Chers frères et sœurs,
Aujourd’hui, notre mère l’Église nous invite à célébrer le dimanche Laetare, un moment de réjouissance au cœur du carême. Nous nous réjouissons non pas parce que notre cheminement de carême est facile, mais parce que Dieu est déjà à l’œuvre, nous façonnant, nous guérissant et nous conduisant vers la lumière de Pâques. Le dimanche Laetare nous rappelle que la grâce surpasse le péché, que la lumière vainc les ténèbres et que Dieu voit en nous des possibilités que nous ne percevons pas encore, car Il ne regarde pas les apparences, mais le cœur. Le mot latin Laetare signifie « Réjouis-toi », faisant écho à l’antienne ancienne : « Laetare, Jérusalem, Réjouis-toi, ô Jérusalem » (Is 66, 10-11). Les vêtements liturgiques roses d’aujourd’hui et les lectures pleines du mot ‘Lumière’ murmurent tous le même message : Dieu est déjà à l’œuvre en nous, avant même que Pâques ne se lève.
Il existe une célèbre nouvelle qui peut nous aider à entrer dans le mystère d’aujourd’hui. Un voyageur rencontra un jour un aveugle assis au bord de la route, souriant tandis que le soleil réchauffait son visage. Curieux, il lui demanda : « Comment peux-tu sourire alors que tu ne peux pas voir la beauté qui t’entoure ? » L’aveugle répondit : « Je ne peux pas voir le monde avec mes yeux, mais je le vois avec mon cœur. Et parfois, le cœur voit plus clairement que les yeux. » Les lectures d’aujourd’hui nous invitent à cette vision plus profonde.
Première lecture
Dans la première lecture, Samuel est envoyé pour oindre un nouveau roi. Il regarde les fils de Jessé, forts et impressionnants, mais Dieu l’interrompt : « L’homme regarde l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » Dieu choisit David, le plus jeune, celui que personne n’attendait. Dieu voit les choses différemment, en effet. Il voit du potentiel là où nous voyons de l’insignifiance. Il voit des possibilités là où nous voyons des impossibilités. Il voit des capacités là où nous voyons des handicaps. Il voit de la grâce là où nous voyons des échecs. Il voit de la lumière là où nous voyons des ténèbres. Il voit de l’espoir là où nous voyons du désespoir. Il voit un avenir là où nous voyons des limites. Dieu ne nous voit pas à travers le prisme de la nationalité, de la couleur de peau, de l’accent, des qualifications ou du statut social. Il voit le cœur. Il voit ce que nous ne voyons pas. Si seulement nous pouvions voir comme Il voit ! Malheureusement, la plupart d’entre nous n’en sommes pas encore là, comme l’illustre l’histoire suivante.
Un de mes amis m’a récemment appelé, la voix empreinte de frustration et de consternation. « Mon père, que se passe-t-il dans l’Église ? Pourquoi reculons-nous ? Comment peuvent-ils nous donner un évêque qui n’a même pas de doctorat ? Dans le monde d’aujourd’hui ? Avec tous les défis à relever ? » Sa déception était réelle, presque douloureuse, comme si quelque chose qu’il chérissait avait été secoué. Je l’ai écouté en silence, le laissant exprimer sa confusion et sa douleur. Pour lui, les titres universitaires signifiaient compétence, crédibilité et progrès. Il craignait que sans eux, l’Église perde du terrain, perde le respect, perde sa capacité à diriger. Lorsqu’il s’est enfin interrompu, je lui ai répondu gentiment, non pas avec un argument, mais avec la Parole de Dieu elle-même : « L’homme regarde l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » Il s’est tu. Il n’était pas immédiatement convaincu, mais désarmé. Car au fond, il savait que les critères de Dieu ne sont pas toujours les nôtres. Les titres importent, oui ; la formation importe ; la compétence importe. Mais la sainteté, l’humilité, la sagesse pastorale, la capacité d’écouter, de guider, d’aimer, tout cela ne peut être mesuré par des diplômes et des titres universitaires. Au cours de la conversation, je lui ai rappelé que Dieu nous surprend souvent, tout comme il a surpris Samuel lorsqu’il a choisi David, le plus jeune, le moins attendu, celui que personne n’aurait choisi en se basant sur les apparences et les qualifications. L’homme est resté sans voix. Sa frustration s’est atténuée. Peut-être n’a-t-il pas obtenu toutes les réponses, mais il a terminé l’appel avec une question différente dans son cœur : Que voit Dieu que je ne vois pas ?
