Sixième dimanche du temps ordinaire, Année A

Ben Sira le Sage 15, 15-20 / Psaume 118 (119) / 1 Corinthiens 2, 6-10 / Matthieu 5, 17-37

Les enseignements donnés par Jésus à ses disciples, réunis autour de lui sur la montagne, nous rappellent que la montagne est un lieu où le Seigneur s’adresse aux hommes, pour leur transmettre ses commandements depuis les prophètes de l’Ancien Testament. Sur le mont Sinaï, Moise a reçu les dix commandements. Voilà les disciples de Jésus qui reçoivent sur la montagne, les grands repères de la vie. Jésus nous fait faire une démarche physique et spirituelle pour une vie réglementée et parfaite, de bas en haut. Dans la première lecture, tirée du livre du Ben Sira le Sage, nous avons le choix de choisir ce que nous voulons vivre : nous pouvons suivre ses repères pour atteindre notre choix : « Étends la main vers ce que tu préfères ». Dans la lettre aux Corinthiens, saint Paul nous dit que la sagesse de Dieu, mystère caché, nous est révélée par l’Esprit. Dans l’évangile, Jésus nous ouvre à l’Esprit.

Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir

L’Ancien Testament nous enseigne une loi à suivre d’une manière radicale, sous peine de sanctions sévères. Dans l’évangile, nous trouvons un enseignement de miséricorde, d’amour qui fait appel à la vie du cœur. Jésus nous appelle à opérer un changement intérieur ayant des conséquences sur l’extérieur. Il ne nous demande pas d’abandonner la loi des anciens ; il nous enseigne une nouvelle démarche allant de l’intérieur vers l’extérieur, et non le contraire. Jésus n’a ni supprimé ni aboli la loi ancienne transmise par les prophètes, mais il la dépasse et donne une nouvelle orientation pour la vivre avec le cœur, donc avec une réelle adhésion intérieure débordant sur l’extérieur : « Vous avez appris qu’il a été dit… Eh bien ! moi, je vous dis »

L’exigence de l’enseignement de Jésus

Ce serait mal comprendre cette péricope quand nous nions les exigences de l’enseignement de Jésus à propos de la pratique des commandements. Nous entendons Jésus mettre les points sur les ‘i’ en ces termes : « Ne pensez pas que je suis venu abolir la loi ou les prophètes : je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir. »

Jésus nous montre comment cet accomplissement de la loi va se réaliser : non pas en enlevant les exigences des commandements, mais au contraire en les portant à leur maximum.

Nous ne sommes pas sans savoir que la loi a une fonction pédagogique. Elle définit ce qui est autorisé et ce qui est interdit. Elle définit également ce qui est bien et ce qui est mal. La loi nous propose donc des repères à suivre. Mais le suivi de ces repères peut ne pas être accompagné par le cœur.

La conversion du cœur

On peut obéir et mettre en pratique les commandements et les lois, sans pour autant entrer dans la logique profonde de ces lois ou commandements. C’est comme l’histoire du canard et de l’eau du fleuve. C’est pourquoi Jésus nous dit qu’il vient accomplir la loi et non l’abolir : « On vous a dit que celui qui commettra un meurtre en répondra au tribunal… Eh bien ! moi je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère, en répondra au tribunal. » Le meurtre, c’est ce que nous appelons, le passage à l’acte de la haine et de la violence. Mais Jésus nous dit que ce n’est pas seulement le meurtre qui est mauvais, c’est aussi ce qui nous pousse à commettre le meurtre, c’est-à-dire avoir la colère contre son frère.

Pour Jésus, il ne s’agit plus simplement de juger les actes, mais de juger l’intention du cœur. « Eh bien ! moi je vous dis : Ne faites aucun serment… que votre oui soit oui, que votre non soit non, le reste vient du mauvais. » Jésus invite ses disciples à avoir une démarche différente, une nouvelle méthode qui nous permet d’aller au plus profond de notre être, au cœur. L’application de la loi ou du commandement n’est plus externe seulement, mais interne. Ce changement est un changement permanent. C’est une perpétuelle conversion qui est demandée : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». Que le carême soit un temps de conversion, de joie, de paix et de rencontre.

Le Seigneur soit avec vous.

Par: Mathieu Kane, M.Afr.