Les nouveaux moyens de communication sociale (PE n° 1081)

Un défi

Bernard Ugeux, M.Afr.

Depuis quelques décennies, les progrès technologiques et l’expansion des réseaux sociaux a profondément modifié la culture mondiale. Pour le meilleur et pour le pire… Qu’on y consente ou non, qu’on vive dans l’hémisphère nord ou sud, nous sommes presque tous impactés par cette situation récente. Actuellement, il est pratiquement impossible d’exercer une quelconque responsabilité sociale sans avoir une adresse courriel et sans être en contact avec des collaborateurs ou des confrères de façon régulière et rapide. Car une des conséquences de cette évolution, c’est qu’elle contribue à l’accélération des activités dans le monde, ce qui est une des caractéristiques de la post-modernité (Cf. l’excellente étude d’Hartmunt Rosa, Accélération, une critique sociale du temps, La Découverte, 2010). Plus nous sommes jeunes (mais pas uniquement), plus nous sommes pressés et impatients d’être au courant de ce qui nous intéresse (ce qui peut être aussi très narcissique). Les médias ne cessent de nous envoyer des « alertes » pour n’importe quelle explosion sur un point du globe ou une démission d’un grand footballeur. Et nous nous laissons parfois piéger, puisque certains laissent leur téléphone portable ouvert en permanence pour être directement informés et répondre au plus vite, de nuit comme de jour.

Il y a de réels avantages d’être connectés. On l’a vu durant le Chapitre de 2016 où plus encore qu’auparavant les confrères ont été régulièrement informés, parfois en temps réel, pouvant suivre une récollection en direct, par exemple. A part ces moments institutionnels forts, il y a toute la gestion des congrégations qui se pratique maintenant par ces réseaux, par courriel, messages directs, texto, Facebook, WhatsApp et autres. Les confrères – dont les Supérieurs – sont beaucoup mieux informés de ce qui se passe dans la Société, et quand il y a un document important à partager – ou des élections à finaliser – les réseaux sociaux sont devenus la voie normale. Cela permet de faciliter une proximité, un esprit de corps, et de s’assurer que tout le monde reçoive les documents, même si un bon nombre ne les lit pas (cf. notre site web).

Conséquences pastorales

Ces avantages se retrouvent aussi au niveau de la pastorale. Lors du Chapitre, les médias ont été traités par une spécialiste qui a encouragé la lecture de « The Media Gospel, Sharing the Good News in New Ways » (de Meredith Gould – Liturgical Press, Minnesota). A partir de son expérience et de son expertise, elle passe en revue tous les outils de communication électronique actuels en montrant leurs avantages et leurs inconvénients respectifs dans la gestion d’une pastorale paroissiale. A priori, cela est difficilement applicable directement en Afrique où la couverture des réseaux sociaux est encore limitée, mais elle démontre qu’il devient de plus en plus difficile d’être présent dans la pastorale en ignorant ces nouveaux langages. Des jeunes catholiques ont pris les devants, en dehors des réseaux ecclésiastiques (Cf. « #PitchMyChurch 2 » concerne l’événement des start-up cathos qui proposent hébergement, liturgie, prière, dons, aide aux sans-abri… Pour la deuxième année consécutive, les jeunes créateurs d’applications mobiles ou de sites Internet chrétiens se sont retrouvés vendredi 3 février, à Paris, pour se rencontrer et partager leurs idées. Les diocèses s’intéressent de plus en plus à leurs propositions créatives qui les effarouchaient au départ). A ce propos, en nous référant à l’insistance du Cardinal Lavigerie sur l’étude des langues et des coutumes des peuples auxquels nous sommes envoyés, il devient impossible d’être engagés dans la pastorale de la jeunesse sans la maîtrise de ce langage, y compris en Afrique (au moins dans les villes). D’où l’engagement du Chapitre à rendre les confrères médiaphiles ce qui n’est pas un encouragement à l’addiction qui parfois parasite la vie communautaire (Cf. Actes Capitulaires, 3.3. Les médias et les réseaux sociaux, p.30-31).

Une Bonne Nouvelle à annoncer pour aujourd’hui

La vocation d’un chrétien est d’être un communicateur, de par son baptême et le don de l’Esprit Saint. Les disciples ont d’abord été enseignés, puis ils sont devenus apôtres et donc communicateurs d’une Bonne Nouvelle. Et cela n’est pas facultatif. Il ne s’agit ni d’agresser ni de conquérir mais d’évangéliser, et cela commence par aimer et respecter ceux auxquels on s’adresse. Mais cela dépasse le travail apostolique direct. Il y a aussi l’engagement sur les sites web chrétiens. Benoît XVI ne s’enthousiasmait pas au départ pour les communications rapides, brèves, partielles et souvent superficielles des médias sociaux. Et pourtant, en 2011 (24 janvier 2011 « Vérité, annonce et authenticité de vie à l’ère du numérique » : Message de Benoît XVI pour la 45ème Journée mondiale des communications sociales), il affirme : « Je voudrais inviter, de toute façon, les chrétiens à s’unir avec confiance et avec une créativité consciente et responsable dans le réseau de relations que l’ère numérique a rendu possible. Non pas simplement pour satisfaire le désir d’être présent, mais parce que ce réseau est une partie intégrante de la vie humaine ». Quant au Pape François, dans Amoris Laetitia (278), il propose aux familles des suggestions que nous pourrions approfondir en communauté : « La rencontre éducative entre parents et enfants peut être facilitée ou affectée par les technologies de la communication et du divertissement, toujours plus sophistiquées. Lorsqu’elles sont utilisées à bon escient, elles peuvent être utiles pour unir les membres de la famille malgré la distance. Les contacts peuvent être fréquents et aider à remédier aux difficultés. Cependant, il demeure clair qu’elles ne constituent ni ne remplacent le besoin du dialogue plus personnel et plus profond qui exige le contact physique, ou tout au moins la voix de l’autre personne. Nous savons que parfois ces moyens éloignent au lieu de rapprocher, comme lorsqu’à l’heure du repas chacun est rivé à son téléphone cellulaire (…). En famille, tout cela doit être aussi objet de dialogues et d’ententes, qui permettent d’accorder la priorité à la rencontre de ses membres sans tomber dans des prohibitions irrationnelles ».

Vigilance…

Je terminerais par quelques points de vigilance. Tout d’abord ne nous laissons pas envahir par la facilité de petits écrans qui nous aguichent tout autour de nous. Le danger est de limiter notre univers à ce type d’information. Il faut savoir qu’une bonne partie des informations sur ces réseaux sont fausses et difficiles à détecter. Ensuite, il ne faut pas demander aux autres de penser à notre place. Des petits reportages ne donnent pas les éléments critiques pour une action JPIC par exemple, même si les images sont importantes. Ensuite, ces médias sont chronophages et il y a des confrères qui ne lisent même plus un seul livre sérieux par année jusqu’au bout (Il y a ici un gros défi de formation permanente). Nous devenons les proies de l’opinion et des rumeurs (réputation des confrères !) et nos messages peuvent être d’une superficialité désolante. La question qui doit nous habiter, à part le droit légitime de se détendre de temps en temps : mon usage de ces outils me permet-il de mieux annoncer la Bonne Nouvelle et d’enrichir et unir le peuple qui m’est confié ? Car c’est pour cela que nous sommes missionnaires. Que l’Esprit de discernement trouve une petite place dans notre réseau personnel pour y passer son message à lui !

Bernard Ugeux, M.Afr.

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