Ma Vie de Prière (PE n° 1078)

Lorsque je contemple ma vie spirituelle qui a commencé un bon nombre d’années avant Vatican II, je me rends compte que la prière n’a jamais était facile. J’ai lu beaucoup de livres sur la prière et je ne me suis jamais senti satisfait de ce que j’ai lu ; je suis toujours resté sur ma faim – oui j’étais insatisfait parce que la description d’une vie de prière profonde semblait inaccessible, sauf peut-être, pour un certain nombre d’illuminés. Ainsi ma vie de prière paraissait plutôt comme une litanie d’échecs sans avoir jamais grimpé sur les hauteurs mystiques de la contemplation. Au cours de mes années de formation personne n’a pu me parler d’une manière accessible sur sa propre vie de prière (ils ont parlé certainement des méthodes) mais personne, pendant ou après les années de formation, ne m’a appris à prier. C’est alors que je me suis senti comme seul à patauger avec mes tentatives humbles et rares d’être en union avec Dieu. Oui, j’ai lutté pour méditer et prier, même si pour les 30 dernières années, j’essaie de prier pendant une heure par jour (en deux moments). Il y avait toujours un sentiment d’insatisfaction voire même un sentiment de culpabilité car je sentais très fort ma pauvreté dans ce domaine.

Heureusement par la lecture de nombreux auteurs spirituels au cours des années, j’ai été étonné par le thème récurrent de silence et de solitude surtout chez les auteurs comme Anthony de Mello, Thomas Merton, Henri Nouwen, Richard Rohr, John Main, Michel Hubaut et beaucoup d’autres. Je commençais à voir la prière comme quelque chose de relationnel où les mots ne sont pas nécessaires car ces auteurs soulignaient toujours l’importance de la prière de silence. Le silence me permet d’être présent à Dieu – présent à moi-même et je l’espère présent à l’Esprit qui es toujours à l’œuvre. Les mots ne sont pas du tout nécessaires – en quelque sorte je peux dire que je n’ai même plus besoin de louer Dieu, ou lui demander quoi que ce soit ; plutôt je dois être là dans le silence pour être encore une fois enveloppé par son amour, et comblé de sa grâce. Comme quelqu’un disait un jour : nous n’allons pas à la méditation pour supplier Dieu, pour faire son éloge ou même pour se repentir – nous entrons dans le vide du silence avec Dieu pour être vidés afin que nous puissions être remplis de son amour.

Depuis des siècles, les auteurs spirituels disent la même chose. St Jean de la Croix, le grand mystique a dit : (maxime 147): « Le Père éternel a dit une seule parole : c’est son Fils. Il la dit éternellement dans un éternel silence. C’est dans le silence de l’âme qu’elle se fait entendre » … Notre plus grand besoin est de se taire devant Dieu, car la seule langue qu’il entende est le langage muet de l’amour. « Impose même silence à ma prière, pour qu’elle soit élan vers toi ; fais descendre ton silence jusqu’au fond de mon être et fais remonter ce silence vers toi en hommage d’amour ! » Saint Jean de la Croix

Je vois donc le silence comme faisant partie de notre cheminement comme disciple ; cela fait partie de notre vie de foi et de notre spiritualité. Très souvent dans nos prières et dans nos célébrations il y a trop de paroles, trop de verbiage, trop de réflexions. Même dans nos relations avec les autres il y a parfois trop de paroles et peu d’écoute. Le silence est nécessaire si nous voulons entendre parler Dieu au plus intime de nous-mêmes. Dans le simple silence, notre prière sera beaucoup plus belle que les chants que nous chantons, beaucoup plus vraie que les commentaires que nous faisons. Le silence est essentiel pour nous si nous voulons aller au plus profond de nous-mêmes, au plus profond de notre être. En silence nous rentrons petit à petit en contact avec tout ce qui se passe en nous en contact avec nos émotions même les plus cachées. Mais pour cela il faut oser plonger dans les eaux profondes de notre âme.

Depuis un bon nombre d’années je me rends compte de plus en plus que ma vie de foi n’est pas basée seulement sur la doctrine et le dogme. La spiritualité est avant tout une aventure : laisser pénétrer en nous la vie même de Dieu ; oui il s’agit de Dieu lui-même, il s’agit de sa vie en moi et de ma vie en lui – voilà ce qui est important. Il s’agit d’être rempli de sa puissance et de sa vie ; il s’agit d’être à la suite de son fils et devenir disciple. C’est un appel pour être en relation intime avec le Seigneur.

Si la prière est relationnelle, alors cela pourrait nous aider vraiment à nous pencher sur les relations que nous entretenons, les amis que nous avons, notre façon d’être avec les autres. Je crois que nos propres relations personnelles reflètent notre relation avec le Seigneur. S’il y a un degré d’honnêteté et un désir de tendre la main à l’autre, de voir dans l’autre tout ce qui est bon et qui donne vie, cela certainement sera vrai dans notre relation de prière avec le Seigneur. Si nous n’avons pas vraiment d’intérêt à cultiver nos relations, si nos relations avec les autres ont tendance à être déséquilibrées ou sont basées sur nos conditions, nos désirs, nos caprices et nos fantaisies, de telles relations ne pourront pas se développer mais risqueront tout simplement de se faner et de mourir d’une mort naturelle.

Dans une bonne relation il y aura toujours un sentiment de gratitude et de joie dans la présence de l’autre, et nous savons aussi que dans une telle relation, marquée par la franchise et l’honnêteté, nous serons en mesure d’accepter des remarques et des conseils car l’amitié n’a jamais été une société d’admiration mutuelle. Cette amitié est un don de Dieu pour chacun de nous et c’est ainsi avec notre vie de prière. Notre relation avec le Seigneur sera le seul véritable miroir pour refléter notre âme. Notre relation avec le Seigneur dans la prière, notre relation avec la Parole de Dieu doivent être la base de notre vie missionnaire, de notre vie prophétique et finalement de toutes nos entreprises missionnaires.

Francis Barnes, M.Afr.
Premier Assistant Général
(Petit Echo n° 1078)

Laisser un commentaire