Une marche contre le féminicide à Beira, Mozambique

Au cœur de Beira, capitale de la province de Sofala, un message retentissant a récemment résonné dans les rues : « Ça suffit ». Le 7 mars 2026, environ 700 femmes, aux côtés de membres d’organisations de la société civile, de groupes de femmes, de leaders communautaires et d’amis, sont descendues dans la rue pour une marche visant à dénoncer et à exiger la fin du féminicide dans la ville.

Organisé par la Commission archidiocésaine pour la justice et la paix de l’archidiocèse de Beira, en collaboration avec des partenaires tels que l’AMPDC (Association des femmes pour la promotion du développement communautaire) et d’autres entités locales comme le Grupo de Mulheres de Partilha de Ideias de Sofala (GMPIS), l’événement portait le slogan percutant : « Basta de Feminicídio! Unidos para Acabar com Toda a Violência contra Mulher e Rapariga » (Assez de féminicides ! Unis pour mettre fin à toute violence contre les femmes et les filles).

La marche s’inscrivait dans le cadre des célébrations de la Journée de la femme africaine et a servi de prélude à des mobilisations plus larges autour de la Journée internationale des femmes, le 8 mars, amplifiant ainsi une voix unifiée contre la vague croissante de violence sexiste au Mozambique, en particulier à Beira.

Une crise qui s’aggrave exige une action urgente

Beira a connu une escalade alarmante des crimes contre les femmes, avec une multiplication des cas de féminicide ces derniers mois. Les rapports locaux et le suivi effectué par les observatoires ont mis en lumière de nombreux incidents tragiques rien qu’au début de l’année 2026, souvent liés à la violence domestique et à l’impunité. La Commission Justice et Paix de l’Église catholique, active dans l’archidiocèse depuis 38 ans sous l’égide des Missionnaires d’Afrique, a inscrit cet événement dans le cadre de sa mission, fondée sur la doctrine sociale de l’Église, les enseignements de Vatican II et un engagement en faveur de la dignité humaine, la paix, la justice sociale et l’État de droit.

Les Missionnaires d’Afrique se sentent profondément liés à la société mozambicaine et s’engagent activement pour répondre aux réalités quotidiennes auxquelles sont confrontées les communautés. La marche visait à encourager les victimes et les témoins, à signaler les cas aux autorités, notamment au Parquet général (PGR) et à la police, tout en faisant pression pour que des mesures de sécurité publique plus strictes soient mises en place, considérées comme essentielles pour parvenir à une véritable justice et à l’équité sociale.

La marche : une démonstration d’unité et de détermination

Les participants se sont rassemblés à la Praça dos Professores à Chipangara à 8 h 30, et le cortège s’est mis en route à 9 h. Le parcours a suivi l’Avenida Armando Tivane, a contourné la Rotunda do Goto, s’est poursuivie sur l’Avenida Samora Machel et s’est achevée à la Praça da Juventude, devant la Casa dos Bicos.

Portant des banderoles, scandant des slogans et unis dans la solidarité, la foule, composée majoritairement de femmes mais également d’hommes, de jeunes et de communautés confessionnelles, a transformé les avenues centrales de la ville en une tribune de visibilité et de résistance. La participation d’environ 700 femmes a montré l’ampleur de la mobilisation communautaire et l’urgence partagée de s’attaquer à un problème qui touche familles, quartiers et l’ensemble de la société.

La société civile a joué un rôle clé, les organisations de femmes amplifiant les appels à la responsabilisation, à de meilleurs mécanismes de protection et à un changement culturel pour éradiquer les causes profondes de la violence. L’événement a souligné que mettre fin au féminicide nécessite un effort collectif : de l’éducation et de la sensibilisation à des réponses juridiques solides et à des systèmes de soutien communautaire.

Le message central était sans équivoque : le féminicide doit cesser. Les participants ont exigé que les autorités agissent avec détermination, que la société rejette toute tolérance de la violence et que les femmes et les filles puissent vivre sans crainte. En rassemblant divers groupes sous la bannière commune de la justice et de la paix, la marche a démontré que la lutte contre la violence de genre transcende les clivages religieux, politiques ou sociaux ; c’est un impératif humain commun.

Beira a parlé haut et fort : Basta de feminicídio. La lutte se poursuit jusqu’à ce que chaque femme et fille puisse vivre en sécurité et dans la dignité.

Par: Elie Sango Nyembo, M.Afr.