Africana : La bonne gouvernance du Botswana

Bonne gouvernance

L’histoire récente du Botswana s’explique par la conscience de l’identité nationale, le rejet de la discrimination raciale du colonisateur et la lutte pour l’indépendance. Cependant, la lutte pour l’indépendance sera renforcée par des politiques économiques et éducatives appropriées.

Trois facteurs principaux aident à comprendre l’histoire récente du Botswana : l’indépendance, l’économie et la politique sociale.

L’optimisme de l’indépendance

La lutte pour l’indépendance des Botswanais a pour père fondateur Seretse Khama. En 1944, Seretse Khama, héritier du roi Khama Il de l’ethnie Tswana, majoritaire dans le pays, se rend à Oxford pour étudier le droit. Il y épousa Ruth Williams, une clerc de notaire anglaise. Le mariage scandalisa les Anglais et les Afrikaners, qui imposaient déjà la séparation raciale (apartheid), et poussa le gouvernement anglais à interdire à Seretse de retourner dans son pays, mais il résista aux pressions et grâce au soutien massif de son peuple, maintint son autorité, puis revint en 1956. Neuf ans plus tard, lors de la première élection générale, le parti qu’il avait fondé, le Parti démocratique du Botswana (BDP), remporta 80% des voix et Seretse fut élu premier président du Botswana.

Vue aérienne des canaux du delta de l'Okavango

Le nouveau gouvernement décida de se joindre aux pays luttant contre l’apartheid en Afrique du Sud et d’adhérer à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), dont le but était de briser la dépendance économique des neuf pays noirs d’Afrique australe vis-à-vis de l’Afrique du Sud.

L’économie

Au début du XXe siècle, 97 % des Botswanais vivaient à la campagne et chaque famille possédait au moins deux vaches et les plus riches avaient des bœufs pour labourer la terre. Les Afrikaners dominaient l’agriculture et contrôlaient 60% des exportations de viande. En 1966, année de l’indépendance, la population urbaine atteignait 15% et près de 40% de la population rurale n’avait pas de bétail. Le Botswana était l’un des pays les plus pauvres d’Afrique, avec un PIB de 70 dollars. Mais en 1971, le Botswana eut la chance de découvrir les mines de diamants d’Orapa (à l’est du pays). Cette richesse inattendue a produit d’énormes réserves de devises étrangères et a fait de sa monnaie la plus forte d’Afrique. Entre 1978 et 1988, le Botswana est devenu le troisième producteur mondial de diamants, après l’Australie et la RD du Congo, et le deuxième exportateur mondial de diamants, après la Russie. L’économie du pays a connu un taux de croissance record de 12% par an. Selon le Fonds monétaire international (FMI), en 2016, ce pays avait un revenu par habitant de 16 947 dollars, l’un des plus élevés d’Afrique et un PIB de 14 443 millions de dollars. Cependant, les trois cinquièmes de la population vivent de cultures vivrières ou d’activités « non institutionnelles », avec un taux de chômage de 20%. Bien que l’histoire du Botswana mette l’accent sur la bonne gouvernance et la croissance économique soutenue par une gestion macroéconomique prudente et un équilibre fiscal, les niveaux élevés de pauvreté du pays sont évidents, même si le Président Seretse a mené une politique de conciliation avec des personnes d’origine européenne qui géraient 80% de son économie et valorisaient le bétail dans un pays ayant une grande région semi désertique, faisant du Botswana un des principaux exportateurs de bétail et de viande d’Afrique australe.

Le diamant est la principale source de revenu dans le pays

Son successeur, le vice-président Ketumile Masire (1980-1998) a subi de fortes pressions de la part des groupes socialistes révolutionnaires pour limiter la concentration des terres fertiles entre les mains des Européens et augmenter la superficie allouée aux coopératives. Les paysans accusaient les grands propriétaires terriens d’élever trop de bétail sur des terres pauvres qui, à court terme, deviendraient inutiles pour l’agriculture. En outre, un mouvement a émergé en faveur de la nationalisation des gisements de diamant, de cuivre et de nickel exploités par les entreprises sud-africaines.

Pour empirer les choses, Masire a dû faire face au problème économique découlant de la baisse de la demande internationale de diamants. En 1991, le pays a connu les grèves les plus importantes depuis l’indépendance ; les travailleurs publics revendiquaient une augmentation de 154 % des salaires et 18 000 fonctionnaires furent licenciés ; en 1992, le chômage atteignait 25 %. Pour réduire le chômage, le gouvernement a encouragé l’installation d’industries non minières, mais une grave sécheresse a contraint les autorités à réduire considérablement les dépenses publiques et à mettre fin à plus d’un tiers de la main-d’œuvre employée directement ou indirectement par l’État. Après une grève en août 2004, environ un millier de travailleurs de la société diamantaire Debswana Diamond Company furent mis à pied. Debswana est la plus grande société d’extraction de diamants du Botswana, détenue à 50 % par l’État, fournissant environ 40 % de ses revenus.

