+Pedro Burgos López 1929 – 2016 (PE n°1077)

Le dimanche 17 avril 2016, vers 13 h 30 de l’après-midi, notre confrère Pedro Burgos López s’est paisiblement éteint au home Saint-Joseph à Evere (Bruxelles). Le P. Jan Anthonissen était présent ; son fidèle ange gardien depuis des mois, sœur Doecita Van der Ven, venait de s’absenter pour quelques instants… Pedro est né le 22 février 1929 à Burgos, en Espagne, dans le diocèse du même nom. Fils de Zacarías et de Blanca. Son papa était agent de commerce. Il était l’avant dernier de sept enfants. Après ses études secondaires, il commence à l’université de Madrid des études en architecture. C’est à Madrid qu’il a connu le P. Charles Merry, animateur missionnaire en Espagne. Il entre chez les Pères Blancs, à Thy-le-Château en 1949 et fit son noviciat à Maison-Carrée en 1952 ; il prononça son serment missionnaire à Thibar en 1956 et fut ordonné prêtre à Carthage le 21 avril 1957.

Nommé au Burundi, au diocèse de Ngozi, Pedro arrive en octobre 1958 à la paroisse de Muhanga, où il apprend la langue. Après un passage à Ruganza, il devient en juillet 1961 supérieur à Karusi. En août 1963, Pedro est nommé en Espagne, aumônier des Sœurs Blanches à Logroño et de 1966 à 1968, il sera supérieur de l’Africanum de Logroño, centre qui en 1969 se déplace à Madrid, avec Pedro toujours comme supérieur, jusqu’en 1970. Il sera aussi membre du conseil provincial. En avril 1971 il peut repartir au Burundi, vicaire à Giteranyi, dans le diocèse de Muhinga, où il ne reste que quelques mois; il retourne dans le diocèse de Ngozi, officiellement comme vicaire à Ijene, en réalité il s’installe chez les Batwa à Busiga. Pedro est, en effet, en pleine recherche. Depuis des années, il rêvait de vivre plus à fond l’option préférentielle pour les pauvres, « vécue dans des conditions de réelle proximité ou d’insertion ». Il avait entretemps rencontré une âme-sœur, animée d’un même idéal spirituel et rêvant d´un même projet missionnaire, en la personne de Sœur Doecita van der Ven, des Dames de Marie, qui travaillait à Busiga, pas loin de Bunzogi. Ils chemineront dorénavant ensemble. Rien d’étonnant qu’à leurs yeux les pauvres parmi les pauvres dans la société burundaise soient les Batwa. Au début de l’année 1974, ils s’installent à Gatara et cherchent à se rapprocher de plus en plus d’eux, les potiers attitrés du pays. Cette insertion n’est pas comprise par tous. Après une année de présence, Pedro doit partir en Espagne pour raisons de santé. Il en profite pour suivre des cours à une école de céramique. Il fera une exposition de ses œuvres à Madrid avec grand succès à tel point qu’il est sollicité par certaines entreprises pour travailler avec eux. Ils ne savaient pas que sa vie était ailleurs. Toujours poussés par le même rêve d’insertion parmi les plus pauvres, Pedro et Doecita partent en février 1976 en Amérique Latine, en Equateur. L’argent obtenu des ventes de l’exposition va leur servir à payer leur voyage et commencer le nouveau projet. Ils y travaillent parmi les Indiens dans la communauté de Nizag, dans le diocèse de Riobamba chez Mgr Proaño, évêque et théoricien connu de la Théologie de la libération. Nos deux missionnaires passeront même quelques jours en prison… Ils s’y dévouent jusqu’à la mi-1982.

