Contribution pour une éducation environnementale et écologique

Des charbons écologiques et des chapeaux issus de la récupération des déchets

Après un séjour de sept mois, ici dans la province du Haut-Katanga, en ville de Lubumbashi, et plus précisément dans la commune de Katuba où se situe notre paroisse Sainte-Bernadette, j’ai eu à faire des constats lors de mes promenades, de mes tournées dans les communautés chrétiennes de base ou de visites aux malades et aux familles. Ces constats ne sont pas loin de ce qu’on l’on observe souvent dans les grandes villes : inondations pendant la saison des pluies, caniveaux ruisselant d’eaux usées, sales et nauséabondes ; ceux-ci sont à certains endroits bouchés par des bouteilles en plastique ; des fois même, ces eaux chargées de microbes sont utilisées pour nettoyer les véhicules. Les sachets et les ordures ménagères jonchent beaucoup de rues ; certains entassent les ordures devant leur maison comme une protection pour empêcher l’eau d’entrer dans leur maison ; d’autres attendent que ces tas d’ordures arrivent à une certaine hauteur pour mettre de la terre au-dessus afin que l’eau ne puisse pas pénétrer dans le sol. L’eau de la rivière Katuba a pris une couleur verdâtre ; de part et d’autre de ses rives, on voit des tuyaux de canalisation des douches et même sans exagérer, des toilettes. L’eau de cette rivière est encore utilisée pour arroser les légumes des jardins potagers aménagés aux environs. Tel est notre constat que nous qualifions de ‘‘voir’’.

Pour arriver à mieux préciser et à analyser nos constats, la paroisse a bénéficié des services d’une ONG locale dénommée AMA (Action Metanïa Africa). Cette dernière est spécialisée dans la gestion des déchets et de leur recyclage, en fabriquant du charbon écologique, des pavés hydrophobes avec les plastiques récupérés, des chapeaux, des sacs pour les minerais et beaucoup d’autres choses, bref, de donner une seconde vie aux déchets. Une équipe constituée d’une délégation technique de cette ONG, dirigée par la fondatrice, Mme Virginie Adallah et quatre personnes de la paroisse y compris moi-même, avait fait une descente sur terrain pour s’enquérir des réalités, en vue d’en juger pour arriver à aider la population.

Au cours de cette tournée dans le quartier, des propos ont été recueillis venant des habitants de la commune. Beaucoup d’entre eux considèrent leur situation comme une fatalité et se sentent oubliés par le gouvernement qui, selon eux, devrait s’occuper du ramassage des ordures ménagères et des immondices ; c’est pourquoi ils les jettent sur la voie publique. Nous leurs avons bien signifié que nous ne sommes pas là pour accuser qui que ce soit, mais plutôt pour nous aider nous-même. Des photos, vidéos et interviews réalisés nous ont aidés à préparer la deuxième phase de notre activité, le ‘‘juger’’.

Une conférence a ensuite été organisée sous le thème Contribution à une éducation environnementale et écologique. Ce thème a été dégagé suite à un entretien tenu avec la fondatrice d’AMA où je lui avais fait connaître l’existence d’une Encyclique du pape François intitulée Laudato Si, parlant de la sauvegarde de l’environnement. Ont été invités à cette conférence d’abord les agents pastoraux de notre paroisse, le bourgmestre et les chefs de quartier et des avenues, puis les pasteurs et responsables des nouveaux mouvements religieux et des Eglises du réveil et, enfin, certaines personnes ressources des quartiers qui entretiennent le devant de leur parcelle et maison. L’équipe Laudato Si’ de l’archidiocèse de Lubumbashi était aussi invitée à cette conférence. Certaines autorités comme le maire et le ministre chargé de l’Environnement se sont excusés, mais se sont fait représenter.

Après la prière et le mot de bienvenue du curé de la paroisse Sainte-Bernadette, le père Gautier Sokpo, la première conférence a été donnée par Mme Virginie Adallah, fondatrice d’AMA. Cette conférence a retracé les constats effectués lors de notre descente dans le quartier, et ensuite analysés et interprétés. Ceci a ouvert les yeux aux participants qui croyaient que c’est seulement l’Etat qui doit nettoyer nos quartiers et nos rues. C’était une invitation à tout un chacun de s’occuper du destin de nos quartiers en faisant ce qu’on peut faire pour les rendre propres, et ensuite inviter l’Etat et le gouvernement à faire leur part. Des techniques de tri de déchets ont été montrées en vidéos, surtout le système des trois ou quatre poubelles de différentes couleurs ; de même, la manière de récupérer les vieux habits et tissus pour en fabriquer des chapeaux. Elle a mentionné aussi les activités de leur ONG.

Après cette conférence, c’était le tour de la Sr Syvie, coordonnatrice de l’équipe Laudato Si’ de l’archidiocèse de Lubumbashi. Elle a présenté l’encyclique du pape François sur l’environnement et l’action de grâce qu’il invite le monde à rendre à Dieu pour ses créatures qui sont comme frères et sœurs et ont besoin d’être entretenues. Elle a fait cas des travaux de l’équipe dans les paroisses et les séminaires, et même dans les mosquées. La création de cette équipe a été voulue par Mgr Fulgence Muteba, archevêque de Lubumbashi. Depuis le lancement de ce mouvement, il ne peut pas finir ses homélies sans faire cas de la protection de l’environnement.

Notre activité était aussi organisée pour suivre cet élan donné par notre pasteur. La Soeur était venue avec des artistes qui ont chanté « les déchets sorciers » ou « kuloka » ou bien « Buchafu bulozi ». Par finir elle a déclaré que notre paroisse était une paroisse phare, à cause de l’organisation de cette activité ; son équipe la donnera comme modèle pour les autres. Les participants ont étonnés d’entendre que les déchets peuvent être recyclés.

Après ces interventions, les participants ont été invités à un travail de groupe où ils avaient à répondre à un questionnaire portant sur le soin qu’ils donnent à leur environnement. Lors de la mise en commun, une volonté de s’occuper de leur environnement est ressortie de leurs réponses. Ils avaient soif de voir se réaliser notre rêve d’ensemble de rendre le quartier propre. Ils ont demandé que cette conférence ne soit pas comme tant d’autres auxquelles ils avaient participé restées sans porter de fruits.

La prochaine phase de notre activité concernera aussi ‘‘l’agir’’. Pour ce faire, les participants à la conférence ont été invités à commencer déjà à leur niveau ce qu’ils peuvent faire ; ce ne sera qu’après que les plaidoyers se feront auprès du maire et du gouverneur pour le cas de notre quartier. Au programme des activités, mentionnons les visites des écoles pour sensibiliser les élèves à s’occuper de l’environnement scolaire, afin de les mettre sur ce chemin d’éducation environnementale. En plus des écoles, les centres de santé de notre zone de santé seront aussi visités en vue de les sensibiliser ; ce sera aussi le tour dans églises du réveil de notre quartier.

Par: Gautier Sokpo, M.Afr.

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