Évangile
Dans l’Évangile de Jean d’aujourd’hui, Jésus rencontre et guérit un homme aveugle de naissance. Ce miracle est plus qu’une guérison physique ; c’est un « signe » de qui est Jésus : la Lumière. Et la guérison se déroule progressivement : de la boue sur les yeux, faite d’un mélange de poussière et de salive, signe de l’acte créateur du Créateur ; le lavage à la piscine, un voyage de la confusion à la clarté, et enfin le moment où l’homme proclame : « Seigneur, je crois ». Entre-temps, ironiquement, les pharisiens, qui ont une vue physique parfaite, deviennent de plus en plus aveugles spirituellement.
Nous assistons à un renversement spectaculaire des rôles : l’homme qui commence dans l’obscurité physique finit les yeux grands ouverts sur la vérité, tandis que les chefs religieux, qui prétendent voir clairement à travers la Loi, finissent dans l’obscurité totale parce qu’ils refusent de reconnaître l’œuvre de Dieu. Ce contraste nous invite chacun à nous demander : où suis-je aveugle ? Où est-ce que je résiste à la lumière ? Où est-ce que je m’accroche à mes propres idées, à mes propres jugements, à mes propres peurs ?
Deuxième lecture
Saint Paul nous rappelle dans la deuxième lecture que nous étions autrefois dans les ténèbres, mais que nous sommes maintenant lumière dans le Seigneur. Cela signifie que chaque pas que nous faisons vers le Christ est un pas qui nous éloigne des ténèbres qui nous définissaient autrefois. Lorsque nous permettons à sa lumière d’éveiller ce qui sommeille en nous, tout dans notre vie commence à s’éclairer et à porter les fruits de la bonté, de la justice et de la vérité.
Frères et sœurs, l’aveuglement prend de multiples formes, et la plus subtile est l’aveuglement du cœur. Souvent, nous ne la remarquons pas, mais elle façonne silencieusement notre perception de Dieu, des autres et même de nous-mêmes. En cette période de renouveau, nous sommes invités à laisser le Seigneur ouvrir nos yeux. Parfois, notre vue est obscurcie par l’ignorance, surtout lorsque nous cessons de rechercher la vérité et nous contentons de nos propres suppositions. Parfois, notre vue est assombrie par le cynisme, lorsque nous nous attendons au pire et nous fermons aux voies surprenantes de Dieu. Parfois, notre vue est endurcie par le ressentiment, lorsque nous nous accrochons à de vieilles blessures et refusons de laisser la grâce nous adoucir. Beaucoup de gens ont du mal à reconnaître la dignité de ceux qui les entourent. Beaucoup portent en eux des blessures ou des peurs qui obscurcissent leur vision intérieure. Pourtant, Jésus s’approche de chacun de nous avec douceur. Il nous promet d’ouvrir nos yeux « afin que nous puissions voir ».
Frères et sœurs, nous devons garder à l’esprit que la guérison de l’aveugle n’est pas seulement un miracle, c’est un appel. Jésus le touche, lui parle, l’envoie, le recherche à nouveau et finalement se révèle à lui. Cela montre que la foi grandit lorsque nous permettons au Christ de nous rencontrer, et que nous le rencontrons à travers les autres dans la prière, dans la lutte, dans la joie et dans l’espérance que nous partageons. En ce dimanche Laetare, le Seigneur nous appelle à marcher vers la lumière.
Laissons Dieu nous regarder avec la vérité de son amour, un regard qui guérit la honte, les blessures et les peurs cachées. Demandons la vision intérieure par une simple prière : « Seigneur, fais-moi voir comme tu vois », afin que la compassion devienne notre instinct, l’espérance notre lentille et la miséricorde notre façon de nous voir nous-mêmes et de voir les autres. Retournons à la piscine de Siloé en renouvelant notre prière, en laissant la Parole de Dieu guider nos choix et en permettant à la réconciliation de purifier ce qui s’est obscurci. Parlons avec courage et faisons écho à la confession de l’homme guéri : « J’étais aveugle, et maintenant je vois ». L’appel est urgent : nous ne devons pas attendre un moment plus propice ou un chemin plus clair. C’est aujourd’hui qu’il faut se tourner vers le Christ, la Lumière du monde. Avec Lui, ce que nous considérons comme une faiblesse peut être précisément le lieu où Dieu veut montrer sa puissance. Puissions-nous marcher avec Lui, et notre vue sera rétablie. Et puissions-nous prendre la main de nos voisins et les conduire vers la Lumière, le Christ, afin qu’ils puissent eux aussi voir les merveilles de Dieu dans leur vie, et voir comme Il voit. Amen !
Par: Jean Damascène Bimenyimana, M.Afr.