En novembre 1982, les voilà repartis en Afrique, en Ituri, chez les pygmées d’Imbau, dans le diocèse de Wamba. Ils y travailleront pendant 15 ans. En 1986 ils invitent des coopérants à les rejoindre à Imbau : deux jeunes garçons belges et des jeunes filles espagnoles arrivent pour travailler dans leur projet. Un confrère, Santiago Rodríguez, qui à l’époque se trouvait à Aba (Diocèse de Mahagi) demande à faire son « année sabbatique d’immersion » dans ce même projet et s’unit à eux. Voilà une belle équipe missionnaire de 7 personnes pour vivre une expérience unique et inoubliable. Le projet a pris de l’envergure. Ils ouvrent une deuxième résidence dans un autre campement, à une quinzaine de km. Et ils arrivaient jusqu’à Bayenga. Ainsi, le projet Imbau, qui était né un peu en marge de la Région de l’Ituri (RDC), devient un projet prioritaire pour la Région. En 1988, les 4 coopérants, ayant fini leur contrat, rentrent chez eux ; le Père Santiago Rodríguez rentre en Espagne pour des soins médicaux et Pedro et Doecita restent de nouveaux seuls avec les pygmées de Imbau. Feu le Père Félix Fobe les rejoint pour un moment… Leur terrain d’apostolat s’étendait sur deux paroisses. Une conception différente de l’insertion des pygmées dans l’apostolat des paroisses les ayant opposés à l’évêque de Wamba, ils mirent fin au projet en 1998.

Ils reviennent tous les deux spontanément en Belgique, où des consœurs de sœur Doecita sont engagées dans des communautés chrétiennes de base, fortement engagées parmi les pauvres. Un premier projet d’insertion au « Jardin du Béguinage » (une trentaine de petites maisons individuelles, destinées à des personnes malades, séropositives, dépressives ou autrement fragilisées, avec quelques personnes pour encadrer le projet) n’aboutit pas. Ils s’installent alors à la rue Dupont à Schaerbeek, près de la gare du Nord, quartier pauvre, milieu multiracial au possible, comptant beaucoup de musulmans. Dans notre jargon PB, cela s’appelait ‘apostolat auprès des marginaux’. Pedro devient officiellement aumônier de prison, travaille au Poverello, faisant la vaisselle et servant les pauvres ; il participe aux réunions de quartier comme un simple citoyen. Il est connu dans le voisinage pour son écoute attentive, ses gestes généreux, son cœur compatissant. Ce que l’on connaît moins, c’est son côté artistique. Pedro exprimait son vécu profond par la peinture, le plus souvent de petits tableaux où par les couleurs il essayait d’exprimer la lumière qui l’habitait. Faut-il s’étonner du fait qu’il n’employait jamais du matériel couteux ?

Pendant 17 ans, il vivra cette vie cachée mais engagée. Nous le voyions lors des récollections à la rue de Linthout, lors de nos fêtes communes, comme le Jeudi Saint et à la fête des Jubilaires. Nous le savions toujours fidèle au fil rouge de sa vie : la solidarité vécue avec les préférés de Jésus, les plus pauvres.

Début mai 2015, de retour d’un bref passage en Espagne, Pedro tombe gravement malade. Quand début septembre son état s’aggrave, il fut accueilli dans notre communauté du home Saint-Joseph à Evere. Un lent affaiblissement physique, une lente dépossession de ses moyens, un appauvrissement vécu et consenti. Ainsi Pedro a-t-il rejoint Jésus.

Pedro le serviteur souffrant, le prophète passionné, l’ascète, le mystique, l’artiste, le missionnaire et le pauvre parmi les pauvres. Merci pour tout ce que tu nous as laissé comme exemple d’engagement missionnaire.

La célébration liturgique d’adieu eu lieu le vendredi 22 avril, à 10 h 15, dans la grande chapelle du home St-Joseph, rue de la Marne 89, à 1140 Evere, suivie s’une collation et l’enterrement à Varsenare (comme il avait lui-même demandé, fidèle à la tradition PB d’être enterré là où l’on meurt).

Jozef Vleugels et Santiago Rodríguez

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