Au deuxième dimanche de carême, année A, notre mère l’Église nous invite à méditer sur la transfiguration de notre Seigneur Jésus, moment où les trois disciples élus, Pierre, Jacques et Jean, ont été témoins de la révélation divine et glorieuse de Jésus-Christ sur la montagne. Cette scène impressionnante et magnifique rappelle la rencontre de Moïse avec Dieu sur le mont Sinaï, puis, plus tard dans l’histoire, celle d’Élie. Ces deux figures de l’Ancien Testament, Moïse représentant la Loi et Élie représentant les Prophètes, ont chacun fait l’expérience de la présence de Dieu sur la montagne sainte. Leur présence signale l’accomplissement de la Loi et des Prophètes en Jésus-Christ, illustrant ainsi l’intention théologique de Matthieu d’affirmer à ses compatriotes juifs que c’est bien en Jésus-Christ que s’accomplit l’attente messianique juive.
Les événements de la nuée lumineuse et de la voix de Dieu sont l’expression de la présence de Dieu, en réponse à laquelle la prosternation des disciples exprime leur révérence et leur admiration devant l’expérience du mysterium tremendum stupéfiant, la théophanie. Il ne fait aucun doute que tout ce dont ils ont besoin est le contact vivifiant et réconfortant de Jésus, suivi de ses paroles rassurantes : « Levez-vous, n’ayez pas peur ». La vision glorieuse de Jésus par les disciples a pour but de renforcer leur foi et leur espérance dans l’attente de la passion prochaine du Christ, afin de leur permettre de surmonter le scandale de la croix.
Ce qui constitue l’essence du récit de la transfiguration de Matthieu réside dans la proclamation et la désignation par Dieu de son Fils bien-aimé comme son porte-parole, le seul enseignant divin autorisé et accrédité, celui dont les disciples doivent écouter la voix. Il s’ensuit que tout enseignement chrétien doit provenir de cette source même, du Christ, l’enseignant par excellence.
Les trois lectures d’aujourd’hui montrent comment la vie et le destin de l’humanité sont définis et façonnés par la réponse à l’invitation de Dieu, en écoutant sa voix. Plus précisément, écouter ou obéir à la voix de Dieu est le point de départ de tout cheminement de foi. C’est ce qui se passe dans la première lecture pour Abraham, sans domicile et sans enfant, qui est parti dans l’inconnu, écoutant la voix de Dieu. C’est aussi l’appel adressé au jeune Timothée dans la deuxième lecture par Paul, son maître et mentor emprisonné, qui l’exhorte à persévérer et à écouter l’évangile, pour trouver force et courage, surtout dans les moments d’épreuves et de souffrances. C’est ce qui arrive dans l’évangile aux trois disciples qui reçoivent la voix d’en haut leur ordonnant d’écouter le Fils bien-aimé de Dieu.
Une sagesse traditionnelle recommande, lorsque vous êtes invité à un dîner, d’éviter de vous rassasier avec l’entrée ou le plat préliminaire, afin de garder suffisamment d’appétit pour le plat principal. À la vue de Jésus glorieux, Pierre veut en quelque sorte transformer l’entrée en plat principal. Il souhaite rester plus longtemps et continuer à savourer cet événement splendide et captivant. Au cours de notre parcours missionnaire, nous avons certainement vécu des moments doux et impressionnants de prière, de contemplation, de célébration, de rencontres et même de ministère que nous aurions souhaité voir durer plus longtemps. Aujourd’hui, on nous rappelle que ces expériences vivifiantes et transformatrices doivent plutôt nous rendre plus agiles pour descendre de la montagne et partager les fruits abondants avec nos frères et sœurs qui attendent avec impatience notre présence et notre affection. Écouter la voix de Dieu nous rappelle qu’il n’est pas nécessaire de s’attarder dans ces états d’extase et d’euphorie, mais plutôt d’aller à la rencontre du peuple de Dieu sur les pentes les plus glissantes de la montagne de la vie, ce peuple submergé par le scandale de l’indifférence humaine. Ce sont les habitants des bidonvilles, les prisonniers, les enfants des rues, les sans-abri, les veuves et les veufs, les orphelins, les victimes du terrorisme et de l’esclavage moderne, les victimes de l’injustice économique et de la persécution politique, etc. C’est en eux que le scandale de la croix se perpétue dans le monde d’aujourd’hui.
Que notre cheminement spirituel actuel pendant le carême nous aide donc à sortir de notre zone de confort. Osons sortir de nos chapelles et sacristies bien décorées, de nos demeures luxueuses, de nos salons magnifiquement meublés et de nos chambres et bureaux climatisés. Renonçons à nos projets privés et juteux, à nos repas somptueux, à nos longues heures passées sur les plateformes numériques et à nos séries Netflix interminables.
Écouter la voix de Dieu nous rappelle que cette mission n’est pas notre affaire privée, mais qu’elle appartient au Maître. Elle existait avant nous et elle existera certainement après nous, jusqu’à la fin des temps. À cet égard, saint Jean-Baptiste est très inspirant lorsqu’il nous rappelle que l’épouse n’est pas à nous, mais qu’elle appartient à l’époux, au Christ (Jn 3, 29). Ainsi, le langage possessif et les expressions telles que « ma paroisse », « mon projet », « mon stagiaire », « mes chrétiens », « mes chorales », « mes danseurs », « mes acolytes » ne devraient pas avoir leur place dans notre entreprise missionnaire. Elles ne reflètent pas l’essence christocentrique de notre mission. Nous n’avons rien acquis par nous-mêmes, mais tout nous a été confié par la grâce de Dieu en tant qu’amis du Fils de Dieu.
En conclusion, rappelons-nous toujours que nous faisons partie des privilégiés, car nous participons à la noble mission du Christ consistant à proclamer le message salvifique de l’amour et de la compassion de Dieu. Embrassons-la avec joie et une espérance inébranlable malgré les défis. Le Christ nous assure que la joie qu’elle procure, personne ne peut nous l’enlever (Jn 16, 22). Nous ne sommes certainement pas seuls. Comme il l’a fait pour Abraham, Dieu nous invite à prendre courage et à faire confiance au processus sans compter les coûts, mais en comptant sur les bénédictions abondantes de Dieu.
Par: Theobald Muchunguzi, M.Afr.