avons appris.

Acaz reçoit alors cette prophétie : « Le Seigneur lui-même vous donnera un signe. Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel, c’est-à-dire Dieu-avec-nous ».

L’histoire de l’humanité est bouleversée. Dieu-avec-nous se fera l’un de nous. Son annonce attendra quelques siècles pour s’accomplir, mais elle fait déjà son chemin dans l’espérance de tout un peuple. Dieu a pris une initiative qui va changer le monde, mais qui exige de lui un investissement considérable. Dieu le tout-puissant, le créateur du ciel et de la terre, le Roi des rois, le Prince de la vie, va un jour venir frapper à la porte de notre humanité pour y naître comme un enfant, humble et couché dans une mangeoire.

Quelques siècles plus tard, la promesse se fait réalité. Voici Joseph, un homme juste, prêt à renvoyer en secret celle qui lui est promise. Marie l’a informé du grand mystère qui l’habite. Elle est enceinte par l’action du Saint-Esprit. Joseph, un homme juste, croit en Marie. Il ne doute pas d’elle. Elle ne lui a pas été infidèle. C’est un trop grand mystère. Si elle est enceinte par l’action du Saint-Esprit, il ne peut pas, lui Joseph, s’attribuer la paternité de l’enfant de Dieu. Il ne s’en sent pas digne.

C’est alors que Dieu vient le bouleverser et lui confie la mission de prendre soin de Marie et de l’enfant qui naîtra. Et c’est même lui qui lui donnera le nom de Jésus, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous. Ainsi il affirmera sur l’enfant son autorité paternelle.

C’est bien là le cœur de l’annonce de Paul aux Romains : « Cet évangile que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes concerne son fils qui, selon la chair, est né de la descendance de David. »

Cet évangile, c’est la bonne nouvelle déjà annoncée par le prophète Isaïe au roi Acaz. Ce fils, l’Emmanuel, Jésus, est né de la descendance de David, par Joseph qui lui donnera son nom.

Et Paul de l’annoncer à toutes les nations païennes, à toutes les nations autres que celle d’Israël, à nous qui en recevons encore aujourd’hui la bonne nouvelle.

Cette bonne nouvelle a bouleversé Joseph. Il a pu répondre positivement à l’appel de Dieu, même si le mystère était bien trop grand à porter par son être humain aussi fragile.

Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit. Il prit chez lui son épouse avec l’enfant qu’elle portait.

Cette bonne nouvelle nous bouleverse-t-elle encore aujourd’hui ? Nous bouleverse-t-elle dans nos habitudes, dans notre confort, dans la façon dont nous comprenons notre relation avec Dieu ?

A quelques jours de la nativité de ce Dieu-avec-nous il est bon de nous en poser la question. Nous sommes tellement habitués à fêter Noël que le risque est bien là de ne vivre cet évènement que comme une habitude.

Alors laissons-nous être bouleversés par cette bonne nouvelle. Dieu, le tout-puissant, s’est fait l’un de nous, humain, semblable à nous en toute chose, sauf le péché. Dieu le tout puissant, en Jésus, est ici au milieu de nous, tout proche de nous, l’un de nous. C’est inimaginable ! Quelle humilité de la part de Dieu ! Quel risque aussi ne prend-il pas ? Le risque d’être rejeté et mis à mort ! Mais c’est cela l’amour, le véritable amour sans limites, sans retour. Un amour tout gratuit nous est donné en Jésus.

La promesse de Dieu s’est ainsi réalisée en Jésus, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous. Et elle continue à se réaliser jour après jour. Dieu ne cesse en effet de nous rejoindre, de venir s’incarner quotidiennement en nous. Dieu ne cesse d’être Dieu-avec-nous, proche de tous ceux qui peinent, de ceux qui attendent de lui un signe d’amour.

Jésus est sans doute là à notre porte, dans la présence d’une personne dans le besoin, dans la présence d’une personne oubliée et rejetée. En parcourant notre ville, notre quartier, notre village, restons éveillés. Ne nous fermons pas à l’inattendu, à celui ou celle qui, en Jésus, captera notre attention et réclamera de nous un signe d’amour.

Noël, c’est tous les jours quand notre cœur s’ouvre et accepte d’être bouleversé dans nos habitudes, quand nous répondons, comme Joseph, positivement à une mission que Dieu nous confie et qui vient nous sortir de notre petit confort habituel pour nous ouvrir à l’inattendu d’un amour à donner, d’un signe à ne pas refuser quand Dieu nous demande de le donner.

Pour que Noël ne soit pas une habitude, mais un évènement nouveau, digne d’être célébré, ouvrons notre cœur à l’inattendu.

Par: Georges Jacques, M.Afr.

