Maurice Callant (1920 – 2018) (PE n° 1091 – 2018/05)

Maurice est né le 14 juillet 1920 à Oudenaarde dans la province de la Flandre orientale, diocèse de Gand, dans une famille bourgeoise. Sa maman était directrice du collège. Son frère aîné était prêtre diocésain. Après trois ans d’humanités modernes chez les Joséphites à Grammont, Maurice passe aux humanités classiques au collège Notre-Dame à Oudenaarde. En mai 1941, il envoie au supérieur de Boechout une carte minuscule portant une seule phrase:  « Je désire faire partie de la Société des Pères Blancs » et en septembre il entre… La guerre influence considérablement le déroulement de sa formation : noviciat à Sainte-Croix près de Bruges (parce que l’occupant allemand a réquisitionné Varsenare); théologie à Heverlee (1944-1946) et à Marienthal (1946-1948). Maurice prononce son serment missionnaire à Heverlee le 6 avril 1947 et y est ordonné prêtre le 29 mars 1948.

Durant ces années de formation, on le décrit comme un homme de coeur, très généreux et toujours prêt à rendre service. Sa piété est profonde. Il n’est, certes, pas un grand intellectuel, mais son bon coeur compensera largement. Il a un caractère égal, serein et il est toujours content. C’est un homme simple et très social. Il aime le travail manuel. On peut compter sur lui.

Nommé au Burundi il s’envole avec Sobelair le 15 septembre 1948. Son premier poste sera Makamba dans le diocèse de Gitega. Comme le veut la tradition, il commence comme vicaire et directeur des écoles primaires ; entre temps il apprend la langue. Le père Hellemans, régional, fait remarquer que Maurice, au  début, a des difficultés à saisir les nuances de la langue, mais que, grâce à sa ténacité, il réussira certainement. Son dévouement pour l’œuvre des écoles porte des fruits. Fin 1955 Maurice fait partie des fondateurs de Gisuru. Sa mémoire extraordinaire retient les noms des gens. Le père Van Hoof, régional, écrit en avril 1956 : « Il est d’un calme imperturbable et d’une patience à toute épreuve… Il fait du bien par son amabilité et parce qu’il connaît tout le monde ». Après son congé et la grande retraite à Mours, Maurice retourne en 1959 à Makamba. Mais pas pour longtemps, car en mars 1961 il devient curé-fondateur de Martyazo dans le diocèse de Bururi. « C’est un grand travailleur, homme de bon sens qui ne s’emballe pas et a les deux pieds bien sur terre. Démarche lourde et lente d’un paysan. Il ne se fâche pas, ne s’impatiente pas. Il semble avoir la mission bien en main, les gens l’estiment », note le père Braeckers, régional. En 1966 Maurice  suit un recyclage aux Missions étrangères de la Rue du Bac à Paris. De retour au Burundi il prépare à Makamba la fondation de Mabanda, où il s’installe en août 1967 comme curé-doyen. Son élection comme doyen le gêne, note le père Quintard, régional. Maurice, qui dépasse de peu la cinquantaine, aurait voulu introduire plusieurs réformes pastorales, mais faute de jeunes confrères cela s’avère difficile. Maurice s’est toujours montré respectueux envers les autorités politiques, ce qui ne plût pas toujours à tous les confrères. Maurice, ce faisant, avait toujours à l’esprit le bien de la paroisse. Il reste à Mabanda jusqu’à son congé en avril 1976. A son retour il devient responsable à Rutana, où il travaillera jusqu’en juillet 1984. Pendant son congé il suit la session/retraite à Jérusalem. En 1985 il est nommé à Masango dans le diocèse de Bubanza.

A la suite de nombre d’autres missionnaires et de confrères, Maurice est expulsé du pays le 19 octobre 1986, « remercié pour mes services au Burundi depuis 1948 », commente-t-il lui-même. Il ajouta ces mots sur un formulaire qu’il remplissait au provincialat de Bruxelles. A part cela, nous ne trouvons aux archives aucune lettre ‘officielle’ de sa part, aucune communication écrite, rien sur son vécu. Discrétion extrême ? Un confrère témoigne (Flash-Burundi ?) : « Maurice a achevé sa course apostolique au Burundi de la même manière qu’il l’a parcourue pendant presque 40 ans, dans la discrétion, la modestie et la profondeur. Curé expérimenté qui a su conduire ses paroisses de Mabanda et Rutana à travers toute sorte d’écueils avec un zèle éclairé. Homme du Sud, du Mosso (Gisuru), Maurice a de quoi rendre grâce pour tout le bien que le Seigneur a réalisé à travers son ministère apostolique. Nul doute que le don de sagesse qui l’habite l’aidera à trouver sa place là où il sera envoyé ».

Grâce à l’intervention du père Ward Schoofs, déjà ‘remercié’ en 1985 par le régime du président Bagaza, Maurice est aussitôt nommé aumônier du hôme ‘Heiderust’ à Genk par Mgr Dupas, vicaire-général du diocèse de Hasselt. Il y rendra service pendant plusieurs années, comme il l’a toujours fait au Burundi : aimable, gentil, modeste, attentif et serviable. Pendant près de quatorze ans…  En 1991 sa soeur Elisabeth meurt à Renaix et en 1994 son frère-prêtre meurt à Alost. En 1999 Maurice se rend encore à Rome pour assister à la béatification du prêtre Edward Poppe. Fin 2000 Maurice décide de se retirer et démissionne de l’aumônerie. Jef Vleugels, provincial, lui propose la communauté de la Katelijnevest à Bruges, ce que Maurice accepte avec joie. Début mars 2004 il demande de pouvoir rejoindre la communauté des aînés à Varsenare. Il y a connu des années tranquilles, fidèle à lui-même, écoutant les conversations en riant souvent dans sa barbe, ne manquant pas d’intervenir, rarement mais à propos. Il marchait avec obstination, d’abord à l’aide d’une canne, ensuite d’un déambulateur, car il voulait absolument éviter un transfert à Avondrust: Sacré Maurice ! Dans la nuit du 9 au 10 février 2018 il fait une chute. Dans l’après-midi il s’éteint doucement, discrètement comme il avait vécu… Nous l’avons enterré le jeudi 15 février, entouré de sa famille, de plusieurs amis, de plusieurs religieuses et de ses confrères.

Jef Vleugels, M.Afr.

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