Nous célébrons aujourd’hui la Solennité de l’Épiphanie du Seigneur. Ce mot d’origine grecque veut dire « manifestation ». En effet, en se laissant découvrir par des mages, le Seigneur se manifeste au monde et à tout l’univers, représenté par les mages venus d’Orient.
La première lecture est tirée du « troisième Isaïe » (un auteur à qui l’on attribue les chapitres 56-66 du livre d’Isaïe). Cette partie a été écrite après le retour de l’exil, donc après 538 av JC. L’auteur, qui a exercé son ministère au milieu d’un peuple découragé, redonne l’espoir à celui-ci et l’encourage à continuer à espérer dans le Seigneur, parce que Dieu est fidèle à sa parole. Le symbole du soleil levant sur Jérusalem et qui illumine la colline de Sion sert d’illustration à la réalisation des promesses divines. En se projetant dans le futur, ce prophète voit Jérusalem devenir alors la lumière du monde.
Maintenant que les jours de l’exil sont passés, Jérusalem doit reprendre son double rôle : symbole de l’unité des croyants en YHWH et signe visible de la présence de Dieu au milieu de son peuple. La lumière qui se lève sur la ville symbolise cette gloire et cette présence de Dieu au milieu de son peuple. Dans cette vision futuriste du troisième Isaïe, le rassemblement qui va se réaliser dans Jérusalem ne concernera plus seulement les Israélites mais toutes les nations de la terre. Même des païens, ainsi que leurs rois, vont affluer vers Jérusalem et apporteront leurs présents. Pour nous, Chrétiens d’aujourd’hui, c’est l’Église qui est cette Jérusalem qui rassemble les différents peuples sans discrimination aucune. Elle est symbole de l’unité de tous les Chrétiens en Christ et elle est un signe de la présence de Dieu au milieu de son peuple.
Dans la deuxième lecture, Paul nous parle du mystère de l’introduction des païens dans l’Église. Les païens sont aussi appelés à accéder à la révélation du mystère de Dieu en Jésus-Christ. La lumière apportée par le Christ est destinée au monde entier, pas seulement aux Juifs. Désormais, les païens aussi peuvent avoir part à la vie éternelle. Dans son immense amour, Dieu nous avait déjà destiné le salut par le Christ avant même notre existence. L’Esprit-Saint nous aide à entrer dans ce mystère. Nous devons collaborer à cette grâce de l’Esprit-Saint. L’Épiphanie n’est pas un fait du passé, c’est une réalité que nous devons vivre tous les jours.
Dans l’évangile, Jésus se manifeste à des sages (des mages, selon l’évangile), venus de loin. Il se révèle comme la lumière du monde. Contrairement aux croyances de l’époque, avec la manifestation de Jésus à des étrangers, le salut n’est plus limité à une seule nation, mais il est ouvert à tous. C’est, encore, comme dans la première et la deuxième lectures, l’universalisme du salut qui est signifié dans l’évangile. Désormais toutes les cultures auront accès à la foi en Dieu et au salut qu’il apporte en Jésus-Christ. Tous les hommes sont invités à connaître leur sauveur et vivre en communion avec lui.
Les mages ont reconnu un signe de Dieu : une étoile parmi tant d’autres. Dieu nous fait toujours signe : à nous de savoir découvrir son signe au milieu de tous les signes qui nous entourent.
Chacun de nous est le visage de Dieu aujourd’hui, et chacun, par sa façon de vivre, est invité à manifester ce visage de Dieu aux autres. Manifestons quelque chose du visage de Dieu. Chacun devrait se demander : les personnes que je côtoie, peuvent-elles sentir en moi quelque chose de la présence de Dieu ?
L’Évangile qui nous est proposé aujourd’hui utilise un langage hautement symbolique.
Nous voyons la visite des mages à Bethléem. Le texte ne mentionne ni leur nombre ni leurs noms ou leurs nationalités. Il dit tout simplement « des mages venus d’Orient ». L’imaginaire dit qu’ils étaient 3 et leur donne des noms : Melchior, Gaspard et Balthazar.
Dans l’antiquité, existait une conception selon laquelle la naissance d’un personnage important était annoncée par l’apparition d’une étoile. La luminosité de l’astre était en rapport avec la grandeur du personnage.
Qui sont les mages ? Ce terme peut évoquer certaines catégories de personnes : des prêtres ; des magiciens ; des rois ; des astrologues, des sages…
Dans le cas des astrologues, ceux-ci interprètent les événements du monde à partir de la position des astres.
