Bernard Ugeux, témoignage

Bernard Ugeux, un prêtre au service des femmes victimes de viol en RDC

À Bukavu, en République démocratique du Congo, le Père Bernard Ugeux, des Missionnaires d’Afrique, consacre une partie de son temps à aider les femmes victimes de viol. Témoignage.

« Si vous voulez détruire une société détruisez les femmes, c’est elles qui transmettent les traditions, qui font l’unité de la famille, qui protègent les enfants… » Bernard Ugeux est prêtre, de la communauté des missionnaires d’Afrique, aussi appelés Pères Blancs. Depuis une dizaine d’années, il vit à Bukavu, où il consacre beaucoup de son temps à l’accueil, l’accompagnement et la réintégration des survivantes de conflits dans l’Est de la RDC. Des femmes qui ont souvent été enlevées, violées et mutilées par des bandes armées. Bukavu, c’est aussi là où exerce le Dr Denis Mukwege, ce gynécologue qui soigne les femmes victimes de viol, qui a reçu prix Nobel de la paix, et avec qui Bernard Ugeux est en lien.

LE VIOL, UNE ARME DE GUERRE

Pourquoi il y a des gens qui ont une vie agréable et pourquoi il y en a dont on se dit ce n’est pas possible que des êtres puissent vivre des choses pareilles ? « Il me faut vivre avec ce point d’interrogation », confie Bernard Ugeux. Pour lui le mal, ce n’est même pas de l’ordre du mystère mais de l’ordre de l’énigme. « Il faut laisser Dieu être Dieu, je n’aurai pas la réponse, je vois que Jésus ne donne pas d’explication il donne une réponse : la compassion, l’indignation, l’amour, la justice. »

Lors de conflits, le viol a pour objectif la destruction, c’est une véritable stratégie, on parle même d’arme de guerre. « Après cela les gens sont complètement bouleversés, on détruit le tissu social, la culture, ça touche à la religion, etc. » Ce peut être le fait de milices, on encercle un village pendant la nuit, on viole les femmes devant les enfants et les maris que l’on oblige à assister à la scène. Des filles sont emmenées comme esclaves sexuelles.

COMMENT AIDER LES FEMMES VICTIMES DE VIOL ?

« La première question pour toutes les victimes c’est : est-ce qu’on va me croire ? » Aussi, ce que fait le Père Ugeux c’est de les écouter, et de les écouter « d’une certaine façon qui leur fait entendre que je crois dans ce qu’elles disent ». Ensuite, leur envoyer l’idée que « malgré tout ce qu’elles ressentent de négatif sur elles-mêmes, elles ont toujours de la valeur ». Malgré leur « sentiment de culpabilité, de souillure, d’avoir perdu leur dignité, de ne plus avoir de place dans la société ». Certaines sont d’ailleurs rejetées par leur famille ou leur mari. 

Le Père Ugeux n’est pas médecin ni psychologue. Mais il connaît bien l’Afrique et a une longue expérience de l’accompagnement spirituel. Ce qu’il constate, c’est que les femmes qui viennent le trouver « cherchent moins à être plaintes ou consolées qu’à retrouver une place dans la société ». Le centre Nyota dont il s’occupe, accueille 250 jeunes filles en journée. Pendant trois ans elles apprennent un métier. Et peu à peu, « on les voit retrouver leur autonomie et leur joie de vivre, leurs raisons d’exister ». Et ce grâce au réseau d’amis des Pères Blancs, qui envoient de l’argent et sans lesquels il ne pourrait « rien faire ».

COMMENT CROIRE EN DIEU APRÈS ÇA ?

Depuis ses 11 ans, Bernard Ugeux a « l’Afrique au cœur » : depuis qu’un évêque congolais est venu témoigner dans le collège jésuite où il étudiait. « Quand j’ai eu le bac j’ai hésité entre médecin et prêtre, pour finir je me suis tourné vers les Pères Blancs et la dimension médicale m’a toujours accompagné. » Son combat ressemble à celui de Jacob, dans la Bible, un combat face au mystère du mal, face à lui-même. Il dit : « ​La foi, à certains moments c’est une décision. »

Ce qui lui permet de tenir ? La prière, chaque matin il consacre 45 minutes à l’adoration du Saint Sacrement. Le soir il dit à Dieu : « Le Sauveur c’est toi c’est pas moi. » Ce qui l’aide aussi, c’est de vivre en communauté avec six autres Pères Blancs. Et de voir « des gens qui ressuscitent ». Par exemple lors de la fête de la femme le 8 mars qui est « très importante au centre », lors du traditionnel défilé de mode, « il faut voir ces filles qui défilent avec une fierté, c’est ça qui permet de tenir le coup ». Impressionné par « la capacité de résilience » des femmes en Afrique, il garde tout de même « au fond cette colère de voir comment les gouvernements fonctionnent et les autorités abusent ».

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