Intégrité de la création : contribution des Missionnaires d’Afrique (PE n° 1087 – 2018/01)

En lien avec la crise écologique actuelle, le Chapitre de 2016 s’est intéressé à la question de l’intégrité de la création avec un intérêt particulier à l’éco-spiritualité « avec l’apport des documents ecclésiaux sur l’éco-spiritualité tels que Laudato Si’ et le matériel de notre Société. Nous proposons d’organiser des récollections et des sessions au niveau des provinces et des secteurs.» (AC 1.3.)

Le Chapitre a demandé que nos communautés soient de bons exemples de la protection de l’environnement. Soyons une « Eglise verte ». Le Chapitre a aussi demandé de faire connaître et de sensibiliser les autorités politiques et les municipalités aux activités de JPIC. En plus, le programme de JPIC devrait être renforcé dans nos centres de formation.

Les Missionnaires d’Afrique devraient aussi encourager la population locale de manifester contre « l’exploitation illégale et immorale des minéraux et ses conséquences telles que la destruction des sols, des réserves d’eau, de la nature ». Au cours de mes recherches, j’ai réalisé que nous faisons beaucoup en faveur de l’intégrité de la création, mais qu’il y a très peu d’articles et de publications sur leurs engagements dans ce domaine.

Exemples d’initiatives pastorales

Selon certains témoins, la plupart des M.Afr. qui ont travaillé dans les années 1970, 1980 et 1990 au Burkina Faso se sont engagés à lutter contre la désertification en plantant des arbres et en plaçant des lignes de pierres sur les champs pour prévenir l’érosion du sol.

Le père Martin Terrible était connu comme un pionnier de l’écologie en « Haute Volta » pour son grand intérêt pour la végétation du pays et la protection de la nature. En 1971, il a organisé une « semaine de l’arbre » à Ouagadougou afin de sensibiliser la population locale au problème de la déforestation et de la plantation d’arbres tels que « Acacia Albida ». Il n’était pas seulement un missionnaire mais un innovateur en écologie et en agriculture. Il a organisé des sessions, publié des documents et un annuaire annuel qui donnait aux agriculteurs des conseils pratiques sur le travail à effectuer chaque mois. Il a dévoué sa vie missionnaire à promouvoir le respect de la nature et à sensibiliser les gens aux problèmes de la destruction des sols et des forêts.

Le père Maurice Oudet, pour sa part, aide les agriculteurs à surmonter les problèmes de la sécheresse et à améliorer leur productivité agricole en utilisant des techniques telles que les lignes de pierres et le ‘Zai’. Il travaille avec des riziculteurs et les producteurs de lait (PE n° 1042 et 1062).

Le Frère Michel Dubois a travaillé dans l’archidiocèse de Bukavu en RDC. Dans les années 1990 (PE n° 1062), il a lancé le projet intitulé « Reboisement d’Ibanda et chasse aux chèvres ». Il a écrit que « le travail consistait à tendre les cordes pour les alignements des plantations, trouer le sol, y verser de l’humus local, y déposer les plantules issues des germoirs ». Il a demandé l’appui de volontaires à l’université de Bukavu. Avec la permission des autorités de la ville, ils capturaient les animaux en liberté dans la ville pour les empêcher de détruire les plantes. « Après le travail, nous nous rassemblions pour un moment de méditation ou de prière inspirée de la Bible ou du Coran ». Les efforts de plantation d’une variété d’arbres et de fleurs ont progressivement modifié l’environnement dans les zones urbaines. L’archevêque a soutenu cette initiative et l’a étendue à d’autres paroisses du diocèse.

