L’accompagnement et l’intégration des jeunes confrères (PE n° 1091 – 2018/05)

Le Petit Echo m’a demandé de partager avec les confrères mon expérience dans l’accompagnement et l’intégration des jeunes confrères. Dans cet article, en plus du partage de mon expérience dans ce domaine, j’indiquerai quelques facteurs qui peuvent aider les jeunes confrères à être davantage résilients dans la mission.   

Lorsque j’ai été nommé Assistant provincial de la PAC (province d’Afrique Centrale) de 2009 à 2013, les deux provinciaux (d’abord Emmanuel Ngona, et ensuite Mgr Placide Lubamba) avec qui j’ai eu à collaborer m’avaient confié, entre autres, l’accompagnement des jeunes confrères de la province. Comme équipe provinciale, nous avions fait de l’accompagnement des jeunes confrères une priorité. Nous étions conscients que les premières années de mission après la formation initiale constituaient une transition qui présente certes des opportunités de grandir sur le plan personnel et dans le service de la mission, mais aussi des risques liés aux difficultés à maintenir un juste équilibre entre les exigences du travail pastoral, la vie communautaire, la vie spirituelle, la détente et les relations à l’extérieur de la communauté. De plus, les tensions socio-politiques, l’instabilité et l’insécurité qui prévalait dans les pays de la région (malheureusement, cet état de fait reste encore d’actualité) exigeaient que nous prêtions davantage attention aux jeunes confrères qui arrivaient dans la province.

Lorsqu’un jeune confrère était nommé à la PAC, avant que ce dernier n’arrive dans sa communauté, le provincial ou l’assistant provincial visitait la communauté. Durant une telle visite la question de l’accueil et de l’intégration du jeune confrère était discutée. L’expérience montre que revisiter le projet communautaire à l’arrivée d’un nouveau membre et le fait de tenir des conseils communautaires réguliers sont des moyens très utiles qui favorisent l’intégration aussi bien dans la communauté que dans la pastorale.

D’autres moyens utilisés pour accompagner les jeunes confrères étaient, entre autres, la rencontre des « confrères en premier terme de mission », la session annuelle de formation à l’intention des jeunes confrères, les visites dans les communautés et les communications informelles. Dans cet article, je m’attarderai surtout sur la rencontre des « confrères en premier terme de mission » et la session annuelle de formation à l’intention des jeunes confrères.

La rencontre des « confrères en premier terme de mission » a lieu tous les trois ans. Elle rassemble les confrères en première, deuxième et troisième année de mission. Cette rencontre dure une bonne semaine, et est organisée autour de quatre grands moments.

Le premier grand moment de la rencontre est consacré au partage et à l’écoute des expériences personnelles des participants. Chaque partage était suivi de questions de clarification ou de mots d’encouragement de la part des autres participants. La prière des laudes, des vêpres et l’eucharistie quotidienne sont des moments privilégiés où les expériences partagées sont aussi présentées à Dieu.

Le deuxième grand moment est consacré à l’approfondissement de certains thèmes qui émergent des partages, et qui sont jugés dignes d’intérêt pour le groupe.

Le troisième grand moment est consacré aux visites : visite de quelques lieux d’espérance (paroisses ou centres où des hommes et des femmes travaillent à être des témoins d’espérance auprès des plus démunis et marginalisés) ; visite des communautés des confrères ; et visite à l’Ordinaire du lieu si les circonstances le permettent.

Le quatrième et dernier grand moment de cette rencontre est consacré à l’évaluation de la rencontre. Tout se termine par une sortie de détente.

Si la rencontre des « confrères en premier terme de mission » constitue un moment important, l’accompagnement des jeunes confrères ne saurait se résumer à cette rencontre. C’est ainsi que chaque année, nous organisions une session de formation à l’intention des jeunes confrères de la province. Les confrères qui étaient dans leur premier terme de mission tout comme ceux qui étaient dans leur second terme de mission participaient à cette session qui avait souvent lieu juste après la retraite annuelle. Selon la nature du thème et la disponibilité du facilitateur, la session pouvait durer de trois à cinq jours. L’objectif de ces sessions annuelles était double. D’une part, elles étaient une occasion de formation permanente, et d’autre part elles permettaient aux jeunes confrères de se retrouver, de partager d’une façon informelle leurs expériences, de s’encourager mutuellement ou de se lancer des défis quand il le fallait. Ceci était une forme d’accompagnement qui se faisait entre jeunes confrères. Ma présence durant ces sessions et les rencontres individuelles avec l’un ou l’autre était également une opportunité de cheminer avec eux.