Dans l’esprit de Lavigerie, vivre simplement, avoir confiance en la Providence

Il y a des moments dans notre cheminement missionnaire où l’évangile nous appelle non seulement à prêcher avec des mots, mais aussi à parler avec notre vie. Pour moi, vivre la vocation missionnaire aujourd’hui signifie m’efforcer d’incarner l’héritage du cardinal Charles Lavigerie dans un monde très éloigné du sien, mais toujours profondément marqué par son esprit. Lorsque je réfléchis au thème « Vie matérielle et mission », je me retrouve sans cesse à revenir à un mot qui est devenu une pierre angulaire de notre Société : la simplicité.

Un mode de vie simple : la liberté de l’évangile

Lavigerie ne concevait pas les missionnaires comme de simples agents de charité ou de doctrine. Il les concevait comme des hommes entièrement donnés au Christ, libres de tout attachement mondain et enracinés dans le peuple qu’ils servaient. Pour lui, la simplicité n’était pas un statut économique, mais une orientation spirituelle, une liberté du cœur.

Pour moi, vivre simplement signifie discerner constamment : de quoi ai-je vraiment besoin pour servir la mission ? Il ne s’agit pas d’embrasser la pauvreté pour elle-même, mais d’aligner nos vies sur les valeurs du Royaume. Il s’agit de désencombrer nos cœurs, afin d’être plus disponibles pour l’Esprit et pour les personnes que nous servons.

La simplicité comme témoignage prophétique

Le consumérisme de notre époque n’est pas seulement économique ; il est aussi spirituel. Il alimente l’illusion que nous sommes autosuffisants, que le bonheur vient de l’accumulation, et que le confort est la mesure du succès. Dans un tel monde, notre choix de vivre simplement devient un signe prophétique.

J’ai souvent été témoin de la façon dont les communautés locales comprennent intuitivement quand un missionnaire partage véritablement leur vie. Elles ne l’expriment peut-être pas en termes théologiques, mais elles reconnaissent l’humilité, la présence et l’authenticité. Ce témoignage silencieux, plus que les mots, est ce qui attire les gens vers l’évangile.

Pauvreté et mission : maintenir la tension

Je dois toutefois avouer que ce n’est pas toujours facile. La mission nécessite des ressources. Les maisons de formation, les écoles, les dispensaires, les véhicules, tout cela nécessite des fonds. Comment concilier la pauvreté évangélique avec de tels besoins matériels ?

J’ai appris que la réponse ne réside pas dans le fait d’avoir moins, mais dans le fait de posséder moins, d’être des intendants et non des propriétaires. Comme l’a écrit Lavigerie, « nous ne devons avoir que ce qui est nécessaire à la mission, et rien de plus ». Il y a une liberté dans cette phrase. Elle permet de répondre aux besoins réels de la mission, tout en gardant notre cœur détaché et ouvert.

Entre autonomie et aide : le chemin de la communion

L’un des défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui est l’équilibre entre l’autonomie financière et la dépendance de l’aide extérieure. Notre fondateur a accepté le soutien généreux de bienfaiteurs européens, mais il était clair : la mission ne doit pas être façonnée par la main qui la finance.

À notre époque, je crois que nous devons cultiver un esprit de communion tant dans le don que dans la réception. Nous travaillons à une plus grande autonomie financière, non pas parce que nous voulons nous isoler, mais parce que nous voulons assumer la responsabilité de notre mission. Mais cette autonomie ne doit jamais nous faire oublier la grâce de l’interdépendance dans le Corps du Christ.

Bien gérer, faire pleinement confiance

Enfin, je crois que la clé réside dans une bonne gestion de nos ressources, mais toujours dans un esprit de confiance. La providence divine n’est pas une excuse pour une mauvaise planification, pas plus que la planification ne remplace la foi. Dans mon propre ministère, j’ai vu comment les initiatives nées de la prière, du discernement et de la collaboration fraternelle portent leurs fruits.

Je pense aux communautés qui ont installé des panneaux solaires, non seulement pour réduire les coûts, mais aussi pour respecter la création. D’autres ont créé des fonds de solidarité locaux pour soutenir les partenaires de mission dans le besoin. D’autres encore ont opté pour des logements simples et des moyens de transport limités, préférant la présence au prestige. Ce ne sont pas seulement des décisions budgétaires ; ce sont des choix spirituels.

Conclusion : revenir à l’esprit du fondateur

L’héritage de Lavigerie n’est pas une pièce de musée ; c’est un feu vivant. Sa vision pour notre Société était audacieuse, mais fondée sur la croix. Il voulait des hommes libres, libres de la peur, libres de la cupidité, libres pour aimer radicalement.

Je prie pour que, à notre époque, nous puissions retrouver cette liberté intérieure. Que notre mode de vie reflète non seulement la pauvreté du Christ, mais rayonne aussi de la joie de le servir d’un cœur sans partage. Que dans notre façon de gérer l’argent, les biens et la planification, nous puissions témoigner d’un Dieu qui pourvoit, qui envoie et qui soutient.

Par: Shiby Dominic, M.Afr.

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