L’étoile que ces mages ont vue signifiait la naissance d’un roi. Ils se laissent guider par la lumière de cette étoile. Ceci signifie que pour nous les croyants, nous devons nous laisser guider par la lumière de Dieu. Christ est notre Lumière. La Parole de Dieu est notre lumière, la lampe de nos pas : « Ta parole est la lampe de mes pas, une lumière sur ma route » PS 119,105. « Je suis la lumière du monde », dit Jésus en Jean 8,12.
Les mages vont vérifier l’authenticité de leur révélation auprès des autorités religieuses à Jérusalem : dès qu’ils sont chez le roi Hérode, celui-ci convoque les grands prêtres et les scribes pour que ceux-ci scrutent les Écritures Saintes… Effectivement, la vérification est faite et la révélation des mages est confirmée par une prophétie de Michée 5,1-5. Nous voyons ici l’importance de toujours revenir à la source de la révélation : la Parole de Dieu, mais aussi vérifier les révélations auprès des autorités religieuses pour être sûr de ne pas se tromper. Sinon on risque de tomber dans le charlatanisme…
Il est très important de discerner les révélations et prophéties pour voir si elles sont conformes à la Parole de Dieu ou à la vie du Christ. Actuellement il y a trop de fausses révélations et prophéties dont certaines sont peut-être diaboliques…
Hérode le Grand est bouleversé par la nouvelle de la naissance d’un roi. Il a peur d’un tout petit enfant, Jésus. Il est habité par la peur de perdre le pouvoir. La peur est mauvaise conseillère ! Victime de sa peur, le roi va ordonner l’exécution de tous les enfants de moins de deux ans. Quand on a peur de perdre le pouvoir, on est prêt à tout, on tue tous ceux qui représentent un danger pour notre pouvoir. On se croit tout-puissant, mais un jour on finira par perdre ce pouvoir. L’histoire est là pour nous le confirmer. Ceux qui se croient tout-puissants aujourd’hui, demain ne le seront plus ; la mort les emportera…
Quand ils arrivent à Bethléem, les mages se prosternent devant l’enfant. C’est un geste d’adoration. Des païens reconnaissent dans un enfant la présence de Dieu alors que les Juifs, jusqu’à présent, n’ont pas reconnu en Jésus le Messie envoyé par Dieu. Ils l’attendent encore !
Ces mages expriment le respect envers Dieu. Quelle est notre attitude devant Dieu ? Est-ce que nous exprimons le respect dans la maison de Dieu ? Comment est-ce que nous recevons l’eucharistie ? Comment est-ce que nous exprimons notre respect envers ce Dieu qui est présent dans chaque être humain, en particulier dans les pauvres ?
Ils offrent :
L’OR : symbole de richesse. C’est ce que l’on offre à un roi. Toute richesse vient de Dieu et c’est à lui que nous devons la rendre. Dieu est riche en miséricorde.
L’ENCENS : C’est ce que l’on offre à Dieu avec la prière des fidèles : « Un autre Ange vint alors se placer près de l’autel, muni d’une pelle en or. On lui donna beaucoup de parfums pour qu’il les offrît, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or placé devant le trône. Et, de la main de l’Ange, la fumée des parfums s’éleva devant Dieu, avec les prières des saints » Ap 8,3-4. (Voir aussi Ps 141,2 ; Exode 30,8 et Lv 2,1-2)
LA MYRRHE : geste prophétique annonçant la mort du Christ, la myrrhe est offerte pour embaumer le corps du Christ. Ici c’est la passion, la mort et la résurrection du Christ qui sont annoncées. Le mystère pascal est déjà présent dans le mystère de Noël. Le petit enfant que les mages découvrent porte déjà en lui le salut du monde.
Après leur geste, les mages sont avertis de ne pas retourner par le même chemin : ils doivent changer de route. Dès qu’on a rencontré Dieu, on doit prendre un autre chemin, celui de la conversion (métanoïa : changement de direction). Un changement radical doit s’observer…
La solennité que nous célébrons aujourd’hui nous invite à prendre conscience que chaque rencontre est une visitation, une épiphanie de Dieu. Chaque fois que nous rencontrons un être vivant, Dieu nous visite à travers cet être… Chaque personne doit devenir une épiphanie pour les autres.
Pour terminer, je propose la méditation de l’hymne des deuxièmes vêpres de cette solennité : « A l’Orient, l’étoile a paru ». Nous trouvons cette hymne dans le bréviaire ainsi que sur internet. Je suggère que l’on observe pour la méditer, la dernière phrase de chaque strophe : heureux le cœur qui désire Jésus ! heureux le cœur qui recherche Jésus ! heureux le cœur qui découvre Jésus ! heureux le cœur qui se donne à Jésus ! heureux le cœur qui annonce Jésus.
Par: Arsène Kapya, M.Afr.