Le père Otto Mayer, à la Ruzizi en RDC, était impliqué au niveau écologique ; c’était pour lui un devoir personnel. Il écrivait : « Quand je ramasse des emballages en plastique, ou des papiers jetés devant notre maison, les passants me considèrent facilement comme un malade mental ou un déséquilibré. Les enfants se moquent de moi… Pourtant personne ne se moque de celui qui laisse tomber un papier d’unité de téléphone ou jette sachets, bouteilles en plastique, mouchoirs en papier ». Il a exhorté les gens à faire de même devant leurs maisons pour que cela fasse une différence. Il a essayé de motiver les enseignants dans les écoles et nos candidats. Il a donné des conférences sur l’écologie. En tant qu’économe, il fournissait à sa communauté des œufs frais achetés localement et à bon prix sans aucune pollution au lieu d’acheter des sardines pour le petit-déjeuner et avoir des boîtes vides non biodégradables. Il a affirmé qu’« acheter localement et consommer les produits de la région est une obligation écologique » (PE n° 1071).

Le père Jean-Luc Gouiller, nommé en Zambie depuis 1966, était impliqué dans le ministère rural dans l’éducation des jeunes sur les questions écologiques. Son souci de la création l’a poussé à poser des actions concrètes. « Je continue à jardiner, planter des arbres fruitiers, visiter des parcelles, etc. ». Sur l’une des radios privées de Chipata, il a parlé des changements environnementaux qu’a connus la Zambie depuis son arrivée (PE n° 1029).

Le père Venerato Babaine en Zambie présente dans le PE n° 1062 les raisons pour lesquelles, en tant que missionnaires, nous devrions nous préoccuper de l’écologie. Il essaie de mettre en œuvre ses théories par des actions pastorales : « Je suis impliqué dans la sensibilisation sur l’environnement ; en même temps, je travaille avec les gouvernements locaux pour promouvoir la gestion des déchets et la conservation des ressources naturelles telles les zones humides, les forêts primaires, l’entretien des sources d’eau. Il est évident que dans mon ministère sacerdotal, j’intègre l’écologie comme thème dans mes homélies, mes catéchèses, dans les retraites et les formations ». Le père Babaine encourage ses confrères dans leurs engagements écologiques (PE n° 1071).

Pour ma part, dans notre communauté de Merrivale, en Afrique du Sud, nous avons un complexe écologique où certains articles recyclés sont conservés dans d’énormes poubelles étiquetées. Ces articles comprennent principalement du papier et des matières plastiques, des stylos, des verres et des bouteilles, des canettes métalliques et en aluminium, des vêtements, des sandales et des chaussures, des ordinateurs, des appareils électroniques, des téléphones cellulaires et des cartouches d’imprimante. Les déchets alimentaires et les produits biodégradables sont également recyclés en compost pour les besoins de jardinage. Une fois que nous avons rassemblé suffisamment de matériaux, nous contactons le centre de recyclage de la municipalité le plus proche pour la récupération.

Ce ne sont que quelques exemples. Je regrette cependant qu’il n’y ait pas assez de publications sur le travail effectué dans le passé par les M. Afr. et leur contribution effective dans la protection de l’environnement.

Quelques suggestions

Je suggère que notre spiritualité évolue davantage au niveau de l’éco-spiritualité en incluant délibérément des préoccupations écologiques dans nos récollections, retraites, ateliers, homélies, prières et catéchèses. En d’autres termes, nous sommes appelés à devenir des « personnes vertes » soucieuses de la protection de l’environnement, de telle sorte que notre spiritualité illustre une relation amicale avec la nature et une réflexion sur les questions écologiques. Nos convictions spirituelles peuvent en particulier remettre en question certains systèmes politiques qui manquent de respect pour la vie et l’environnement.

Au niveau pastoral, nous devons devenir des pasteurs soucieux de l’environnement, capables de sensibiliser les gens et de les éduquer à travers des programmes de sensibilisation contre les abus environnementaux, la pollution des sols et de l’air. Nos activités pastorales doivent viser à promouvoir le développement intégral humain. Ce sont quelques initiatives et suggestions, et nous appelons chaque personne de bonne volonté à mettre en pratique quotidiennement la sauvegarde de l’environnement.

(Tiré d’un travail de recherche “Eco-Théologie. Contribution des Missionnaires d’Afrique dans le domaine de l’écologie et de l’intégrité de la création”)

Amorain K. Wayikpo, M.Afr.

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