Le premier terme de mission est un moment d’enthousiasme et de ferveur pour le jeune confrère qui, après plus d’une dizaine d’années de cheminement, a enfin l’occasion de vivre pleinement les valeurs évangéliques et missionnaires qu’il a longtemps nourries et mûries durant le temps de la formation. Au même moment, les premières années de mission ont leurs défis qui sont liés, entre autres, au fait d’avoir un nouveau rôle et de nouvelles responsabilités aussi bien dans l’Eglise que dans la société, au fait de ne plus être dans une maison de formation avec des programmes bien établis, au fait de se retrouver dans un nouveau contexte socio-économique et politique, au fait d’apprendre à vivre avec de nouveaux confrères, au fait d’avoir à apprendre la langue du milieu, et j’en passe. Face à tous ces défis, qu’est-ce qui peut aider le jeune confrère à mieux intégrer ces nouvelles expériences ? Il me semble que construire la résilience peut être un début de réponse à cette question.

Qu’est-ce que la résilience ? La résilience se définit comme étant la capacité humaine à affronter l’adversité, à la surmonter, à en tirer les leçons, et mieux, à être transformé par l’adversité. Même si nous avons des niveaux de résilience variés, chaque personne peut développer ses capacités à être résiliente. Voici cinq facteurs (l’ordre ici n’est pas selon leur importance) qui peuvent favoriser la résilience chez les jeunes confrères.

Rencontre des confrères en premier terme de mission à la PAC

Le premier facteur qui peut favoriser la résilience a affaire avec une perception positive de soi. Cela signifie une certaine confiance en soi, une vision positive de soi, la capacité à reconnaître et accepter ses succès personnels, la capacité à valoriser ses expériences positives, la capacité à reconnaître et accepter ses échecs et à se résoudre à apprendre de ses erreurs, et enfin la capacité à savoir être reconnaissant.

Le deuxième facteur qui peut favoriser la résilience concerne la capacité à entretenir des relations interpersonnelles significatives. Des relations saines et significatives nous permettent de partager avec les autres ce que nous vivons (nos joies, nos peines, nos peurs et nos espoirs). De telles relations accroissent aussi notre sens d’appartenance, nous permettent de recevoir des autres et de devenir aussi sensibles aux besoins des autres. Les recherches en psychologie montrent que lorsque les sentiments et les fortes émotions que nous expérimentons ne sont pas partagés avec quelqu’un, le risque est grand de développer des maladies telles que la dépression, d’avoir des comportements autodestructeurs  ou encore de sombrer dans la dépendance à des substances telles que l’alcool. D’où la nécessité d’avoir aussi un accompagnateur avec qui partager ses expériences.

Moment d’action de grâce

Le troisième facteur qui peut promouvoir la résilience chez les jeunes confrères est la vie spirituelle. Ici la prière personnelle et communautaire, la méditation quotidienne et l’ouverture à recevoir et à donner le pardon sont autant d’expériences qui aident à grandir dans l’assurance de la  fidélité de Dieu, même dans les moments les plus troubles.

Le quatrième facteur qui peut favoriser la résilience est l’espérance. L’espérance n’est pas à confondre avec l’optimisme. L’optimisme peut déformer la réalité pour la rendre plus belle et conduire à caresser de faux espoirs qui seront déçus. En revanche l’espérance se base sur ce regard d’amour sur les réalités du monde, à la lumière de la foi. L’espé- rance nous permet d’oser envisager l’avenir avec Dieu quelles que soient les épreuves du présent.

Le cinquième et dernier facteur important dans la construction de la résilience est la capacité à trouver un sens, une cohérence à sa vie. Des motivations extrinsèques dans le ministère telle la recherche du succès, de la célébrité, du pouvoir, d’un certain rôle social ou de l’argent sont illusoires et ne procurent pas la joie et le bonheur recherchés.  En revanche, c’est dans la simplicité, la proximité avec les gens, le don de soi, l’esprit d’humilité et de service que l’on peut toucher la vie des gens auxquels nous sommes envoyés. Pour paraphraser Mère Teresa de Calcutta, « nous ne sommes pas appelés à réussir – nous sommes appelés à être fidèles ».

Visite à Mgr Kaboy, évêque de Goma

En plus de ces facteurs qui peuvent rendre les jeunes confrères davantage résilients dans la mission, il n’est pas superflu de mentionner ici l’importance d’adopter un style de vie qui favorise une meilleure santé en faisant régulièrement des exercices physiques, en ayant une alimentation équilibrée, et en exerçant de la discipline et de la modération dans la consommation de l’alcool ou des boissons trop sucrées.

En guise de conclusion, il me semble évident que l’équipe provinciale et la communauté d’accueil ont un rôle important à jouer dans l’accompagnement et l’intégration d’un jeune confrère. Toutefois, il appartient au jeune confrère d’être davantage responsable de sa vie s’il veut faire de sa vocation missionnaire une expérience significative qui donne vie non seulement à lui, mais également aux personnes auxquelles il est envoyé. Face à l’adversité, le fait d’adopter une posture de victime en blâmant les supérieurs, les autres membres de la communauté ou de tierces personnes n’aide certainement pas à s’en sortir. Dans les moments de crise, la capacité à reconnaître sa part de responsabilité et le courage de demander une aide appropriée afin de pouvoir rebondir signifient aussi être responsable.

Olivier T. Soma, M.Afr.

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