Extraction de diamants en plein air à ORAPA

En mai 2006, un foyer très contagieux de fièvre aphteuse a été détecté dans le sud-est du pays, la région où la production de viande bovine est la plus élevée. En raison de la fermeture des exportations et des abattoirs, les pertes ont dépassé plusieurs millions de dollars et menacé la survie de l’industrie de la viande.

Festus Mogae (1999-2008), successeur du Président Masire, a opté pour la libéralisation et le développement économique, faisant du Botswana un des pays les plus stables du continent.

En 2009, le BDP a de nouveau remporté les élections et son dirigeant, lan Khama (fils de Seretse), a été élu président du Botswana ; en avril 2018, il a démissionné et a été remplacé par Mokgweetsi Masisi, l’actuel président. lan Khama se heurtait aux partis d’opposition, à une dure réalité socio-économique avec la montée du chômage, au manque de formations professionnelles des jeunes et l’absence de projets d’entreprises et au besoin de renforcer le système éducatif et médical (il est public mais difficile à atteindre en raison des distances importantes).

En 1996, les exportations de minéraux représentaient 47 % des recettes en devises du pays. En 2007, lorsque d’importantes quantités d’uranium ont été découvertes, plusieurs sociétés minières internationales ont établi des sièges régionaux au Botswana, en raison de la production accrue de diamants, d’or, d’uranium, de cuivre et même de pétrole. En 2009, le gouvernement a annoncé qu’il essaierait de modifier sa dépendance économique à l’égard des diamants, alors qu’il craignait sérieusement que les diamants s’épuisent au cours des 20 prochaines années. A cette fin, il a développé une politique touristique basée sur la richesse de la faune et de la flore du pays, faisant du tourisme la deuxième source de revenus.

Le désert inhospitalier de Rub Al Jali Kalahari

Politique sociale

L’une des politiques des gouvernements successifs du Botswana a été de promouvoir la protection sociale. Entre les années 80 et 90, le gouvernement a mis en œuvre des politiques sociales de lutte contre la pauvreté et a amélioré l’accès à l’éducation et aux soins de santé, de sorte qu’entre 1986 et 2003, le pourcentage de Botswanais vivant dans la pauvreté a baissé de 59 à 30,6%, selon les chiffres de la Banque mondiale.

L’investissement élevé dans l’éducation, 10 % du PIB, a réussi à conquérir des niveaux d’éducation presque totale et gratuite, 90 % selon l’UNICEF, alors que dans le reste de l’Afrique subsaharienne il atteint à peine 60 %. Des améliorations notables ont été enregistrées dans le secteur de la santé, avec une baisse significative de la mortalité infantile. Mais le drame du Botswana, c’est le SIDA, avec un pourcentage le plus élevé de personnes atteintes du SIDA dans le monde, une prévalence de 21,4% chez les 15-49 ans, selon l’Organisation mondiale de la Santé. Ce qui est positif, c’est que, selon cet organisme, plus de 95 % des personnes touchées peuvent avoir accès à la thérapie antirétrovirale dans les cas d’infection avancée.

L'Okavango est une rivière dont le delta se termine dans le désert.

Cependant, le gouvernement botswanais n’a pas eu autant de succès lorsqu’en 1995, après avoir découvert d’importantes mines de diamants dans le désert du Kalahari, terre des Bushmen pendant 30 000 ans, il a décidé de lancer une campagne de harcèlement pour expulser les Bushmen vivant dans la réserve du Kalahari central et les transférer dans des « camps de réinstallation ».

Le gouvernement, privé d’eau et de nourriture, a réussi à déplacer le dernier contingent de 2 200 Bushmen. Selon la loi botswanaise, les activités minières et les minéraux extraits ne sont pas soumis aux revendications des communautés autochtones, même si elles résident dans ces zones. Mais les Bushmen ont poursuivi le gouvernement et en mai 2006, la Haute Cour du Botswana a statué en faveur du peuple Bushman, déclarant que l’exil et la réinstallation subséquente avaient été « inconstitutionnels et illégaux », portant un coup sévère aux autorités et à leur tentative d’extraire des diamants de ces terres. A cette date, plus de 10% des plaignants étaient décédés dans les camps de réinstallation.

Revue Africana du Secteur de l’Espagne n° 197 de juin 2019

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