Lectures : La joie de l’Amour expérimentée par des familles (PE n° 1090 – 2018/04)

Nicholaus Segeja et  Emmanuel Wabanhu, L’écho d’Amoris Lætitia : pour vivre « la joie de l’Amour expérimentée par des familles » dans l’Église

L’Exhortation apostolique post-synodale Amoris Lætitia publiée en 2016 à Rome, à la Basilique Saint-Pierre le 19 mars, solennité de Saint Joseph, durant le Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, était un document très attendu par beaucoup dans l’Église catholique et au-delà. La soif de relever les défis du mariage et de la vie de famille vécue aujourd’hui, tant dans l’Église que dans la société, augmente l’importance de l’Exhortation. En plus de représenter une invitation aux familles chrétiennes à valoriser le don du mariage et de la vie familiale, l’Exhortation cherche à encourager tout le monde à être signe de miséricorde et de proximité, partout où la vie familiale reste imparfaite ou manque de paix et de joie. Elle envisage également de promouvoir la participation personnelle et concertée de tous les fidèles chrétiens, et, en fait, de toutes les personnes de bonne volonté à annoncer l’évangile de la famille à la faveur de la nouvelle évangélisation.

Ainsi, compte tenu de la complexité de la situation générale et des conditions qui influent sur le mariage et la vie familiale, le pape François propose le dialogue comme chemin à parcourir. Le pape  François semble recommander un dialogue qui est dans l’esprit de la synodalité, le modus operandi de la vie, non seulement pour éclairer et affronter les défis qui touchent le mariage et la vie de famille aujourd’hui, mais aussi pour vivre effectivement la joie de l’amour dans les familles. Dans le contexte africain, le dialogue proposé par le pape François fait écho à un type de conversation qui fait partie de la culture. Il souligne l’approche africaine unique de la palabre ou plutôt du dialogue respectueux (shikome), qui consiste à délibérer sans relâche à la recherche d’un consensus inspiré par celui-ci. Une telle approche est vraiment une promotion de la communauté et une vision ; apparemment donc ce serait la meilleure façon personnelle et communautaire de relever les défis de la foi et de la vie en général. En outre, le dialogue respectueux souligne la réflexion inclusive en cours, critique et créative, honnête et réaliste, basée sur le style de vie pratiqué dans une bonne famille africaine. En fait, la proposition de l’ecclésiologie et l’évangile de la famille ne reflète pas seulement la compréhension de l’Église comme communion telle que présentée dans Ecclesia in Africa, par Saint Jean Paul II, comme église-famille ou plutôt famille de Dieu, mais propose le dialogue respectueux, comme chemin synodal pour relever les défis des familles aujourd’hui.

Après avoir résumé l’Exhortation du pape François, cet ouvrage, « L’écho d’ Amoris Lætitia : pour une vie dans « la joie de l’amour expérimentée par des familles » dans l’Église », est le fruit du travail d’experts ayant une grande expérience pastorale en Afrique. Il est édité par deux éminents savants, le Rev. Prof. Dr. Nicholaus Segeja et le Rev. Emmanuel Wabanhu, tous deux membres du corps enseignant de la Catholic University of Eastern Africa (CUEA) ayant acquis une longue expérience. Actuellement, le professeur Segeja, est aussi membre de la Commission théologique internationale (ITC) et il dirige le département de théologie pastorale à la CUEA. Il est prêtre diocésain de l’archidiocèse de Mwanza, en Tanzanie. Dr. Wabanhu, prêtre diocésain du diocèse de Geita en Tanzanie, est chargé de cours au département de théologie morale de la CUEA.

Le livre se compose de douze chapitres et se divise en trois parties principales, suivant les préoccupations de l’Exhortation apostolique Amoris Lætitia du pape François, sans vouloir toutefois se prétendre être exhaustif. Ainsi, les chapitres de la première partie présentent quelques expériences concrètes de familles en Afrique. La deuxième partie évalue de façon critique certains aspects de l’enseignement de l’Église, en essayant de comprendre la vision doctrinale-morale et spirituelle-pastorale d’ Amoris Lætitia dans le contexte de l’Afrique. Ainsi, ces chapitres ouvrent un dialogue respectueux sincère et prudent en corrélation avec l’enseignement de l’Église, en vue de discerner les meilleures façons de mettre en œuvre la vision pastorale du pontificat du pape François. Enfin, les chapitres de la troisième partie font passer le dialogue respectueux à l’échelle de praxis qui engage la planification de l’action et les diverses actions visant à transformer les différentes situations sociales qui contribuent, entre autres, aux divorces et re-mariages, à la séparation conjugale et à la violence domestique ainsi qu’aux abus sexuels dans les familles. Ainsi, c’est un livre nouveau qui propose concrètement des moyens de réaliser cette « Joie de l’Amour » à vivre par des familles dans l’environnement paroissial, comme point d’entrée dans la vie de l’Eglise et de la société, à la faveur de la nouvelle évangélisation.

Le but commun des trois principales parties du livre est d’initier un dialogue respectueux, sincère et véritable, œcuménique, entre laïcs chrétiens africains, entre théologiens africains et théologiens africanistes, à la fois comme réponse non-académique et réponse théologique académique, à la complexité des questions doctrinales, morales, spirituelles et pastorales qui ont été soulevées par le pape François par la publication de l’Exhortation apostolique Amoris Lætitia, et qui poussent  à la réflexion. La contribution de ce travail n’est probablement pas tant dans les textes des auteurs, que plutôt dans leur disponibilité et ouverture à s’engager dans le processus de dialogue respectueux, car ce n’est pas seulement une contribution originale de l’Afrique, mais cela témoigne aussi de la mise en pratique de la foi et de la proclamation de l’Evangile de la famille.

Ainsi, le dialogue respectueux proposé par cet ouvrage place la controverse autour du document dans une bonne direction. La préface le dit clairement : « le mérite particulier du livre est que, si cette conversation (dialogue respectueux) a été généralement limitée aux Églises du Nord, il contextualise cette discussion dans l’Église d’Afrique, où un dialogue significatif à ce sujet fait cruellement défaut et, jusqu’à présent, a été absent. »

Nicholaus Segeja
Membre de la Commission Théologique Internationale

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