Le soin du bien commun

Par l’intériorisation des règles relationnelles et rationnelles, la philosophie sociale nous présente l’homme comme un être exclusivement social. Pour Michel Tournier,  l’homme « porte en lui un complexe échafaudage ». De ce fait, l’homme a une vocation de se construire en construisant sa communauté, sa société et son environnement. A cet égard, pour repenser l’écologie en ce jour, l’homme doit prendre conscience de sa mission de défendre la vie humaine de la conception à la mort, et toutes les formes de vie sur terre. Il est cependant impérieux de mentionner qu’à l’ère actuelle, la terre fait face à plusieurs défis majeurs. Ceux-ci rendent les conditions de vie difficiles. Dans son encyclique Laudato Si’, le pape François souligne l’utilisation irresponsable de l’héritage de la création. Pour lui, la terre « crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle » (LS n° 2). Ce cri se présente aujourd’hui sous de multiples formes : l’homme dévasté, opprimé, maltraité, incompris, jugé ; un environnement négligé. Il importe donc qu’en célébrant l’écologie, nous pensions et posions des actes palliatifs face à ces fléaux que subissent la terre, nos communautés et l’humanité entière. Pour y parvenir, la mise en pratique de deux éléments nous parait indispensable : faire tout pour la préservation du bien commun et désirer ardemment le changement de l’ordre actuel.

Tout faire pour préserver le bien commun

Dans une perspective écologique communautaire, vouloir faire du bien revient à établir un lien étroit entre le dire et le faire ; c’est aussi adopter un mode de vie et d’agir qui puisse mettre fin aux actes et pratiques irresponsables nuisibles à la terre, et par conséquent à l’homme. C’est également encourager les valeurs qui facilitent la vie, la cohabitation pacifique entre les hommes, et entre l’homme et la terre. Il s’agit en effet de mettre fin à la haine, à la dépravation des mœurs. Il est temps d’éprouver la soif de l’amour, de la justice et de l’équité sociale. C’est l’occasion de mutualiser nos énergies afin de combattre la pollution de la terre, nos différences sociales, intellectuelles, ethniques ou raciales. Il est aussi temps d’opter pour une méthode éprouvée dans l’exercice du bien couronné par: le partage, la charité, la solidarité, la confiance mutuelle, la sensibilisation au changement climatique ; tout cela en vue de rendre à la terre, à nos communautés, à notre société une place où il fait beau vivre.

Désirer ardemment le changement de l’ordre actuel

Le changement est un projet qui s’entend dans un contexte dynamique. Il ne commence toutefois qu’à partir du premier effort de l’homme, de par sa volonté de vouloir améliorer les choses. Il est possible que chacun de nous ait une vision de ce que doit être ce changement : qu’en est-il pour moi ? Il est fort probable que nous n’arrivions pas à exceller dans la vie non pas parce que nous en sommes incapables, mais plutôt suite au manque de confiance dans la matérialisation de nos idées et de nos projets. Il est donc temps d’employer nos forces, nos réflexions, nos capacités intellectuelles pour construire un avenir meilleur. John Masson dans son livre Imitation is limitation, affirme ceci : We cannot become what we need by remaining what we are (Nous ne pouvons devenir ce qu’il faut en restant ce que nous sommes).

Le changement exige un éveil personnel et communautaire. Si l’on veut vivre dans un environnement parfait ou dans une communauté témoin de l’amour et de la joie de l’évangile, l’on doit sans aucun doute se conformer aux exigences, aux objectifs et aux devoirs de notre communauté, dans le contexte des Missionnaires d’Afrique, c’est-à-dire nous conformer au projet communautaire. Le rêve de la majorité des missionnaires d’Afrique est peut-être de voir cette société s’améliorer positivement en répondant sans entraves aux besoins missionnaires. Célébrer  aujourd’hui l’écologie, c’est revoir notre manière de traiter nos frères. C’est penser à une nouvelle société avec des confrères renouvelés. C’est rendre nos communautés agréables pour tous. C’est aussi rendre notre petite Société une famille pour tous où chacun a une place et peut s’exprimer, agir, dénoncer et annoncer un lendemain meilleur. Mais il serait plus concret de voir chacun de ses membres se donner corps et âme pour cette fin ultime. Ce n’est pas pour rien que le cardinal Lavigerie insistait sur l’Esprit de Corps. Dans une de ses lettres, nous lisons : « Ma dernière recommandation, mes chers fils, la plus importante des trois, celle sans laquelle toutes les autres seraient inutiles, c’est la recommandation du vieil apôtre d’Ephèse : Filioli, diligite invicem. Aimez-vous les uns les autres. Restez unis, unis de cœur, unis de pensées. Formez véritablement une seule famille, ayez fortement dans le sens chrétien et apostolique de ce mot, l’esprit de corps. Défendez-vous, soutenez-vous, aidez-vous toujours les uns les autres. Que la discorde ne pénètre jamais parmi vous ; que vous soyez, sans cesse, prêts à défendre réciproquement comme un seul homme, contre tous les adversaires du dehors, vos personnes, en un mot que vous soyez non pas seulement unis, mais un” (Cardinal Lavigerie, le 11 novembre 1874).

Il sied de se demander aujourd’hui, combien se mettent réellement à cette quête ? Combien portent de faux témoignages afin de nuire aux autres ou bien de les décourager ? Combien se donnent pour relever  les autres ?                                                             

Par: Guscard Igunzi, (étudiant en théologie, Limete/ Kinshasa)

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