Dans la Parole de Dieu de ce dimanche, nous rencontrons la figure du « Serviteur de Yahvé » ou « Serviteur du Seigneur » (Is 49, 3 ; Is 42, 1 ; Is 42, 19). Qui est ce serviteur ? Est-ce un personnage récurrent en Is 40-55, tantôt décrit comme Israël, tantôt comme un individu prophétique unique distinct d’Israël ? Dans notre cas, la première lecture l’identifie (serviteur de Yahvé) à Israël. En ce sens, le serviteur représente l’ensemble du peuple de Dieu. Au temps de l’exil à Babylone, Israël avait échoué en tant que nation ; ses rêves de gloire et de victoire s’étaient effondrés. Pourtant, même dans cette situation de défaite et de désespoir, Dieu choisit Israël pour être une lumière de salut pour toutes les nations. Cela peut paraître incroyable, mais c’est précisément à travers ce serviteur blessé que le Seigneur promet de manifester sa gloire (cf. Is 52, 13).
Deux éléments importants se dégagent de la vocation de ce serviteur. Premièrement, l’appel vient de Dieu. Deuxièmement, celui qui est appelé est envoyé en mission pour le bien des autres. Cet appel ne se limite pas à Israël seul ; c’est un appel qui nous est adressé à tous.
L’appel vient de Dieu
Dans la deuxième lecture, saint Paul se présente comme « appelé à être apôtre » (cf. 1 Co 1, 1 ; Rm 1, 1 ; 1 Tm 1, 1 ; Col 1, 1 ; Ep 1, 1). Son autorité ne vient pas d’une qualification humaine mais d’une vocation reçue de Dieu. Un apôtre est un envoyé (cf. Jn 13, 16 ; Lc 6, 13) pour proclamer l’Évangile, surtout à ceux qui ne l’ont pas encore entendu. Paul rappelle aux Corinthiens que son message ne repose pas sur la sagesse humaine mais sur l’autorité de Dieu qui l’a envoyé.
Paul appelle aussi les Corinthiens « peuple saint ». Dans ce contexte, la sainteté signifiait être « mis à part » ou « consacré » pour Dieu. Ils étaient saints non parce qu’ils étaient parfaits, mais parce qu’ils avaient choisi un mode de vie distinct des pratiques païennes. De la même manière, notre sainteté aujourd’hui s’enracine dans notre appartenance à Dieu et dans la vie que nous choisissons de vivre selon sa volonté.
Celui qui est appelé est envoyé pour les autres
Nous avons vu comment les premiers chrétiens défendaient courageusement leur foi en Jésus Christ. Aujourd’hui, nous devons nous demander : que défendons-nous, et qui proclamons-nous ? Notre mission n’est pas simplement d’imiter Jésus extérieurement ou de rester au niveau de l’imitation, mais de l’accueillir dans nos cœurs puis de conduire les autres à Lui. Ayant reçu l’Esprit Saint, nous sommes envoyés pour rendre témoignage afin que d’autres puissent rencontrer Jésus Christ, qui nous sauve par son amour qui donne la vie.
Mes chers frères et sœurs, chacun de nous a une vocation. Et cette vocation poursuit la mission de Jésus lui-même, que Jean Baptiste proclame comme l’Agneau de Dieu, c’est-à-dire celui qui s’offre en sacrifice pour que tous aient la vie (cf. Jn 1, 29 ; Is 53, 7). À travers la catéchèse et la formation de la foi, nos yeux se sont ouverts pour reconnaître la véritable identité de Jésus. Nous devons donc nous souvenir que notre vie a une mission qui nous dépasse. Comme Isaïe nous le rappelle, le serviteur est appelé non seulement à restaurer Israël mais aussi à être « une lumière pour les nations » (Is 49, 6 ; Is 42, 6) et l’accomplissement sera en Jésus (Lc 2, 32).
Que retenir de la Parole de Dieu de ce jour ?
Premièrement, Dieu ne nous appelle pas seulement pour une sainteté personnelle ou un succès privé. Toute vocation chrétienne : que ce soit le mariage, le sacerdoce, la vie religieuse ou le travail professionnel ; est destinée à servir les autres et à apporter la lumière de Dieu dans le monde. Une foi qui se replie sur elle-même manque son véritable but.
Deuxièmement, notre vraie identité se trouve dans l’appel de Dieu. Isaïe parle d’être formé dans le sein maternel, et Paul se décrit comme « appelé à être apôtre du Christ Jésus » (1 Co 1, 1). Notre identité la plus profonde ne vient pas de nos réussites, de nos titres ou de nos échecs, mais de Dieu qui nous appelle. Quand nous savons qui nous sommes en Dieu, nous vivons avec humilité, espérance et confiance.
Troisièmement, Jésus est l’Agneau qui enlève le péché du monde. Jean Baptiste Le désigne clairement, et non lui-même. Notre salut ne s’obtient pas par l’effort humain seul, mais par Jésus qui s’offre pour le pardon des péchés. Chaque célébration eucharistique et chaque confession à laquelle nous participons, nous invitent à rencontrer cet Agneau qui guérit, libère et nous réconcilie avec Dieu. Notre responsabilité est alors de faire grandir les autres comme le Christ nous a fait grandir, et non de les discréditer ou de prier pour leur échec.
Enfin, nous sommes appelés à être des témoins, et non des remplaçants, du Christ. Jean Baptiste déclare avec humilité : Je ne le connaissais pas, mais je suis venu baptiser pour qu’il soit manifesté (cf. Jn 1, 31 ; Jn 1, 33). Il s’efface pour que le Christ soit révélé. Comme Jean, notre rôle n’est pas d’attirer l’attention sur nous-mêmes, mais de conduire les autres au Christ par nos paroles, notre intégrité, notre amour et notre service.
Nous désirons tous la sainteté, c’est donc notre vocation commune. Notre présence à la prière, spécialement dans la célébration eucharistique, et nos œuvres de miséricorde, nous placent parmi ceux qui cherchent la face du Dieu vivant. Dans l’Eucharistie, nous célébrons notre foi en Jésus Christ, que nous rencontrons dans la Parole, dans la fraction du Pain et dans la communauté des croyants à laquelle nous sommes envoyés pour servir.
Célébrons donc chaque jour la présence de notre Seigneur Jésus Christ, puis allons enrichir la vie des autres de la lumière que nous avons reçue, par un sourire, des actes d’amour, de charité, de joie, de paix et d’harmonie.
Par: John C. Mubanga, M.Afr.